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BIDA

s'était voué, par volonté et froidement, plutôt que par entraînement, devient alors la passion de sa vie jusqu'à son dernier jour.

Dessin de Decamps (librairie Flammarion).

On commença à remarquer ses dessins : Un Café à Constantinople, le Marché d'esclaves (Exposition 1849), le Barbier arménien, aussitôt achetés par le ministère de l'intérieur.

Ce sont plutôt des tableaux au crayon que des dessins véritables. Bida,

du reste, peignit très rarement et, malgré les instances du maître Gérôme, l'artiste préféra traduire ses impressions au pastel ou à l'aquarelle; — cela lui suffisait...

Puis Bida entreprend un nouveau voyage en Egypte (1850), dans sa soif de connaître tous ces sites brûlants de soleil, évocateurs des légendes religieuses. Il arrive au Caire, dévasté à ce moment par le choléra; malgré le fléau qui sévissait cruellement, il préparait sur ce pays un ouvrage dont il fit, à son retour, des planches lithographiques qui obtinrent un grand succès.

Citons, parmi les dessins qui consolidèrent encore la célébrité naissante de Bida, le Retour de la Mecque, le Dosseh (1854).

En J 855 paraît le Réfectoire des moines grecs, etc. Il est décoré de la Légion d'honneur.

Infatigable, l'artiste entreprend de nouvelles excursions à Athènes, à Constantinople, où il s'arrêta trois mois et où il fit, notamment, le portrait du sultan.

A propos de ce portrait, nous citerons cette curieuse anecdote : Un jour que l'artiste travaillait à son œuvre, exécutée au crayon, rehaussée de pastel, il fut très surpris de voir son auguste modèle se lever tout à coup, puis, subitement, s'éloigner sans mot dire. Un aide de camp du sultan ne tarda pas à venir expliquera Bida la cause de ce singulier départ. Bicla jetait à terre la mie de pain qui lui avait servi à effacer les traits de crayon... Or, la loi musulmane réprouvant cette perte du pain, le sultan n'avait pas pu assister plus longtemps à ce... gaspillage.

Après explications mutuelles, tout s'arrangea naturellement, et le sultan revint poser.

Dans la suite, devenus très amis, l'auguste modèle autorisa le peintre à visiter les merveilles des Mille et une nuits qui s'appellent le Trésor des anciens sultans, où se trouvent réunies les pierres précieuses les plus rares, dans un prodigieux amoncellement d'une variété et d'un éclat éblouissants.

Dessin de Bida, extrait du Tour du monde (librairie Hachette).

Puis Bida part pour la Crimée, où la guerre venait de se terminer.

A cette époque, l'artiste se révèle dans un genre nouveau. Ses croquis de soldats, ses vues du rempart de Sébastopol, sont des pages très pittoresques et d'une belle couleur.

De retour de Beyrouth, Bida entreprend de nouveau un voyage en Orient, qu'il fait dans des conditions préférables pour l'observation des costumes et des types inhérents à ces pays, à cheval et couchant sous la tente.

C'est à ce moment que paraissent la Prédication dans le Liban, Jaffa, Jérusalem, Suez.

Bida retourne également au Caire, et il ne rentra en France qu'à la fin de 1856, riche de souvenirs, d'impressions ineffaçables et d'études.

Viennent ensuite les Juifs pleurant au mur de Salomon, Y Appel du soir en Crimée.

De cette époque et des années suivantes datent un grand nombre d'œuvres : la Résurrection de Lazare, le Champ de Booz, le Massacre des Mamelucks (au musée du Luxembourg), enfin Rocroy (au château de Chan-

tilly).

Bida, à ce moment, entra en rapport avec la maison Hachette, présenté par M. Édouard Charton, sous la direction duquel le Tour du monde fit ses premiers débuts. Le grand dessinateur devint dès lors de la maison; les chefs de la librairie Hachette furent les meilleurs et les plus intimes amis de Bida : il se trouvait parmi eux comme dans une seconde famille.

En 1860 l'artiste, vivement sollicité par la maison Hachette, accepta d'exécuter les illustrations de la Bible; son talent, ses voyages successifs dans ces pays, faisaient de Bida l'illustrateur indiqué pour l'interprétation de ces pages sublimes... Cet ouvrage se réduisit par la suite aux Evangiles et aux livres de Tobie, Joseph, Esther, Ruth, le Cantique des cantiques,... autant de compositions superbes et dignes de l'admiration la plus grande.

Ce fut l'origine du quatrième voyage en Egypte et en Palestine qu'entreprit Bida; doué d'une conscience rare, l'artiste retourna dans ces pays pour

chercher les sites où il placerait ses personnages, s'inspirant du pittoresque et des rêves religieux que berçaient encore les lieux saints.

