‹ L'illustration et les illustrateursChapitre 61 sur 63 · Guilmard · texte numérisé non relu

Guilmard

Nous ne nous occupons pas des modes antérieures ; c'est le sacre qui est pour nous le point de départ des modes impériales.

1° Quel est le costume des hommes?

A l'origine, les hommes imitent les militaires, portent de gigantesques bicornes, un spencer ou une redingote et la culotte; l'épée est abandonnée depuis longtemps et réservée aux seuls militaires.

En 1804, a l'habillement des hommes consiste en cinq ou six sacs qu'on appelle veste et culotte. On ne porte guère de pantalons, et les redingotes à plusieurs collets sont abandonnées aux domestiques. Le dernier négligé des élégants paraissant aux spectacles consiste en un chapeau à grands bords, en culotte de velours ou de panne, en bottes à la Souvarow, avec des revers jaunes, un habit bien serré, pour mieux dessiner la taille, et des gilets à volonté. Ainsi l'un est en paillasse, l'autre en fiacre, celui-ci en postillon, celui-là en jockey1. »

La toile vient de Hollande, le chapeau est à la prussienne, les bottes sont russes, et les triples gilets anglais.

En 1806, on se coiffe en coup de vent, les cheveux ramenés sur le nez; en 1809 on se coiffe en chérubin, avec un chapeau en forme de pot de fleurs.

En 1808, on fait rembourrer les épaules de son vêtement pour les rendre carrées comme celles d'un Hercule. Cette mode existe toujours aux États- Unis (1891). Enfin, le merveilleux de 1812 porte son chapeau haut de forme, l'habit à la française, le pantalon échancré sur le côté, dans le bas, et des escarpins à nœud laissant le cou-de-pied à découvert.

2° Quel est le costume des femmes ?

En 1804, les femmes portent la douillette garnie de fourrure, le turban à pointe mameluck; puis la taille remontera sous les bras, la tête se dégar-

i. Kolzebue, Souvenirs de Paris, 1804.

nira, et on portera des réseaux d'or, en fleurs, dans les cheveux, sur lesquels on plantera des plumes cVun oiseau d'une nouvelle espèce, inconnue à Bnffon, le marabout. Quelquefois on se coiffera d'une capote à visière, ou bien, passant d'une extrémité à l'autre, d'une capote minuscule dite invisible. La plus grande preuve de goût qu'une femme puisse donner est d'imiter dans sa tenue les figures des camées antiques et des pierres gravées. Les bras, laissés nus, vont lui donner une exquise élégance, que complétera une robe collante. Malheureusement cette robe est à queue, et on marche dessus.

« Point de fard, point de poudre, les cheveux en désordre, un diadème en brillants, une tunique de dentelles; point de corps, point de paniers et beaucoups de fleurs1. »

En 1806, les couleurs claires reviennent à la mode, et après le second mariage nous assistons à une transformation du costume féminin qui se rapproche de celui des hommes : chapeaux hauts de forme, spencer, carrick. Le corset, banni pendant longtemps, reparaît, et les bras nus se cachent dans des manches. On ne porte plus ni sacs ni ridicules. Les femmes porteront bientôt (1809) des ivichouras (vêtements fourrés) à coqueluches de petit-gris et se coifferont de bonnets de fourrure. Quelques-unes — est-ce par amour pour les militaires? — paraîtront sur les boulevards en pantalon! * La mode n'en fut pas continuée. En 1813, la mode est encore changée : les chapeaux sont perchés sur des coiffures d'une hauteur extravagante ; on se coiffe à la chinoise, les cheveux relevés sur le front.

N'ayons garde, pour finir, d'oublier, parmi les objets à la mode sous le premier Empire, les partir es en corail, les mitaines et enfin le cachemire, ce cachemire de l'Inde qui se transmettait comme un héritage et dont nous avons pu voir des échantillons sur les épaules de nos grand'mères, quand ils n'étaient pas des imitations françaises de Ternaux. Un cachemire, un châle de cachemire, se payait jusqu'à dix mille francs.

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