LA GRAVURE SUR BOIS
Nous allons donner maintenant quelques renseignements généraux sur les procédés employés à notre époque pour la reproduction des dessins.
De nos jours, la gravure sur bois est quelque peu délaissée, et elle tend de plus en plus à perdre sa grande autorité, en présence des progrès obtenus par la photogravure.
11 est bien évident que la gravure sur bois reste un art dans lequel des maîtres nous ont laissé des pages superbes; elle est difficilement comparable aux procédés mécaniques qu'on lui oppose. Mais, en présence de la production rapide actuelle , et des conditions de bon marché exigées par les goûts du moment, d'autre part étant donné le succès croissant fait aux publications traitées au moyen de la photogravure , la gravure sur bois perd de jour en jour sa grande vogue.
Pour nous, rien ne remplacera la belle gravure sur bois au point de vue artistique, mais souvent, quant à la reproduction fidèle d'une œuvre, les dessinateurs peut-être gagneront-ils à être traduits par la photogravure.
La gravure sur bois, aujourd'hui, est devenue une entreprise. Il y a des ateliers de graveurs sous les ordres d'un artiste du métier, dont le nom englobe tous les talents qu'il a su réunir.
Presque tous les graveurs sur bois actuels font faire, en raison des exigences, des travaux rapides auxquels ils ne pourraient "pas satisfaire s'ils ne se faisaient point aider.
Le graveur en titre inclique sa manière à ses élèves, et désormais toutes les œuvres qui sortiront des mains de ceux-ci conserveront une homogénéité étonnante, caractéristique du genre de leur maître.
Le bois sur lequel on grave est du buis, bois debout, c'est-à-dire fil debout. Ce bois est très compact, ce qui permet de le diviser en plusieurs morceaux, et de rejoindre ensuite ces morceaux sans que l'on puisse apercevoir les raccords.
Cette division du bois en plusieurs parties est surtout employée lorsqu'il s'agit d'une actualité, alors que, très pressés, les graveurs travaillent chacun de son côté pour arriver au résultat rapide exigé.
On divise donc ce bois, supposons, en huit morceaux ; après un examen général du dessin, des valeurs de tons, chaque graveur prend un de ces morceaux, suivant le genre qu'il traite le mieux : les uns choisissent les personnages, d'autres les paysages.
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Les teintiers, qui forment une spécialité dans le métier, prennent le ciel.
Après une entente de voisin à voisin sur le genre de travail à emplover, ou sur l'épaisseur des outils à prendre pour un ton se trouvant sur deux ou plusieurs morceaux, la gravure commence ainsi séparément.
Aussitôt chaque bois terminé, on en recolle toutes les parties, en un mot on les raccorde.
Si les graveurs ont bien pris toutes leurs précautions, ce raccord doit être invisible.
De nos jours, on photographie sur bois le dessin exécuté sur papier par le dessinateur, ce qui préserve Y original. La photographie sur bois consiste simplement en l'application de la pellicule d'un cliché sur le bois. Celui-ci a été enduit à cet effet d'une couche d'encre de Chine ou de noir de fumée.
Celte préparation de noir permet aux graveurs de se rendre compte, au bout de quelques coups d'outil donnés, si le ton qu'ils prennent est juste. Car si l'on frotte légèrement la pellicule, celle-ci disparaît; il ne reste donc plus que la taille creusée par le burin, et cette taille est noire, grâce à l'enduit qui est dessous.
Suivant l'épaisseur de bois laissée par l'outil, cette ligne noire donne un gris d'une intensité relative à l'épaisseur laissée.
En Angleterre et en Allemagne, la photographie sur bois n'a pas encore subi cette préparation noire, si simple et si nécessaire ; aussi les graveurs étrangers qui travaillent en France sont-ils surpris et séduits par la commodité de ce moyen. Souvent même, de retour chez eux, envoient-ils photographier leurs bois dans notre pays.
Ce bois repose, quand on grave, sur un coussin.
Le coussin est une poche de cuir que l'on remplit de grès ou de sable, ce
qui lui donne une surface arrondie, sur laquelle les mouvements du bois se font 1res facilement, en môme temps que son poids le soutient suffisamment pour éviter toute oscillation fâcheuse.
Les outils dont se servent les graveurs sont les suivants : les outils à teinte, appelés échoppes, puis les onglettes. Les échoppes sont numérotées suivant la graduation de leur grosseur, c'est-à-dire suivant la largeur de la taille qu'ils gravent. Ces outils sont au nombre de quinze et quelquefois vingt ; ils servent surtout pour les tons plats, et les ciels en particulier.
Les onglettes n'ont pas la même forme que les outils précédents; il y a aussi des collections d'onglettes graduées; le dessous de l'outil, au lieu d'être plat comme dans l'échoppe, est rond.
Ce dernier est d'un maniement assez difficile; il demande une légèreté et une souplesse de main assez longue à acquérir.
Les burins, burins carrés, autrefois indispensables pour le fac-similé, ont a ujourd'hui presque disparu de la boîte des graveurs modernes.
Citons encore les burins à teintes, à forme triangulaire; l'échoppe à ch amplever, c'est-à-dire servant à enlever les grands blancs, et le vélo. Ce de rnier outil, généralement écarté de la gravure soignée, est divisé en plusieurs branches, d'un nombre et d'une largeur différents. 11 sert généra- 1 ement pour surcouper, c'est-à-dire adoucir les fonds dans les gravures de modes et dans les ciels de bois pressés pour les actualités.
