ÀTchîv. f. Psychiatrie. T. YI, fasc
De temps en temps, encore, quand il est fatigué, il éprouve encore l’impression de fausse reconnaissancé, mais sans angoisse, et il ne s’en tourmente plus.
OBSERVATrON 11 (Anjel 1898, p. 60, 63 et 64).
Anjel a éprouvé lui-même cette impression, mais exclusivement en voyage, notamment lorsque, récemment arrivé dans une ville ü sortait le matin de bonne heure et va marcher sans but et sans guide. « Dans ces promenades qui du- ■ raient plusieurs heures, dit- il, en regardant un monument, place, la façade d’un palais, j’eus souvent l’impression d’avoir déjà vu et regardé la même chose dans des circonstances analogues. Cette impression s’accompagnait d’un sentiment de malaise vite dissipé »....
Un jour, à Venise, dans la galerie de l’Académie, après avoir visité avec attention la troisième et la quatrième salle, il entra dans la cinquièma(pinacotheca Oontarini) et examina les tableaux qui s’y trouvaient « j’eus alors, dit-il, devant chaque tableau, l’impression de l’avoir vu déjà étant dans la même salle, entouré des mêmes tableaux, mais je savais parfaitement qu’en réalité il n’en ôtait rien ; j’entrai dans la salle suivante, et la même impression persista ». Sentiment de malaise. Il rentra chez lui, et ne retourna au musée que deux jours après. Après avoir passé 4 ou 5 heures dans le musée, il éprouva encore la même impression, mais cela cessa, aussitôt qu’il eut mangé quelques provisions qu’il avait emporté.
Observation 12 (H. F. Osborn, 1884, p. 479);
X..., H. répondant au questionnaire de H. F. Osborn (cf, p. 13) écrit :
« Je n’ai jamais eu cette impression relativement à un lieu, mais il m’est souvent arrivé de croire reconnaître comme m’étant arrivées auparavant, soit des circonstances nouvelles dans lesquelles je me trouvais, soit mes propres pensées. C’est, une chose qui m’arrive communément. Il y a quelque temps, j’étais à l’église, lorsque soudain les paroles du prédicateur, son « ton », le moment, et les circonstances environnantes,t3ut me sembla avoir eu lieu déjà, exactement dans les mêmes circonstances.
Observation 13 (Osborn 1884, p. 479).
X..., H. répondant au questionnaire de H. F. Osborn (cf. p. ) écrit :
«J’ai éprouvé cette impression très fréquemment. Quelquefois ce que je rêve me semble sur le moment familier, et cependant, je n’ai fait aucun rêve analogue auparavant. La seule explication tout à fait satisfaisante est que j’ai dû voir quelque chose d’analogue en péril.
Observation 14 (F. Osborn, 1884 p. 483).
étudiant.
« Quelquefois, en rêve, je me vois dans un certain entourage et dans une certaine situation ; lematin, je me rappelle vaguement le rêve pendant un instant, puis je l’oublie. Dans le courant du mois, ou peu après, il m’arrivera de me tromper dans une situation qui ne me paraîtra pas tout à fait nouvelle, quoique je sois sûr de ne m’y être jamais trouvé. I^e souvenir de mon rêve me revient alors, et je me rend compte de la ressemblance, quoique le souvenir du rêve soit loin d’être distinct ».
Observation 15 (H. P. Osborn, 1884 p. 479).
X..., H. répondant au questionnaire de H. F ■. Osborn (cf. p. 13)éc5^it;
<J1 y a un peu plus d’un an,je visitai la prison municipale de Ma::atlan,, à Mexico. Elle se compose d’une cour à ciel ouvert sur tiois côtés de laquelle ouvrent des cellules. Le 4‘ côté est fermé par un mur élevé. On entre par un passage voûté fermé par trois grilles. La cour pavée, l’entrée, les salles, toute la disposition intérieure, me paraissent aussi famiiliers que ma propre maison. Aucune partie de l’extérieur ne me produisit la même impression.
Leroy
« Avant ce voyage, je n’étais jamais approché de cet endroit à moins de 3000 milles».
Observation 16 (Forel, 1885 p.44).
D-.,.., H. Né.le 7 août 1856.
Commerçant, célibataire.
Mèm nerveuse. Un frère nerveux, emporté, a eu la chorée^
Le malade lui-même a eu la grande chorée pendant six mois, à l’âge de 12 ans 1/2. Depuis, caractère très impressionnable.
Il fréquenta le lycée, avec l’intention d’étudier la philologie. Il travaillait beaucoup, dormant très peu, (parfois 1 ou 2 heures seulement) notamment au moment de passer son examen, vers 16' ou 17 ans. Â la suite de cela, survint chez lui une incapacité complète pour le travail intellectuel, et une très grande fragilité de la mémoire. Il ne pouvait plus lire, et oublia en peu de temps ce qu’il avait déjà appris. Amélioration rapide, sous l’influence du grand air et de Thydrothérapie.
