UNE MANIÈRE DE PAYER SES DETTES
Peut-être convient-il d'écheniller cette histoire, où le moral joue un grand rôle, des vils intérêts matériels dont se préoccupait exclusivement M. de la Baudraye, en racontant avec brièveté les résultats de ses négociations à Paris. Ceci, d'ailleurs, expliquera plusieurs parties mystérieuses de Thistoire contemporaine, et les difficultés sous-jacentes que rencontraient les ministres pendant la Restauralion, sur le terrain politique. Les promesses ministérielles eurent si peu de réalité, que ^I. de la Baudi-aye se rendit à Paris au moment où le cardinal y fut appelé par la session des Chambres. Voici comment le duc de IN'avarreins, le premier créancier menacé j)ar M. de la Baudraj'e, se tira d'affaire. Le Sancerrois vil ai-rivcr un malin à rhùtel de Mcujcnce, où il s'était logé, rue Saint-Honoré, près de la place Vendôme, un confident des ministres qui se connaissait en liquidations. Cet élégant personnage, sorti d'un élégant cabriolet et vêtu de la façon la plus élégante, fut obligé de monter au numéro 37, c'est-à-dire au troisième étage, dans une petite chambre où il surprit le provincial se
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cuisinant au feu de sa cheminée une tasse de café.
— Est ce à M. Milaud de la Baudraye que j'ai Thonneur ?,*..
— Oui, répondit le petit homme en se drapant dans sa robe de chambre.
Après avoir lorgné ce produit incestueux d'un ancien pardessus chiné de M™^ Piédefer et d'une robe de feu M"* de la Baudraye, le négociateur trouva l'homme, la robe de chambre et le petit fourneau de terre où bouillait le lait dans une casserole de fer de fer-blanc si caractéristiques, qu'il jugea les finasseries inutiles.
— Je parie, ^Monsieur, dit-il audacieusement, que vous dinez à quarante sous chez Hurbain, au Palais-Royal ?
— Et pourquoi ?
— Oh ! je vous reconnais pour vous y avoir vu, répliqua le Parisien, en gardant son sérieux. Tous les créanciers des princes y dînent. Vous savez qu'on trouve à peine dix pour cent des créances sur les plus grands seigneurs... Je ne vous donnerais pas cinq pour cent d'une créance sur le feu duc d'Orléans... (11 baissa la voix) sur 3Iuxsip.u.R...
— Vous venez m'acheter mes titres? dit le vigneron, qui se crut spirituel.
— Acheter !.,. fit le négociateur; pour qui me prenezvous.^... Je suis M. des Lupeaulx, maître des requêtes, secrétaire général du ministère, et je viens vous proposer une transaction.
— Laquelle ?
— Vous n'ignorez pas. Monsieur, la position de votre débiteur...
— De mes débiteurs.
— Eh bien, Monsieur, vous connaissez la situation de vos débiteurs, ils sont dans les bonnes grâces tlu roi, mais ils sont sans argent, et obligés à une grande représentation... Vous n'ignorez pas les difficultés delà politique : raristocratie est à reconstruire, en présence d'un tiers état formidable. La pensée du roi, que la France juge très mal, est de créer dans la paiiie une institution nationale, analoo'ue à celle deTAnoieterre. Pour réaliser cette grande pensée, il nous faut des années et des millions... Noblesse oblige ! le duc de Xavarreins, qui, vous le savez, est premier gentilhomme de la chambre, ne nie pas sa dette, mais il ne peut pas... (Sovez raisonnable ! Jugez la politique ! Nous sortons de Tabîme des révolutions. Vous êtes noble aussi !) Donc, il ne peut pas vous payer...
— Monsieur...
— Vous êtes vif, dit des Lupeaulx, écoutez. . . Il ne peut pas vous payer en argent; eh bien, en homme d'esprit que vous êtes, payez- vous en faveurs... royales ou ministérielles.
— Quoi! mon père aura donné, en 1793, cent mille?...
— Mon cher Monsieur, ne récriminez pas ! Ecoutez une proposition d'arithmétique politique : La recette de Sancerre est vacante, un ancien j^ayeur général des armées y a droit, mais il n'a pas de chances; vous avez dos chances et vous n'y avez aucun droit; vous obtiendrez la recette. Vous exercerez pendant un semestre, vous donnerez votre démission et >L Gravier vous donnera vingt mille francs.
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De plus. VOUS serez décoré de Tordre royal de la Légion d'honneur.
— C'est quelque chose, dit le vigneron, beaucoup plus appâté par la somme que par le ruban,
— Mais, reprit des Lupcaulx, vous reconnaîtrez les bontés de Son Excellence en rendant à Sa Seigneurie le duc de Xavarreins tous vos titres...
