D APRES UNE EAU -FORTE DE GOYA
vJ n mort s'est redressé pour revoir la lumière ; Il tend son long dos maigre et soulève la pierre, Qui trop lourde à nouveau va retomber sur lui; Sans doute un peu de jour en sa fosse aura lui, Troublant et réveillant sa prunelle hagarde; Un autre mort est là, sans l'aider, qui regarde, Et ricane, accroupi devant le trou béant, — Celui-là résigné sans doute à son néant.
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Jalomon fit un signe : un Génie amena
Sous la nuit étoilée La Mort, qui sur-le-champ, humble, se prosterna,
Magnifique et voilée.
Et Salomon lui dit : « La lune suit aux cieux
Sa danse accoutumée; Je veux te voir aussi, Reine, devant mes yeux
Tourner comme une aimée.
« Entends pleurer la flûte et gronder les tambours. »
Et dans cette musique Elle tourbillonna sous ses vêtements lourds,
Selon l'ordre magique.
Or, quand elle eut fini, Salomon soucieux
Lui cria : « Mets-toi nue, Je veux voir ta laideur, et voir s'il n'est pas mieux
Qu'elle soit moins connue. »
HBURES SOMBRES 2X3
là la Reine obéit: et, ses voiles ouverts,
Elle apparut horrible, Le corps tout décharné, le crâne par les vers
Tout troué comme un crible.
« C'est bien, recouvre-toi de ta robe, dit-il,
Habille ton squelette; due parfois à tes pieds brûle un parfum subtil
Dans une cassolette;
« Sous un long voile obscur tiens cachés tes yeux creux,
Et pare de mensonges Ton silence ou ta voix, pour que les malheureux
« Et qu'à la dernière heure, en rêvant dans tes bras
Les délices suprêmes, Ils pensent, éblouis, lorsque tu paraîtras,
Goule, que tu les aimes !
« Mets du fard à ta peau, trompe-les, je le veux;
Pour tenter leur envie Sème de diamants la nuit de tes cheveux,
Et mens comme la Vie I »
CH%.IST T>'U<]sL VIEUX MiAIT%E
KJ h Christ en croix, saignant, sombre, maigre, livide.
11 est seul, déserté de tous; le ciel est vide.
Ce ciel, qu'il évoquait d'un regard éperdu,
Ne s'est pas entr'ouvert et n'a rien répondu ;
Et ce Christ semble mort dans l'angoisse suprême,
Ayant douté de nous, de douter de Dieu même.
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