CHICAGO
Rien n'est plus remarquable que l'esprit d'entreprise des Illinoisans, et Chicago en est la preuve la plus frappante. Bâtie sur ce qui fut un marais, cette ville a plusieurs fois élevé le niveau de ses rues, soulevant des rangées entières de maisons de huit à dix pieds audessus de leurs fondations premières, et remplissant la rue de terre venue du dehors. Ce qui était d'abord une ville basse et boueuse est devenu une des cités les plus belles, les plus saines, et les plus sèches du continent. Le 9 octobre 1871 la ville de Chicago fut la victime d'un des incendies les plus considérables qui soient connus dans l'histoire; le feu étendit ses ravages sur une longueur de trois milles et demi, et une largeur moyenne de trois-quarts de mille, et consuma la partie la plus populeuse et la plus riche de la ville; les pertes s'élevèrent à près de deux cents millions de dollars. En deux ou trois ans, la surface balayée par le feu a été entièrement rebâtie, et elle est couverte maintenant de bâtiments plus beaux et plus coûteux qu'auparavant. Le tableau suivant de la population à diverses époques, montre clairement la croissance rapide de la ville de Chicago :
1850 29,963 1868 252,054 1878, estim.525,000
Le premier blanc qui se soit établi sur l'emplacement de Chicago était natif de St. Domingue; il s'appelait Jean-Baptiste Pointe-au- Sable, et il s'établit parmi les Indiens en 1796. John Kinzie, dont la maison, représentée dans la gravure ci-jointe, fut la première habitation en planches construite à Chicago, vint s'y établir en 1804. Le premier fort, appelé plus tard fort Dearborn, fut bâti la même année; nous en donnons le dessin. Il était situé sur la rive sud de la rivière, près de son embouchure, tandis que la maison de Kinzie était juste en
face sur la rive nord. Ce ne fut qu'un poste militaire et de commerce avec les Indiens jusqu'en 1832, sans que personne osât rêver pour cette place le magnifique avenir qui l'attendait. Après 1840 Chicago continua à grandir rapidement; ses citoyens les plus influents semblaient avoir une foi immense en sa grandeur future, et tandis que d'autres riaient de leur enthousiasme, ils agrandirent leurs projets et se lancèrent avec une confiance surprenante dans les entreprises les plus gigantesques et les plus coûteuses. Ils construisirent deux
Fort Deabborn, 1840.
tunnels sous la rivière, larges et spacieux passages pour les voitures et les piétons. Pour se procurer une eau pure et salubre, ils creusèrent un aqueduc souterrain qui s'avance sur une longueur de deux milles sous le fond du lac, et est terminé par un grand puits par lequel l'eau s'écoule dans ce conduit; sur terre ferme, près du rivage, des pompes gigantesques envoient et distribuent cette eau en abondance par toute la ville. C'est ainsi que Cliicago a un plus grand réservoir d'eau douce qu'aucune autre ville du monde.
Sa position géographique en a déjà fait la principale ville de
l'intérieur des États-Unis, Son commerce est presque égal à celui des ports de mer. Il est arrivé à Chicago durant l'année 1875, 10,488 vaisseaux, avec un tonnage de 3,122,004 tonneaux ; 93 de ces vaisseaux étaient des navires venus d'Europe. Le nombre de ceux qui ont fait voile de Chicago, pendant la même année, est de 10,607, jaugeant ensemble 3,157,061 tonneaux; parmi eux se trouvaient 72 navires étrangers, et 119 américans se dirigeant sur des ports étrangers.
La valeur des produits agricoles expédiés dans l'est, de Chicago, en 1874, se monte à 197,400,000 dollars. La Chambre de Commerce (Board of Trade) de cette ville prétend que Chicago est le plus grand marché au monde pour les céréales, le béfail, les porcs et les bois. C'est aussi un des plus grands centres de chemins de fer. C'est la tête de dix-huit grandes lignes, dont quatre relient Chicago avec le chemin de fer l'Union Pacific, qui aboutit à la côte du Pacifique, en Californie, et six autres avec les grandes villes de l'Atlantique.