BOHEMIENS
Jouant du violon, un tzigane au teint noir Est debout, qui regarde au loin mourir le soir. Belle et sombre à ses pieds une femme est couchée Elle écoute en rêvant, la poitrine penchée, Les yeux fixes, les bras tombant le long du corps, Un chant sourd, monotone, aux funèbres accords. L'archet strident soudain fait crier une corde : Est-ce pour réveiller un désir qui la morde, Ou pour lui rappeler d'amoureuses douleurs ? — Et de fauves éclairs brillent parmi ses pleurs.
unisson
L'orgue de mon âme résonne, Quand, me tenant devant la mer, De son âme aussi qui frissonne Sur moi passe le souffle amer.
Et de la mer un chant s'élève, Très vague comme un air ancien, Un chant triste, le chant du rêve Qui trouble mon être et le sien.
Et c'est comme la plainte immense De cœurs vaincus, mais où toujours L'espoir inlassé recommence D'inassouvissables amours 1
( HANTS Dl i- AMOUR BT D B LA MORT Ijj
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1a r l'appel de vos yeux et de vos voix charmées, Que d'âmes de héros tombés à vos genoux, Femmes, auront péri pour vous avoir aimées; Que de peuples sont morts, dégénérés par vous!...
C'est pourquoi je te hais autant que je t'adore, Beau démon au corps blanc comme la chair des lys, Et pourquoi dans tes bras je me souviens encore Des malédictions qui te frappaient jadis !
Quelle est donc par moments ta fatale puissance, Qui rend vil à jamais et dompte le plus fort, Et comment, femme, à qui nous devons la naissance, Toi qui donnes la vie, es-tu pleine de mort?...
Que tu demeures bien la fille de ta mère, De la Nature, impure et chaste tour à tour, Qui sourit et nous baise, et qui, soudain amère, Nous blesse et tue après des caresses d'amour;
Qui sait trop, elle aussi, prendre, enlacer notre âme, Bête attirante et fausse, en de mortels baisers 1... — Homme, ô Samson, vaincu par elle et par la femme, Quand tous tes vieux liens seront-ils donc brisés?
CHANTS DE i. AMOUR i i DE i \ MOR1 i;,
OMTHiSÎLE
Iabrcule, le héros, morne, silencieux, Se tenait accroupi devant le lit d'Omphale, Qui, demi-nue, ouvrait nonchalamment les yeux, Tour jouir des blancheurs de sa chair triomphale.
A travers les rideaux de pourpre, du dehors Pénétrait et vibrait une ardente lumière, Et de roses clartés pleuvaient sur ce beau corps, Qui semblait insensible et plus froid que la pierre.
Le héros à ses pieds tressaillit tout à coup. Il se dressa robuste et puissant comme un chêne; Le sang faisait gonfler les veines de son cou, Et, pareil au lion qui briserait sa chaîne,
Terrible, en contemplant Omphale, il dit : « Je pars. » Et, tandis que, levant sa tête vers Hercule, Et du doigt écartant ses longs cheveux épars, La reine sur son lit souriait incrédule :
i;6 l'illusion
« Oh! qu'as-tu fait de moi? dit-il en rugissant. Autrefois j'étouffais le lion de Némée; Aujourd'hui je ne sais, stupide et languissant, Qu'adorer tout le jour ta chair accoutumée.
« Lâche, je reste là, sans souci du devoir, J'ai honte, et je m'en vais, car la gloire m'importe. Toi, tout ce que voulait ton orgueil, c'était voir Hercule, comme un chien, couché devant ta porte !
« Et c'est donc pour cela que j'aurais combattu ? Et je n'aurais ainsi conquis toute ma gloire, Que pour finir ma vie, oubliant la vertu, Et tenir hébété ta quenouille d'ivoire?
« Oui, je te quitte et pars au loin, me voilà fort! Au loin je vais souffrir, mais aussi je vais vivre ; Et s'il me faut plier terrassé par le sort, J'appellerai la Mort pour qu'elle me délivre!... »
— Mais Hercule revint à ses lâches amours : Comme il s'était longtemps trop courbé sous la Femme, Il eut ce châtiment de l'adorer toujours, Et dut sur le bûcher purifier son âme.
CHANTS i>n L amour r:r DE I \ M 0 !