BO...H
Paramnésies très fréquentes. En éprouve un sentiment d’ennui, et trouve fastidieux de revivre toujours les mêmes sensations.
« Faisant souvent des paramnésies visuelles, ce qui est chez moi la catégorie d’images dominantes. En passant devant une maison, un coin de rue, je pense y avoir déjà passé à la même heure, par le même temps, et surtout sous l’influence de de sentiments identiques à ceux que j’éprouve actuellement : j’ai notamment reconnu Amsterdam, en y allant pour la première fois.
« Mais voici le fait de fausse mémoire le plus complet et le plus énergique que j’ai éprouvé ; en passant rue Vavin, je vois venir une femme, dans l’éloignement, sur le même trotoir que moi. Avant de pouvoir distinguer ses traits, car je suis assez myope, je reçois le choc, et je sens que je l’ai déjà vue, je ne puis comparer ce que j’ai ressenti qu’à la brusque fermeture d’une sonnerie électrique, j’ai éprouvé un sentiment d’attente très troublant jusqu’au moment où j’ai pu distinguer ses traits et sa toilette, qui m’ont semblé parfaitement connus.
je vois encore le chapeau et cette robe, je l’ai regardée d’un œil tellement troublé qu’elle a dû me prendre pour un fou, je me suis retourné pour la voir, toujours sous les mêmes inpressions, j’y ai songé toute la journée, avec un sentiment très pénible qui s’est renouvelé plusieurs fois pendant un mois.
Depuis en y songeant, je pense l’avoir vue en rêve, car je suis absolument sur que je la rencontrais ce jour-là pour la première fois.
(A. Lalande. 1893, p. 487;.
T... H. jeune (?)
« Se trouvait en chemin de fer, lisant un roman qu’il necon « naissait pas auparavant : « Tout- à coup, dit-il, je fus saisi- « par l’idée que je l’avais déjà lu, et en même temps il se « produisit dans mon esprit un tel tourbillon de souvenirs et « d’images que j’ai cru devenir fou. Gela a duré, 5 minutes « pendant lesquelles j’ai horriblement souffert. Le même phé- « nomène s’est produit plusieurs fois, sans que je me sou- « vienne bien à quel propos,^ mais.tou|cuirs accompagné d’une « grande souffrance. »
Observation 24.
(A. Lalande) 1893 p. 486j.
DeL...H.
. A traversé, étant enfant, unn période ou 11 était presque
malade d’ennui, parce que tout ce qu’il faisait, tout ce qui lui arrivait lui semblait déjà connu, et qu’il lui paraissait très fa* liguant de revoir toujours les mêmes choses,
« M. de L... continue à avoir des paramnésies, mais ellesont perdu ce caractère pénible ».
Observation 25 (A. Lalande. 1893, p. 487),
Gr..., H.
« Quand j’éprouve cette double mémoire, ce qui m’arrive fréquemment, il me semble toujours que je mis prévoir la suite mais je ne pourrais pas l’annoncer réellement. Cependant, dès que les évènements se produisent ils me semblent également être déjà connus ».
Observation 26
(André Lalande. 1893, p. 487-488).
S.,., H. Physicien.
Paramnésies très fréquentes. « Surtout quand il est un peu excité par la fatigue »c
« Assistant pom' la première fois à la représentation de Ruy Blas, qu’il n’avait même jamais lu, il reconnaissait tous les détails, tous les jeux de scène, et même il sentait quelques minutes d’avance les péripéties qui allaient s’accomplir.
U se rappelait ce qui devait suivre « comme on se rappelle^
« un nom qui est sur le bord de la mémoire ». L’illusion a duré tout le temps de la pièce ».
Observation 27 (A. Lalande, 1893, p. 488).
Très sujet aux paramnésies.
« Prétend avoir déjà vu vécu une autre vie où il a fait les mêmes choses qu’en celle-ci : il soutient même énergiquement que cette expérience antérieure lui ïQnà.plus les actes ainsi recommencés ».
Observation 28 (A. Lalande, 1893, p. 488).
Sch..., H.
