COSMOS
il MME, un jour, tu naquis bestial et farouche. Impur, sombre, mauvais : aime la pureté; Fais couler le pardon et l'amour de ta bouche; Aspire, libre et fort, A la sérénité.
Puisque, intime artisan d'un sublime prodige, Tu créas l'art divin et la beauté des lois, Ta noblesse présente à tout jamais t'oblige; Achève de tuer la bête d'autrefois.
Que les pouvoirs obscurs d'un monde élémentaire Connaissent grâce à toi le rythme harmonieux; Et si, tous les Dieux morts, tu restes solitaire, Garde au moins les vertus que tu prêtas aux Dieux !
S^AI'MTETÉ
L, e s saints, les purs, avec leurs yeux beaux de lumière, Dont le rêve est divin et l'énergie entière, Chastes, virils, très bons, répandant chaque jour Comme un vase trop plein leur cœur rempli d'amour,
— Sois jalouse, ô mon âme, — eux seuls auront su vivre Qu'étaient ces voluptés dont tu te croyais ivre, Toutes ces passions et leur vague langueur
Près des communions dont a brûlé leur cœur?...
— Oh! quelle joie égale à ces sombres délices Des martyrs éblouis qu'exaltaient les supplices, Et de tous ces héros dont l'amour fut si fort Que son rayonnement survécut à leur mort?
VKRS STOÏCIBNS 369
Lji COQUILLE V^ltS L'OCE^'K
i\ v sein de l'effroyable Espace, où l'âme habite,
Le moi, c'est la coquille étroite qui l'abrite,
Abri qu'elle a construit, où pour quelques instants
Dans l'Océan sans fond de l'Espace et du Temps,
Si frêle, elle résiste à l'énorme pesée
De ce Tout formidable, et, par lui non brisée,
Vit, palpite, grandit, brave cet Infini,
Chétive, est cependant une heure égale à lui,
— Sa conscience étant peut-être en cet atome,
Pour qui la Vie a comme un aspect de fantôme.
01LGUEIL
'où sort chaque homme? D'un atome.
Et que devient-il? Un fantôme.
Et ce fantôme, que veut-il?
Ce néant, cet atome vil Veut assiéger l'inaccessible Et pouvoir, un jour, l'impossible !
VERS STOÏl: 371
C%É^iTIO'X,S HUMAINES
£ p 11 é m ï: r r. s , chétifs, que sommes-nous pour toi, Infini monstrueux, éternelle Substance?
Sans borne est ta grandeur ; que compte l'existence Des insectes rampant près du trône d'un Roi?
Mais devant l'injustice où se complaît ta loi, Mon âme t'a jugé, puis t'a fait résistance; Moi, néant, j'ai touché le fond de ton essence, Et compris que le mal n'habitait pas qu'en moi.
Tu peux donc mépriser notre poussière humaine ; J'aurai du moins l'orgueil que mon âme est sans haine, Et que notre misère a su créer un jour
Ce qui, ne se voit point en tes mornes abîmes : La vertu, la pitié, des tendresses sublimes, Et l'absolu du beau, du juste et de l'amour!
372 i. illusio:
CALME <DU SOIX
\~J e s monts à coups de hache entaillés par le Temps, Des forêts de sapins escaladant leurs cimes, Et, pareils à des murs bâtis par des Titans, De hauts rochers à pic dominant les abîmes;
Un torrent qui roulait au fond- d'un gouffre noir, Long serpent se tordant parmi des blocs de marbre... Le silence, le calme et la fraîcheur du soir Descendaient sur le front auguste des grands arbres.
Une paix, une joie immense, étaient en moi; Éphémère témoin des choses éternelles, O Nature, ô ma Mère, une heure devant toi Je regardai tranquille en tes vagues prunelles 1
Étoiles du ciel bleu, beaux yeux passionnés Qui, ce soir-là, brûliez comme brûlait ma vie, Rochers, arbres géants, ô mes frères aînés, Je vous pus un moment contempler sans envie !
v r !• -, STOÏC1 i. M S 373
Je no jouirai p.is de ton éternité,
O Nature, et pourtant je te bénis encore,
Et, pour ce court instant d'orgueil illimité,
Mon cœur, ivre d'amour, te pardonne et t'adore.
Car je sentais ce cœur plus grand que tes forêts, Plus aimant que ton ciel, et jurais que sans haine Et sans terreur, le soir, Mère, où je périrais, La paix de ma pensée égalerait la tienne !
Grande-Chartreuse.