‹ L'illusion de fausse reconnaissanceChapitre 17 sur 94 · Maudsley. Physiologie de l'Esprit, chap. V · texte numérisé non relu

Maudsley. Physiologie de l'Esprit, chap. V

Carpentier. Mental physiology, chap. III.

Lewes. Problème oflife et Mind. T. III, p. 184.

Horwicz. Psychologische Analyser. T. I.

Volkman von Volkmar. Lehrbuch der Psychologie. T. II, § 114.

Th. Ribot. Psychologie de l'attention. Chap. I et II p. 11 à 113, et plus particulièrement p. 32 et sq. 2- éd. Paris, 1894, in-18.

3. Th. Ribot. Psychologie de l'attention. Chap. I, § 3, p. 39-46, (2- éd. Paris, 1894), in-18 et Psychol. des sentiments, 2' partie, chap. XI, p. 370. £• éd., Paris 1897 in-8.

4. et 5. Th. Ribot. Psychol. de sentiments. 2‘ partie, chap. XI. p. 370. (2- éd. Paris 1897, in-8).

Leroy 7

dre ou de ne pas comprendre, la certitude, rincertitude l’interrogation (5), le doute, etc.

Pour la fausse reconnaissance, mais pas plus dans un cas que dans l’autre, je ne puis donner les raisons qui font surgir brusquement et contre toute logique apparente de semblables impressions.

Je me contenterai de faire observer qu’on n’ignore pas moins les véritables causes d’un grand nombre d’autres émotions anormales susceptibles de se manifester également d’une façon plus ou moins chronique, ]q veux parler notamment de celles qui donnent lieu aux diverses phobies.

Résumé de 38 observations publiées antérieurement au présent travail.

Observation 1 (A. L. Wigan. 1844, p. 85-87)

« Le cas le plus intense de cette illusion que j’aie observé sur moi-même, survint à l’occasion des funérailles de la princesse Charlotte (1). Les circonstance qui accompagnèrent cet événement constitueraient à tous les points de vue une curiosité physiologique des plus extraordinaires, un exemple instructif d’impressions morales envahissant une nation entière et se montrant sans crainte ni dissimulation* 11 n’y a peut-être pas dans l’histoire, d’exemple d’une sympathie aussi intense et aussi universelle,.... Personne, parmi les gens]âgês de moins de 35 ou 40 ans nepeut se faire idée de l’universel paroxysme de chagrin qui annula alors tout autre sentiment « J’avais obtenu la permission d’assister aux funérailles

l.Il s’agit de Charlotte d’Angleterre, princesse de Galles, et héri tière de la couronne, morte en couches en 1817.

comme étant de la suite de Lord Chamberlan. Les jours qui avaient précédé la cérémonie, j’avais passé plusieurs nuits troublées,et, pendant la dernière nuit, je ne m’étais pour ainsi dire pas reposé du tout, ce qui avait mis mon esprit dans un état d’extrême irritabilité nerveuse (hysterical irritability) encore augmentée pas l’affiiction, et par l’épuisement provenant du manque de nourriture (car depuis le déjeuner, jusqu’à minuit, heure de l’enterrement, il régna dans la ville de Windsor une confusion telle qu’à aucun prix on ne pouvait trouver à se restaurer.

« J’étais resté debout pendant 4 heures, et lorsque je pris maplace à côté du cercueil, dans la chapelle St-Georges, ce fut uniquement l’intérêt du spectacle qui empêcha que je ne m’évanouit.... Soudain, lepathétique « miserere» de Mozart cessa, et un silence absolu régna. Le cercueil, qui était placé sur une sorte d’autel recouvert d’un drap noir (réuni à celui qui couvrait le sol) s’enfonça à travers le plancher, si doucement qu’on ne pouvait s’apercevoir du mouvement qu’en prenant comme point de repère quelque objet brillant du voisinage.

« J’étais tombé dans une sorte de rêverie torpide, lorsque je fus rappelé à la conscience par un paroxysme de violent chagrin qu’exprima le mari au moment où il s’aperçut

que le cercueil s’enfonçait dans la tombe.A cet instant,

j’eus, non pas seulement l’impression mais la conviction que j’avais déjà assisté à toute cette scène dans quelqu’occasion antérieure, même que j’avais entendu exactement les paroles que m’adressa Sir George Naylor.

