‹ L'ilote; comédie en un acte, en versChapitre 12 sur 14 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

LES MÊMES, FLEUR-DE-SAUGE, apportant une amphore.

Fleur-de-Sauge.

Tenez, voilà pour vous... Ouf! comme c'est pesant!

LÉANDRE, égayé.

Mignonne, reste ici, l'ilote est fort plaisant.

Eh ! la charmante enfant, messagère de joie. D'où venez-vous ?

LÉANDRE

Réponds.

Fleur-de-Sauge.

C'est Chrêmes qui m'envoie.

l'Ilote, à part.

Je comprends; il l'envoie à l'école, elle aussi. Je vais leur faire un cours ! — Approchez !

Fleur-de-Sauge.

Me voici.

l'Ilote, Et tâchons d'écouter...

Fleur-de-Sauge.

Oh! Je suis tout oreilles...

Ces deux amphores sœurs ont l'air quasi pareilles, Et vous croyez, enfants, que dans leur vaste cœur Comme un sang généreux bout la même liqueur; Il n'en est rien pourtant. D'ici, de la première, Belle et s'enveloppant de flamme et de lumière Ainsi que d'un manteau splendide et radieux, Soutien des pauvres gens et compagne des dieux, Reine partout, et dans Sparte seule exilée, La joie aux ailes d'or d'abord s'est envolée.

[Il fait sonner l'amphore du doigt.) Vide!

LÉANDRE

On va maintenant passer à celle-ci?

Garde-toi d'en rien faire, ô jeune homme transi ! Car si l'une contint la gaîté, la seconde Cache le roi des dieux dedans sa panse ronde. Et si vous y touchiez, enivré de grand jour, De là, de ce goulot s'envolerait l'amour!

Fleur-de-Sauge.

L'amour?

LÉAN'DRE.

L'amour?

Fleur-de-Sauge. .

Il faut y goûter.

LÉANDRE

Non, je tremble; Chrêmes se fâcherait.

Fleihi-de-Sauge.

Alors buvons ensemble:

Chrêmes aura bien plus de peine à se fâcher , Contre deux.

{Respirant la coupe et buvant.)

On dirait le parfum du pêcher, Amer et doux!

LÉANDRE

Vraiment?

l'Ilote, à part.

Pour un couple modeste.

Ils vont bien.

Tiens, Léandre, il faut boire le reste!

Mon cœur d'Athénien s'en réjouit pour eux.

{Passant au milieu d'eux.) Eh bien! enfants, je crois que l'on est amoureux.

LÉANDRE

Demande à Fleur-de-Sauge.

Fleur-de-Sauge.

Interrogez Léandre.

l'Ilote, à part.

Ils sont charmants avec leur air confus et tendre;

Et cependant je dois, ilote à double fin,

Leur faire détester l'amour comme le viri.

Dans ce cas, par Cypris, la méthode est fort claire,

Et je vais leur montrer ce qu'il ne faut pas faire.

[A Léandre, qui presse Fleur-de-Sauge.)

Recule-toi, jeune homme aux essors imprudents ! II ne faut pas jeter de regards trop ardents Sur cette blanche épaule adorable et polie; II ne faut pas non plus, sous peine de folie, Respirer de trop près le vent de ces cheveux, Parfum plus enivrant que celui du vin vieux. Ni, découvrant le se-in qu'un fin tissu protège, T'abîmer, éperdu, dans ces amas de neige... La neige a son vertige!

LÉANDRE

O vertige charmant!

l'Ilote, le repoussant.

L'œil d'un ilote seul le brave impunément... Il ne faut pas, du pur désir passant aux actes, Prendre de ce beau corps les mesures exactes, En l'entourant d'un bras impudemment jeté... Ainsi que je le fais, moi, satyre éhonté... Ni, blessé par Éros et brûlé de ses fièvres. Sur un cou qui se ploie ainsi poser les lèvres 1

(77 embrasse Fleur-de-Sauge.) Fleur-de-Sauge, avec un petit cri.

Ah!

LÉANDRE

Dieux! !

l'Ilote, gravement.

J'ai dit.

LÉANDRE, fâché.

Oui, dit... et fait.

Il le fallait,

Afin que mon cours fût saisissant et complet!

LÉANDRE, embrassant Fleur-de-Sauge.

Il l'est!

Fleur-de-Sauge, affirmative.

Il l'est!

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