Le vigneron revint à Sancerre en qualité de receveur des contributions. Six mois après, il fut remplacé par M. Gravier, qui passait pour l'un des hommes les plus aimables de la finance sous TEmpire et qui naturellement fut présenté par ^L de la Baudraye à sa femme.
Dès qu'il ne fut plus receveur, M. de la Baudraye revint à Paris s'expliquer avec d'autres débiteurs. Celte fois, il fut nommé référendaire au sceau, baron et officier de la Légion d'honneur. Après avoir vendu la charge de référendaire au sceau, le baron de la Baudraye fit quelques visites à ses derniers débiteurs, et reparut à Sancerre avec le titre de maître des requêtes, avec une place de commissaire du roi près d'une compagnie anonyme établie en Nivernais, aux appointements de six mille francs, une vraie sinécure. Le bonhomme la Baudraye, qui passa pour avoir fait une folie, financièrement parlant, fit donc une excellente affaire en épousant sa femme.
Gî^âce à sa sordide économie, àrindemnité qu'il reçut pour les biens de son père nalionalcment vendus en 1793, le petit homme réalisa vers 1827, le rêve de toute sa vie! En donnant quatre cent mille francs comptants et prenant des engagements qui le condamnaient à vivre pendant six ans, selon son expression, de l'air du
temps, il put acheter, sur les bords de la Loire, à deux lieues au-dessus de Sancerre, la terre d'Anzy, dont le magnifique château, bâti par Philibert Delorme, est Tobjet de la juste admiration des connaisseurs, et qui, depuis cinq cents ans, appartenait à la maison d'Uxelles. Il fut enfin compté parmi les grands propriétaires du pa^'s ! Il n'est pas sur que la joie causée par l'érection d'un majorât composé de la terre d'Anzy, du fief de la Baudraye et du domaine de la Hautoy, en vertu de lettres patentes en date de décembre 18^29, ait compensé les chagrins de Dinah, qui se vit alors réduite à une secrète indigence jusqu'en 1833. Le prudent la Baudraye ne permit pas à sa femme d'habiter Anzy ni d'y faire le moindre changement avant le dernier payement du prix. Ce coup d'œil sur la politique du premier baron de la Baudraye explique l'homme en entier. Ceux à qui les manies des gens de province sont familières reconnaîtront en lui la passion de la terre^ passion dévorante, passion exclusive, espèce d'avarice étalée au soleil et qui souvent mène à la ruine par un défaut d'équilibre entre les intérêts hypothécaires et les produits territoriaux. Les gens qui, de 1802 à 1827, se moquaient du petit la Baudraye en le voyant trottant à Saint-Thibault et s'y occupant de ses affaires avec l'âpreté d'un bourgeois vivant de sa vigne, ceux qui ne comprenaient pas son dédain de la faveur à laquelle il avait dû ses places, aussitôt quittées qu'obtenues, eurent enfin le mot de l'énigme quand ce foriiùcaleo sauta sur sa proie, après avoir attendu le moment où les i)rodigaIités de la duchesse de Maufrigneuse amenèrent la vente de cette magnifique terre.
M""* Piédefer vint vivre avec sa fille. Les fortunes réunies de M. de la Baudraye et de sa belle-mère, qui s'était contentée d'une rente viagère de douze cents francs en abandonnant à son gendre le domaine de la Hautoy, composèrent un revenu visible d'environ quinze mille francs.
COMME>'T UNE FExMME DEVIENT SUPERIEURE A BON MARCHÉ
Pendant les premiers jours de son mariage, Dinah obtint des changements qui rendirent la Baudraye une maison très agréable. Elle fit un jardin anglais d'une cour immense en y abattant des celliers, des pressoirs et des communs ignobles. Elle ménagea derrière le manoir, petite construction à tourelles et à pignons qui ne 'manquait pas de caractère, un second jardina massifs, à fleurs, à gazons, et le sépara des vignes par un mur qu'elle cacha sous des plantes grimpantes. Enfin elle introduisit dans la vie intérieure autant de conlbrt que Texiguïté des revenus le permit. Pour ne pas se laisser dévorer par une jeune personne aussi supérieure que Dinah paraissait l'être, M. de la Baudraye eut l'adresse de se taire sur les recouvrements qu'il faisait à Paris. Ce profond secret gardé sur ses intérêts donna je ne sais quoi de mystérieux àson caractère, et le grandit aux yeux dcsa femme pendant les premières années de son mariage, tant le silence a de majesté !
Los cliangements opérés à la Baudraye inspirèrent un
désir d'autant plus vif de voir la jeune mariée, que Dinah ne voulut pas se montrer, ni recevoir, avant d'avoir conquis toutes ses aises, étudié le pays et surtout le silencieux la Baudraye. Quand, par une matinée de printemps, en 1825, on vit, sur le Mail, la belle M"' de la Baudraye en robe de velours bleu, sa mère en robe de velours noir, une grande clameur s'éleva dans Sancerre. Celte toilette confirma la supériorité de cette jeune femme, élevée dans la capitale du Berri. On craignit, en recevant ce phénix berruyer, de ne pas dire des choses assez spirituelles, et naturellement on se gourma devant M"** de la Baudraye, qui produisit une espèce de terreur parmi la gent femelle.