Observation 2 (Neumann 1859, p. 111).

Jeune homme (époque de la puberté) sujet à des accès d’aliénation périodiques. A son entrée à l’asile, dit reconnaître la maison, y avoir été déjà interné. Reconnaît sa chambre, la nourriture etc. Sort guéri.

Observation 3 (Neumann 1859, p. 112).

H. Epilepsie avec troubles mentaux consécutive à des excès vénériens (?)

En outre idees délirantes que Neumann considère comme fondées sur des fausses reconnaissances ; Lorsqu’elle lisait des récits historiques, les faits relatés lui paraissaient déjà connus d’elle, et elle en concluait qu’elle vivait depuis des siècles, et était parente du Juif-Errant.

Observation 4 (Jensen 1868, p. 53).

Jeune fille soignée depuis 5 ans dans la clinique de Jensen. Sujette à des hallucinations diverses, sans être à proprement parler aliénée, car elle reconnaît la fausseté de ses hallucinations et lutte encore contre elles.

Cette malade tient des propos qui sont assez di/Ficiles à interpréter : « je crois, dit-elle, que j’ai vécu des jours et des semaines dont je n’ai aucune connaissance : j’entends des paroles et des remarques impliquant que j’ai dû faire telle ou telle chose dont je n’ai nul souvenir. J’ai donc du faire ces choses sans en avoir conscience. De façon inconsciente».

Elle se plaignait en outre de ce que les visages changent sam cesse autour d'elle, sans d’ailleurs consentir à donner de plus amples explications à ce sujet, lorsque le 25 mai, elle ‘exprima comme il suit :

Quand je regarde autour de moi, (elle tenait presque constamment ses yeux baissés), j’ai toujours l’impression d’avoir déjà vu les mêmes personnes et les mêmes figures et je me demande nécessairement où et quand cela a pu m’arriver. Gomme ces gens qui sont ici, ne peuvent pas avoir été chez chez moi, à la maison, c’est donc que leurs figures ont changé (l) ».

Le 31 mai, elle fait aux environs de la clinique une promenade dont elle revient très mécontente. « Ah Dieu ! dit-elle, le pays également change sans cesse : Quand j’ai regardé la contrée, il m’a semblé que je l’avais déjà vue, que j’avais du m’y trouver déjà, chez des parents, et de même en revenant, il me semblait que j’étais déjà allé là une fois, et que tout était comme auparavant. Mais je n’y ai jamais été, c’est donc que la contrée est changée (2) ».

1. « Die Leute hier konnen aber zu Haus bei mir gewesen sein. Iso mussen sich die gesichter doch vei'andern » (p. 55).

2. « 4ch Gotfc ! Aueh die Gegend verandert sich ja immer. Weou ich die Gegend ansah, war mir, als hatte ich sie schon einmal gesehen, als müsste ieh schon hier gewsen sein,vielleicht heiVerwand-

Obseryatiox 5

(Jensen 1868, p. 52).

Mécanicien, aliéné, mais parfaitement sociable en dehors de ses idées délirantes et capable de travailler.

Jensen lui, donne a réparer une montre dont le verre était intact.

Le malade la lui rend avec le verre cassé, et malgré tous les efforts que fait Jensen pour le détromper, soutient qu’il a vu LE VERRE CASSÉ DÉJÀ, quand la montre fut donnée à réparer.

Observation p (Jensen 1868).

H. 30 ans. Célibataire.

Habitudes d’onanisme depuis la jeunesse. Malade depuis le mois de janvier. Etat d’excitation extrême, hallucinations. Pas de délire systématisé.

Entré à l’asile en février. Depuis, son exaltation a fait place à un état de dépression. Hallucinations de l’ouïe, de la sensi-

tien, und als ieh zurückkam, wap es wenn so da war mip auch als wàre ich schon einmal dagewesen, als wâre ailes wie-früher. Aber chbiû doibniemals hier gewessû, da muss sieh die Gegend docb verândert baben ».

J’avoue ne pas comprendre du tout le raisonnement de cette malade.

bilité générale, et de la sensibilité génitale. Pas d’hallucinations de la vue.

