‹ L'illusion de fausse reconnaissanceChapitre 1 sur 94 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Parmi les illusions relatives au temps, une des plus curieuses est certainement celle qu’on a appelée fausse mémoire, fausse reconnaissance, impression de déjà vu, et qui consiste essentiellement en ce qu’il semble au sujet voir pour la seconde fois, reconnaître, un ensemble de circonstances en réalité nouveau pour lui.

Probablement un assez grand nombre de nos lecteurs se rappelleront avoir éprouvé eux-mêmes cette impression, car elle est loin d’être rare.

Néanmoins elle paraît avoir assez peu attiré l’attention des psychologues : dans les psychologies classiques et dans les traités de psychiatrie, même les plus récenis, c’est à peine si on lui consacre quelques lignes de des-

criplion ; cela tient sans doute en grande partie aux difficultés de son étude, mais aussi à ce fait qu’il s’accompagne rarement de troubles mentaux graves. Quoi qu’il en soit, la présente étude paramètre le premier travail d’ensemble qui lui soit exclusivement consacré. •

La place à attribuer à ce phénomène, dans la grande classe des paramnésies, est assez facile à déterminer :

Je crois que l’on comprend actuellement sous la commune dénomination de phénomènes de mémoire tout ce qui, dans nos états de conscience, concourt à la construction de l’idée de temps.

. Dès lors, on peut répartir dans trois grandes classes tous les phénomènes de mémoire :

Phénomènes d’habitude ;

Phénomènes de souvenir proprement dits ;

Phénomènes de reconnaissance.

Les deux premières classes n’ont pas besoin d’être définies ; dans la troisième, il faut faire entrer tout ce qui fait qu’un souvenir n’est pas pris pour un évènement actuel. ,

C’est en un trouble de cette, dernière catégorie de fonctions que consiste essentiellement le phénomène qui sera l’objet de la présente étude.

Je ne crois pas inutile de définir, avant de commencer certains des termes que j’ai l’intention d’employer. Les expressions « phénomène de conscience » ou « état de conscience » sont compris de tout le monde, et ne peuvent

prêter à aucune équivoque, le mot « sensation » non plus. Il n’en est malheureusement pas de même des suiyants :

Sentiment. — Je donnerai le nom de sentiment à tout état de conscience qui n’est manifestement pas une sensation (1).

Je réserve le nom d’états émotionnels pour les sentiments qui s’accompagnent manifestement de plaisir ou de douleur, tels l’angoisse, la crainte, etc.

Une émotion est un état émotionnel bien défini^ ou plus exactement accompagnant de façon obligée à l’état normal, des tendances, des instincts ou des passions bien définies. Tels la colère, la peur, les émotions esthétiques, etc.

Enfin, comme il est des états de conscience trop vagues ou trop mal connus pour qu’à première vue l’on puisse affirmer à coup sûr qu’ils doivent être rangés dans la catégorie des sensations, ou, au contraire, dans celle des sentiments, j’ai cru devoir réserver pour qualifier de tels phénomènes le mot très vague de « impressions ».

1. M. Godfernaux {Le sentiment et la pensée) emploie le mot « sentiment » au singulier., et précédé de V article défini, « le sentiment » pour désigner ce que les philosophes du milieu de ce siècle appelaient « la sensibilité » ; ce sens, parfaitement légitime, n’est nullement incompatible avec celui que je donne ici.

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