Lorsqu'on admira dans le salon de la Baudrave un tapis façonné comme un cachemire, un meuble pompadour à bois dorés, des rideaux de brocatelle aux fenêtres et sur une table ronde un cornet japonais plein de fleurs au milieu de quelques livres nouveaux; lorsqu'on entendit la belle Dinah jouant à livre ouvert sans exécuter la moindre cérémonie pour se mettre au piano, l'idée qu'on se faisait de sa supériorité prit de grandes proportions. Pour ne jamais se laisser gagner par l'incurie et par le mauvais goût, Dinah avait résolu de se tenir au courant des modes et des moindres révolutions du luxe en entretenant une active correspondance avec Anna Grossetête son amie de cœur au pensionnat Chamarolles.
Fille unique du receveur général de Bourges, Anna, grâce à sa fortune, avait épousé le troisième fils du comte de Fontaine. Les femmes, en venant à la Baudraye, y furent alors constamment blessées parla priorité
que Dinah sut s'attribuer en fait de modes ; et, quoi qu'elles fissent, elles se virent toujours en arrière, ou, comme disent les amateurs de courses, distancées. Si toutes ces petites choses causèrent une maligne envie chez les femmes de Sancerre, la conversation et Tesprit de Dinah engendrèrent une véritable aversion. Dans le désir d'entretenir son intelUgence au niveau du mouvement parisien, M""^ de la Baudraye ne souffrit chez personne ni propos vides, ni galanterie arriérée, ni phrases sans valeur ; elle se refusa net au clabaudage de petites nouvelles, à cette médisance de bas étage qui fait le fond de la langue en province. Aimant à parler des découvertes dans la science ou dans les arts, des œuvres fraîchement écloses au théâtre, en poésie, elle parut remuer des pensées en remuant les mots à la mode.
L'abbé Duret, curé de Sancerre, vieillard de l'ancien clergé de France, homme de bonne compagnie à qui le jeu ne déplaisait pas, n'osait se livrer à son penchant dans un pays aussi libéral que Sancerre; il fut donc très heureux de l'arrivée de JM""^ de la Baudraye, avec laquelle il s'entendit admirablement. Le sous-préfet, un vicomte de Chargebœuf, fut enchanté de trouver dans le salon de M™^ de la Baudraye une espèce d'oasis où l'on faisait trêve à la vie de province. Quant à M. de Clagny, le procureur du roi, son admiration pour la belle Dinah le cloua dans Sancerre. Ce passionné magistrat refusa tout avancement, et se mit à aimer pieusement cet clnge de grâce et de beauté. C'était un homme grand, sec, à figure patibulaire ornée de deux yeux terribles, à orbites chaibonnées, surmontées de deux sourcils énormes, etdontl'élo-
quence, bien différente de son amoiii% no manquait pas de mordant.
M. Gravier était un petit homme, gros et gras, qui. sous TEmpire, chantait admirablement la romance, et qui dut à ce talent le poste éminent de payeur général d'armée. Mêlé à de grands intérêts en Espagne avec certains généraux en chef appartenant alors à Topposition, il sut mettre à profit ces liaisons parlementaires auprès du ministre, qui, par égard à sa position perdue, lui promit la recette de Sancerre, et finit par la lui laisser acheter. L'esprit léger, le ton du temps de TEmpire s'était alourdi chez M. Gravier, il ne comprit pas ou ne voulut pas comprendre la différence énorme qui sépara les mœurs de la Restauration de celles de TEmpire; mais il se croyait bien supérieur à M. de Clagny, sa tenue était de meilleur goût, il suivait les modes, il se montrait en gilet jaune, en pantalon gris, en petite redingote serrée, il avait au cou des cravates de soierie à la mode ornées de bagues à diamants, tandis que le procureur du roi ne sortait pas de l'habit, du pantalon et du gilet noirs, souvent râpés.
Ces quatre personnages s'extasièrent, les premiers, sur l'instruction, le bon goût, la finesse de Dinah, et la proclamèrent une femme de la plus haute inteUigence. Les femmes se dirent alors entre elles :
— jM'"" de la Baudraye doit joliment se moquer de nous...
