Scène VI
Bellombre.
Pour moi, faime mieux Pâtre où jlamhe Un fagot tout entier que le plus bel ïambe Pour sécher mes habits, alors qu'ils sont mouillés. Quant à chanter, je sens mes organes rouilles Les jours oit le vent souffle et lorsque le vin manque.* Le jeûne me fait peur, parce qu'il nous efflanqué.
Muchedent.
Eh ! quand tu maigrirais un peu !
Bellombre.
Je n'y tiens pas.
Brizacier.
De pareils sentiments sont bien peu délicats. Monsieur.
Je ne suis pas délicat^ c'est possible. Mais quand je vois janvier prendre mon cuir pour cible, Foin des vers !
Muchedent, bas.
Tais-toi donc ! s'il allait se fâcher Ce serait pour le coup qu'il nous faudrait coucher Dehors.
Arabelle.
N'écoutei pas Bellombre. Cette éponge Aime à contrarier, fût-ce au prix d'un mensonge.
L'illustre Çrizacier.
Brizacier.
A la bonne heure! et vous, mademoiselle?
Arabelle.
Moi, Je prends le temps ainsi quHl vient,., sans trop d'effroi Je vois le ciel vêtir son manteau gris d'automne^ Et la feuille Jaunir, et le vent monotone Siffler sur les chemins ; mais Je m'épanouis Au doux soleil d'avril, et mes yeux éblouis S'enivrent de printemps, de lilas et de roses, Et J'ignore s'il est des raisonneurs moroses Qui disent au pinson d'être grave, à la Jîeur, De ne pas embaumer et d'être sans couleur !
Pierre paraît au fond du thcAtre.
Brizacier.
Bravo j ma chère enfant ! Votre philosophie
Est bonne autant qu'aimable!... Ecoutei, Je mzfie
A vous! ... Depuis un mois, Je caresse un projet.
Mon humeur vagabonde et folle m'engageait
A quitter ce château. J'attendais la bonne heure.
Elle sonne. Je veux habiter la demeure
Des passereaux et des Comédiens. — Amis ^
Voulei-vous m'accepter? Trop longtemps endormis.
Mes esprits ont besoin du grand air. Je me glace
A l'ombre. Parmi vous, daignei me faire place.