SCENE PREMIERE
LA MARQUISE, PIERRE, sortant du parc.
Pierre, Où diable est-il passé?
La Marquise.
Mal remis de sa fièvre.
Sortir par un soleil semblable !
Pierre.
Oest un lièvre!
// a pris le chemin qui mené au petit bois.
Je l'appelais, mais bah ! mes gestes et ma voix,
Tout s'est perdu. Quel homme et quelles jambes !
La Marquise.
Pierre, Veille toujours sur lui.
Pierre.
La main à la rapière, Il marchait, se grisant des parfums du matin, Mâchant l'air embaumé de fraises et de thym. Comme un homme charmé de vivre... Chère dame Rassurei-vous, n^ayej nulle crainte dans l'âme^ Il va nous revenir à Vheure du dîner.
Affamé comme un loup que Von a fait jeûner. S'il avait seulement pris son chapeau! Mais l'ombre Est épaisse, et le bois a plus d'un retrait sombre Fait pour laisser passer la chaleur de midi.
La Marquise.
Pierre, veille sur lui!
Pierre.
Si mon pas alourdi M empêche de le suivre en ses courses, je reste Tranquille sur son 'compte. Un jeune garçon leste Comme on l'est à quinie ans ne le quitte jamais. C'est le petit Clindor, un enfant, que je mets
A son service avec la qualité de page, Titre dont il est fier et dont il fait tapage A Vofficej le soir, — un enfant enjoué, Naif, et, ce qui vaut mieux que toutj dévoué.
La Marquise.
Pierre, mon vieil amij toi seul connais au monde Le lien qui m^unit d'une amitié profonde A ce pauvre vieillard^ l'autre jour rencontré Mourant sur lé chemin...
Pierre.
Monsieur de Saint-André Est votre hôte. Voilà ce que je sais. Fidèle Serviteur^ honorant ma maîtresse, et près d'elle Voulant vivre et mourir sans reproche ^ je suis Ses ordres sans contrôle et du mieux que je puis.
La Marquise.
Fidèle serviteur j certes , mais plus encore
Mon ami, confident des choses qu'on ignore.
Je ne t'ordonne rien. C'est à ton dévouement
Que je me fie. Il faut ^^ que dans cet air aimant j
Monsieur de Saint-André se reprenne à la vie ;
Qu'il ait à chaque instant la prunelle ravie
Par des objets riants ^ et quh'l voie^ à travers
Uu nuage d'aïur^ fuir ses anciens revers
Tels que des spectres vains. Enfin ^ il faut qu'il vive
lO L'illustre Brizacier.
Heureux y si Dieu permet que le bonheur arrive A ceux que nous aimons en passant par nos mains.
Pierre.
Bien y madame...
Apercevant Clindor qui entre.
Ah! c'est toi y coureur de grands chemins!