‹ L'image mentaleChapitre 13 sur 19 · Reproduite telle que l’a recueillie M. Clavière · texte numérisé non relu

Reproduite telle que l’a recueillie M. Clavière

2. Les parenthèses indiquent les parties du Forum désignées par les gestes de l’enfant.

3 ans 3 mois. — C’est là que le train passe (lignes sur le sol, entre les ruines du temple de Vespasienet l’arc de Septimc Sévère) et alors la petite fille passe là et est tuée avec sa maman et son papa.

3 ans 4 mois 1/2. — C’est le train qui monte par cette routelà (les mêmes lignes que plus haut) et alors c’est la cloche qui sonne là (le bâtiment du dôme) et là c’est la cave avec les loups (l’amas de pierre du coin droit, en has).

3 ans 5 mois 1/2. — C’est par là (entre les colonnes du temple de Vespasien et les maisons blanches qui se trouvent derrière elles) que vont les madames pour aller à la noce à cette église-là (le bâtiment du dôme), et alors à cette autre église (l’arc de triomphe). Les petits enfants passent ici (les 8 colonnes du temple de Saturne) et vont à Bail!... (maisons au fond à droite) près de M... (une de ses cousines qu’elle aimait beaucoup) et ici dans la cave (débris de pierres au coin droit en has) c’est le père Fouettard.

3 ans 6 mois 1/2. — C’est des jeunes filles qui passent là (entre les 3 colonnes du temple de Vespasien et les maisons blanches qui sont derrière à gauche), car c’est la noce, là (bâtiment du dôme); ça (les débris de pierre du Ier plan), c’est les cailloux près de la cave. Là (les lignes parallèles déjà citées) c’est où passe, tu sais, le train pour aller près de M... à Paris.

3 ans 7 mois 1/2. — Je te dis toujours que c’est les dames qui passent là (voir plus haut), ça, c’est la cloche de l’église (bâtiment du dôme), ça, c’est où père Fouettard demeure (débris de pierres du Ier plan à droite), çà, c’est encore une cave à père Fouettard (débris do pierres du i01 plan à gauche), ça, encore une cave à père Fouettard (les arcades près de l’arc de Septime Sévère), c’est là que le train passe (les maisons dans le fond à droite du côté du Colisée ; depuis le 2 mars nous habitons à 100 mètres de la ligne de chemin de fer et nous voyons de nos fenêtres les trains passer dans l’intervalle des maisons qui nous séparent de la voie ferrée), ça, c’est où demeure marraine (maisons derrière les colonnes du temple de Vespasien. — Vous avons reçu quelques jours auparavant une photographie de la maison de sa marraine).

3 ans 10 mois 1/2. — Ça, c’est une église (bâtiment du dôme), là, une échelle (3 colonnes du temple de Vespasien), là, une porte (la fenêtre de la maison blanche derrière les 3 colonnes), là, encore une église (arc de triomphe), les hommes passent là (entre les 8 colonnes du temple de Saturne); ça, c’est. Baill... (maisons derrière les 8 colonnes) et ça, Paris, tout loin (le Colisée et ses environs), c’est là où le père Fouettard demeure (pierres du Ier plan à gauche), là, c’est la terre et l’escalier pour monter (les ruines en escalier du soubassement des 8 colonnes).

