‹ L'IllusionChapitre 63 sur 78 · ÉTOILE LOI'SLTJLI'XLE · texte numérisé non relu

ÉTOILE LOI'SLTJLI'XLE

Astrh clair qui là-haut trembles au fond des cieux, Quel est le nom, quelle est la forme de tes dieux? Des hommes sont-ils rois de tes troupeaux de bêtes? Lointaine étoile, as-tu tes héros, tes prophètes, As-tu tes criminels, tes monstres, tes damnés, Ou tes voyants, tes saints, tes grands hallucinés, Cherchant à consoler la détresse des êtres? Tes vivants souffrent-ils du péché des ancêtres, Et, le soir, éblouis par ta splendeur qui ment, Prolongent-ils aussi leur misère en s'aimant? Tes amants savent-ils, penchés sur leur amante, Apaiser l'infini désir qui les tourmente? Astre clair, cependant tu souris et tu luis; Tu mêles ton mensonge à la douceur des nuits ; Tu scintilles, pareil aux yeux des bien-aimées, Malgré tant de douleurs en ton sein enfermées, Et bien qu'en toi, fruit d'or, fruit merveilleux du ciel, Le mal se soit glissé comme un ver éternel.

t86 l'illusion

FIGUCR.ICXJES M^iCiAcB%.ES

Adam et Eve ont fui leur beau paradis clair. Froide sous un ciel noir déchiré par l'éclair, La terre étend ses lacs et ses plaines sans bornes. Ils contemplent, muets, ces solitudes mornes, Et grelottent, fouettés par la pluie et le vent. Un violon en main, la Mort court en avant, Jouant des airs d'amour et gambadant de joie Devant cet univers, qui deviendra sa proie.

L'astrologue pensif interroge les deux :

La Mort, en s' approchant, lui tend devant les yeux

Un hideux crâne vide, et rit, et semble dire :

« Le ciel est aussi creux, que veux-tu donc y lire? »

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h ! que d'amants encor s'aimeront sous la nuit, Bien longtemps après nous, aux clartés des étoiles! Que de lèvres encor furtives et sans bruit, Femmes, pour vous brûler, écarteront vos voiles !

Et quand ces cœurs ardents seront éteints et morts, Que leur restera-t-il de toutes ces ivresses?... Quel effroi glacerait l'étreinte de ces corps, S'ils songeaient au néant qui suivra leurs caresses !

EGALITE, FTi^lTEX^ITE..

//ig et zig et zig, la Mort en cadence Frappant une tombe avec son talon, La Mort, à minuit, joue un air de danse, Ziz et zig et zag, sur son violon.

Le vent d'hiver souffle, et la nuit est sombre ; Des gémissements sortent des tilleuls; Des squelettes blancs se glissent dans l'ombre, Courant et sautant sous leurs grands linceuls.

Zig et zig et zig, chacun se trémousse, On entend claquer les os des danseurs; Des couples furtifs s'assoient sur la mousse, Comme pour goûter d'anciennes douceurs.

Zig et zig et zag, la Mort continue De racler très fort son aigre instrument. Un voile est tombé! la danseuse est nue : Son danseur la serre amoureusement.

Zig et zig et yÀg, quelle sarabande !

Quel cercle de morts se donnant la main! Ziz et zig et zag, on voit dans la bande Le roi gambader auprès du vilain.

Mais, psit! tout à coup on quitte la ronde, On se presse, on fuit, le coq a chanté. — Oh 1 la belle nuit pour le pauvre monde, Et vivent la Mort et l'égalité !

29O L ILLUSIO N

VEILLÉE FUCK.E'B%E

r auvre homme, qui vécus sans joie et sans clarté, Et dont le cœur pourtant n'a pas connu l'envie, Tes membres étendus dans l'immobilité Se reposent enfin du combat de la vie.

Tu marchais résigné, tranquille en ta vertu : Quelle est ta récompense, et sur le grand mystère, Si tu ressuscitais, que me répondrais-tu? Lazare allait parler, quand Jésus l'a fait taire.

La vie autour de toi s'agite, avec son bruit D'océan monotone et lointain, et je songe Aux amants éperdus qui s'aiment dans la nuit, Pour prolonger encor ce bruit et ce mensonge.

— Mais aux morts délivrés qu'importe ce qu'ils font, Et ces enfantements du Temps et de l'Espace? Contemporain des morts, dans ton calme profond, Que t'importe aujourd'hui tout ce néant qui passe ?

HEURES so mures 291

UiAîSiE T>ES 'BETES

.Le soleil se couchait rouge, immense, superbe; Je voyais fourmiller des insectes dans l'herbe; l£t près du petit peuple à mes pieds rassemblé, Regagnant la forêt des hauts épis de blé, Tout songeur, j'essayais d'imaginer la forme Qu'en ces cerveaux chétifs prenait cet astre énorme, Et l'horreur, la stupeur des bêtes regardant Le grand dragon de feu saigner à l'occident.

HiA%MOcHJIES <DU SOI%

d'après un tableau de j.-j. henner

J'ai l'horreur de penser, et par instants j'envie

Les êtres primitifs qui traversaient la vie,

Sans le tourment du bien ni le souci du mal,

Dans cette inconscience où rêve l'animal!...

— Songe d'un soir d'été : la brise est amollie;

Des nymphes au corps pâle auprès d'une eau pâlie

Fleurissent, grands lys blancs, parmi l'herbe et les fleurs,

Et l'eau sourit de ses yeux bleus comme les leurs.

Sous les bois fraternels, ces nymphes indolentes

Ont le charme immobile et le calme des plantes.

Aucun émoi jamais en leur être ingénu :

Leurs corps jeune et divin est tranquillement nu ;

Belles innocemment, elles s'offrent sans voiles

A l'amour du soleil, aux baisers des étoiles ;

Dans la candeur des bois sacrés de l'âge d'or

Luit cette nudité que rien ne trouble encor;

Et leur sang virginal est lent comme la sève,

Et leur pensée heureuse a le vague d'un rêve!...

— L'onde a dos yeux de femme et des frissons, le soir;

t ne nymphe est assise au bord de ce miroir,

Et de la tlùte antique, adorable harmonie,

l'ait s'écouler un chant de douceur infinie,

Un chant paisible ayant la paix de ces forêts,

Un chant, comme cette eau, chaste, limpide et frais,

Mystérieux, vibrant, comme cette lumière,

Un chant pur, où sourit leur pureté première,

Un chant tendre, et fondant en lui tous ces accords

Du ciel pile, de l'eau pâlie et de leurs corps.

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