‹ L'illustre GaudissartChapitre 7 sur 44 · DI>'AH · texte numérisé non relu

DI>'AH

A cette époque. Son Eminence INF"" rarchevèque de Bourges venait de convertir au catholicisme une jeune personne appartenant à Tune de ces familles bourgeoises qui furent les premiers appuis du calvinisme, et qui, grâce à leur position obscure ou à des accommodements avec le ciel, échappèrent aux persécutions de Louis XIV. Artisans au \\f siècle, les Piédefer, dont le nom révèle un de ces surnoms bizarres que se donnèrent les soldats de la Réforme, étaient devenus d'honnêtes drapiers. Sous le règne de Louis XVI, Abraham Piédefer fil de si mauvaises affaires, qu'il laissa vers 1786. époque de sa mort, ses deux enfants dans un état voisin de la misère. L'un des deux. Silas Piédefer, partit pour les Indes en abandonnant le modique héritage à son .lîné. Pendant la Révolution, Moïse Piédefer acheta des biens nationaux, aballil des abbayes et des églises à l'instar de ses ancêtres, et se maria, chose étrange, avec une catholique, fille unique d'un conventionnel mort sur l'échafaud. Cet ambitieux Piédefer mourut en 1810, laissant à sa femme une foifune comj)romise par des spéculations

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agricoles, et une petite fille de douze ans d'une beauté surprenante. Elevée dans la religion calviniste, cette enfant avait été nommée Dinah, suivant l'usage en vertu duquel les religionnaires prenaient leurs prénoms dans la Bible pour n'avoir rien de commun avec les saints de l'Eglise romaine.

M"*" Dinah Piédefer, mise par sa mère dans un des meilleurs pensionnats de Bourges, celui des demoiselles Chamarolles y devint aussi célèbre par les qualités de son esprit que par sa beauté ; mais elle s'y trouva primée par des jeunes filles nobles, riches, et qui devaient plus tard jouer dans le monde un rôle beaucoup plus beau que celui d'une roturière dont la mère attendait les résultats de la liquidation Piédefer. Après avoir su s'élever momentanément au-dessus de ses compagnes, Dinah voulut aussi se trouver de plain-pied avec elles dans la vie. Elle inventa donc d'abjurer le calvinisme, en espérant que le cardinal protégerait sa conquête spirituelle et s'occuperait de son avenir. Vous pouvez juger déjà de la supériorité de M'"" Dinah, qui, dès l'âge de dix-sept ans, se convertissait uniquement par ambition. L'archevêque, imbu de l'idée que Dinah Piédefer devait faire l'ornement du monde, essaya de la marier. Toutes les familles auxquelles s'adressa le prélat s'effrayèrent d'une fille douée d'une prestance de princesse, qui passait pour la plus spirituelle des jeunes personnes élevées chez les demoiselles de Chamarolles, et qui, dans les solennités un peu théâtrales des distributions de prix, jouait toujours les premiers rôles. Assurément, mille écus de rente, que pouvait rapporter le domaine de la Hautoy

indivis entre la fille et la mère, étaient peu de chose en comparaison des dépenses auxquelles lesa^antages personnels d'une créature si spirituelle entraîneraient un mari.

Dès que le petit Pohdore de la Baudraye apprit ces détails, dont parlaient toutes les sociétés du département du Cher, il se rendit à Bourges, au moment où ^1™^ Piédefer, dévote à grandes Heures, était à peu près déterminée, ainsi que sa fille, à prendre, selon l'expression du Berri, le premier chien coiffé venu. Si le cardinal fut très heureux de rencontrer M. de la Baudraye, M. de la Baudraye fut encore plus heureux d'accepter une femme de la main du cardinal. Le petit homme exigea de Son Eminence la promesse formelle de sa protection auprès du président du conseil, à cette fin de palper les créances sur les ducs de Navarreins et autres en saisissant leurs indemnités. Ce moyen parut un peu trop vif à l'habile ministre du pavillon INIarsan ; il fit savoir au vigneron qu'on s'occuperait de lui en temps et lieu.

Chacun peut se figurer le tapage produit dans le Sancerrois par le mariage insensé de M. de la Baudraye.

— Cela s'explique, dit le président Boirouge, le petit homme aurait, m'a-t-on dit, été très choqué d'avoir entendu, sur le Mail, le beau M. Milaud, le substitut de Nevers, disant à M. de Clagny en lui montrant les tourelles de la Baudraye : « Cela me reviendra ! — [Niais, a répondu notre procureur du roi, il peut se marier et avoir des enfants. — Ça lui est défendu ! » Vous pouvez imaginer la haine qu'un a\"orton comme le petit la Baudravc a dû vouera ce colosse de Milaud.

Il e.xisîait à Xevcrs une branche roturière des Milaud qui s'était assez enrichie dans le commerce de la coutellerie pour que le représentant de cette branche eût abordé la carrière du ministère public, dans laquelle il fut protégé par feu Marchangy.

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