De tous ses voyages, la visite de l'artiste au mont Sinaï, qu'on n'abordait pas alors avec autant de commodité que maintenant, lui avait laissé le souvenir le plus enchanteur. Les journées à cheval, les couchers sous la tente, la rencontre des Arabes plus ou moins suspects et leurs fantasias, la coloration merveilleuse, unique, des rochers, la grandeur du paysage, étaient autant de souvenirs heureux pour le grand dessinateur.

A Jérusalem, Bida rencontra Renan, occupé h ce moment à écrire son chef-d'œuvre : la Vie de Jésus; les deux grands artistes étaient venus tous deux demander l'inspiration à la nature.

A son retour en France, l'artiste, exténué par tous ces voyages, devient la proie d'une maladie noire, provoquée par de cruelles alternatives. Il se trouvait tantôt dans l'impossibilité absolue de tenir, presque de voir un crayon, tantôt dans l'obligation de satisfaire sa fièvre de travail par la plus intense activité. Il illustrait à ce moment, en même temps que les Évangiles et les scènes bibliques, les œuvres d'Alfred de Musset, pour l'éditeur Charpentier.

Comme ces pages sont saisissantes et pleines de grâce et de facilité! Qui eût jamais pensé qu'elles furent exécutées dans des conditions déplorables de souffrance morale! Quelle fraîcheur! quelle jeunesse dans l'interprétation !

Veuf de sa première femme, Bida se remaria avec la fille d'un industriel d'Alsace, et son bonheur s'écoula auprès de cette nouvelle famille dans les conditions les plus heureuses. En 1870, avant la guerre, Bida fut nommé officier de la Légion d'honneur.

Bida, familier sous l'Empire des réceptions de la princesse Mathilde, des invités de Compiègne, etc., n'avait été fait officier de la Légion d'honneur si tardivement qu'en raison de son indépendance, au sein du jury de peinture, vis-à-vis de M. Niewerkerque ; c'est cette attitude, croyons-nous, qui

Dessin de Bida pour le Tour du inonde (librairie Hachette).

avait retardé cette promotion; le même cas s'était présenté pour Fromentin, pour les mêmes causes.

C'est à la maison Hachette, cette maison amie, que Bida vécut pendant le siège de Paris. Il faisait partie du même bataillon de garde nationale que Duruy, Ch. Garnier, Hachette, etc., et lorsque, relevé de ses factions dans la neige, il rentrait au boulevard Saint-Michel, nul n'était plus plein

d'entrain et de confiance que lui. 11 ranimait par sa bonne humeur tous ceux qui l'entouraient.

Il avait laissé à Btihl (Alsace) sa jeune femme et son enfant pour faire son devoir à Paris.

C'est à cette époque que Bida entreprit, pendant les loisirs que lui donnaient ses occupations militaires, le portrait au crayon de quelques-uns de ses distingués camarades, soldats comme lui. C'est ainsi qu'Emile Bayard, Charles Garnier, Hachette, Fouret, Henri Begnault, etc., furent dessinés par le maître, dans des croquis d'une belle allure et d'une parfaite ressemblance. Entre temps, l'artiste préparait également une jolie édition &'Au~ cassiji et Nicolette, qu'il traduisit, illustra et grava pour lui.

A ce moment l'artiste vient se fixer en Alsace, ne faisant plus que de rares et courts séjours à Paris.

Puis bientôt Bida entreprend une série de nouveaux voyages en Italie il visite Venise, Florence, Borne, Sorrenle, et la Hollande et l'Allemagne, d'où il rapporte d'admirables copies à l'aquarelle d'après les maîtres anciens.

Il donne son grand dessin le Retour au Calvaire et compose une suite cle trente-deux illustrations pour Molière, et une suite pour la Princesse de C lèves; il illustre encore Shakespeare de quarante aquarelles, et la Jeanne d'Arc de Michelet ainsi que les œuvres d'André Chénier.

Très littéraire et très classique dans ses goûts, Bida fut toujours particulièrement attiré vers les grands auteurs du dix-septième siècle. Son admiration immuable allait en première ligne à Bossuet, à Chateaubriand.

et il aimait à rappeler l'occasion dans laquelle il avait vu ce dernier et son regard inoubliable. C'était à l'enterrement du peintre Gros, où Bida assistait avec Rafle t. Au défilé, au moment du passage du grand homme, Raffet lança un coup de coude à l'artiste dont nous nous occupons, en murmurant son nom. Chateaubriand fit un mouvement et fixa sur ses deux jeunes admirateurs un regard fier... et satisfait.

En peinture, Bida était admirateur de tous les grands maîtres, sans distinction d'écoles, aussi bien de Rembrandt et de Rubens que de Velasquez et de Léonard de Vinci; il se réclamait toujours très modestement, humblement même, de son maître Delacroix, lui vouant un respect tout spécial.

