‹ L'IllusionChapitre 29 sur 78 · UK CH<AM? T>E FOI%E · texte numérisé non relu

UK CH<AM? T>E FOI%E

Au fond d'une cage en plein vent, Où manquait l'espace à ses ailes, On voyait un aigle vivant, Qui tenait closes ses prunelles.

Au-dessous de lui murmuraient, Roucoulaient, agitaient leurs tètes, Deux colombes qui s'adoraient, Selon l'usage de ces bêtes :

— Et par instants l'oiseau royal, Entr'ouvrant ses beaux yeux moroses, Regardait le couple banal Qui se contentait de ces choses 1

SLALOME

JAlomé, la danseuse, est pâle de désir; Elle, le beau serpent d'amour, la fleur sauvage, La veille, elle entendit lui cracher un outrage Cet ascète, qui hait la chair et le plaisir.

Or, elle apprend qu'Hérode enfin l'a fait saisir ; Dans la nuit de ses yeux rit un éclair d'orage; En hâte elle se pare et farde son visage, Et se rend au palais où le Saint doit venir.

Le Saint est amené dans la salle de fête;

L'extase de la mort illumine sa tête;

Le bourreau près du trône est allé se placer;

Et, demi-nue, au son des tambours et des harpes, Voluptueusement entr'ouvrant ses écharpes, La couleuvre se lève et commence à danser.

chants ni: i AMOUR i r DE LA mort 139

La Héte triomphante a cru vaincre l'Esprit, Le sang du Précurseur a jailli sous l'épée ; Et, sinueuse, autour de la tête coupée, Lente, Salomé danse et froidement sourit.

Le sang teinte ses pieds d'ivoire et les fleurit... Puis à l'aube emportant la tête enveloppée, Elle a fui du palais, soudain préoccupée Par les yeux de ce mort, dont la paix la surprit.

— De ce jour, la chair lasse et jamais assouvie, Etrangement elle eut le dégoût de sa vie, Et son âme étouffait de besoins inconnus;

Et toujours, et toujours elle voyait la tête,

Et, pleins de paix, ces yeux, ces grands yeux de l'ascète

Qui jadis dédaignait les fleurs de ses seins nus.

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