‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 49 sur 237 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LE PONT FABRIGIUS

Son importance. — Malgré quelques modifications partielles qu'on discerne aisément au premier coup d'œil, il est permis de dire que le pont Fabricius est resté, dans son ensemble, tel que l'ont laissé ses premiers architectes ^ On a pu, au moyen âge et à l'époque moderne, réparer les murs extérieurs, refaire les parapets, transformerai chaussée', on n'a pas altéré le caractère général ni la structure intime du monument. C'est le mieux conservé de tous les ponts antiques de Rome, le seul môme que nous possédions presque tout entier. C'est aussi l'un des premiers ponts de pierre que les Romains aient édifiés : la date de son établissement est certaine et ne laisse aucun doute sur ce point. On comprend dès lors tout l'intérêt qu'il présente et l'importance qu'y attachent les historiens-^ et les architectes^ attentifs à relever les vestiges de la Rome

1. Les principaux textes relatifs au pont Fabricius sont indiqués par Kiepekt- HuELSEx, Somencl. topor/r., p. 52; — et Homo, Lex. de lopogr. rom., p. 40'J.

2. FlavioBioxdo, jRo??iams/«M»'a/rt, Venise, 1510, livre H, chapitre lxxx, àpropos des deux ponts de lîle : quos niipev tua, pontifex Eugeni, opéra ins/auralos et tiburtine lapide stratos videmiis. — Au moyen âge des tours appartenant à des familles nobles de Rome, les Pierleoni, les Gaetani, etc., se dressaient aux extrémités des ponts; on les voit représentées sur les plus anciens plans et dessins.

3. Entre autres : Nibiiv, Borna anlica, t. 1, 174; — Rehek, die Ruinen lio)ns, p. 314; — Jordan, Topogr. d. St. Rom, t. I, p. 418; — 0. Gilbeut, Gescfi. und Topoffi: d. St. Rom, t. H, p. 171-180, t. 111, p. 237 ; — Middleton, tfie Remains of ancient Rome, Londres, 1802, t. Il, p. 367, etc.

4. PiRANESi, Antichilà romane, t. IV, pi. XVI à XX : plans, coupes, élévations. Les relevés d'état actuel que M. René Patouillard a faits en 1809 ont montré que les indications données par Piranesi sont exactes, en ce qui concerne du moins la partie visible du pont; ses hypothèses sur les fondations paraissent plus sujettes à caution ; mais jusqu'à présent elles ont échappé au contrôle. Sur les fondations du pont Cestius et les hypothèses fantaisistes de Piranesi, voir plus loin, p. U8. — Casixa, gli Edifizi di Roma anlica, t. IV,

ancienne, comme les ingénieurs^ soucieux d'étudier la science de la construction des ponts à ses débuts.

Structure. — Le pont Fabricius mesure 62 mètres de longueur totale et 5"", 50 de largeur. Il est construit intérieurement en blocs de tuf et de pépérin ; des blocs de travertin forment le revêtement ; les parties extérieures entre les arcades de travertin ont été restaurées en briques au moyen âge. Il comprend deux arches supportées par deux culées et une pile médiane.

Les deux grandes arches. — Les deux arches ont l'une 24", 25, l'autre 24^,50 d'ouverture, soit au total un débouché de 48"*, 75 donné au bras gauche du Tibre. Les têtes de voûte ne forment pas deux demi-circonférences complètes : « l'intrados est un arc de cercle de 25 mètres de rayon - et de 20 mètres de flèche -K » Les ingénieurs modernes qui se sont occupés des ponts de Rome ont noté soigneusement cette intéressante particularité ; ils n'ont pas eu de peine à l'expliquer. Les Romains construisaient d'abord toutes leurs voûtes en plein cintre ; cette disposition, d'ailleurs avantageuse, avait un grave inconvénient: elle obligeait à imposer aux arches une très grande hauteur par rapport à l'ouverture ; il fallait, par suite, placer très bas leur naissance — ce qui rencontrait parfois de grandes difficultés d'exécution — ou ménager de fortes pentes pour relier les rives à la chaussée du pont. « Il était donc naturel de chercher à réduire la hauteur des voûtes par rapport à leur largeur. Le moyen le plus simple consiste à prendre pour courbe d'intrados un arc de cercle moindre qu'une demi-circonférence, et l'on en voit déjà une première application à Rome au pont Fabricius'*. » Les rampes qui donnent accès au pont des deux côtés sont assez prononcées ; l'emploi, encore très discret, des voûtes surbaissées, a permis cependant de les

pi. CGXLII : plan et restauration en hauteur; Canina suit de très près Piranesi.

1. Par exemple Degham) et Ri'.sal, Zes Ponls en maçonnerie (dans VEncyclopédie des travaux publics), Paris, 1888, t. 11, Conslruclion, p. 32-33.

2. Chidre approximatif; exactement, comme il est dit plus haut, 24'", '25 et 2i-,50.

Page 1