Cette opinion, [)lus ou moins juste, eut pour résultai d'empêcher les femmes d'aller à la Baudraye. Atteinte et convaincue de pédantisme parce qu'elle pai-lait cor-
rectement, Dinah fut surnommée la Sapho de Saint- Satur. Chacun finit par se moquer efTronlément des prétendues grandes qualités de celle qui devint ainsi Tennemie des Sancerroises. Enfin on alla jusqu'à nier une supériorité, purement relative d'ailleurs, qui relevait les ignorances et ne leur pardonnait point. Quand tout le monde est bossu, la belle taille devient la monstruosité ; Dinah fut donc regardée comme monstrueuse et dano'ereuse, et le désert se fit autour d'elle. Etonnée de ne voir les femmes, malgré ses avances, qu'à de longs intervalles et pendant des visites de quelques minutes. Dinah demanda la raison de ce phénomène à M. de Clagny.
— Vous êtes une femme trop supérieure pour que les autres femmes vous aiment, répondit le procureur du roi.
M. Gravier, que la pauvre délaissée interrogea, se fit énormément prier pour lui dire :
— Mais, belle dame, vous ne vous contentez pas d'être charmante, vous avez de l'esprit, vous êtes instruite vous êtes au fait de tout ce qui s'écrit, vous aimez la poésie, vous êtes musicienne, et vous avez une conversation ravissante : les femmes ne pardonnent pas tant de supériorité ! . . .
Les hommes dirent à M. de là Baudraye :
— Vous qui avez une femme supérieure, vous êtes bien heureux...
Et il finit par dire :
— Moi qui ni uno l'ommo supérieure, je suis bien
etc.
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\[me pij;.(iefer ilollée dans sa fille, se permit aussi de dire des choses dans ce genre :
— Ma fille, qui est une femme très supérieure, écrivait hier à M""® de Fontaine telles, telles choses.
Pour qui connaît le monde, la France, Paris, n'est-il pas vrai que beaucoup de célébrités se sont établies ninsi ?
ou LK CARACTÈRE DE M. DE LA BAUDRAYE COMMENCE A SE DESSINER
Au bout de deux ans, vers la fin de l'année 1825, Dinah de la Baudraye fut accusée de ne vouloir recevoir que des hommes: puis on lui fit un crime de son éloignement pour les femmes. Pas une de ses démarches, môme la plus indifférente, ne passait sans être critiquée, ou dénaturée. Après avoir fait tous les sacrifices qu'une femme bien élevée pouvait faire, et avoir mis les procédés de son côté. M""" de la Baudraye eut le tort de répondre à une fausse amie qui ^■int déplorer son isolement :
— J'aime mieux mon écuelle vide que rien dedans !
Cette phrase produisit des effets terribles dans Sancerre, et fut, plus tard, cruellement retournée contre la Sapho de Sain! Satur, quand, en la voyant sans enfants après cinq ans de mariage, on se moqua du petit la Baudraye. Pour faire comprendre cette plaisanterie de province, il est nécessaire de rappeler au souvenir de ceux qui l'ont connu le duc d'Hérouville, de qui Ton disait qu'il était l'homme le plus courageux de rEuro|)e parce
qu'il osait marcher sui* ses deux jambes, et qu'on accusait aussi de mettre du plomb dans ses souliers pour ne pas être emporté par le vent. M. de la Baudraye, petit homme jaune et quasi diaphane, eût été pris par le duc dllérouville pour premier gentilhomme de sa chambre, si le grand écuyer de France eût été quelque peu grandduc de Bade. M. de la Beaudraye, dont les jambes étaient si grêles, qu'il mettait par décence de faux mollets, dont les cuisses ressemblaient au bras d'un homme bien constitué, dont le torse figurait assez bien le corps d'un hanneton, eût été pour le duc d'Hérou ville une llatterie perpétuelle. En marchant, le petit vigneron relournait souvent ses mollets sur le tibia, tant il en taisait peu mystère, et remerciait ceux qui l'avertissaient de ce léger contresens. Il conserva les culottes courtes, les bas de soie noirs et le gilet blanc jusqu'en 1824.
Après son mariage, il porta des pantalons bleus et des bottes à talons, ce qui fit dire à tout Sancerre qu'il s'était donné deux pouces pour atteindre au menton de sa femme. On lui vit pendant dix ans la même petite redingote vert-bouteille à grands boutons de métal blanc, et une cravate noire qui faisait ressortir sa figure froide et chafouine, éclairée par des yeux d'un gris bleu, fins et calmes comme des yeux de chat. Doux comme tous les gens qui suivent un plan de conduite, il paraissait rendre sa femme très heureuse en ayant l'air de ne jamais la contrarier; il lui laissait la parole, et se conlenlait d'agir avec la lenteur, mais avec la ténacité d'un insecte.
