REFLETS DIVERS
Jous le ciel du Nord, le Néant Semble un large gouffre béant, Dont l'âme humaine se défie; Mais vêtu d'or et radieux, Roi de la terre et Roi des deux, En Asie on le glorifie.
Car notre rêve, ce miroir Tour à tour lumineux ou noir, Selon les choses qu'il reflète, Voit le Néant sublime et beau, Ou hideux, et tel qu'au tombeau Sous l'apparence d'un squelette.
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L>A reine de Saba, bercée En son hamac d'or par un noir, Dans le harem de ma pensée Habite et gouverne, ce soir.
Sur sa robe sacerdotale
Ses grands cheveux lourds son épars;
L'immense nuit orientale
Semble rouler dans ses regards.
Les diamants, les pierreries Des anciens trésors fabuleux, Parures de ses mains fleuries, Jettent moins d'éclairs que ses yeux.
Silencieuse elle se lève, Elle découvre ses seins blancs, Et, comme plongée en un rêve, Vers mes désirs vient à pas lents.
Je commande : sa robe tombe; Mon âme a l'éblouissement De ceux qui sortent de la tombe A l'appel d'Allah, leur amant.
Ses cheveux blonds lui font un voile D'or et de moire ; et dans les cieux Alors s'écoule d'une étoile Un chant d'amour mystérieux :
Elle écoute; son doux corps tremble Sous la caresse et la langueur De ce chant de flûte qui semble Le lointain soupir de mon cœur;
Et prenant ses voiles de soie, De leur frisson s'enveloppant, Soudain elle dresse et déploie Tout son corps, comme un beau serpent.
Ses petits pieds et sa démarche Ont pris un rythme cadencé, Et comme David devant l'arche, Pendant une heure elle a dansé!
Et moi sur elle, comme un mage, Je tenais mes yeux grands ouverts, Comprenant qu'elle était l'image De tout ce fantasque univers,
De tout ce monde transitoire, Dont Dieu, pour charmer ses ennuis, Fait une heure éclater la gloire lin la profondeur de ses nuits!