« Quand en regardant un ensemble d’objets, il éprouve une paramnésie, tous les détails lui paraissent familiers, ce qui est le phénomène ordinaire ; mais, souvent il y a plus; il est frappé de l’idée qu’il doit y avoir en tel ou tel endroit tel détail dont il se souvient bien, quoiqu’il ne l’ait pas encore remarqué cette fois-ci ; et portant ses yeux à l’endroit en question, il y retrouve en effet l’objet imaginé, qu’il reconnait comme le reste ».
Observation 29 (A. Lalande, 1893, p. 488).
médecin.
Bon observateup, et très psychologue.
« U était deux heures du matin, raconte-t-il, je jouais aux « cartes ; c’était une partie de Poker, qui durait depuis long- « temps déjà. Un de mes partenaires joue et dit : « Cinq plus « cinq ». A ce moment, malgré la banalité de la formule, je « sens subitement que je la lui ai déjà entendu prononcer, « assistant au même coup, au même endroit, avec tout le con- « sensus total des mêmes sensations. Un autre joueur répli « que ; « Tenu plus cinq ». L’impresssion que je ressentais « s’accentue, et je prévois, avec un sentiment d’angoisse, que « le troisième partenaire va répondre : « Ah ? il a le full des « as ? » Et en effet, à peine avais-je fluide penser cette phrase, « qu’il s’écrie : « Ah ! il a le full des as ! » précisément avec « le ton, le timbre de voix et l’expression que j’avais imaginés. « J’ai remarqué tout cela immédiatement, et avec une irapres- « sion pénible qui s’est rapidement dissipée. Je ne puis dire à « quel moment le phénomène s’est terminé ».
Observation 30 (André Lalande, 1893, p. 488),
J..., H. Médecin militaire.
Paramnésies très fréquentes. Parfois deux ou trois dans la même journée.
Leroy 9
« Etant un jour au théâtre, où l’on donnait Ferdinand le « Noceur, il sentit qu’il reconnaissait à la pièce, et comme l’acteur commençait une tirade, il en dit immédiatement les premières phrases à un ami qui était avec lui et qui s’écria ; « Tu as donc déjà vu jouer la pièce ? » Mais en réalité, il ne « la reconnaissait pas du tout auparavant ».
Observation 31 (L. Dugas, 1894, p. 35 et 42).
« Il m’est arrivé un jour, me promenant à la campagne, de m’arrêter stupéfait en constatant que j’avais déjà vécu identiquement l’instant qui venait de s’écouler. Même paysage autour de moi, même heure de la journée même état d’esprit. Notez bien qu’il ne s’agit pas d’un ressouvenir, d’une analogie avec une situation où on se serait déjà trouvé : c’est une identité, et je ne saurais trop le souligner » (p, 35). -
« L’effort que je fis pour fixer la date du souvenir chassa ■ l’hallucination, qui d’ailleurs ne dure jamais qu’une fraction de seconde » (p. 42). .
Observation 32 (L. Dugas, 1894, p. 38).
Ant...H.
« Raconte, qu’à l’àge de 8 à 10 ans, entrant pour la première fois à Châteauneuf, il eut la sensation très nette d’avom vu
déjà l’église, laplace, la disposition et la formue des maisons; ce qui rend le fait plus étrange, c’est qu’il ayait toujours soutenu à ses parents qu’il connaissait Châteauneuf avant d’y aller. Depuis, Ant... n’a jamais eu de fausse mémoire. ».
Observation 33 (L. Dugas, 1894, p. 42-43).
Pendant qu’il assiste a une conversation à laquelle il prend part, a « conscience d’avoir entendu déjà cette conversation dans les mêmes circonstances, entre les mêmes personnes, débitée du même ton, etc.
« A son examen d’histoire, au baccalauréat, il lui semblait S’être entendu poser déjà les mêmes questions, par le même professeur, parlant dans la même salle, avec la même voix. Ses propres réponses, il lui semblait qu’il les avait déjà faites, il se réentendait lui-même...
« C’est au cours des entretiens que la fausse mémoire complète se produit le plus souvent. Chez G..., l’illusion dure à peu près cinq minutes.
