‹ L'IllusionChapitre 52 sur 78 · I A GLOIRE DU · texte numérisé non relu

I A GLOIRE DU

Ht c'est pourquoi devant ton corps tranquille et nu. Devant son rythme pur et son éclat sans voiles, Je tremble, comme aussi devant tout l'inconnu Du ciel nocturne avec sa poussière d'étoiles.

FJi X,TOC\CES

Vous toutes que j'aimai, vous que je crus aimer, Vous qu'en voyant passer j'adorais en silence, Vous dont le regard pur ne savait que charmer Ou, brûlant, me perçait ainsi qu'un fer de lance,

Je n'aurai plus bientôt qu'un souvenir confus De votre clair passage en mes yeux et mon âme ; Vos sourires enfuis, je ne les verrai plus, Ni vos chères douceurs que le néant réclame.

O fantômes, pour moi qu'aurez-vous donc été ? Pourquoi ce besoin fou de lueurs aussi vaines, Et quand tous mes désirs buvaient votre beauté, Que cherchaient-ils plus loin que les lèvres humaines?

Que vouliez-vous, mes grands désirs inapaisés? Pourquoi du mal d'aimer l'adorable souffrance? Et ces corps fugitifs, que mordent nos baisers, De quel beau plus réel nous sont-ils l'apparence?

— Ne te plains pas ainsi, mon âme : bénis-les, Ces fantômes légers qu'arrêtaient tes caresses, Pour avoir su tromper la soif dont tu brûlais, Et tes ardents espoirs d'apaisantes tendresses.

O visions, à qui je parlais à genoux,

Puisqu'un vide est dans tout, et d'abord en moi-même,

Je pardonne à celui qui se cachait en vous,

Et, des pleurs dans les yeux, me souviens et vous aime !

JEUX T>'^iTOV\CES

Avec sa cime d'or splendide un grand nuage Croulait dans les flammes du soir,

Et sur les flots au loin les éclairs d'un orage Faisaient palpiter le ciel noir.

Je regardais voler ces poussières d'écume Que fouette et disperse le vent,

Et le long de la mer s'élever cette brume, Et flotter ce brouillard mouvant.

Je foulais, en marchant, des collines de sable Que l'ouragan crée ou détruit,

Et pensais qu'en ce monde est ainsi périssable La couleur, la forme ou le bruit;

Et tandis que mes yeux contemplaient ces fantômes

Revêtant mille aspects divers, Mon esprit méditait sur tous ces jeux d'atomes

Dont est composé l'univers.

— Vous pouvez donc répondre à ceux qui vous dédaignent

Et vous appellent des songeurs, Poètes, que ces soirs qui llambent et qui saignent,

Ces crépuscules, ces rougeurs,

Et cette mer qui hurle et pousse sur la dune

Son troupeau de Ilots écuma&ts, Ces plages où, la nuit, erreront sous la lune,

Pâles, éblouis, des amants,

Toute cette magie enfin, et ces cieux mêmes,

Ces bruits, ces clartés, ces rayons, Tout n'est rien qu'apparence et, comme en vos poèmes,

Qu'un défilé de visions ;

lit qu'en nos yeux mortels ce spectacle qui passe

Et reflète sa vanité Est le néant d'un rêve illuminant l'espace,

Comme l'éclair des nuits d'été.

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