MADELEINE, LÉOPOLD
MADEi.ElMB, assise h droite et pleurant.
Ah ! mon Dieu ! mon bon Dieu t qu’est-cc que je rais devenir?
LÉOPOLD
Rassnrc-toi, Madeleine ; on ne le croira pas ...
MADELEINE
Mais, tous le croirez, vous, monsieur! et c'est là le plus terrible... tous ailes supposer tics choses...
LÉOPOLD
Moi ! nullement, je le jure...
MADELEINE
Si fait, si fait. Je le vois bien ; vous vous Imaginerez, comme il le dit... que j’étais, hier, à vous regarder, en cachette...
LÉOPOLD
Ce n’est pas vrai ?
Madeleine, sc levant.
SI ; mais tout simplement et sans mauvaise Inteotion. Je me disais, tout ébahie : « Qu’est-ce que c'est donc que ce beau monsieur, qui n’est pas du pays, et qui est là en plein soleil, sur un rocher, é tirer des lignes sur du papier? Est-ce que ça serait l’ingénieux du département?...» Voilà, monsieur, pas autre chose I...
LÉOPOLD
Cesl tout naturel, et je te crois!
MADELEINE
Je l'espérons ben... Faudrait avoir bien peu de coeur pour songer à quelqu’un, qui n'est jamais à ce qu'il Fait, qui vous regarde sans vous voir... et vous dit: Je vous aime, en pensant à une autre ; car c’est une autre que vous aimez!...
LÉOPOLD
Oui, et je l'ai perdue!... et elle n’csl plus!
Madeleine , soupirant.
C’est encore pis !... La beauté, ça se Fane, ça vieillit ; mais un souvenir, c'est toujours jeuBC.
LÉOPOLD , étonné.
Que db-tuî Voilà une pensée et une expression...
madeleine.
Dame ! je vous donne ça corn vie ça m’est venu.
LÉOPOLD
Et c’est très bien... Car, tu n ( faispas, Madc*
leine, non seulement tu es jolie, mais lu es aussi tréi aimable!
En vérité!... Dame! en vous écoutant, peutêtre que ça se gagne
LÉOPOLD
Quelques mois de soins et d'études te donneront une autre existence et une Forme «ouvcl'e. Alors rien ne te manquera, alors tu seras aussi charmante, aussi séduisante...
MADELEINE
Que la marquise? ..
LÉOPOLD, PIDtiOTTaSMî.
Eh! mais... d'une antre manière...
MADELEINE, «vee repr t.
Ah ! c’est celle là, c’est h sienne que je voudrais ; mais c’est impossible aux Glles d’e beux nous... bile était donc... bien belle?...
LÉOPOLD
Ravissante... adorai le !...
MADELEINE
Et vous disiez, pourtant, que je lui ressemblais ; vons mentiez donc, monsieur?
LÉOPoi D, la regardant.
Non! Elle avait ce que tn n’as pas... la dlMlnctlonct l’élégance; mais tu as plus de naïveté et d’abandon... (Regardant Madeleine.) Quant à scs yeux , ils étaient...
MADELEINE
Plus beaux?
C’est possible! Mais ils respiraient la fierté ou bien la froideur et l'indifrérenrc.. tandis que 1rs tiens ont une expression de rcconnai sauce, d’amitié, presque do tendresse...
MADELEINE
Vous trouvez?
LÉOPOLD
Ensuite, s'il fanl te le dire... Toi, Madrl< inc, tu n’as rien; et la marquise avait on nom, de la naissance, une immense fortune.-
madeleine , fconaut la tête.
Ce qui est un graud avantage pour elle!
léopold , virement.
Non ! pour toi ; à mes yeux du moins ; car, en aimant une personne riche, on a l'air d’ainirr sa richesse... Aussi , dans son salon, je me tenais n l’écart... muet cl réservé, je l'adorais de loin et jamais je n'ai osé lui dire : Je vous aime.
MADELEINE, avec jOfc.
