‹ L'illustre GaudissartChapitre 5 sur 44 · DEDICACE · texte numérisé non relu

DEDICACE

du vieux langage féodal dans le Pulclu-e sedeiis, melius agensîde^ Beauséant ! dans le Des partem leonis! des d'Espard! dans le Ne se vend! des Vandenesse! Enfin, quelle coquetterie dans les mille détails de cette savante iconographie qui montrera jûsqu' oii la fidélité sera poussée dans mon entreprise, à laquelle vous, poète, vous aurez aidé.

Votre vieil ami,

]}e Balzac.

PREiMIEHK l'Ain lE

L'AVANT-SCÈlNE DES GRANDES RÉSOLUTIONS

SANCERRK

Sur la lisière du Beriy se lrou\'e, aux ijords de la Loire, une ville qui par sa situation attire infailliblement l'œil du voyageur. Sancerre occupe le point culminanl d'une chaîne de petites montagnes, dernière ondulation des mouvements de terrain du Nivernais. La Loire inonde les terres au bas de ces collines, en y laissant un limon jaune qui les fertilise, quand il ne les ensable pas à jamais par une de ces terribles crues également familières à la Yistule, cette Loire du Nord. La montagne au sommet de laquelle sont groupées les maisons de Sancerre s'élève à une assez grande distance du tleuve pour que le petit port de Saint-Thibault puisse vivre de la vie de Sancerre. Là s'embarquent les vins, là se débarque le mcrrain. enfin toutes les provenances de la hante of de la basse Loire.

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A l'époque où cette histoire eut lieu, le pont de Cosne et celui de Saint-Thibault, deux ponts suspendus, étaient construits. Les voyageurs venant de Paris à Sancerre par la route dltalie ne tra\"ersaient plus la Loire de Cosne à Saint-Thibault dans un bac ; n'est-ce pas assez vous dire que le chassé-croisé de 1830 avait eu lieu? car la maison d'Orléans a partout choyé les intérêts matériels, mais à peu près comme ces maris qui font des cadeaux à leurs femmes avec l'argent de la dot.

Excepté la partie de Sancerre qui occupe le plateau, les rues sont plus ou moins en pente, et la ville est enveloppée de rampes dites les Grands-Remparts, nom (pii vous indique assez les grands chemins de la Aille. Au delà de ces remparts s'étend une ceinture de vignobles. Le vin forme la principale industrie et le plus considérable commerce du pays, qui possède plusieurs crus de vins généreux, pleins de bouquet, assez semblables aux produits de la Bourgogne pour qu'à Paris les palais vulgaires s'y trompent. Sancerre trouve donc dans les cabarets parisiens une rapide consommation, assez nécessaire d'ailleurs à des vins qui ne j)euvent pas se garder plus de sept à huit ans. Au-dessous de la ville sont assis quelques villages, Fontenay, Saint-Satur, cjui ressemblent à des faubourgs, et dont la situation rappelle les gais vignobles de Neuchâtel, en Suisse. La ville a conservé quelques traits de son ancienne physionomie, ses rues sont étroites et pavées en cailloux pris au lit de la Loire. On y voit encore de vieilles maisons. La tour, ce reste de la force militaire et de l'époque féodale, rappelle l'un des sièges les plus terri-

LA MLSE DU DEPARTEMENT l'^l

bles de nos p^uerres de religion et pendant lequel nos calvinistes ont bien surpassé les farouches caméroniens de Waller Scott.

La ville de Sancerre, riche d'un illustre passé, veuve de sa puissance militaire, est en quelque sorte voué à un avenir infertile, car le mouvement comnfiercial appartient à la rive droite de la Loire. «La rapide description que vous venez de lire prouve que l'isolement de Sancerre ira croissant, malgré les deux ponts qui la rattachent à Cosne. Sancerre, l'orgueil de la rive gauche, a tout au plus trois mille cinq cents âmes, tandis qu'on en compte aujourd'hui plus de six mille à Cosne. Depuis un demi-siècle, le rôle de ces deux villes assises en face l'une de l'autre a complètement changé. Cependant, l'avantage de la situation appartient à la ville historique, où de toutes parts on jouit d'un spectacle enchanteur, oiî l'air est d'une admirable pureté, la végétation magnifique, et où les habitants, en harmonie avec cette riante nature, sont affables, bons compagnons et sans puritanisme, quoique les deux tiers de la population soient restés calvinistes.

