JOUX T>ES MO%TS
L/ A forêt ainsi qu'une mer Gronde, roule, allonge ses vagues :
Que terrible est ce vent d'hiver Avec ses hululements vagues 1
Sont-ce des cris de trépassés,
Des tocsins de cloches d'alarmes?
Ce vent fou nous a tout glacés :
Oh! comme il pleut 1 Sont-ce des larmes?
Aujourd'hui, c'est le Jour des Morts; Chacune des feuilles qui tombe Eveille en nos cœurs un remords, En nous rappelant une tombe.
Il eût fallu les aimer plus, Ces aimés que trop tard on pleure, Quand tous regrets sont superflus, Quand on a laissé passer l'heure.
Oh! les survivants, aimons-nous!
Proche est la mort, la vie est brève ; C'est la leçon de ces vents fous :
— Cette pauvre vie est un rêve !
Fontainebleau.
cX,OT1lE-cD^i0lCE LJL MOT^T
Derceuse des cercueils semblables à des lits, Où se goùre un sommeil plein de profonds oublis,
Qui te glisses vers nous, et sans vaines paroles Seule nous sais guérir à jamais, et consoles;
Oreiller sûr pour les forçats et les maudits, Toi la bonne logeuse après les noirs taudis;
Foi des justes vaincus, espoir du misérable, Des tristes sois bénie, Aïeule vénérable !
Notre-Dame la Mort, au front ceint de pavots, Qui calmes les douleurs et mets fin aux travaux;
Qui pourtant fais couler bien des larmes amères, Effroi des triomphants, des amants et des mères;
Par toi dans l'univers tout se doit désunir : Te faut-il exécrer, ou te faut-il bénir?
Notre-Dame la Mort, par qui seule, assouvie, L'âme ardente s'apaise au sortir de la vie;
Qui reposes la haine et la viens désarmer, Oh 1 te faut-il maudire ou te faut-il aimer?
Chagrins, remords, par toi tout s' efface et tout passe, Halte longue et tranquille, abri frais dans l'espace ;
Toi qui survis à tout, funèbre Déité, Es-tu l'unique et la durable vérité?
Toi qui règnes au ciel, ainsi que sur la terre, Le vrai néant est-il au fond de ton mystère?
Sombre sœur de l'Amour, oh ! quel sens a ta loi ? Tu travailles pour lui, qui travaille pour toi !
Quand tu reprends ma chair froide, immobile et nue, Par delà qu'y a-t-il qui suive ta venue?
Oh ! cette pauvre chair qu'emporteront tes bras, La prenant en pitié, ne la réveille pas !
Qui sait ce qui l'attend, s'il lui faut encor naître, De sa place à venir dans l'océan de l'être?
Trop de hasard préside aux partages du sort, Et plus sûr est ton lit, Notre-Dame la Mort !
LE GÉ^IE T)U XETOS ÉTEICblEL
IVl arbre mystérieux d'une beauté parfaite, Les deux bras arrondis, repliés sur la tête, Rêve en un long silence, étrange et solennel. Le doux Génie aimant du Repos éternel.
T^%OLES Èr^XsGÉLIOUES
L/evant toutes ces douleurs mornes, Que notre pitié soit sans bornes!
Ces douleurs, pour les apaiser.
Mon âme, tu voudrais baiser
Bouche à bouche Ct-ux-là qui pleurent, Et tant de délaissés qui meurent.
Avec ta divine langueur,
O Jésus, il faudrait ton cœur,
Et, pour tant d'êtres qu'on repousse, Faire aussi mon âme très douce.
Un Dieu bon n'existe-t-il pas, Puisqu'il n'ouvre jamais les bras
Aux dolents, à tous ceux qu'atFame Cet éloiiinement de son âme?
Donc les maudits, les pauvres gens, De pain et d'amour indigents,
Tous les tristes, les méchants même, Aime-les, et fais qu'on les aime!
A T >* fi £ T fi 0 E fi
J e n'avais droit à rien et tu m'as tant donné, Ma pensée et mes sens, mes yeux et mes oreilles, Pour voir et pour entendre, encor tout étonné, Mus du rythme éternel, l'Espace et ses merveilles.
Je n'avais droit à rien, et de toi j'ai reçu, Etre inconnu, par qui je suis, je vis et rêve, La vision du monde un court moment perçu, Et l'amour, dont la joie infinie est si brève.
Oh! que suis-je, et qu'es-tu? Je ne le puis savoir: Mais je te remercie, aux confins de la tombe, De m'avoir tant donné, m'ayant fait entrevoir Ces gloires d'or, avant la nuit où je retombe ;
D'avoir permis qu'à moi, le fantôme d'un jour, Ainsi ta beauté vague ait été révélée, Et d'avoir enflammé d'une goutte d'amour Ma bouche, que bientôt la mort aura scellée.
Qu'avais-je mérité? rien, et tu m'as béni;
Comment et pourquoi moi, surtout moi, non tant d'autres,
Qui n'ont vu que le mal en ton Être infini,
Et tes laideurs pour eux à l'image des nôtres?
Et bien que vil, comblé sans cesse de tes dons. Mais songeant aux damnés, j'étais fou de blasphèmes; Les regrettant, j'implore aujourd'hui tes pardons, Et tremble, avant si mal mérité que tu m'aimes.
LE S^IGE
-Le vieux Viçvamitra dans les austérités
Avait vécu cent ans, et le farouche ascète
Assombrissait parfois de regards irrités
Le ciel clair, où les Dieux anciens menaient leur fête.
Le peuple entier du ciel redoutait ce géant, Car le vieillard pouvait d'une seule parole,. S'il les méprisait trop, renvoyer au néant Tous ces amants divins dont la Terre était folle.
Il avait si longtemps, du fond de ses forêts,
Jugé les vanités du ciel et de la terre;
Il avait pénétré d'effroyables secrets :
Mais, comme il était bon, il préférait les taire.
Il savait qu'eux aussi les Dieux devaient périr, Que tous étaient cncor plus vains que nous ne sommes, Et qu'un mot suffirait pour faire évanouir Ces fantômes créés par le songe des hommes.
Et, proche de la mort, le Sage dit un jour : « Tous ces Dieux, mon dédain les a trop laissés vivre. J'élargirai le cœur des hommes par l'amour; Mais il est temps qu'enfin mon esprit les délivre ! »
Alors il aperçut, sanglotante, étouffant, S'affaissant sous le poids trop lourd de sa souffrance, Une femme qui, près du cercueil d'un enfant, Les yeux au ciel, cherchait sa dernière espérance.
Et le vieillard pensa : « Le silence vaut mieux... Quel mot consolerait une âme qui succombe? » Et, n'osant pas encor faire écrouler les cieux, Les deux doigts sur la bouche, il entra dans sa tombe.
*Au Trofesscur oilbert %pbin.