Adorée pour ^a trcauté sans rivale, admiréiG! pofur son
esprit par les hommes les plus comme il faut de Sancerre, Dinah entretint cette admiration par des conversations auxquelles, dit-on plus tard, elle se préparait. En se voyant écoutée avec extase, elle s'habitua par degrés à s'écouter aussi, prit plaisir à pérorer, et finit par regarder ses amis comme autant de confidents de tragédie destinés à lui donner la réplique. Elle se procura, d'ailleurs, une fort belle collection de phrases et d'idées, soit par ses lectures, soit en s'assimilant les pensées de ses habitués, et devint ainsi une espèce de serinette dont les airs partaient dès qu'un accident de la conversation en accrochait la détente. Altérée de savoir, rendons-lui cette justice, Dinah lut tout, jusqu'à des livres de médecine, de statistique, de science, de jurisprudence ; car elle ne savait à quoi employer ses matinées, après avoir passé ses fleurs en revue et donné ses ordres au jardinier. Douée d'une belle mémoire et de ce talent avec lequel certaines femmes se servent du mot propre, elle pouvait parler sur toute chose avec la lucidité d'un style étudié. Aussi, de Cosne, de la Charité, de Nevers sur la rive droite, et de Léré, de Vailly, d'Argent, de Blancalbrt, d'Aubign}' sur la ri\e gauche, venait-on se faire présenter à M""® de la Baudraye, comme en Suisse on se faisait présenter à M"'" de Staël. Ceux qui n'entendaient qu'une seule fois les airs de cette tabatière suisse s'en allaient étourdis, et disaient de Dinah des choses merveilleuses qui ]*end iront les femmes jalouses à dix lieues à la ronde.
11 existe dans l'admiration qu'on inspire, ou dans l'action d'un v6V\ joué, je ne sais qudlc griserie morale
LA -MLSE DU DEl'ARTEMENT i47
qui ne permet pas à la critique d'arriver à Tidolc. Une atmosphère produite peut-être par une constante dilatation nerveuse fait comme un nimbe à travers lequel on voit le monde au-dessous de soi. Comment expliquer autrement la perpétuelle bonne foi qui préside à tant de nouvelles représentations des mêmes effets, et la continuelle méconnaissance du conseil que donnent ou les enfants, si terribles pour leurs parents, ou les maris, si familiarisés avec les innocentes roueries de leurs femmes?- M. de la Baudrave avait la candeur d'un homme qui déploie un parapluie aux premières gouttes tombées. Quand sa femme entamait la question de la traite des nègres, ou l'amélioration du sort des forçats, il prenait sa petite casquette bleue et s'évadait sans bruit, avec la certitude de pouvoir aller à Saint-Thibault surveillerune livraison de poinçons, et revenir une heure après en retrouvant la discussion à peu près mûrie. S'il n'avait rien à faire, il allait se promener sur le Mail, d'oiî se découvre l'admirable panorama de la vallée de la Loire, et prenait un bain d'air pendant que sa femme exécutait une sonate de paroles et des duos de dialectique.
CONDUITE EXEMl'LAIRi: DES AMANTS DE DINAH
Une fois posée en femme supérieure. Dinah voulut donner des gages visibles de son amour pour les créations les plus remarquables de Tart, elle s'associa vivement aux idées de Técole romantique, en comprenant dans Tart la poésie et la peinture, la page et la statue, le meuble et l'opéra. Aussi devint-elle moyenâgiste. Elle s'enquit aussi des curiosités qui pouvaient dater de la renaissance, et fit de ses fidèles autant de commissionnaires dévoués. Elle acquit ainsi, dans les premiers jours de son mariage, le mobilier des Rouget, à Issoudun, lors de la vente qui eut lieu vers le commencement de 1824. Elle acheta de fort belles choses en Nivernais et dans la Haute-Loire. Aux étrennes, ou le jour de sa fête, ses amis ne manquaient jamais à lui offrir quelques raretés. Ces fantaisies ti'ouvèrent grâce aux yeux de M. de la Baudraye, il eut l'air de sacrifier quelques écus au goût de sa femme, mais, en réalité, Thonmie aux terres songeait à son château d'Anzy. Ces antiquités coûtaient alors beaucoup moins que des meubles modernes. Au bout de cinq ou six ans, raniichambrc. la
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salle à manger, les deux salons et le boudoir que Dinah s'élait arrangés au rez-de-chaussée de la Baudraye, tout, jusqu'à la cage de Tescalier, regorgea de chefs-d'œuvre triés dans les quatre départements environnants. Cet entourage, qualifié d'étrange dans le pays, fut en harmonie avec Dinah. Ces merveilles, sur le point de revenir à la mode, frappaient l'imagination des gens présentés, ils s'attendaient à des conceptions bizarres et ils trouvaient leur attente surpassée en voyant à travers un monde de fleurs ces catacombes de vieilleries disposées comme chez feu du Sommerard, cet Old Mortalitij des meubles ! Ces trouvailles étaient, d'ailleurs, autant de ressorts qui, sur une question, faisaient jaillir des tirades sur Jean Goujon, sur Michel Columb, sur Germain Pilon, sur BouUe, sur Van Huysium, sur Boucher, ce grand peintre berrichon ; sur Clodion le sculpteur en bois, sur les placages vénitiens, sur Brustolone, ténor italien, le Michel-Ange du chêne vert ; sur les xiu^^ xiv% xv% xvf et xvif siècles, sur les émaux de Bernard Palissy, sur ceux de Petitot, sur les gravures d'Albrecht Durer (elle prononçait Dur), sur les vélins enluminés, sur le gothique fleuri, flamboyant, orné, pur, à renverser les vieillards et à enthousiasmer les jeunes gens.