« Le même sujet raconte qu’invité à dîner chez une personne, il eut la sensation très nette de reconnaître la maison où il n’était jamais entré, le couloir qui accède au salon, avec sa table carrée et ses livres posés dessus, et de réentendre la conversation qui se tint-la.
G... s’exprime à peu près ainsi, commentant le récit de sa fausse mémoire à l’examen : « j’écoutais ma voix comme « j’aurais écouté celle d’une personne étrangère, mais en
« meme temps, je la reconnaissais comme mienne, je savais « que c’était moi qui parlais, mais ce moi qui parlait me fai- « sait l’elfet d’un moi perdu, très ancien, et soudainement « retrouvé. »
(L. Dugas, 1894, p. 40).
« Cette sensation (La fausse mémoire) a toujours été assez fugitive,, laissant après elle une impression de tristesse qui peut s’expliquer à la rigueur par le je ne sais quoi de troublant et de surnaturel que fait au premier abord ce genre d’impressions ; cela me cause aussi un léger agacement, comme tout ce qui intrigue et qu’on ne peut complètement expliquer. Peut-être d’ailleurs ne faudrait-il voir dans l’impression de tristesse dont je parle, qu’un fond de mélancolie inhérente à ma nature » p. 40.
Observation 35 (T. Vignoli, 1894, p. 179, 180).
Cet auteur rapporte avec beaucoup de détails, plusieurs cas personnels de fausse reconnaissance, parmi lesquels nous choisissons les suivants :
I. — Un soir d’hiver, il se trouvait dans un salon prés d’une petite chambre, avec diverses personnes, sa mère, une jeune sœur, et d’autres amis de la maison. Aucune espèce d’excitation anormale. Tout à coup, il ressentit instantanément que tout ce qui l’entourait, le lieu où il se trouvait, la petite chambre, les meubles, les personnes présentes, et les paroles que Ton disait à ce moment, avaient été déjà perçus...
II. — Un jour d’été, à 18 ans environ, étant à la campagne, près d’un de ses amis, dans une salle du rez-de-chaussée, il causait de chasse tranquillement assis près d’une large fenêtre qui permettait de jouir d’une superbe vue sur la campagne.
A un certain moment, regardant distraitement, et en causant, parci-parlà, il eut l’impression d’avoir vu exactement dans tous ses détails, le même spectacle, à une époque lointaine^, et indéterminée...
(Arnaud, 1896, page 456-463).
Louis ; H. 34 ans.
Officier. Entre à la maison de santé de Vanves, en juillet
. Antécédents héréditaires. — Mère passe pour nerveuse.
Etat physique. — De taille moyenne, vigoureux, bien conformé. mal ourlées ; aucun autre stigmate de dégé-
nérescence. Neurasthénie manifeste ; fréquents maux de tête, survenant d’ordinaire après les repas ; sensations de serrement autour du front, de compression à la nuque ; zones douloureuses à la pression le long de la colonne vertébrale, iliaque sacrée bien nette ; troubles digestifs, insomnie, irritabilité, etc. .
Etat moral, nature rêveuse et concentrée. II a toujours eu le goût de la solitude et du vagabondage. Fort intelligent, ayant une très bonne mémoire (au lycée il avait tous les ans le prix de récitation), il est entré second à Saint-Oyr, et son avancement a été rapide.
A éprouvé quelquefois dans son enfance l’impression de « déjà vu ». « Il croit qu’il se trompait alors, tandis qu’aujourd’hui il a la certitude que son impression est réellement fondée. »
Plusieurs fois fièvre paludéenne au Tonkin.
Un accès pernicieux très grave le force à rentrer en France en juillet 1891.
A cette époque ; état physique alarmant : « amnésie généralisée, à la fois rétrograde et antérograde : il avait oublié la plupart des évènements de sa vie, et de plus les faits actuels s’effaçaient de sa mémoire au fur et à mesure, à ce point qu’il répétait la même question 5 ou 6 fois en quelques minutes. L’amnésie n’était cependant pas absolue, quelques souvenirs surnageaient » (p. 457).