Néanmoins B.., n’osa pas retourner au lycée: il prit des leçons particulières, apprit l’italien et l’anglais, et alla passer quelque temps à Mailand comme commerçant.
Le début de la maladie actuelle parait remonter au commencement de l’année 1878. Déjà quelque temps auparavant, cependant. B..., s^était montré étrange, faisant preuve, notamment d’un orgueil excessif, croyant tout savoir mieux que les autres etc... Il est probable qu’il se masturbait.'En 1878, ü
commença à avoir des idées de persécution ; il se figurait que tous les gens qui l’entouraient parlaient mal de Lui.
Le 18 décembre 1879, il entre à l’asile de Burghozli. Aussitôt qu’il y fût. Il soutint quHl y avait déjà été un an auparavant ; « il reconnaissait tout ; c’était la même chambre, la même nourriture, le même directeur, les mêmes malades, qui avaient tenu, mot pour mot les mêmes propos. Faisant une promenade avec un autre malade, il vit clairement qu’il était déjà allé, autrefois sur la même route, avec cette même personne, et le gardien ».
Les situations tout entières, les positions et les paroles de ses compagnons lui apparaissaient comme la reproduction exacte jusque dans ses détails d’un original ancien. Ce fait engendrait chez le malade l’idée qu’il avait réellenaent vécu déjà toutes les situations présentes, qu’il avait déjà notamment fait un séjour dans l’asile, mais qu’à sa sortie, après ce premier séjour, on Vavait abruti pour lui voler le souvenir de ce qui s'était passé ce qui fait qu’il ne se l’était rappelé qu’en voyant les évènements se reproduire.
Il concluait en outre de là que l’On était à l’année suivante, et écrivait avec persistance 1880 au lieu de 1879.
Les idées de persécutions coexistaient d’ailleurs avec ces illusions : le malade se plaignait notamment qu’on lui fit respirer des gaz nuisibles, surtout du gaz des marais^ de mots obcènes qu’on lui disait par des tuyaux acoustiques, de tentatives faite pour engourdir sa pensée, et d’effacer le souvenir dû passé.
Le 11 janvier 1880. — B..., quitta Burgœlli. Plus tard, il rencontra dans la rue M. Bleuler, et lui adressa la parole pour lui dire que le lac de Zurich (qui en réalité était gelé
cette année-là pour la première fois depuis 25 ans) avait été gelé l’année précédente de la même façon, et que les gens y avaient patiné, par le même temps de brouillard.
OBLERYATm 17
(Ludwig, c. p. Krapelin 1897, p. 428-429'.
M..., H. Né le 28 janvier 1845. Paysan.
Antécédents héréditaires. — Rien.
Antécédents personnels. — Rien pendant la jeunesse. Marié en 1874, a une fille.
Buveur. En octobre 1874, étant ivre, première convulsion épileptique. La deuxième survint trois mois après, puis, toutes les trois ou quatre semaines, il eût des attaques survenant par séries de trois ou quatre à une heure d’intervalle ; surtout quand il était ivre.
Le 8 octobre 1883. — M..., tombe ivre dans un fossé, et on le trouve, glacé par le froid ; il avait l’air tout à fait fou, hallucinations de la vue et de l’ouïe. Depuis cette époque, jusqu’au mois de juin 1884, accès maniaques de violence variable ; hallucinations de la vue et de l’ouïe ; le malade croit qu’il va mourir, il crie et chante des cantiques ; plusieurs fois on dût le camisoler. Plusieurs convulsions épileptiques.
Entre à l’asile de Plagwits, dans un état de tranquilitô rela-^ tive.
Tremblement de la langue ; traces de cicatrices sur cet organe.
Etat physique normal, d’ailleurs.
Le malade travaille avec application, mais présente un certain degré d’épuisement intellectuel.
11 n’a aucun souvenir de ses états d’excitation.
Accès convulsifs se répétant d’abord à intervalles réguliers de huit ou dix jours, puis par séries. Le plus souvent convulsions toniques.
Après les accès, ou dans leur intervalle quand ils étaient peu espacés le malade était distrait, ne pouvait se rappeler différentes choses auxquelles il pensait souvent à l’état normal ; céphalée.
Dans le courant de la journée, ces symptômes disparaissaient plus ou moins complètement.
Traitement. — K. Br. Le nombre des attaques diminue considérablement.
Le malade commence à dire qu’il a été déjà traité à Plagwitz il y a 2 ou 3 ans pour la même maladie. 11 ajoute qu’il ne se.rappelle rien de précis sur ce prétendu séjour, mais que probablement il fat entouré à cette époque pour les mêmes gens, car ils lui paraissent connus. Il dit de même qu’il a reconnu le magistrat qui avait prononcé son interdiction.