Animée du désir de vivifier Sancerre, M""^ de la Baudraye tenta d'y former une société dite littéraire. Le président du tribunal, M. Boirouge, qui se trouvait alors sur les bras une maison à jardin provenant de la succession Popinot-Chandier, favorisa la création de cette société. Ce rusé magistrat vint s'entendre sur les statuts avec M"*' de la Baudrave. il voulut être un des
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fondateurs, et loua sa maison pour quinze ans à la société littéraire. Dès la seconde année, on y jouait au domino, au billard, à la bouillotte, en buvant du vin chaud sucré, du punch et des liqueurs. On y -fit quelques petits soupers fins, et 1 on y donna des bals masqués au carna^ al. En fait de littérature, on y lut les journaux, on y parla politique, et l'on y causa d'affaires. M. de la Baudraye y allait assidûment, à cause de sa femme, disait-il plaisamment.
Ces résultats navrèrent cette femme supérieure, qui désespéra de Sancerre, et concentra dès lors dans son salon tout Fesprit du pays. Néanmoins, malgré la bonne volonté de MM. de Chargebœuf, Gravier, de Clagny, de Tabbé Duret, des premier et second substituts, d'un jeune médecin, d'un jeune juge suppléant, aveugles admirateurs de Dinah, il }' eut des moments, où, de guerre lasse, on se permit des excursions dans le domaine des agréables futilités qui composent le fonds commun des conversations du monde. ]\I. Gravier appelait cela pasfter du grave au doux. Le whist de l'abbé Duret faisait une utile diversion aux quasi-monologues de la divinité. Les trois rivaux, fatigués de tenir leur esprit tendu sur des discussions de i ordre le plus élevé ^ car ils caractérisaient ainsi leurs conversations, mais n'osant témoigner la moindre satiété, se tournaient parfois d'un air càhn vers le vieux prêtre.
— ^L le curé meurt d'envie de faire sa petite partie, disaient-ils.
Le spirituel curé se prétait assez bien à l'hypocrisie de ses complices, il résistait, il s'écriait :
LA MUSE Dt" D^:PARTEME^"r 2.ÔI
— Nous perdrions ti'Op à ne pas écouler notre belle inspirée !
Et il stimulait la générosité de Dinah, qui finissait par avoir pitié de son cher curé. Cette manœuvre hardie, inventée par le sous-préfel, fut pratiquée avec tant d'astuce, que Dinah ne soupçonna jamais Tévasion de ses forçats dans le préau de la table à jouer : on lui laissait alors le jeune substitut ou le médecin à géhenner. Un jeune propriétaire, le dandy de Sancerre, perdit les bonnes grâces de Dinah pour quelques imprudentes démonstrations. Après avoir sollicité Thonneur d'être admis dans ce cénacle, en se flattant d'en enlever la tleur aux autorités constituées qui la cultivaient, il eut le malheur de bâiller pendant une explication que Dinah daignait lui donner, pour la quatrième fois, il est vrai, de la philosophie de Kant. M. de la Thaumassière, le petit-fils de l'historien du Berri, fut regardé comme un homme complètement dépourvu d'inteUigencc et d'âme.
Les trois amoureux en titre se soumettaient à ces exorbitantes dépenses d'esprit et d'attention dans l'espoir du plus doux des triomphes, au moment où Dinah s'humaniserait, car aucun d'eux n'eut l'audace de penser qu'elle perdrait son innocence conjugale avant d'avoir perdu ses illusions. En 1826, époque à laquelle Dinah se vit entourée d'hommages, elle atteignait à sa vingtième année, et l'abbé Duret la maintenait dans une espèce de ferveur catholique; les adorateurs de Dinah se contentaient donc de l'accabler de petits soins, ils la comblaient de services, d'attentions, heureux d'être pris pour les chevaliers d'hon-
neur de cette reine par les gens présentés qui passaient une ou deux soirées à la Baudraye.
— jNP^ de la Baudraye est un fruit qu'il faut laisser mûrir, telle était l'opinion de M. Gravier, qui attendait.
