I. A OLOIR B DUS i: A X T 2 I
Tes esclaves dansaient, nul ne songeait à moi Ni ne m'entrevoyait, sortant du désert sombre A L'appel de l.i Mort, qui te guettait dans l'ombre? Ce soir, je volerai sur tes blancs escaliers, Dans la salle où rodaient tes lions familiers, Et mon chant remplira, si dédaigné naguère, La cour où barrissaient tes éléphants de guerre. De nous deux aujourd'hui, dis, quel est le plus fort, Du vieux corbeau vivant ou du irrand Sultan mort? »
A K^iLI*
1-^éesse de la mort, reine des voluptés, Ame des nuits d'amour, lune des nuits sanglantes, Déesse au corps livide, aux regards redoutés Comme l'acre poison des serpents ou des plantes ;
Et partout et toujours présente, dans l'horreur Des combats et le vol terrible des tempêtes, Et dans les océans fouettés par ta fureur, Ou hurlante, le soir, par la gueule des bêtes;
O Déesse hideuse, et si douce parfois, Qui, masquant ta laideur pour mieux tromper les âmes, Nous attires, fleur tendre ou source dans les bois, Et qui souvent revêts l'apparence des femmes ;
* La Déesse de la Mort et de la Volupté pour les Hin. dous.
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Déewe ténébreuse, ou splendide, et qui luis
Comme la lune d'or, reine des épouvantes, 0 musique, ô parfums et délice des nuits, Beau serpent enlaceur, aux caresses savantes;
Déesse aux yeux glacés, tu dédaignes nos pleurs, Çt de ces morts bleuis par tes baisers farouches, Méprisante, tu fais du fumier pour les fleurs, lit d'opulents festins pour les vers et les mouches !
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Dr ah ma les créa, Vishnou les sauva, Mais dévorateur, beau comme une femme, Époux de Kali, Dieu fort, ô Siva, Tu seras le fer, le poison, la flamme!
Les hommes, les Dieux te tendront les bras ; Tu les tueras tous, toi l'irrésistible; Et, seul survivant, tu les couvriras De ton long regard devenu paisible !
Cent mille Brahmas, cent mille Vishnous Seront déjà morts quand, au soir du monde, Tu te tiendras seul, du sang aux genoux, Debout dans le vide et la nuit profonde !
Tu te dresseras, ayant par milliers Les crânes des Dieux pendus à ta taille Et sur ton corps bleu tombant en colliers ; Puis, comme un roi noir, après la bataille,
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Qui rit, danse et chante au milieu des morts, Au son d'un tambour, toi le redoutable, Sur un rythme lent balançant ton corps, Tu soupireras un chant ineffable,
Un doux chant d'amour, vague, sans pareil, Plus doux qu'autrefois le souffle des femmes, Afin de charmer l'éternel sommeil Où seront plongés les corps et les âmes;
L'ETEX'MITE TfE SlVJi
.Les temps illimités qui virent Brahma naître Et le verront s'éteindre un soir au fond des cieux, Les temps après lesquels des milliers de dieux, D'âge en âge honorés, tous auront cessé d'être,
Les temps, sans crépuscule et sans lever d'aurore, Qui verront se dissoudre et rentrer dans la nuit La forme vague avec la lumière et le bruit, Tous ne sont qu'un moment de l'Être que j'adore,
De Siva, revêtant la multiple apparence De la vie aux yeux clairs, lui, le Dieu de la mort, Si bien que, comme un songe en mon esprit qui dort, Tout l'univers s'abîme en mon indifférence.
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Siva, Dieu de la mort, est beau comme une femme.
Oi va survivra seul, un soir, à tous les Dieux : Leurs têtes, ce soir-la, pareront sa poitrine, Et, la paix du néant souriant dans ses yeux, Siva se chantera sa passion divine :
« J'étais, aux temps passés, l'âme de l'univers, J'étais le jour, j'étais la nuit, j'étais l'aurore, J'étais le printemps clair, les étés, les hivers, L'immense vie ardente, et l'Amour qui dévore.
« Illusoire splendeur, j'habitais mon palais, Ainsi que l'araignée au centre de ses toiles : Les âmes tour à tour tombaient dans mes filets, Et j'ai fait dans mon sein s'éteindre les étoiles.
« Oh ! les morts, dormez donc et rêvez dans ma nuit, En attendant qu'un jour je vous laisse renaître, Si j'ai besoin encor de lumière et de bruit, Pour de nouveau combler l'abîme de mon être :
« Car l'abîme est profond et mon cœur plein d'ennui, Et seul dans l'infini, debout, sombre, livide, Je pense qu'autrefois mon sein comme aujourd'hui Portait le ciel entier et restait toujours vide. »
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L/ai.me à l'égal des fleurs ou d'un jeune animal, Tu répands tour à tour, en caprices savante, La joie ou la douleur, et le bien ou le mal, Et rien ne t'attendrit et rien ne t'épouvante.
Je rêvais un néant splendide : il est en toi; La candeur de tes yeux d'archange est un mensonge ; Je t'adore pourtant, sans raisonner ma foi, Lorsque tu m'éblouis de ta beauté de songe.
Je t'adore pourtant et ne redoute rien, Te venant contempler, ainsi qu'une statue Dont le corps serait froid et beau comme le tien : Mon âme ne craint pas que ton amour la tue.
Mais mon esprit encore a soif de la beauté; Plus que jamais je suis troublé par son mystère ; En vain je voudrais fuir : toujours je suis tenté Par ce Sphinx aux yeux durs qui fait saigner la terre.
Je viens donc t'adorer, je ne viens pas t'aimer : Je veux auprès de toi me sevrer de caresses; Les choses dès longtemps ont su m'accoutumer Au froid rayonnement de clartés sans tendresses.
Ouvre-moi largement ces yeux qui me sont chers, Idole dont la forme est si rare et sublime, Qu'oubliant la banale étreinte de nos chairs, De toi je sens monter un vertige d'abîme.
J'interroge en ton corps d'un rythme sans défauts Le mystère effrayant de la beauté parfaite, Et peu m'importe alors que tes regards soient faux, Quand de telles clartés rayonnent de ta tête.
Image aux traits si purs du mensonge divin, Forme noble et sans tache et de splendeur vêtue, Rappelant que la vie, où tout m'apparaît vain, Pourrait n'être, elle aussi, qu'un songe qui nous tue,
Si tu vois par instants des larmes dans mes yeux, Ne les crois pas venir de mon âme blessée; J'ai parfois cette angoisse en contemplant les cieux, Quand j'y cherche de même un semblant de pensée.
Le secret éternel que recèle le beau, C'est lui qui me tourmente en eux comme en toi-même ; La beauté m'épouvante à l'égal du tombeau, Tant j'ai vu de néant sous sa splendeur suprême.