‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 74 sur 237 · Poi.vu., VI · texte numérisé non relu

Poi.vu., VI

l'enceinte de Servius, d'après lui, aurait rejoint le Tibre plus haut qu'on ne le croit d'habitude, en amont de l'ile. C'est une affirmation (|ue rien n'autorise, et que tous les faits et textes connus démentent formellement •. Mais si l'ile était à l'origine en dehors et à quelque distance de la ville — et le fait est prouvé, — le second argument, allégué par Jordan, s'écroule comme le premier. Elle ne faisait point partie du système de défense de Rome ; il n'y avait donc pas heu d'y établir, dès l'époque royale et pour des raisons d'ordre militaire, un sanctuaire de Vejovis; rien ne prouve d'ailleurs que la fondation de ce sanctuaire remontât à des temps si reculés, ni même qu'il y ait eu à cet endroit un édifice dédié particuHèrement à ce dieu. Le temple de Jupiter in imida^ où l'on sacrifiait à Vejovis, ne fut élevé que cent ans après celui du dieu grec Asklépios, et le culte qu'on y rendait à Vejovis et à Jupiter n'implique nullement que le pont Sublicius passât par l'ile tibérine.

En réalité, il faut s'en tenir à l'opinion traditionnelle : le pont Sublicius était situé en aval, à la hauteur du Forum Boarium, non loin du pont yEmilius'. Supposer qu'il se confondait avec le double pont de bois de l'île tibérine, c'est rendre inintelhgible et l'histoire de l'île et celle du pont Sublicius luimême. Peu importe que la légende des moissons du Champ de Mars ait ou non un fond de vérité ; il est sûr en tout cas qu'elle n'eût pas même pu trouver crédit auprès des Anciens si Vinsida dès le temps des rois avait été rattachée à la terre ferme. D'autre part, d'après M. Mommsen, le pont Sublicius aurait été double ; or les auteurs latins ou grecs qui le citent en parlent toujours comme d'un pont unique. Enfin, si le pont SubHcius traversait l'île, le dévouement d'Horatins Coclès ne se comprend pas. Le héros défendit le pont Sublicius contre l'ennemi; on le rompit derrière lui tandis qu'il tenait ses adversaires en respect, et il regagna la rive romaine à la nage-^ Si l'on admet avec M. Mommsen que le pont Sublicius enjambait l'île tibérine, il faut ou bien reculer comme lui la limite de la cité de Servius — et l'on n'en a pas le droit, — ou bien avouer que le sacrifice d'Horatius Coclès était superflu :

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