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L ARRIVEE DU SERPENT D ÉPIDAURE

environs de 462/292. Mais il n'est pas nécessaire de bouleverser à ce point la chronologie traditionnelle : Rome n'avait pas attendu la guerre contre Pyrrhus pour entrer en relations avec les Etats helléniques.

Le livre XI de Tite-Live contenait le récit des faits survenus de 462/292 à 464/290; l'ambassade est mentionnée au milieu du sommaire, après la victoire remportée sur le général samnite C. Pontius par Q, Fabius Gurges, consul en 462/292, et avant le procès du consulaire L. Postumius ; il est question ensuite des victoires de M. Curius Dentatus, consul en 464/290. D'autre part, Orose parle de l'épidémie et de l'arrivée du serpent à Rome à propos du consulat de L. Papirius Cursor, en 461/293. Le X" livre de Tite-Live nous empêche de rapporter l'ambassade à 461/293. L'historien dit bien que la peste éclata cette année, mais il ajoute que, malgré l'avis donné par les Livres Sibyllins, on différa l'envoi d'une ambassade en Grèce; elle ne partit que plus tard, pendant l'une des trois années dont les événements sont racontés au livre XI. Orose, en réalité, n'y contredit pas ; comme Tite-Live, il s'occupe de la peste en 461/293, pendant le consulat de L. Papirius Cursor. Mais sa brève et sèche compilation n'a pas les vastes proportions de l'histoire de Tite-Live ; il condense en une seule plirase, pour n'avoir plus à y revenir, tout ce qu'il sait de l'épidémie et de ses conséquences ultérieures : le fléau décida les Romains à faire cherchera Epidaurele serpent d'Esculape, dont l'arrivée leur rendit la santé ; il ne s'ensuit pas que ce dernier événement se soit produit aussitôt ; les termes dont se sert Orose n'autorisent pas une pareille conclusion; un intervalle d'un ou deux ans a pu s'écouler entre le début et la fin de l'épidémie. La date de 461/293 est donc inadmissible. Celle de 462/292 doit être aussi rejetée. La rédaction de YEpitome n'est pas très claire, et si l'on n'était renseigné que par ce document, on pourrait attribuer la légation indifféremment au consulat de Q. Fabius Gurges ou à l'année suivante. Dans cette incertitude il est légitime de recourir à Valère Maxime, qui nous tire d'embarras et nous permet de nous prononcer pour la seconde hypothèse : la peste, assure-t-il, dura trois ans, et les Romains ne s'adressèrent à Epidaure que la troisième année. Yalère Maxime disposait d'éléments d'information qui nous manquent ; peut-être avait-il entre les mains le texte intégral du livre XI de Tite-Live. Son témoignage est rece-

vable et valable. Il faut s'en tenir à l'opinion généralement admise : c'est en l'année 463/291 que le culte nouveau fut apporté à Rome.

Le serpent sacré. — Dans tous les textes relatifs à la venue d'Esculape le serpent tient une grande place ; on adore en lui la divinité même, que les ambassadeurs emmènent dans leur patrie sous cette forme. Bien loin que l'importance attachée à cet animal sacré soit un motif de suspecter la tradition, elle témoigne au contraire en sa faveur. Il était l'un des attributs constants d'Esculape et jouait un rôle dans les cérémonies de son culte ^ Les sculpteurs représentaient le plus souvent le dieu de la médecine appujé sur un bâton auquel s'enroule un serpent-. Tandis que les peuples orientaux étaient frappés surtout du caractère venimeux et dangereux des reptiles, en qui se personnifiaient pour eux les puissances hostiles de la nature, le principe mauvais, les Grecs les regardaient comme inoffensifs et bienfaisants. Ils symbolisaient à leurs jeux la divination et la science médicale. Rampant à la surface du sol, recherchant la solitude, vivant dans le creux des rochers, ils passaient pour connaître les secrets de la terre, les vertus mystérieuses des plantes ^. Les Romains ont adopté ensuite ces croyances et ce culte, que leur transmirent les prêtres d'Epidaure '' ; ils furent d'autant plus facilement conduits à les accueillir que dans leur propre religion nationale le serpent était déjà considéré comme un être divin, emblème du genius domestique"'.

Pausanias et Elien nous apprennent qu'il y avait à Epidaure une espèce particulière de SpaxcvTs; consacrés à Asklépios ; leur morsure n'était pas venimeuse ; on les avait apprivoisés ; ils vivaient familièrement avec les hommes''. Le serpent qu'on embarqua sur le navire des ambassadeurs romains était certainement l'un de ces reptiles pacifiques. Les Epidauriens, en

1. Article Draco, par Pottier, dans le Viclionn. des Antiq. de Dauemberg et Saglio. Sur le rôle des serpents dans les temples d'Esculape, voir ci-dessous, p. 227.

2. S. Reixach, Répertoire de la statuaire antique, P?iris, 1897-1898, voir à 17rtdex des t. I et II, s. v Asklépios.

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