LE SA>'D1SMK

Dans un pareil état de choses, si Ton subit les inconvénients de la vie des petites villes, si l'on se trouve sous le coup de cette surveillance officieuse qui fait de la vie privée une vie quasi publique ; en revanche, le patriotisme de localité, qui ne remplacera jamais l'esprit de famille, se déploie à un haut degré. Aussi la ville de Sancerre est-elle très fière d'avoir vu naître une des o-loires de la médecine moderne, Horace Bianchon, et un auteur du second ordre, Etienne Lousteau, l'un des feuilletonistes les plus distingués. L'arrondissement de Sancerre, choqué de se voir soumis à sept ou huit grands propriétaires, les hauts barons de l'élection, essaya de secouer le joug électoral de la doctrine, qui en a fait son bourg-pourri. Cette conjuration de quelques amourspropres froissés échoua par la jalousie que causait aux coalisés l'élévation future d'un des conspirateurs. Quand le résultat eut montré le vice radical de l'entreprise, on voulut y remédier en prenant pour champion du pays aux prochaines élections l'un des deux hommes qui représentent glorieusement Sancerre à Paris.

I,A Ml SE DL' DÉPARTEMENT i2i

Cette idée était extrêmement avancée pour la province, où, depuis 1830, la nomination des notabilités de clocher a fait de tels progrès, que les hommes d'État deviennent de plus en plus rares à la Chambre élective. Aussi ce projet, d'une réalisation assez hypothétique, fut-il conçu par la femme supérieure de l'arrondissement, dux ffmina facli, mais dans une pensée d'intérêt personnel. Cette pensée avait tant de racines dans le passé de cette femme et embrassait si bien son avenir, que, sans un vif et succinct récit de sa vie antérieure, on la comprendrait difficilement. Sancerre s'enorgueillissait alors d'une femme supérieure, longtemps incomprise, mais qui, vers 1836, jouissait d'une assez jolie renommée départementale. Cette époque fut aussi le moment où les noms des deux Sancerrois atteignirent, à Paris, chacun dans sa sphère, au plus haut degré l'un de la gloire, l'autre de la mode. Etienne Lousteau, l'un des collaborateurs des revues, signait le feuilleton d'un journal à huit mille abonnés; et Bianchon, déjà premier médecin d'un hôpital, officier de la Légion d'honneur et membre de l'Académie des sciences, venait d'obtenir sa chaire.

Si ce mot ne devait pas, pour beaucoup de gens, comporter une espèce de blâme, on pourrait dire que George Sand a créé le sandisme, tant il est vrai que. moralement parlant, le bien est presque toujours doublé d'un mal. Cette lèpre sentimentale a gâté beaucoup do femmes, qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes. Le sandisme a cependant cela de bon. que la femme qui on est attaquée faisant porter

ses prétendues supériorités sur des sentiments méconnus, elle est en quelque sorte le bas-bleu du cœur : il en résulte alors moins d'ennui, l'amour neutralisant un peu la littérature. Or, Tillustration de George Sand a eu pour principal effet de faire reconnaître que la France possède un nombre exorbitant de femmes supérieures, assez généreuses pour laisser jusqu'à présent le champ libre à la petite-fille du maréchal de Saxe.

La femme supérieure de Sancerre demeurait à la Baudra3'e, maison de ville et de campagne à la fois, située à dix minutes de la ville, dans le village ou, si vous voulez, le faubourg de Sainl-Satur. Les la Baudraye aujourd'hui, comme il est arrivé pour beaucoup de maisons nobles, se sont substitués aux la Baudraye dont le nom brille aux croisades et se mêle aux grands événements de l'histoire berruyère. Ceci veut une explication.

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