Bida avait pendant quelques années partagé un appartement avec Peyrat; il fréquenta aussi un café très connu sous le nom de divan Lepelletier; mais, à l'en contre d'un trop grand nombre d'habitués qui ne faisaient guère qu'y pérorer jour et nuit, Bida ne sacrifiait rien de son temps de travail acharné ; il conserva toute sa vie l'horreur de la bohème.

Bida avait été très lié avec Laurent Jan, qu'il jugeait bien supérieur à son œuvre, puis avec Émile Augier, Meissonier, plus tard avec Fromentin tout particulièrement, quoique d'une différence de nature bien caractérisée.

Bida, dans ses bons moments, était un très agréable causeur; esprit affiné par celte haute instruction que nous savons, il racontait beaucoup, connaissant ou ayant connu tout ce qui avait un nom dans les arts, dans la littérature, dans le monde; mais ses souvenirs sur les uns ou sur les autres étaient rarement des anecdotes personnelles, l'artiste se retranchant toujours derrière une extraordinaire modestie.

En 1882, Bida eut la douleur de perdre sa compagne; il mourut luimême, le 2 janvier 1895, d'une congestion pulmonaire à marche foudroyante, âgé de plus de quatre-vingt-un ans, en pleine force d'esprit, en pleine activité, avec toute sa foi religieuse, et possédant jusqu'à son dernier jour son inaltérable passion pour son art.

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L'erreur qui consistait, dans le temps, à considérer les dessinateurs comme des artistes de second ordre tombe donc d'elle-même en présence des talents si purs qui se consacrèrent à l'illustration.

Meissonier, le grand peintre, apparaît tout à fait remarquable dans cet art.

Admettons un moment que ce beau génie ne nous ait laissé qu'une œuvre de dessinateur, elle seule suffit à rendre célèbre son auteur. Ses productions dans ce genre, au point de vue du nombre, suffisent amplement pour remplir une existence d'homme.

Dans les quelques eaux-fortes que nous laisse Meissonier, nous retrouvons ces mêmes qualités d'exactitude et de scrupuleuse observation d'effet et de détail qui nous charmèrent chez le peintre.

Le Grand Fumeur, entre autres, reste au nombre des pièces de haute valeur dans l'histoire de la gravure.

C'est Curmer qui fit débuter Meissonier dans l'illustration. Les vignettes la Mort d'Éléazar, Holopherne, Judith, demeurèrent sans grande originalité ; mais les dessins du Livre des enfants, de Paul et Virginie, de la Chaumière indienne, de la Chute d'un ange, du Roland furieux, etc., sont des pages de premier ordre. Parmi ces illustrations sur bois, nous citerons encore : le Livre du mariage, les Œuvres de Gresset, les Français peints par eux-mêmes, puis le Discours sur l'histoire universelle, Lazarille des Termes, les Contes rémois, etc.

Nous relevons au nombre de ses meilleures illustrations en taille-douce,

Dessin de Meissonier, extrait de Louis XI (librairie du Victor Hugo illustré).

Charlemagne, Manon chez le roi, Louis XI à la Bastille, Corneille, le Sergent recruteur, etc.

Dessin de Chifflart, extrait de Notre-Dame de Paris (librairie du Victor Hugo illustré).

L'ILLUSTRATION ET LES ILLUSTRATEURS doo

La belle renommée du peintre ne souffre pas de la grande valeur du dessinateur; les œuvres de Meissonier trouvent dans ces deux genres la preuve absolue de l'élasticité de son génie.

Signalons encore parmi les plus habiles illustrateurs de cette époque, au hasard de la mémoire, Th. Fragonard, le délicat vignettiste de Quentin Durward et des Évangiles pour l'éditeur Curmer;

Hubert, le fécond dessinateur de paysages, comme aujourd'hui Cassagne et Cicéri, et l'habile lithographe Victor Adam, le Gustave Doré de l'époque;

Et Maurel Fatio et Jules Noël, à qui nous devons de fort jolis dessins de marine ;

Puis, Jules Worms, qui, indépendamment du spirituel peintre des scènes espagnoles qu'il fut, nous captive encore par une production très intéressante comme dessinateur.

Charles Jacques également, le peintre des bergeries, fut un illustrateur très admiré. Ses œuvres dans ce genre sont fort nombreuses. Ce fut surtout dans la lithographie qu'il excella. Ses scènes militaires, exécutées à l'aide de ce moyen, sont fort amusantes, originales et spirituelles.

L'artiste a collaboré aux plus belles éditions de son époque ; là encore le peintre fameux n'a pas fait oublier le dessinateur distingué qu'il avait été.

N'oublions pas F. Chifflart, un ciseleur de dessins en même temps qu'un peintre distingué. Ses illustrations sont d'une haute inspiration; l'artiste semble les cacher dans son étonnante modestie et cette abnégation qui le caractérisent.

Nous devons à Chifflart des illustrations pour Hernani de Victor Hugo, pour la Chamon de Roland, publiée par l'éditeur Marne, et des pages

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