Quant au magistrat, il écrivait des lettres de quatre pages auxquelles Dinah répondait par des paroles calmantes en tournant, après le dîner, autour de son boulingrin, en s'appuyantsurle bras de son adorateur. Gardée par ces trois passions. M™* de la Baudraye, d'ailleurs accompagnée de sa dévote mère, évita tous les malheurs de la médisance. Il fut si patent dans Sancerre qu'aucun de ces trois hommes n'en laissait un seul près de M^'^de la Baudraye, que leur jalousie y donnait la comédie. Pour aller de la porle César à Saint-Thibault, il existe un chemin beaucoup plus court que celui des Grands-Remparts, et que, dans les pays de montagnes, on appelle itnc coursière^ mais qui se nomme à Sancerre le Casse-Cou. Ce nom indique assez un sentier tracé sur la pente la plus raide de la montagne, encombré de pierres et encaissé par les talus des clos de vignes. En prenant le Casse-Cou, on abrège la route de SanceiTe ù la Baudrave. Les femmes, jalouses de la Sapho de Saint-Satur, se promenaient sur le jNIail pour l'ogarder ce Longchamp des autorités, que souvent elles arrêtaient en engageant dans quelque conversation tantôt le sous-préfet, tantôt le procureur du roi, qui donnaient alors les marques d'une visible impatience ou d'une impertinente distraction; Comme du Mail on découvre les tourelles de la Baudraye, plus d'un jeune homme y venait contempler la demeure de Dinah en enviant le privilèg'e des dix ou
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douze habitués qui passaient la soirée auprès de la reine du Sancerrois. M. de la Baiidraye eut bientôt remarqué l'ascendant que sa qualité de mari lui donnait sur les galants de sa femme, et il se servit d'eux avec la plus entière candeur, il obtint des dégrèvements de contributions, et gagna deux procillons. Dans tous ses litiges, il fit pressentir l'autorité du procureur du roi de manière à ne plus se rien voir contester, et il était ditficultueux et processif en affaires comme tous les nains, mais toujours avec douceur.
Néanmoins, plus l'innocence de M""" de la Baudraye éclatait, moins sa situation devenait possible aux yeux curieux des femmes. Souvent, chez la présidente Boirouge, les dames d'un certain âge discutaient pendant des soirées entières, entre elles, bien entendu, sur le ménage la Baudraye. Toutes pressentaient un de ces mystères dont le secret intéresse viv^ement les femmes à qui la vie est connue. 11 se jouait, en effet, à la Baudraye, une de ces longues et monotones tragédies conjugales qui demeureraient éternellement inconnues, si l'avide scalpel du xix" siècle n'allait pas, conduit par la nécessité de trouver du nouveau, fouiller les coins les plus obscurs du cœur, ou, si vous voulez, ceux que la pudeur des siècles précédents avaient respectés. Et ce drame domestique ex[)lique assez bien la vertu de Dinah pendant les premières années de son mariage.
INTKRIKIR \)V. \]K\lCnVV T)E MKNVÙKS
Une jeune fille dont les succès au pensionnat Chamarolles avaient eu l'orgueil pour ressort, dont le premier calcul avait été récompensé par une première victoire, ne devait pas s'arrêter en si beau chemin. Quelque chétif que parût être M. de la Baudaye, il fut. pour M"^ Dinah Piédefer, un parti vraiment inespéré. Quelle pouvait être Tarrière-pensée de ce vigneron en se mariant à quarante-quatre ans avec une jeune fille de dix-sept ans. et quel parti sa femme pouvait-elle tirer de lui? Tel fut le premier texte des méditations de Dinah. Le petit homme trompa perpétuellement l'observation de sa fenmie . Ainsi, tout d'abord, il laissa prendre les deux précieux hectares perdus en agrément autour de la Baudraye, et il donna presque généreusement les sept à huit mille francs nécessaires aux arrangements intérieurs dirii^és par Dinah, qui putacheterà Issoudun le mobilier Rouget et entreprendre chez elle le système de ses décorations moyen âge, Louis XIV et Pompadour. La jeune mariée eut alors peine à croire que M. de la Baudraye fût avare, comme on le lui disait, ou elle put penser avoir conquis
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un peu d'ascendant sur lui. Cette erreur dura dix-huit mois.
Après le second voyage de M. de la Baudraye à Paris. Dinah reconnut chez lui la froideur polaire des avares de province en tout ce qiii concernait Targent. A la première demande de capitaux, elle joua la plus gracieuse de ces comédies dont le secret vient d'Eve ; mais le petit homme expliqua nettement à sa femme qu'il lui donnait deux cents francs par mois pour sa dépense personnelle, qu'il servait douze cents francs de rente \ iagère à M"'*" Piédefer pour le domaine de la Hautoy. qu'ainsi les mille écus de la dot étaient dépassés d'une somme de six cents francs par an.
