Ko Lzebue, Souvenirs de Paris
Les fournisseurs de l'époque étaient d'abord le grand couturier, Leroy, qui employait comme dessinateur Aug. Garnerey, attaché à l'Opéra; les fleurs naturelles venaient de chez Prévost, dont la boutique, fondée en 1800, existe encore au Palais-Royal; l'orfèvrerie sortait des ateliers de Nitot et de Marguerite. — La modiste à la mode se nommait Mme Rambault.
Vers la fin de l'Empire, les costumes féminins ne montraient plus celle élégance et cette recherche précieuses qui les avaient caractérisés à l'apogée de la puissance impériale. Mais faut-il dire que la mode alors « n'était plus qu'un excès de mauvais goût et une tendance à la caricature1 »? Nous ne le croyons pas, nous à qui il était réservé de voir les crinolines et les costumes pour vélocipédistes.
3° Napoléon et le luxe.
Banni un instant des fêtes républicaines, le luxe reparut petit à petit aux fêtes du Directoire. Les émigrés se décidèrent à rentrer à Paris et à y donner des fêtes qu'imitèrent les banquiers de la Chaussée-d'Antin. Avec le Consulat apparaissent ces glorieux militaires à qui tout est permis, toujours vainqueurs, « à Cythère comme à la bataille »!
Le luxe renaissant est aussitôt adopté par tous, et Bonaparte lui-même, tout en maugréant contre les cent trente mille francs demandés par, Percier-Fontaine pour la décoration des meubles du salon de Mme Bonaparte, dans son hôtel delà rue Chantereine, est obligé de s'exécuter : il paye. Mais si Bonaparte suit le mouvement, à peine sacré empereur, Napoléon voudra le conduire. Alors rien de trop beau pour la Malmaison, pour Saint-Cloiid, pour les Tuileries surtout, où les N couronnées et les abeilles impériales vont remplacer les fleurs de lis et les emblèmes d'une royauté « à jamais disparue » !
Les Gobelins reçoivent la commande d'une copie du Sacre de David, en 1808.
\. P. Lacroix.
Les glaces coulées à Saint-Gobain sont débruties, polies et coupées aux magasins du faubourg Saint-Antoine, qui en renferment pour des millions. Les plus belles et les plus grandes (2m,60X2m.) orneront les palais impériaux.
Par ordre du ministère de l'intérieur, en 1801 un atelier de mosaïque avait été établi à l'institution des sourds-muets. Dix apprentis, sous la direction de l'Italien Belloni, y exécuteront les morceaux envoyés à l'Exposition de 1810 : le Génie de l'empereur maintenant la Victoire, sans oublier les mosaïques de la salle Melpomène, au Louvre, et celles du salon circulaire qui précède la galerie d'Apollon, etc.
Après avoir pris ses dispositions pour décorer son intérieur, Napoléon songe à costumer les personnages qui vont s'y mouvoir et l'animer. David, officiellement chargé de la tâche, va coiffer ses personnages masculins de toques à plumes blanches, et charger leurs épaules de tuniques longues, de manteaux en velours pesants, qui semblent aujourd'hui à notre austérité républicaine un peu ridicules. Les perruques sont définitivement abandonnées. Les femmes, à qui tout va bien quand elles savent le porter, s'avancent pleines de majesté, semblables à des déesses... Et vera incessu patuit dea. Jupe longue, manteau à queue, plumes sur la chevelure, au milieu de perles et de diamants, elles rayonnent dans les cérémonies publiques, où leurs merveilleuses toilettes se marient admirablement aux uniformes chamarrés d'or. Tout est à l'unisson : le luxe des équipages et des livrées, des voitures et des carrosses transformés, la splendeur des réceptions. On rivalise de goût : c'est à qui portera les plus beaux diadèmes, les peignes de diamants de la plus belle eau, les plus lourds pendants d'oreilles étincelants de brillants, les bracelets de camées antiques, les colliers de perles et de pierreries.
Le premier consul, lui-même, na-t-il pas l'idée de faire enchâsser le Régent au milieu de la garde de son épée, entre les quillons (1803)!
Et tandis que, paré par son joaillier Marguerite, qui lui attache à son chapeau de cérémonie une boucle de plus de trois cent soixante mille francs, il s'avance dans la salle à manger pour s'asseoir à une table chargée de
services en argent, de vaisselle de vermeil, et couverte du linge le plus fin (encore une coquetterie de l'Empire), c'est par centaines de mille francs (360,000) que se chiffrent les frais de la cuisine impériale, dirigée par des artistes qui ont nom Laguipière, Riquette, et le fameux Carême.
Pour la toilette de l'impératrice Joséphine, c'est le grand couturier du jour, Leroy, qui est chargé de ce service. C'est lui qui fournit la lingerie fine, les cachemires, — français, bien entendu, le maître ne plaisante pas sur cet article, — les plumes, les mousselines brodées d'or et de perles, les châles, etc. Du reste, c'est le même fournisseur qui fera plus tard le trousseau de Marie-Louise. — C'est pour cette dernière que Percier et Fontaine prépareront une chambre aux Tuileries, dont ils nous ont conservé le dessin. C'est là que seront placés les cadeaux de la ville de Paris, la Toilette et la Psyché en argent massif, à côté d'un lit merveilleux couronné par un ciel dont les nuages sont en plumes rares et de grand prix, les rideaux du fameux Camille Pernon , de Lyon, membre du tribunal, qui mourait au commencement de février 1809, et, près d'immenses lampadaires, de fauteuils aux courbes gracieuses et légères, le tout au milieu d'un décor peint dans des tons siibdued, comme disent les Anglais, d'une couleur tendre, et sous un plafond en pâtes et en peintures d'une finesse exquise, et sur un tapis de la Savonnerie à bordure de palmettes du style grec le plus pur ou d'un modèle acheté chez le tapissier cle basse-lisse Robert Desrolée. N'oublions pas dans un coin, sur une colonne, quelque vase cle Sèvres, cadeau du maître, qui daigne encourager la manufacture.
Quel dommage que ce rêve ne dure que cinq ans î