Il est impossible de le convaincre de la fausseté de cette idée.
Obseryatiox 18 (Kraepelin 1887, p. 429.)
B... H. Né le 19 août 1867. Célibataire.
Antécédents héréditaires. — Parents bien constitues. Mère nerveuse (migraines). Tante hystérique.
Antécédents ÿersonmls. — 'SiU. 1875. Scarlatine. Rhumatisme articulaire, péricardite, néphrite, hydropysie. A conservé une lésion cardiaque.
Depuis la scarlatine, B... devient moins intelligent. Travaille mal à Pécole. Céphalées.
En 1877 attaquesde petit mal (que Ton attribue au surmenage intellectuel) : Le malade devenait soudainement pâle, inclinait la tête, fermait les yeux, et s’évanouissait. Il ne se venait à luîqu’àprès une ou deux minutes.
A Pâques 1878, attaque d’épilepsie franche (le malade avait pris auparavant tous les jours 3 gr. de K. Br.).
En septembre 1878, 2® attaque. A partir de 1884, nombreuses attaques (tous les 8 jours) troubles cérébraux vagues.
Interné à Burghozli le 24 février 1885. Etat dedémi-stupeur. Le malade est calme, il sait où il se trouve, et ne cherche pas à le savoir, mais il croit y avoir été déjà une fois, entouré des mêmes personnes etc. Cette impression persista jusqu’à sa sortie (31 mars) malgré une sensible amélioration de l’état mental. Le 31 mars il reconnut qu’il s’était peut-être rompé.
Observation 19.
(Kraepelin 1887 p. 410 et 411).
Description que Kraepelin fait du phénomène, d’après ce qu’il a éprouvé lui-même.
Kraepelin a observé le phénomène surtout lorsque se trouvant au milieu de personnes qui l’intéressaient peu, son attention se détournait pour quelques moments de ce qui se passait
autour de lui pour se reporter sur son propre état intérieur, à ce moment tout ce qui l’entoure lui apparaît comme quelque chose de lointain et qui ne le regarde nullement, et tout, à coup, le phénomène de fausse reconnaissance se produit.
Il est accompagné d’une impression de prévision, et d’un sentiment de malaise qui persiste après la disparition de la fausse reconnaissance.
En outre la réalité cesse de lui apparaître avec la clarté habituelle et semble un rêve, une ombre. A ce point de vue, l’état d’esprit rappelle ce qui se passe à l’occasion d’un phénomène tout différent, c’est-à-dire lorsqu’on perd le fil de ce que l’on dit, dans un discours public : Ici aussi, l’entourage nous apparaît comme éloigné, comme couvert par un voile.
Enfin, s’ajoute à tout cela l’effort que le sujet fait pour comprendre distinctement des choses qui semblent toujours s’échapper, ce qui produit une impression de vanité intellectuelle.
Observation 20.
(F. Bonatelli, 1888 p, 161).
Auto-observation de P. Bonatelli (fragment).
« La nuit dernière, je rêvai que j’occupais avec ma famille une partie d’une certaine maison située dans je ne sais quelle ville. Je discutais avec ma femme la disposition des meubles et l’assignation à différents usages, des chambres de ce nouveau logement. Je me souvenais très nettement d’avoir habité le même appartement plusieurs années auparavant et d’avoir dit de même où serait placé notre lit, où serait la salle' d’étude,
et ainsi de suite. Au réveil, je me rappelai très nettement de mon rêve, et je commençai à me demander à quelle époque de ma vie j’avais occupé une telle maison dans une telle ville. L’énergie du souvenir était telle que même à l’état de veille, je n’eus d’abord pas le moindre doute que je m’étais rappelé une chose qui était réellement arrivée.
0BSERV4TI0N 21
(Huglings-Jackson, 1889, p. 300-207)
. Auto-observation de « Quarens ».
Médecin.
Antécédents personnels et héréditaires ne sont pas indiqués.
Premiers symptômes du petit mal en 1871, en quittant l’Université.
Premier accès, survenu sans cause appréciable ; « J’étais au bas d’un escalier du collège, en plein air, attendant un de mes amis qui devait me rejoindre. Je regardais nonchalamment autour de moi, regardant passer le monde’ etc. lorsque mon attention fut soudainement attirée par mon propre état mental, dont je' me rappelle seulement ceci : il me produisait l’impression d’un souvenir vif et inattendu, souvent de
1. Huglings-Jackson indique (p. 184-185) une étude de Quaerens lui-même sur son cas, intitulée: A prohostic and thérapeutical indication in epilepsy et publiée dans le Practionner, où il m’a été impossible de la rétrouver.
quoi, je n’en sais rien (2) ! Mon ami me trouva, une minute ou deux après, adossé à la muraille, plutôt pâle et me sentant inquiet et stupide, ce qui dura un moment.
