CHANTS DE L'AMOUR DE LA MORT
tA la mémoire d'Henri T^egnault, iA Tétre de génie si tôt disparu dans la mort.
LIT^'MIES T>E L'^SCOUTl
Amour, dispensateur du ciel et de l'enfer, Éros, aux yeux changeants et beaux comme la mer, Éros, qui sais dompter les âmes les plus fortes, Dieu corrupteur, par qui tant de races sont mortes,
Dieu des forfaits obscurs et des subtils poisons, Habile instigateur des longues trahisons, Rusé, fourbe, malin, ami de l'adultère, Sois béni, Dieu sauveur, qui consoles la terre !
Amour, brûlant Amour, qui par les nuits d'été Souffles en nous les chauds désirs de volupté, Dieu des baisers aigus et des tendres morsures, Oh! sois béni sans fin du fond de nos luxures!
Amour, mystérieux Amour, Dieu tout-puissant, Dont les autels toujours restent couverts de sang, Qui conseilles si bien la traîtrise et les crimes, Eros, roi des hauteurs, Eros, roi des abîmes,
Qui certains soirs en nous mets, comme un vin trop fort, L'ennui d'être et la soif horrible de la mort, O Maître, sois béni, Démon qui nous affoles Par l'ensorcellement des yeux et des paroles !
Toi qui fais succomber les plus fiers d'entre nous, Et qui les fais pâlir et tomber à genoux, Pieux, tremblants devant la plus vile des femmes, Amour, oh! sois béni, Dieu contempteur des âmes!
Dieu des pleurs convulsifs et des spasmes ardents, Dont les plaisirs parfois nous font grincer des dents, Béni sois-tu, Seigneur, qui protèges les mâles, Tranquille immolateur des virginités pâles!
Dieu qui mêles, broyant les lys des seins neigeux, Un acre goût de mort aux douceurs de tes jeux, Qui repais tes regards des pudeurs abattues, O Roi, doux et sanglant, qui fais naître et qui tues,
Éros, Dieu des langueurs et des énervements, Qui de vertige emplis les yeux fous des amants, Et sèmes tour à tour la tendresse et la haine, A jamais sois béni par la souffrance humaine !