Depuis son entrée, cet état de dépression est allé en augmentant. Actuellement, le malade est tout à fait inactif. Quand on l’interroge, répond par un mumure incompréhensible, pendant que la salive s’écoule de sa bouche.

Vers le 15 mai, époque à laquelle il pouvait encore se faire comprendre il disait « être souvent comme sHl savait d'avance ce que les 'malades de son entourage font, et feront ».

Observation 7 .

(Jensen 1868, p. 57).

H. 23 ans.

Paysan. Intelligent.

Depuis 9 ans, accès de vertige épileptique. Accès épileptiques complets, rares.

Ses accès de vertige s’accompagnent d’un extrême sentiment de bien-être.

Quelque fois délire, hallucinations de l’ouïe...

Le 11 avril. — Il vient se plaindre au médecin d’une impression étrange qu’il ressent : Docteur, dit-il, c’est étrange, il me semble que je vous ai déjà vu tel que vous êtes maintenant, que le gardien, et tout le reste, a été déjà comme je le vois maintenant, et il me semble que je sais ce qui va se passer ». Cette impression troublait extrêmement le malade : il se sentait comme au moment de ses vertiges. D’ailleurs immédiatement après avoir raconté à Jensen ce qui précède, il eut un accès de vertige.

Jensen regrette d’avoir négligé d’observer l’état des pupilles, pendant le phénomène.

(W. Sander, 1873, p. 244).

P... N..,. H. Agé de 25 ans.

Epileptique depuis Page de 13 ans (attaques tout- à-fait caractéristiques).

Faible d’esprit, hypochondriaque, nature perverse.

S’est développé très lentement, est resté très petit. Sa voix a conservé le timbre caractéristique de la puberté.

Pas d’autres anomalies.

Rien qui puisse faire croire à une inégalité des hémisphères cérébraux.

Ce malade décrivit un jour spontanément à Sander l’état extraordinaire dans lequel il s’était trouvé quelque temps auparavant. Etat qui s’était déjàdissipé quand il fit son récit. Voici ses propres paroles :

« Lorsque je causais avec quelqu’un, ou que je voyais quel- « que chose, il me semblait que je l’avais vu déjà une fois; Tu « as déjà (se disait-il à lui-même) vu, ou entendu, ou plus sou- « vent encore fait cela. Gela me rendait anxieux au point que « je n’osais plus parler, car je croyais que tout cela était déjà « arrivé une fois. Alais maintenant, je me suis convaincu « que cela ne peut pas être, de sorte que j’ai recommencé à « parler comme il convient.

« Par exemple, causant avec quelqu’un d’une chose que

j’ai lue dans le journal, relativement à la guerre, ou à l’invasion, j’ai l’impj'ession d’avoir déjà lu la même chose une fois dans le. même journal, les circonstances me semblent les mêmes, j’ai déjà X)écu tout cela une fois». Il cite encore l’exemple suivant: « J’étais couché, lorsqu’on vint me dire : « K’, Muller est mort ». « Muller est mort ! Seigneur Jésus ! Mais il ne peut pas être mort une seconde fois ! » Il lui semblait en elfet qu’il avait déjà vécu la même situation ; que la même personne lui avait annoncé la même nouvelle dans les mêmes circonstances.

Le malade dit que chez lui, cet état est permanent ; ce n’est pas seulement tel ou tel fait particulier, mais toute son existence, qui lui apparaît comme une répétition.

Il s’est trouvé pour la première fois dans cet état il y a deux ans, et cela a duré deux mois. Un an après rechute qui dura également deux mois ; et enfin un troisième accès dura 8 à 10 semaines. Pendant ces périodes, les accès de vertige (petit mal) sont plus fréquents.

Quoique le malade ne soit pas dupe de ces impressions, il en est néanmoins gêné.

Observation 9 (À. Pick, 1876, p. 568).

E. S.,., H. Né en 1845. fils d’un fourreur.

Antécédents Tiérôditaires. — Ni psychoses ni maladie,s nerveuses. Mère seule un peu nerveuse (hémicrânie).

Antécédents personnels. — Par d’anomalies physiques. Pas d’asymétrie. Très bonne mémoire. Instruction moyenne.