Après fi ou 7 mois les forces étaient redevenues à peu près normales, mais la mémoire restait affaiblie, surtout pour les faits postérieurs au retour du Tonkin. Symptômes de neurasthénie.
En janvier 1893,18 mois après sa fiève paludéenne, « Louis
affirme reconnaître, pour les avoir lus antérieurieurement, certains articles de journal. Il dit même qu’il doit avoir écrit plusieurs de ces articles ».
L’illusion était intermittente, et resta quelque temps limitée aux lectures.
A la même époque, grand maux de tête.
S’inquiétait de son état.
S’emportait et récriminait sans motifs. -
Peu après : « Assistant au mariage de son frère, il déclara tout à coup qu’il était très sûr d’avoir assisté l’année précédente et dans des conditions identiques aux mêmes cérémonies ; qu’il en reconnaissait tous les détails, et ne comp)‘enait pas pourquoi on recommençait tout cela » p. 457.
. En 1893, il s’éprend d’une jeune fille qu’il veut épouser. En raison de son état de santé, les parents s’opposent au mariage.
Très afîecté de cette opposition'.
Depuis ce moment, ses illusions se multiplient avec une grande rapidité.
Bientôt, idées de persécution.
« Attribue ses maux de têtes à des drogues que ses parents lui administrent pour lui faire oublier ses projets de mariage, ou pour le consoler de son chagrin en l’abrutissant. Il interprète dans le même sens les faits les plus naturels. Colères, violences.
On l’envoie dans un établissement d’hydrothérapie ; il en sort au bout de quarante-huit heures, en disant qu’27 y était déjà venu Vannée précédente et qu'il en était parti de la 'même manière. Enfin, sur les instances de son père qui lui remontrait la nécessité d’un traitement suivi, du calme et de
l'isolement, il vient à Vanves wlontaîrement et seul (juillet 1894).
A peine entré dans la maison, il reconnaît successivement tout ce qu’il voit : la cour, le salon avec ses sièges et ses tentures, le parc dans ses moindres détails ; les personnes qui le reçoivent ont déjà fait les mêmes gestes, prononcé lés mêmes pax’oles ; lui-même a fait les mêmes réponses. C'est l'année dernière, dit-il, à pareille époque, qu’il est déjà venu ici et il veut s'en aller, comme l'année dernière.
L’auteur l’aborde : « il répond à mon salut d’une façon absolument correcte et de l’air de quelqu’un qui se trouve en présence d’un inconnu. Quelques paroles sont prononcées, et sa physionomie change, il me dit en souriant : « Je vous reconnais maintenant, docteur ! C’est bien vous qui m’avez adressé les mêmes questions et je vous ai répondu de même. Tout cela est très net pour moi. Vous jouez fort bien la surprise, mais il est inutile de continuer. » Malgré mes dénégations les plus énergiques, Louis reste inébranlable dans sa conviction ».
Quelques instants après, scène identique avec M. Falret.
Toute cette première journée se passa ainsi en reconaissances successives de tout ce que Louis découvrait dans la maison. La reconnaissance, toujours très rapide, n'était jamais instantanée.
Le lendemain, Louis écrivait la lettre suivante.
« 5 heures matin, juillet 1894.
« Mon cher frère,
« Je me rends de plus en plus compte que la scie des drogues me poursuit. Je vois pourquoi on m’a renvoyé dans cette
maison où je suis déjà venu l’an dernier. Comme toujours, pas d’esprit de suite. D’abord des drogues pour, ensuite des drogues contre. De telle sorte que quand, comme cette nuit, très exactement, minute par minute, je retrouve ce que j’ai fait l’an dernier, je n’ai affaire qu’à une carafe d’eau qui me détraque la tête et va forcer à quitter la place demain, à la première heure. Vous vous obstinez à me mettre des bâtons dans les roues au moment où je sens que cela va aller bien. Je vais repartir pour B..., où vous pourrez me droguer à votre aise et achever de m’abrutir. Quoi qu’il arrive, je vous serai toujours très reconnaissant de ce que vous avez fait.