— Je ne vous parle pas des dépenses de notre maison, dit-il en terminant, je vous laisse offrir des brioches et du thé le soir à vos amis, car il faut que vous vous amusiez ; mais, moi qui ne dépensais pas quinze cents francs par an avant mon mariage, je dépense aujourd'hui six mille francs, y compris les impositions, les réparations, et c'est un peu trop, eu égard à la nature de nos biens. Un vigneron n'est jamais sur que de sa dépense : les fc\çons, les impôts, les tonneaux ; tandis que la recette dépend d'un coup de soleil ou d'une gelée. Les petits propriétaires comme nous, dont les revenus sont loin d'être fixes, doivent tabler sur leur minimum, car ils n'ont aucun moyen de réparer un excédent de dépense ou une perte. Que deviendrons-nous si un* marchand de vin faisait faillite ? Aussi, pour moi, des billets à toucher sont-ils des feuilles de chou. Pour vivre comme nous vivons, nous devons donc avoir sans cesse une année
de revenus devant nous, et ne compter que sur les deux tiers de nos rentes.
Il suffit d'une résistance quelconque pour qu'une femme désire la vaincre, et Dinah se heurta contre une âme de bronze cotonnée des manières les plus douces. Elle essaN'a d'inspirer des craintes et de la jalousie à ce petit homme, mais elle le trouva cantonné dans la tranquillité la plus insolente. Il quittait Dinah pour aller à Paris, avec la certitude qu'aurait eue Médor de la fidélité d'Angélique. Quand elle se fit froide et dédaigneuse pour piquer au vif cet avorton par le mépris que les courtisanes emploient envers leurs protecteurs et qui agit sur eux avec la précision dune vis de pressoir, M. de la Baudraye attacha sur sa femme ses yeux fixes comme ceux d'un chat, qui, devant un trouble domestique, attend la menace d'un coup avant de quitter la place. L'espèce d'inquiétude inexplicable qui perçait à travers cette muette indifïérence épouvanta presque celte jeune femme de vingt ans ; elle ne comprit pas tout d'abord l'égoïste tranquilfité de cet homme, comparable à un pot fêlé, qui, pour vivre, avait réglé les mouvements de son existence avec la précision fatale que les horlogers donnent à leurs pendules. Aussi le petit bonhomme échappait-il sans cesse à sa femme ; elle le combattait toujours à dix pieds au-dessus de la tète.
Il est plus facile de comprendre que de dépeindre les rages auxquelles se livra Dinah quand elle se vit condamnée à ne pas sortir de la Baudraye, ni de Sanccrre, elle qui rêvait le maniement de la fortune et la direction de ce nain à qui, dès l'abord, géante, elle avait obéi
pour commander. Dans Tespoir de débuter un jour sur le grand théâtre de Paris, elle acceptait le vulgaire encens de ses chevaliers d'honneur, elle voulait faire sortir le nom de M. de la Baudraye de Turne électorale, car elle lui crut de Tambition en le voyant revenir par trois fois de Paris après avoir gravi chaque fois un nouveau bâton de Téchelle sociale. Mais, quand elle interrogea lé cœur de cet homme, elle frappa comme sur du marbre!... L'ex-receA eur. l'ex-référendaire, le maître des requêtes, Tofticier de la Légion d'honneur, le commissaire royal était une taupe occupée à traces ses souterrains autour d'une pièce de vigne ! Quelques élégies furent alors versées dans le cœur du procureur du roi, du sous-préfet, et même de M. Gravier, qui, tous, en devinrent plus attachés à cette sublime victime ; car elle se garda bien, comme toutes les femmes d'ailleurs, de parler de ses calculs, et, comme toutes les femmes aussi, en se voyant hors d'état de spéculer, elle honnit la spéculation.
Dinah, battue par ces tempêtes intérieures, atteignit, indécise, à Tannée 1827, où vers la fin de l'autonme, éclata la nouvelle de l'acquisition de la terre d'Anzy par le baron de la Baudraye. Ce petit vieux eut alors un mouvement de joie orgueilleuse qui changea, pour quelques mois, les idées de sa femme ; elle crut à je ne sais quoi de grand chez lui en lui voyant solliciter l'érection d'un majorât. Dans son triomphe, le petit baron s'éci'ia :
— Dinah. vous serez comtesse un jour!
Il se fit alors, entre les deux époux. d(^ ces replâtrages
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qui ne tiennent pas, et qui devaient fatiguer autant qu'humilier une femme dont les supériorités apparentes étaient fausses et dont les supériorités cachées étaient réelles. Ce contresens bizarre est plus fréquent qu'on ne le pense. Dinah qui se sentait ridicule par les travers de son esprit, était grande par les qualités de son âme ; mais les circonstances ne mettaient pas ces forces rares en lumière, tandis que la vie de province adultérait, de jour en jour, la petite monnaie de son esprit. Par un phénomène contraire, M. de la Baudraye, sans force, sans âme et sans esprit, devait paraître un jour avoir un grand caractère en suivant tranquillement un plan de conduite d'où sa débilité ne lui permettait pas de sortir.