Au bout d’une minute ou deux, je me sentis de nouveau tout à fait normal; je fus très amusé, ainsi que mon ami, lorsque Je m’aperçus que je ne pouvais faire aucun récit distinct de ce qui était arrivé, ou de ce dont je m’étais « souvenu ».
Pendant les deux années qui suivirent, j’eus quelques attaques semblables, mais plus légères, accompagnées d’états mentaux qui me frappèrent par leur ressemblance avec le premier, mais dont je ne me rappelle aucun détail, je pris une consultation médicale, mais on ne me donna ni explication ni traitement : la chose fut regardée comme plaisante, et sans importance pratique.
« J’ai toujours eu l’habitude de rêver fort peu, mais pendant ces deux années, je remarquai qu’il m’arrivait quelquefois de m’éveiller la nuit, avec l’impression que j’étais parvenu à me rappeler une chose que je voulais mer appeler; mais j’étais trop somnolent pour y faire attention, et il ne m’en restait le matin, aucune idée nette. Ces impressions étaient légèrement désagréables, et ordinairement, je crois, accompagnées d’une légère émission involontaire de salive, dont je trouvais la trace le matin sur l’oreiller. Une ou deux fois je sentis en outre sur le bord de la langue une douleur due je crois à une légère morsure. Ces accès cessèrent vers 1875 ».
(2) « .. .My own méritai State, of wich I know no more than that, itseemed to metobea vivid and unexpected«recollection»,— of what 1 do not know. »
En 1874, premières attaques de haut mal, précédées du même état mental que les attaques précédentes.
En octobre 1875, pneumonie grave pleurésie, et peut-être empyème. Longue convalescence (décembre 1875, mars 1876).
Les accès deviennent plus Créquents. La forme des accès du petit mal devient de plus en plus stéréotypée; de 1876 à 1886 elle a fort peu varié.
Description de l’accès type ;
Etat mental. — Dans la grande majorité des cas, le symptôme fondamental est mental, et consiste en un sentiment de souvenir (recollection), c’est-à-dire dans l’impression que ce qui occupe actuellement mon attention est ce qui l’a occupé antérieurement et m’a été familier, a été pendant un certain
temps oublié, mais est maintenant retrouvé, avec un léger sen-
timent de satisfaction, comme si je l’avais cherché. Ma mémoire normale est mauvaise, et j’éprouve fréquemment un sentiment analogue de reconnaissance soudaine, d’un fait oublié, mais d’une façon beaucoup moins intense. Dans les états anormaux, la reconnaissance est beaucoup plus instantanée, beaucoup plus absorbante, plus vive, etc., sur le mninent, s’accompagne de beaucoup plus de satisfaction, comme si elle faisait disparaître un vide qu’antérieurement j’avais vainement essayé de combler. En même temps (peut-être serait-il plus exact de dire : immédiatement après), je me rends vaguement compte que la reconnaissance est fausse, et mon état anormal' La fausse reconnaissance est toujours « mise en mai’che » par le son de la voix d’une autre personne, ou bien par l’expression verbale de ma propre pensée ou de ce que je suis entrain de lire, et je crois que tant que dure cet état je prononce meii-
talement quelque plu*ase exprimant simplement l’étonnement, telle que : « Oh oui ! je vois. Certes, je me rappelle, etc. » Mais une minute ou deux après, je ne me rappelle plus ni les mots ni la pensée qui ont donné naissance à l’impression de reconnaissance, je sens seulement avec force, qu’elles ressema blent à quelque chose que j’ai déjà éprouvé antérieurement dans des circonstances identiquement semblables. »
Le retour à l’état normal est rapide (quelquefois 10 à 16 secondes).
Quelquefois, à la suite des accès, et pendant une ou deux minutes, perte de la mémoire des noms et faits habituels, alors que d’ailleurs la conscience semble redevenue normale.
« Deux ou trois fois, des attaques de petit mal survinrent pendant que je lisais de la poésie à haute voix. La ligne que je suis en train de lire, ou que je suis sur le point de lire, me semble alors en quelque sorte familière ou me semble être exactement ce que je m’etforçais de me rappeler (1), quoique, en réalité je passe ne l’avoir jamais lue ou entendue auparavant. Je me rendS;,compte de mon état pathologique et je m’arrête, quoi que j’aie généralement assez de présence d’esprit pour finir la ligne ou même la phrase. »
Quelquefois des attaques sont survenues pendant que le malade était en train d’écrire, et il lui est arrivé de continuer volontairement à écrire pendant l’attaque (il s’agissait bien entendu d’attaques de petit mal, très peu intenses). En écrivant, « j’étais, dit-il, occupe surtout par l’impression de souvenir, mais je me rendais confusément compte que j’étais dans