« Pour mon compte personnel, ce que je vois de plus terrible, c’est surtout cet empêchement cérébral qui fait que, dans les mêmes circonstances, je fais, je dis ou je ne fais pas, je ne dis pas les mêmes choses. C’est ce qui fait qu’en arrivant ici j’ai exactement dit au docteur ce que je lui avais dit l’année dernière ; c’est ce qui fait que, comme l’an dernier, je n’ai pas parlé à Mlle X..., l’autre jour, chez les Z...
« Il s’agit maintenant de m’en aller d’ici, où je n’ai pas dormi de la nuit et où je n’ai eu pour me rafraîchir que de l’eau empoisonnée, comme l’an dernier, toujours comme l’an dernier.
« En d’autres termes, ma maladie qui, évidemment, existe, est ceci ; placé dans les mêmes conditions, je refais les mêmes choses, bonnes ou mauvaises. Qu’en faut-il conclure ? J’affirme avec plus d’énergie que jamais, que Mlle X... peut me guérir, et que, encore une fois, si je pouvais la voir huit jours de suite, je serais exactement ce que j’étais avant de tomber malade.
« Et là-dessus, je t’embrasse très affectueusement, désolé
que vous soyez décidés à m’empêcher de faire ce mariage que je me sens capable de faire à partir de maintenant.
« Louis ».
- Evolution depuis l’entrée à l’asile ;
Idées de persécution :
Aucune apparence d’évolution.
Jamais d’hallucinations.
N’a jamais trouvé aux aliments de goût ou d’odeur suspects: « Il reconnaît les drogues à leurs prétendus effets, d’ailleurs variables, tantôt excitants, et tantôt déprimants. Il ne peut s’expliquer pourquoi on lui donne ainsi des drogues contraires, pourquoi surtout on choisit pour l’ahrutir le moment précis où il va mieux ».
D’ordinaire bienveillant et doux, se plaint sans aigreur de son internement et de son empoisonnement continuel. Il admet que tout cela est fait pour son bien. Mais on fait fausse route puisque ces mêmes moyens ont échoué djêà Vannée dernière:
Moments d’exacerbation où il frappe, menace, brise les meubles etc. '■
Illusion de déjà vu.
« A conservé ses caractères de généralité et, d’apparente continuité. Elle embrasse les événements subjectifs comme les faits objectifs... La reconnaissance illusoire est affirmée avec d’autant d’énergie que l’on attire davantage sur le fait l’attention du malade », p. 460.
<■< Louis n’a jamais cessé d’affirmer que son existence actuelle répète exactement sa vie de l’an dernier. Dans les six mois que je viens de passer ici (janvier 1895). Il n’y a pas deux minutes gui different de mon premier séjour ».
Reconnaît sans hésitation, non seulement les faits quelconques de la vie quotidienne, mais aussi tous les évènements publics dont on lui parle, ou qu’il apprend par les journaux.
De chaque nouvelle reconnaissance, il tire une preuve nouvelle et chaque fois décisive de son précédent séjour dans^ la maison de santé. Sans paraître se douter qu’il nous avait dit la même chose la veille, il répétait chaque jour ; « Hier encore, je n’étais pas très sûr ; je pouvais avoir des doutes sur mon séjour antérieur ici. Mais, à présent, c’est très net, je suis absolument certain d’avoir connu le fait de tout à l’heure ici même, l’année dernière et dans des circonstances identiques.
Au commencement d’octobre 1895, nous conduisons le malade voir l’enterrement de Pasteur. Il était ’ à un balcon, en compagnie de deux inconnus, un homme et une femme, qu’i a d’ailleurs très rite reconnus, comme il a reconnu la maison, la rue, la foule et le cortège dans tous ses détails. Le lendemain, nous reparlons plusieurs fois de cet enterrement, et, suivant son habitude, Louis afârmie que, 'plus il 'y pense, plus clairement il revoit tout cela : il a particulièrement gardé le souvenir très précis des deux personnes qui étaient auprès de lui. « Je les vois aussi nettement que hier. » On lui demande alors de rappeler leurs physionomies, la couleur et la forme de leurs vêtements. Le description qu’il en fait est aussi' éloignée que possible de la vérité -; il prête au Monsieur un Chapeau haute forme gris, alors qu’il portait une casquette anglaise, — une redingote noire au lieu d’un veston gris. Il coiffe la dame d’un chapeau rouge, tandis qu’elle avait un chapeau noir, etc.
