Oui
32 et 32 bis. - Mais cela m’est très fréquent, même à l’ordinaire et sans fausse reconnaissance. De ce phénomène en effet, M. Paul Adam a mis dans la bouche d’un de ses personnages l’excellente description qui suit : « Le bruit de nos pièces, écrit-il, celui des pierres écroulées, les cris fous des artilleurs, les ordi’es émis à voix furieuse dans Tombre blanche des fumées, nous étourdirent plus que la peur... Je perdis moimême toute personnalité. Les injonctions du capitaine frappèrent mon oreille de telle sorte que je m’imaginais ne pas être désigné par elles. J’assistais moi-même à mes gestes, à mes efforts pour paraître calme et froid, pour détacher avec soin les syllabes de mes commandements. Je üs traîner un arbre ,sur le corps de mes deux artilleurs. Ma conscience s’étonna de l’acte, loua ma prudence, comme si un autre eût prescrit cette mesure (1) ».
Observation 42.
Emile Zola. . Né le 12 avril 1840,
Homme de Lettres.
1. — On lit dans Vindeoo du D' Toulouse sur E. Zola, le pas sage suivant (1896 p. 195).
1. Paul Adam. Le fer siffle, le Journal, mardi 14 septembre 4897. 6e année, n® 1813. -
Parmi les erreurs de mémoire, il est une variété de paramnésie qui prête à des choses nouvelles une fausse impression de dêjàvu. C’est ainsi que M. Zola est poursuivi par deux ou trois paysages qu’il croit souvent retrouver dans des milieux où il va pour la première fois. Les personnes lui causent rarement la même impression. En revanche, il lui arrive parfois de croire reconnaître dans des conversations nouvelles d’autres causeries identiques de mots et d’allures. Il n’a pas cette impression à propos des phrases qu’il écrit ».
Il est fait allusion dans ce passage à deux phénomènes que M. Toulouse paraît avoir quelque peu confondus, mais quisont bien distincts : D’une part, des paysages nouveaux évoquent souvent, chez M. Zola les souvenirs parfaitement conscients de* paysages anciens bien définis, et très connus de lui. C’est ainsi que, lorsqu’il est allé à Rome, il y a trois ou quatre ans, pour la première fois, la vue de la campagne romaine a évoqué en lui avec une précision extraordinaire les souvenirs du petit coin des environs d’Âix où s’est passée son enfance. Il lui semblait que la ville de Rome elle-même fût Aix, démesurément grandie. C’est là un phénomène à peu près automatique, mais en somme purement intellectuel, et qui n’a rien à voir avec l’objet de notre étude (1).
D’autre part, M. Zola est sujet aux fausses reconnaissances, à l’impression de déjà vu. Il a souvent ressenti cette impression, mais sans y avoir jamais prêté une grande attention, les faits de ce genre étant, dit-il, trop flous, trop peu positifs,
1 Ce phénomène est sans doute en rapport avec la netteté et l’intensité extraordinaire que gardent chez E. Zola certains souvenirs concrets. - Voir à ces sujet l’observation d’E. Zola dans le livre précité de Saint-Paul, (1892).
et renfermant à première vue trop d’inconnaissable pour séduire son intelligence essentiellement logique. « Je n’aurais, ajoute-t-il, été probablement plus frappé, s’il avait été plus manifestement impossible que les faits faussement reconnus, ne fussent qu’une répétition. Il se rappelle avoir éprouvé cette impression spécialement pour des paysages, des conversations, des inflexions de voix.
3, 4, et 5. - Ne peut fournir aucune réponse précise.
6et7.- Voir: Saint-Paul (1892) et E. Toulouse (ISQb). Ghap. 4. - 4 ; Mémoire, p. 130 et Sq.
9,10,11,12, 13, 14,15 et 16. - Rien remarqué.
20 et 21. Toujours extrêmement fugitif.
32. - Non. —32 bis. - Oui, assez fréquemment, en parlant: 11 lui arrive alors, entendant sa voix, de la trouver étrange,, étouffée, il lui semble que personne ne peut l’entendre, qu’elle ne porte pas; et en même temps, il éprouve une très nette impression d’automatisme. Il a ressenti cet ensemble de symptômes d’une façon particulièrement vive l’an dej’nier, prononçant un discours à l’inauguration du monument de Màupassant au parc Monceaux.
Observation 43
Paul Bourget,.
Romancier.
1, 2, 3, 4 et 5. - « J’y suis sujet d’une manière si constante, que je l’ai toujours considéré comme normal. Il ne s’estpas passé je crois de semaine, depuis ma plus lointaine enfance, sans
que j’aie éprouvé cette impression de déjà vu, à propos de tou tes sortes de choses et de gens. »