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MORIN

Dessin de Morin, extrait du Musée des familles (librairie Ch. Delagrave).

Bientôt nous le voyons à la tête d'un journal illustré, associé avec le graveur Linton : titre, Plume et Crayon.

Découragé par l'insuccès de cette publication, il vint à Paris, présenté par

ce même Linton, et réclamé aussitôt par le Monde illustré, qui lui confia la direction de la gravure.

L'artiste aimait à se rappeler ses pénibles débuts, alors que, dessinateur au Journal pour rire, dirigé par Philippon, il gagnait cinq francs par jour et produisait pour ce maigre salaire de quinze à vingt dessins.

Morin obtint aussitôt en France une vogue très appréciable. A ce moment l'élève de John Guilbert était tout imbu de son maître, dont il copiait la manière. Ce genre, inconnu alors à Paris, valut à l'artiste des succès très heureux.

C'est Morin qui fît les premières séries de compositions poétiques qui pullulent aujourd'hui, les saisons, entre autres, les calendriers illustrés avec fantaisie... Toutes les idées, en général, furent traitées allégoriquement par le crayon de Morin, qui excella dans cette traduction des choses même les plus banales, alambiquées par son cerveau évocateur. Ses portraits également sont excellents, et nul n'a trouvé pour les cadres des fantaisies aussi heureuses que lui. Toujours clair, toujours distingué dans ses compositions, il traduisait la pensée des auteurs avec une souplesse merveilleuse. Aussi habile dans tous les genres, son comique n'était jamais ni bas ni trivial.

A sa satire de mœurs il joignait toujours une note attendrie qui était sa marque particulière. Nul crayon mieux que le sien n'a traité l'allégorie, jamais l'esprit n'avait à chercher ce qu'il avait voulu exprimer.

A cette époque, on ne photographiait pas à même le bois, comme de nos jours ; les dessinateurs étaient donc obligés de copier les photographies ou les croquis qui leur étaient confiés; les paysages, les portraits, réclamaient tous l'interprétation de l'artiste, par conséquent.

Dans ce genre, les dessins que Morin exécuta d'après les tableaux exposés au Salon obtinrent une vogue méritée par les variations en quelque sorte que l'artiste faisait sur ses modèles, en ajoutant son charme personnel, la délicatesse de son œil et la compréhension spéciale de l'œuvre qu'il avait à traduire.

ET LES ILLUSTRATEURS 247

Delacroix, dont Morin avait souvent reproduit les tableaux, manifestait

Dessin de Morin (librairie Hetzel).

une admiration profonde pour le dessinateur; du reste, au point de vue de l'exagération du mouvement, avec quelquefois l'insouciance de la forme, des points corrélatifs existent entre ces deux artistes.

Morin conçut une page particulièrement curieuse, aujourd'hui introuvable, qui semblerait résumer le genre tout imaginatif et bien personnel de leur auteur.

Un jour qu'il se baignait, l'artiste, embarrassé dans les herbes très abondantes à cet endroit, fut entraîné au fond de l'eau malgré les efforts désespérés qu'il fit pour se dégager.

On vint aussitôt au secours de Morin, qui, frappé par les sensations spéciales qu'il avait éprouvées, conçut aussitôt un dessin de ce moment critique.

Ce dessin représentait l'artiste évanoui, enlacé par des herbes au fond de l'eau, tandis que dans une sorte de vision apparaissaient, en des cadres appropriés, les joies et les cruautés de l'existence, le mariage, les premiers succès, le premier chagrin, etc.

« C'est vraiment extraordinaire, disait-il, j'ai revu toute ma vie dans une seconde, au moment où j'ai senti que la mort m'enlevait; comme on a peu la notion du temps !... »

Morin avait épousé la sœur d'un dessinateur nommé Pastolot, qui ne fut pas sans mérite ; le genre de cet artiste se rapprochait beaucoup de celui de Riou et de celui de Morin.

Parmi les ouvrages nombreux illustrés par Morin, nous citerons la série des romans de Marie Lafon publiés chez Bourdillat (Librairie nouvelle) et presque tous les livres de Meilhac et Halévy.

L'artiste était tout indiqué pour orner le livre de Gustave Droz : Monsieur, Madame et Bébé : le naturel fantaisiste du dessinateur était en communion bien directe avec l'esprit de l'auteur.

La première page de la Vie parisienne, alors dirigée par Marcelin, permit à Morin une façon nouvelle, dans laquelle il se montra de premier ordre. Les sujets les plus grivois vinrent tenter à ce moment le crayon du dessinateur, sans que jamais il tombât dans l'indécence ; la forme de son idée n'était pas critiquable quant à l'interprétation, qui restait toujours honnête sans cependant se départir de la pointe d'esprit nécessaire.

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