SUR LE DIX-HUITIÈME CHANT DE L'ILIADE
Page 4 : 1. 'H ~pot, IIYIXÉO; ulè oa.tc?povo:" , ,
Voici les réflexions de Rollin sur ce chef-d'œuvre de concision oratoire :
« C'est avec raison qu'on propose ce petit discours comme un modèle parfait de la brièveté oratoire ; il n'est composé que de quatre vers. Par les deux premiers Antiloque prépare Achille à la triste nouvelle qu'il va lui apprendre, qui ne devait pas lui être an-noncée brusquement, et il renferme dans les deux derniers tout ce qui est arrivé. Ce que j'y trouve de plus admirable, c'est le choix du mot dont il se sert pour annoncer cette nouvelle. Il ne dit point Patrocle est mort, comme on l'a traduit, et il n'est peut-être pas possible de le faire autrement. Il évite toutes les expressions qui porteraient avec elles une idée funeste et sanglante, comme seraient ~TÉOvïj*e, TrÉoaTat, àvvjpïiToci, et il substitue la plus douce qu'il était possible d'employer en cette occasion : Y.ElTa.l ~IldcTpojdoç, jacet Pa-trodus, Patrocle gît; mais notre langue ne peut rendre cette beauté et cette délicatesse. On pourrait peut-être dire : Patrocle n'est plus. »
Page G : 1. Eu.epocO.Éov S' watotEv Assise au milieu des Néréides, Cyrène gémit aussi du destin de son fils :
At maler sonilum thalamo sub fluminis alii
Sensit: ~eain circuin Milesia vellera Nymphæ
Carpebant, hynli saturo fucata colore.
Orymoque, Xanthoque, Ligeaque, Phyllodoceque,
Cæsaciem effusæ nitidam per Candida colla;
~Nesxe, Spioque, Thaliaque, Cymodoceque ,
NOTES SUR LE XVIIIe CHANT DE L'ILIADE. 81
LlADE. XVIII. 6
Cydippeque, et fiava Lycorias, altera virgo.
Altera turn primos Lucinæ experta labores;
Clioque, el Beroe soror, Oceanitides ambæ;
Atque Ephyre, atque Opis, et Asia. Deiopeia,
Et tanùem positis velox ~Arethuse sagittis,
(VIRO., Géorgiques, IV, 333.) Les flots de la mer s'écartent devant elles.
Virgile a emprunté à Homère cette image de la séparation des vagues à l'approche des Néréides :
.,. Simul alta jubet discedere lolè
Flumina, quà juvenis gressus inferret.
(VIRG., Géorgiques, IV, 358.) Inutile fardeau de la terre, je suis resté près de mes vaisseaux. Racine a fait passer dans notre langue cette heureuse expression :
VoudraIs-je, de la terre inutile fardeau, etc.?
(Iphigénie, act. I, se. i.) - 2. "D.ç, formule de prière ou d'imprécation, répond à sic en latin.
Sic tua Cyrneas fugiant examina taxos.
(VIRG., Bucoliques, Éclng. IX, 30.)
Sic te Diva potens Cypn,
Sic fratres lIelcnæ, lucida sidera, etc.
(Hoa., Odes, III, |.)
Le meurtrier d'une tête si chère.
J'ignore le destin d'une tète si chère.
(RAC,, Phèdre, act. v.
Me puer Ascanios, capitisque injuria cari.
(VIRG., Énéide, IV, 354.) 82 NOTES SUR LE XVIIIe CHANT DB L'ILIADE.
Trois fois les deux Ajax revêtus d'une force impétueuse
Barnès fait remarquer que l'expression, revêtus de force, est fa-milière aux écrivains sacrés, et il en cite des exemples :
« Le Seigneur règne, il s'est revêtu de gloire et de majesté; le Seigneur s'est revêtu de force. — Vous qui êtes revêtu de la lumièrecomme d'un vêtement. »
« Divine Iris, quelle divinité gla dont envoyée vers moi? ib Turnus dit de même :
« Iri, deeus cœli, quis te mihi nubibus actam
Detulit in terras? »
(VIRG., Énéide, IX , 18.) Page 30: 1. "Oira ~yjxXxeov, voix d'airain, vox ferrea, comme l'a dit Virgile.
l'age 32: 1. T~oîcrt Se II~ouXuS £ (ia;.
Virgile établit de même un rapport entre Mimas et Piris :
Noc poii Evanthen Phrygium, Paridisque Minanta
Æqualem coinitemque , unA quem nocte Theano
In lucein genltori Amyco dedit, et face praignans
Cisseis regina Parin; Paris urbe paterni
Occubat; ignarum Laurens babet nra Minanta.
(VIRG. ÉniiJe, X, 701.) Lorsque l'airain brillant a retenti des bouillonnements de l'eau, ils lavent le corps, le frottent d'une huile épaisse, et versent sur les blessures du héros un baume vieux de neuf années. Virgile, en parlant des funérailles de Misène, dit aussi :
Pars calidos latices et abena undanlia lfainmu
Expediant, corpusque iavant frigentii et ungunt.
: (VIRG., Énéide. VI. 218.)
NOTES SUR LE XVIIIe CHANT DE L'ILIADE. 83
Virgile a imité ce passage, lorsqu'il nous dépeint Junon exaltanl sr. termes pompeux la hauteur de son rang :
Asl ego, qllæ Divûm incedo regina, Jovisque
Etsororet conjux, ullâ cum gente tot annos
Bella gero! Et quisquam numen Junouis adoret
Præterea, aut supplex aris imponat honorem?
(VIRG., Énéide, I, 46.) Je viens donc maintenant me jeter à tes genoux.
Virgile prête ie même langage à Vénus :
Ergo eadem supplex venio, et sanctum iniln mimen
Arma rogo, genitrix nato.
(VIRG., Énéide, VIII, 382.)
Homère nous montre Vulcain lui-même occupé seul à son ouvrage immortel; Virgile au contraire nous représente les Cyclopes travail lant au bouclier d'Énée, d'après les ordres du dieu :
Fluit æs rivis aurique metallum,
Vulnificusque chalybs vastà fornace liquescit,
Ingentem clypeum informant. --
(VIRG., Énéide, VIII, 445.) Ce passage a été fort bien rendu par Ovide :
, Neque enim clypei cælamina novit,
Oceanum, et terras, cumque alto sidera cœlo,
Pleiadas, Hyadasque, immunemque æquoris Arcton.
( OVlDE, Métamorphoses, XIH. 291.)