et 31. - Non
32. - Oui, mais cette impression est loin d’être constante, et je crois ne l’avoir éprouvée que dans quelques cas où la fausse reconnaissance était survenue pendant que j’étais en train de parler.
3, 34 et 3t bis.- Non, ou du moins pas sans l’impression 32.
32 bis. - Oiii, peut-être une demi-douzaine de fois. Ordinairement dans un état d’excitation légère, par exemple, discutant avec des amis, après un repas copieux. L’impression me paraît bien diflîcile à décrire : elle est, à proprement parler, inintelligible. Elle survient chez moi brusquement, sans aucune espèce de prodromes, et sans cause apparente, au milieu d’une phrase et d’un geste. Elle consiste, en ce que pendant un temps très court, l’ensemble de mes états de conscience est accompagné du sentiment particulier et indéfinissable que donnent d’ordinaire seulement les choses anormales, ou les choses dont nous n’avons jamais rencontré l’analogue ; ma voix me fait alors la même impression que si je ne l’avais jamais entendue auparavant, mes raisonnements et mes pensées me paraissent inattendus, le monde extérieur est lointain et étrange, je me parais à moi-même étrange et étranger à moi-même, autant (et même plus en un certain sens) que si j’étais un autre. Cela peut durer, il me semble, de 30 secondes à une minute.
2abis. - J’ai éprouvé plusieurs fois (3 ou 4 fois?) cette impression avant de m’endormir, mais mes souvenirs sur ce point sont extrêmement vagues. Je crois me rappeler que cela n’était nullement lié à une fatigue plus grande, ni à aucune espèce d’état anormal.
35. - Je suis peu distrait, et assez rebelle à l’obsession. Il est rare qu’un mot ou un air me « poursuivent » et quand cela arrive, c’est toujours parce que je les ai volontairement répétés un grand nombre de fois pour les graver dans ma mémoire. L’obsession ne dure d’ailleurs jamais plus d’une heure, elle n’est jamais bien gênante,et cesse toujours dès que je dois réfléchir à quelque chose de sérieux ou d’intéressant.
Leroy 11
^ '1 me semble que je suis actuellement assez bien équilibré au point de vue nerveux.
Vers 19-20 ans, à la suite de surmenage physique, j’ai été pendant près d’un an assez profondément neurasthénique ; céphalées, hyperesthésie du cuir chevelu, rachialgie, diminution considérable de la mémoire, etc... phobie, ce qui
signifie que je redoutais extrêmement la vue de ma propre image réfléchie dans une glace, cette phobie ne fut pas très intense; j’arrivais souvent à la surmonter, et n’éprouvais alors que de l’inquiétude et un peu d’oppression, sans angoisse proprement dite. Elle a totalement disparu. Pendant cette période de neurasthénie, les fausses reconnaissances ne furent pas plus fréquentes qu’elles n’avaient été avant, et qu’elles ne furent après.
36. -1.-5 décembre 1896. — Etat physique et état mental absolument normaux et ne présentant rien ne spécial. J’étais dans une maison où je me trouvais pour la première fois (nouvellement construite d’ailleurs), dînant avec trois. personnes que j’avais vu pour la première fois environ une heure auparavant, et dans des circonstances qui étaient pour moi d’un genre tout à fait nouveau. La conversation était assez peu animée ; on parlait depuis quelques minutes, de villégiatures, et quelqu’un ayant parlé de Cabourg, je commençai à raconter diverses choses, assez banales, d’ailleurs, et peu intéressantes sur ce pays ; je parlais ainsi depuis une minute peut-être,, quand soudain, j’eus, d’une façon extrêmement intense, l’impression d’avoir dit exactement les mêmes choses dans les mêmes circonstances, — notamment dans le même décor, — la même suspension à gaz en simili-bronze, dont la structure prétentieuse et inharmonique me causait une impression de
gêne permanente, répandant sa lumière jaune sur la figure de la personne qui me faisait vis-à-vis, ayant devant moi dans la môme assiette blanche le même morceau de veau que je mangeais sans sauce et sans pain, par très petites bouchées.Cette impression dura environ une minute. Personne autour de moi ne s’aperçut de quoique que ce soit (Rédigé d’après des notes prises trois heures après).
IL — 16 mars 1898. — Entre 8 heures 1/2 et 9 heures du matin. État absolument normal. Circonstances banales ; j’étais en tramway, et habituelles, car je faisais le même traje de la même façon presque tous les matins depuis six sem aines Je lisais dans 1’ « Écho de Paris » le compte-rendu de la dernière séance de la Chambre. Je lisais vite, mais avec assez de soin, et étais suffisamment absorbé pour ne prêter aucune attention à ce qui pouvait se passer autour de moi. Comme toujours, lorsque je lis un dialogue, j’entendais intérieurement chacun des interlocuteurs avec une voix différente : « M. le ministre des affaires étrangères. — Les choses s’arrangeraient sans vous assurément (il s’agissait des affaires de Oeète). Mais elles s’arrangeraient sûrement contre vous. (Nouveau bruit sur lès mêmes bancs). Je me demande si il y a ici une majorité, en présence d’une difficulté d’ordre relativement restreint, alors que toutes les puissances sont d’accord et que- nous subordonnons toujours notre adhesion à leur accord unanime...». En entendant ce dernier fragment de phrase, ici mis en italique, j’eus l’impression soudaine de l’avoir déjà entendu intérieurement à une époque indéterminée, exactement dans les mêmes termes et. avec le même timbre, ayant sous les yeux le même journal. L’illu- Mon ne porta pas sur le « décor » (c’est-à-dire lieu où je me
trouvais, personnes qui m’entouraient, etc.). Cela tient uniquement, je crois, à ce qu’à ce moment, ce décor n’eæistait pas pour moi, toute mon attention ôtant absorbée par la lecture du journal. Je n’interrompis pas ma lecture; les dix lignes suivantes furent rapidement lues, sans incident, mais la fausse reconnaissance recommença avec le passage suivant : « Bans un langage ires correct, sans niser à de grands effets de tribune, il a très habilement cherché a établir qu'on poumit rester dans le concert européen... » Là, elle cessa définitivement. Je fus dupe de cette illusion, quelques secondes seulement.
III. — Mercredi 18 mai 1897, 4 heures 15 de l’après-midi. — (Rédigé d’après des notes prises le soir même, vers 9 heures).
Le 17 mai 1897, j’avais fait visiter à mon camarade H... le service où je travaille, à la Salpétkiéke. Arrivé à l’entrée d’une salle dans laquelle se trouvait couchée une malade intéressante (atteinte du délire de persécutions), j’avais arrêté H... pour lui exposer le cas, avant de nous rendre auprès d’elle. Le lendemain, causant avec Mlle T... de cette même malade, je voulus raconter la visite que je lui avais faite la veille : Cherchant à me la rappeler, j’évoquai intérieurement le tableau de ce qui s’était passé et notamment ma station avec H... sur le pas de la porte. J’eus tout à coup l’impression d’avoir eu exactement les mêmes souvenirs. Je ne dis pas de les avoir déjà eus dans les mêmes circonstances, parce que, tout A fait absorbé à ce moment-là dans ma recherche, je revivais pour ainsi dire mes souvenirs, tandis que les circonstance présentes n’existaient pour ainsi dire plus pour moi. Cotte impression ne dura qu’un instant (au plus trois secondes), mais me fit une impression suffisamment profonde pour que
je me demandasse encore pendant les quelques minutes qui suivirent, si la situation de la veille n’avait pas été réellement la répétition d’une situation antérieure....
Observation 41.
Paul Adam, H. né le 7 décembre 1862.
Romancier.