Jamais, monsieur!
LÉOPOLD
Jamais! Tandis qu’auprès de toi, je l'ai osé tout de suite.
MADELEINE
La belle avance, ça u'était pas pour mon compte! . .
L'IMAGE
LÉOPOLD
En partie «lu moius*... Car mon seul vœu, Madeleine, le vœu d'un ami, c’est de te voir heureuse, c'est de te trouver, si je le puis, quelqu’un digne de toi.
MADELEINE. 4
Je vous remercions, moi , monsieur ; ce n’est pas la peine.
LÉOPOLD
Et pourquoi ?
MADELEINE
Parce que Je voulons rester comme je suis.
LÉOPOLD
Ne pas te marier ?
MADELEINE
Jamais... j'y suis décidée
LÉOPOLD
Et quelles raisons?
MADELEINB.
Chacun a les siennes; et je vousprions de ne pas me les demander. Mais vous, monsieur?...
Moi!... grand Dieu!... peux-tu le penser?... Fidèle à celle que j'aime, rien ne me la fera oublier; maintenant surtout, que son sou venir est là, prés de mol, souvenir vivant qui semble renaître en toi, Madeleine, et réunir les deux sentimens les plus doux de la vie, l’amour et l'amitié... Aussi, désormais, ta présence m’est nécessaire, je ne pourrais plus m’en passer, cl tous mes jours, tous mes instans s'écouleront prés de loi.
MADELEINE
Ah 1 je le voudrions comme vous, monsieur; mais je sentons bien que ça ne se peut pas.
LÉOPOLD
Que veui-lu dire ?
MADELEINE
Que c’est, pour vous, un amusement ., un jeu qui trompe votre douleur... Mais, pour moi, pauvre fille, qui n’ai pas l’habitude d’êire aimée, le semblant a trop l'air d'une réalité... c'est trop difficile à distinguer, et si j’allais confondre et me méprendre ?... C'est peut-être déjà fait !
LÉOPOLD
O ciel! que dis-tu?
MADELEINE
Aussi, monsieur, s’il est vrai que vous avez quelque amitié pour la pauvre Madeleine... j’ai une grâce â vous demander.
LÉOPOLD
Laquelle?
Vous ne me refuserez pas, n'est-il pas vrai?
LÉOPOLD
Quelle qu'elle soit, je le le Jure.
MADELEINE
Au nom de la marquise... pour elle!
LÈOPOLp.
i’our elle... El pour toi!...
MADELEINE
Eh bien! monsieur, c’est de quitter ce pays, de partir aujourd'hui même, et de ne plus me revoir.
LÉOPOLD
Quoi ! Madeleine, renoncer à mon bonheur ?
MADELEINE
Moi. votre bonheur? je n’en suit que l'image. LÉOPOLD.
Qu’importe! si elle rne rattache à la vie... fi elle me console... si elle me fait du bien!
MADELEINE
Et si ça me fait du mal... à moi! Oui... je ne sais ce que j’éprouve... (Montrant sa tête.) lâ, (Montrant son coror.) et puis là... Par ainsi, m’est avis que si vous restiez davantage, ça finirait mal... H arriverait pour moi des malheurs.
LÉOPOLD
Tu le crois ?
MADELEINB.
J’en suis sûre...
AIR : Ahi Lulli (do Rcber )
(Jn' pauvre Aile vous Implore,
Vous la sauver» du danger ;
Vous seul pouvez me protéger.,.
Moi, qui tont bas m* disais encore:
C’est loi, c’est lut.
Qui s’ra mon frère et mon ami I
LÉOPOLD
Même air.
Tu le veux, et, malgré ms peine,
Pour jamais Je quitte ce lieu...
Un baiser... le baiser d’adieu!..,
(Madeleine s’éloigne.)
Tu me refuses, Madeleine?
MADELEINE, sc rapprochant.
Nennl i iieuui !
C’est pour mou frère et mon ami !
(Il l’embrasse.)