‹ L'IllusionChapitre 62 sur 78 · D APRES UNE EAU -FORTE DE GOYA · texte numérisé non relu

D APRES UNE EAU -FORTE DE GOYA

vJ n mort s'est redressé pour revoir la lumière ; Il tend son long dos maigre et soulève la pierre, Qui trop lourde à nouveau va retomber sur lui; Sans doute un peu de jour en sa fosse aura lui, Troublant et réveillant sa prunelle hagarde; Un autre mort est là, sans l'aider, qui regarde, Et ricane, accroupi devant le trou béant, — Celui-là résigné sans doute à son néant.

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Jalomon fit un signe : un Génie amena

Sous la nuit étoilée La Mort, qui sur-le-champ, humble, se prosterna,

Magnifique et voilée.

Et Salomon lui dit : « La lune suit aux cieux

Sa danse accoutumée; Je veux te voir aussi, Reine, devant mes yeux

Tourner comme une aimée.

« Entends pleurer la flûte et gronder les tambours. »

Et dans cette musique Elle tourbillonna sous ses vêtements lourds,

Selon l'ordre magique.

Or, quand elle eut fini, Salomon soucieux

Lui cria : « Mets-toi nue, Je veux voir ta laideur, et voir s'il n'est pas mieux

Qu'elle soit moins connue. »

HBURES SOMBRES 2X3

là la Reine obéit: et, ses voiles ouverts,

Elle apparut horrible, Le corps tout décharné, le crâne par les vers

Tout troué comme un crible.

« C'est bien, recouvre-toi de ta robe, dit-il,

Habille ton squelette; due parfois à tes pieds brûle un parfum subtil

Dans une cassolette;

« Sous un long voile obscur tiens cachés tes yeux creux,

Et pare de mensonges Ton silence ou ta voix, pour que les malheureux

« Et qu'à la dernière heure, en rêvant dans tes bras

Les délices suprêmes, Ils pensent, éblouis, lorsque tu paraîtras,

Goule, que tu les aimes !

« Mets du fard à ta peau, trompe-les, je le veux;

Pour tenter leur envie Sème de diamants la nuit de tes cheveux,

Et mens comme la Vie I »

CH%.IST T>'U<]sL VIEUX MiAIT%E

KJ h Christ en croix, saignant, sombre, maigre, livide.

11 est seul, déserté de tous; le ciel est vide.

Ce ciel, qu'il évoquait d'un regard éperdu,

Ne s'est pas entr'ouvert et n'a rien répondu ;

Et ce Christ semble mort dans l'angoisse suprême,

Ayant douté de nous, de douter de Dieu même.

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