‹ L'Illinois. Sa position géographique, son etendue, son histoire, ses écoles, ses ressources, son agriculture, et sa grande ville de ChicagoChapitre 38 sur 39 · TRAVAUX PUBLIC · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLIC

La ville de Chicago est fameuse entre toutes celles de l'Amérique pour l'étendue et l'originalité des travaux publics qui y ont été exécutés. Comme elle a été fondée sur un site que peu de gens auraient choisi pour une grande cité, à l'embouchure d'une petite rivière presque stagnante, ses citoyens ont été obligés de remplacer le manque d'avantages naturels par des travaux publics d'une grandeur et d'un coât peu ordinaire. A certains endroits le sol n'était qu'à trois pieds au-dessus du niveau du lac, et le point le plus élevé ne l'était que de vingt-quatre pieds. Après qu'une grande partie de la ville eut été bâtie, le sol de la plupart des rues fut élevé, quelquefois de huit et même dix pieds, et des lignes entières de grandes maisons de briques adjacentes furent soulevées en l'air et de nouvelles fondations bâties au-dessous. Cela a permis aux autorités municipales de construire un système d'égoûts complet et efficace; le département des travaux publics rapporte que les égoûts formaient en 1876 une ligne longue de deux cent soixante-six milles. Les immondices sont déchargés presque entièrement dans la rivière. Il est de toute importance qu'une grande ville soit bien approvisionnée d'eau fraîche. Ce problème semble facile à résoudre si cette ville est située sur les bords d'un grand lac aux ondes pures. Quand Chicago fut devenue populeuse, l'eau près du rivage devint bientôt corrompue par les immondices qui s'y déversaient et par l'action des vagues sur un fond bas et boueux. Les choses en vinrent enfin à un point qu'il était de toute nécessité d'y porter remède au plus tôt. Plusieurs projets furent proproses et discutés, et à la fin l'on décida de creuser au-dessous du fond du lac un aqueduc d'une longueur suffisante pour atteindre un endroit où l'eau soit toujours pure et bonne. L'on se mit à l'oeuvre en mars 1864. Deux puits, l'un au bord de l'eau, l'autre à deux milles de là, furent établis, entre lesquels les ouvriers commencèrent à creuser un tunnel de cinq pieds de diamètre doublé de briques. Il n'y a que des ingénieurs de grande expérience qui puisse se rendre compte des difficultés d'exécution d'un semblable travail, loin de la lumière, à travers un sol humide, bien au-dessous des eaux d'un lac souvent secoué par de violents orages. Une cage pentagonale inscrite dans un cercle de 98 pieds de diamètre fut construite dans le lac; elle est très-forte et solide, faite en pierre, en bois et en fer, et pèse 5,700 tonnes ; elle contient un immense cylindre de fer qui atteint le fond de l'eau.

C'est là dedans que les ouvriers descendirent et commencèrent à se frayer leur chemin souterrain à la rencontre de ceux qui s'approchaient depuis le rivage. La rencontre eut lieu en décembre 1866, et le 6 de ce mois, M. Eice, maire de la ville, posa la dernière brique de ce tunnel.

La hauteur intérieure est de cinq pieds et deux pouces, la largeur de cinq; les deux arches sont des demi-cercles; la muraille de revêtement est double, en briques, épaisse de huit pouces. Le fond du tunnel est à soixante-quatre pieds au-dessous de la surface du lac. Suivant la pression l'on peut obtenir de ce conduit dix-neuf à cinquante-cinq millions de gallons d'eau par jour,* assez pour l'usage d'un million de personnes. En 1873 l'on a'construit un second tunnel, plus large, près de l'ancien, afin que la ville ne soit pas prise au dépourvu en cas d'accident ; de cette manière l'approvisionnement est plus que doublé et rendu plus certain. Des pompes à vapeur d'une puissance énorme versent cette eau dans les résoirvoirs, d'où elle se distribue jusqu'aux confins de la ville.

Comme nous l'avons dit, la rivière de Chicago était autrefois petite et presque stagnante. On l'a creusée pour en faire un long port comme un canal. Au fur et à mesure de la croissance de la ville il a fallu bâtir de nouveaux ponts pour la traverser; ces ponts sont tournants afin de permettre le passage des navires. Dans la saison où la navigation est le plus active, les communications d'un côté à l'autre de la rivière sont souvent interrompues pendant de grands moments, au détriment des affaires. Pour remédier autant que possible à cet inconvénient qui grandit toujours, la ville a fait creuser deux tunnels qui conduisent l'un, sous la branche sud, du centre des affaires au quartier occidental, et l'autre, sous la branche principale, du centre au quartier nbrd. Les ponts sont cependant encore le mode de passage préféré de la population, quoique des milliers de voitures et de personnes recherchent la voie plus tranquille des tunnels.

Chicago change le cours de sa rivière. — La rivière étant le réceptacle de tous les immondices d'une grande ville de plusieurs centaines de milles d'habitants, ses eaux n'ont pas tardé à croupir et à devenir un véritable foyer de pestilence. Toutes sortes de remèdes furent mis en avant et bientôt abandonnés, jusqu'à ce que le mal fût devenu tel qu'il fallut prendre promptement des mesures énergiques pour empêcher les invasion épidémiques dont la ville était menacée. Enfin l'on en vint à décider de changer le courant de la rivière pour la faire couler en sens inverse; au lieu de verser son contenu impur dans le lac, elle devait emprunter ses flots à ce dernier. Un long canal

* Le gallon américain est égal à 3 lit. 75.

navigable relie les rivières de Chicago et Illinois. . Les autorités municipales firent creuser le canal plus profondément; ce travail commencé en 1865 dura près de dix ans, car il fallut couper à travers le roc solide, sur une longueur de vingt-six milles, jusqu'au niveau de huit pieds et demi au-dessous de celui du lac Michigan. Longtemps avant qu'il fut achevé le public avait perdu confiance, et les journaux ne se gênaient pas d'en prédire l'insuccès. Chacun fut donc agréablement surpris de voir, le 16 juillet 1870, que la rivière avait renversés son cours, et qu'au lieu de ses eaux grasses et noirâtres elle montrait un courant lent mais perceptible cependant, qui se dirigeait du lac vers le Mississipi.

Les Parcs. — A plusieurs égards, les parcs de Chicago sont les plus remarquables des États-Unis. Il y en a neuf dans les limites de la ville, variant en étendue de deux à quarante acres, tous sous le contrôle immédiat de la municipalité; ils sont très-bien entretenus, ornés de parterres, de gazons et de beaux arbres, avec petits lacs, rochers et îles artificiels et ponts rustiques, sans oublier les ours, les cerfs, les bisons et les racoons. Mais Chioago est entouré en outre par un système de parcs magnifiques, reliés entr'eux par des boulevards spacieux, qui dépassent en étendue et en beauté tout ce qu'aucune autre ville de ce rang peut montrer dans ce genre. Ces nouveaux parcs couvrent une surface de plus de trois mille acres, et les boulevards sont ornés avec beaucoup de goût ; le boulevard Drexel a un mille de long, et il est arrangé sur le modèle de l'avenue de l'Impératrice à Paris. L'administration et le contrôle de ces établissements sont entre les mains de trois comités (boards), un pour chaque partie de la ville.

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