11 y a encore un petit outil très important, indispensable même pour champlever, c'est le support. Il est généralement en bois; on le place sous l'outil, "auquel il sert de levier, en empêchant, par sa légère hauteur, l'écrasement de la taille ou du trait qui se trouve en dessous.
Pour travailler le soir, les graveurs se servent d'une bulle de verre remplie d'eau, dans laquelle on a mis auparavant du sel de cuivre dissous dans de l'eau-forte. Cette préparation donne au contenu du bocal, dont la rondeur forme lentille, une tonalité bleu-verdâtre , à travers laquelle passe un rayon lumineux, très doux aux yeux.
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On se sert, comme dans tous les métiers susceptibles de fatiguer la vue, de loupes convexes et concaves.
Pour ne pas salir le bois en cours d'exécution, les graveurs le recouvrent d'un papier, qu'ils déchirent au fur et à mesure de leur besogne.
Les dessins gravés sur bois s'impriment typographiquement, c'est-à-dire que les graveurs mettent en relief le dessin tracé à la surface du bois, au moyen des tailles, de façon que celui-ci puisse se reproduire sur le papier, alors que la superficie du bois est enduite d'encre d'imprimerie.
On appelle « fumés » les épreuves d'un dessin tirées avec un soin spécial, à la main principalement et sur des papiers de luxe, des papiers de Chine entre autres.
De nos jours on n'imprime plus à même le bois gravé, comme cela se pratiquait autrefois.
En raison des tirages beaucoup plus considérables à notre époque, les bois risqueraient de s'user. De plus, le moindre outil venant à tomber sur la surface de ceux-ci causerait des détérioralions fâcheuses. Pour remédier à cet état de choses, on a pris l'empreinte de ces bois au moyen de la galvanoplastie, et l'on tire maintenant sur des plaques de cuivre montées sur bois, appelées galvanos.
LA PHOTOGRAVURE
Nous devons à l'obligeance de M, Gillot, l'inventeur et le propagateur en France des procédés de photogravure qui portent son nom, les renseignements qui suivent :
Au commencement du procédé, on ne pouvait graver en relief que des reports lithographiques sur zinc, d'où nécessité pour les illustrateurs d'être lithographiques, ou du moins d'apprendre à le devenir.
L'application de la photographie à la gravure est devenue pratique vers 1872, c'est-à-dire qu'au lieu de faire un report lithographique sur zinc, on reportait photographiquement sur le zinc un dessin fait sur papier ordinaire. L'illustrateur n'avait donc plus à s'occuper des procédés autographiques ou lithographiques.
Le dessin dit an trait (à la plume) étant insuffisant pour obtenir Y effet, je fis faire aux artistes des réserves à la gomme sur les planches, avant la morsure, et je décalquai différentes teintes.
Plus tard j'inventai des papiers gaufrés, pour permettre de dessiner au crayon et à la plume, puis des papiers grisés avec une impression et gaufré, qui procurent aux dessinateurs les ressources à' effet les plus diverses et les plus rapides. Ces papiers (papiers Gillot) sont recouverts d'une couche de blanc qui, cédant au grattoir, obéit à la fantaisie de l'artiste ; l'encre et le crayon peuvent être simultanément employés sur ces papiers, pour arriver aux interprétations les plus différentes.
Divers autres procédés ont suivi, qui tous peuvent réussir entre les mains d'un habile dessinateur.
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Le procédé dit à la roulette, par exemple, a donné des résultats extrêmement curieux, comme imitation de gravure sur bois.
Maintenant de nouveaux procédés photographiques sont venus transformer tout cela; à l'heure actuelle, on est arrivé à reproduire un dessin, de quelque façon qu'il ait été exécuté.
Nous n'entreprendrons pas ici la description des ateliers de photogravure. Ces ateliers, aujourd'hui en grand accroissement, emploient de nombreux ouvriers à de multiples manipulations, en partie mécaniques, dont la description trop compliquée sortirait de notre programme.
Nous nous contenterons d'énumérer les différents procédés de photogravure en usage de nos jours.
Ce sont : la photoglyptie, la phototypie, la photolithographie, le procédé Woodbury, exploité en France par la maison Goupil, etc.
Les clichés de photogravure s'obtiennent au moyen de la « morsure ».
La décoration au commencement du dix-neuvième siècle.
Le style Empire.
Qu'appelle-t-on le style Empire?
Napoléon Bonaparte est nommé premier consul le 13 décembre 1799; empereur le 18 mai 1804; il abdique pour la seconde fois le 22 juin 1815.
C'est donc l'étude de Y Art décoratif pendant ce laps de temps (1800 à 1815), c'est-à-dire pendant une quinzaine d'années au plus, que nous allons aborder. Tout d'abord nous ferons remarquer que, toute brève que soit cette période, elle n'en est pas moins une des plus intéressantes, sinon des plus fécondes, de notre art national, comme résultats.
« En moins de quinze ans, il se vit en France autant d'hommes extraordinaires, autant de génies presque pour le vrai, autant de magnificences que durant le très long règne de Louis XIV1. »
Nous serons forcément obligé de reprendre quelquefois de plus haut