Mis en apprentissage chez un fouiTeur, s’y distingue, et on l’envoie travailler à Berlin, à Copenhague et à Celle.

Il était sujet à des céphalées, nerveux et susceptible. Eprouvait des fausses reconnaissances mais ne cherchait pas à les expliquer.

En 1868, fièvre typhoïde. Quatre semaines couché.

L’irritabilité augmente, fausses reconnaissances plus fréquentes ; il commence à y réfléchir, mais sans chercher encore à les irterpréter.

En 1869, s’établit, commence à avoir des idées de persécutions : se plaint de ses voisins. La nuit on pénétre chez lui, on remplace ses bonnes marchandises par de mauvaises. C’est à cette époque qu’il trouve une interprétation à ses fausses reconnaissances qui le tourmentent toujours. Très excité. Après quelque temps de repos chez son père, il reprend ses affaires, unnouveau local, installé il commence à soutenir qu’il a déjà habité cet endroit, et personne ne peut lui faire abandonner cette idée.

Les idées de persécution reparaissent, il a peur qu’on ne veuille l’empoisonner. Illusion du goût.

Continuellement ôccupé de ses idées délirantes, il néglige ses affaires, et est obligé de retourner chez son père. Devient violent.

Cependant, l’année 1874 est plus calme ; le malade se rend compte de la fausseté de Ses idées délirantes. Ses parents lui fournissent alors les moyens d’aller s’établir en Amérique. Il part, mais ne va plus loin que Hambourg, d’où il revient très excité, toujours avec les mêmes idées de persécution. Ses parents le gardent quelque temps avec eux, puis, il est interné en septembre 1874.

Dès le deuxième jour de son internement, il croit s’ètre trouvé déjà une fois dans le même asile (se croit emprisonné par ses ennemis). A la première visite de Pick, il se figure avoir été déjà soigné par lui. Dans une sorte de journal relatif à ce qu’il appelle sa « vie double » il écrit ce qui suit ; « Déjà pendant ma jeunesse, j’avais souvent l’impression d’avoir déjà vécu une fois les faits qui se passaient ; ensuite, en réfléchissant bien, je voyais que je m’étais trompé. Mais le même phénomène s’étant répété plus tard et d’une façon plus précise, je fus amené à y réfléchir plus sérieusement. Ces réflexions me conduisirent à cette conclusion que je devais avoir une existence double, de telle façon que ma vie se partageait en périodes récurrentes formées d’évènements semblables.

Le malade était naturellement forcé d’ndmettre en même temps le renouvellement des évènements extérieurs, etc. Mais seulement des faits qui avaient quelque rapport avec sa vie à lui. Car il considère son cas, comme unique quelque répugnance que son esprit eut d’abord à accepter une pareille hypothèse dont -il n’avait, comme il le dit, jamais entendu parler, et qu’il n’avait trouvé mentionné dans aucun livre. « Mais, ditil, je me croyais justifié par le souvenir clair de presque chaque fait que j’ai vécu. ..

« Ce fut, dit-il en automme 1868 à Saint-Pétersbourg que j’eus pour la- première fois la connaissance claire de ma double existence. Mais cela n’arrivait que par occasion, par exemple, lorsque je visitais des lieux de plaisir, ou de grandes fêtes ou lorsque je me rencontrais avec plusieurs personnes, les circonstances environnantes me paraissaient tellement connues, que je croyais fermement m’être trouvé déjà au même endroit, et y avoir rencontré les mêmes personnes

exactement dans les mêmes circonstances, à la même époque de l’année, par le même temps, les gens se trouvent aux mêmes places exactement de la même manière. C’était tout à fait la même conversation qui- avait été tenue. Cette impression je réprouvais dès le jour même, mais elle devenait plus claire le lendemain, lorsque j’avais le loisir d’y réfléchir.

A par tir de 1870, tous les travaux que j’entreprenais me semblaient connus, comme si j’avais fait exactement les mêmes autrefois, dans les mêmes circonstances et non seulement cela, mais encore que chacune de mes rencontres avec quelqu’un et en général chaque évènement qui survenait auprès de moi étaient accompagnés de cette même impression. L’impression survenait soit au moment même de la perception, soit quelques minutes ou quelques heures après, souvent le Ier.demain.

Observation 10 (Anjel, 1878).

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