Non seulement, il revoit, réentend, refait les mêmes choses-
« jour par jour ü', mais il éprouve aussi « les mêmes sentiments », il traverse « les mêmes états d’âme », il fait « lesmêmes rêves » ; ce qui résume dans cette formule nette et concise : « Je vis deux années parallèles ».
Interprétation de l’illusion par le malade, et déductions qu’il en tire :
1° La répétition de sa vie intérieure l’impressionne beaucoup plus que la reconnaissance des faits extérieurs : « J’ai la certitude d’avoir séjourné ici l’an passé, non pas tant grâce âmes souvenirs que par l'identité des pemées qui meviennent à l'esprit, de mes rêves, de mes dispositions intérieures. Je ne vous cache pas que cela m’ennuie beaucoup. Recommencer, dans le même ordre, les mêmes pensées et les mêmes rêves, cela est évidemment maladif. »
2o Erreurs de chronologie ;
Il en vient à croire qu’il a séjourné trois fois dans, la maison de santé, parce que, dit-il, « le souvenir de mon séjour de Pan dernier se présente lui-même à mon esprit comme un souvenir antérieur, comme un souvenir déjà vécu ».
Il suppose d’abord, puis il attirme « que nous sommes en 1895», puisque tous les journaux qu’on lui donne, et qu’il a « lus l’année dernière », portent la date de 1894. Naturellement, le 1" janvier 1895 devient pour lui le P" janvier 1896, et ainsi de suite.
3“ Négation de faits ;
Le malade écrivait à son frère, en octobre 1894 : « J’ai suivi jour par jour mon séjour précédent dans cet établissement. J’y ai retrouvé au fur et à mesure les mêmes articles de jour naux. Vous m'y avez envoyé les mêmes fausses nouvelles ; la mort de M”® X..., le mariage de Z... Je ne puis écri-
j-e à X--5 II® sachant pas exactement si c’est vrai ou faux, n ms semble bien pourtant que c'est-faux, puisque je suis sûr d’avoir lu la meme cliose l’an dernier, ainsi que le mariage de Z... J’ai beau avoir la tête malade, il y a évidemment des choses qui se fixent, et celles-là en sont... Je E’écrirai pas à M“«. X..., malgré la parfaite occasion que me àonmpseudo-mort de sa fille. J’agirai exactement de la même façon que la première fois, et je suis sûr de ne lui avoir pas écrit l’an dernier, je le sens à la netteté avec laquelle je prends la résolution de ne pas lui écrire. »
Etat de mémoire :
. Affaiblie ; l’amnésie porte principalement sur la période qui a suivi la fièvre paludéenne, et sur les faits actuels Acquisitions nouvelles très difficiles et très instables. Dans cette amnésie, il faut faire une part assez importante à la distraction qui résulte des préoccupations habituelles du malade. Toujours absorbé par la pensée de sa maladie, me parlant guère d’autre chose, Louis est indifférent à tout ce qui se passe autour de lui. Mais si on réussit à attirer son attention à l’intéresser, les souvenirs se fixent assez bien.
Série de 4g observations inédites
Observation 37
A. J..., F. 27 ans.
Artiste peintre. Très intelligente, ti’ôs cultivée, très nerveuse, ayant à un très haut degré la passion de l’observation intérieure.
i et 2. - Oui ; c’était une impression portant sur la totalité de la perception. ■
3. - Vers l’âge de 8 ans.— 4, - Aujourd’hui, 30 avril 1897). — 5. - Non. — 6. - Mémoire très bonne autrefois, actuellement, mauvaise. — 7. - J’ai surtout la mémoire des détails, et non celle de l’ensemble.
3, 10,15 et 16. - Dans des circonstances banales. .