4 ans 2 mois 1/2. — Là, c’est un buffet comme celui de la salle

ÉVOLUTION DE L IMAGE MENTALE l3y

;i manger (bâtiment du dôme) et il y a aussi du papier par-dessus (à ce moment, il y avait au-dessus de notre buffet un jouet assez volumineux, une cuisinière recouverte d’un papier pour éviter la poussière : reniant montre le dôme). Là, tu sais, la fête, où il y a des chevaux de bois, eh bien, tout près, c’est comme ça, il y a en haut un tic-tic, et en bas on frappe avec un marteau et ça fait tic- tic (l’enfant montre les 3 colonnes — à noter que le Ier novembre, c’est la foire de Château... et l’enfant y avait remarqué sans doute une tète de Turc qui se trouvait précisément à côté d’un manège de chevaux de bois). Là c’est la maison du père Fouettard (Tes pierres du Ier plan à droite), là c’est l’église où il y a un curé dedans et à la porte tu vois le rideau qui se lève quand on passe (arc de triomphe), là c’est toüt des maisons (l’enfant en montre une et dit) : tu vois la porte où papa regarde (l’enfant montre alors la fenêtre de la maison blanche de gauche, la même que le 2 juillet 1897 — à 46 mois 1/2 — et dit): çà, c'est une fenêtre et on ouvre comme ça (et elle fait le geste voulu), là c’est la route où il pousse des cailloux et qui a des ornières (les lignes parallèles du sol entre les 3 colonnes et l’arc de triomphe) (à noter que la veille nous avions passé dans une route mal empierrée) ; les 8 colonnes sont des portes par où les madames passent parce que par là (le sol en bas) il y a un trou.

4 ans 7 mois. — Les petits enfants passent là (les 8 colonnes) pour aller chez père Fouettard qui les met dans la terre. Quand on veut enterrer, on met une caisse dans la terre, et ça y est. — Là c’est comme à la fête, un tic-tic (les 3 colonnes — voir au 3 novembre 1897). — Quand on va à Saint-Flo..., on va par là (les lignes parallèles du sol du Forum) par la rue là le long du mur (derrière l’arc de triomphe).

9 ans 2 mois. — Je présente la gravure, l’enfant rit à ma demande et dit sur instance : Je ne sais pas, c’est à toi, père (l'enfant, à qui j’ai souvent recommandé de ne pas toucher à mes papiers, veut dire que je dois savoir ce que c’est, mais pas elle). L’enfant après 4 instances, dit enfin : C’est un château démoli, brûlé, quelque chose comme ça (les 2 groupes de colonne) ; voilà un autre château (le bâtiment du dôme) : c’est peut-être Saint-Flo... (le tout) — ici des pierres, des morceaux de bois, il y a eu un incendie (tout le premier plan) — là n’est-ce pas un cimetière (second plan a droite), la un pont (entre le bâtiment du dôme et les lignes parallèles) — là des nuages (le ciel) et c’est tout (malgré plusieurs instances).

CONCLUSION

En décrivant si longuement un cas très particulier de notre activité mentale, nous avons voulu présenter un fait vivant de l’esprit qui le montre en mouvement, au lieu de l’observer, comme d’habitude, au repos.

C’est donc, sous une forme élémentaire, une étude de physiologie mentale.

Il y a deux façons bien différentes de concevoir la physiologie de l’esprit.

On y peut voir une étude qui s’attache aux phénomènes extérieurs et somatiques de notre activité mentale et cherche les équivalents organiques de certains caractères des phénomènes de l’esprit. — C’est le sens où on l’entend le plus ordinairement, en lui donnant, par analogie à celle du corps, le nom de physiologie. C'est alors surtout une étude objective.

Mais la véritable physiologie mentale n est-elle

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pas, au contraire, celle qui se place au point de vue subjectif et s’efforce de saisir subjectivement, en eux-mêmes et par leur autre face, les divers mécanismes d’échanges, d’actions réciproques et de constante évolution qui caractérisent la vie intérieure de l’esprit ?

Ainsi entendue, la physiologie mentale devrait suivre les divers stades et comme les périodes de croissance de nos activités mentales directement observées, abstraction faite des intermédiaires par lesquels et à travers lesquels nous avons coutume d’en prendre conscience. Alors chaquephénomène n’apparaîtra plus comme une individualité distincte et séparée de son entourage ; il sera un moment de cette activité qui revêt des formes si diverses pour adapter à des circonstances différentes sa spontanéité constante. — Conception qui n'implique d’ailleurs nul oubli des conditions extérieures ou somatiques ; seulement elle n’en fait pas son objet propre et, tout en s’y appuyant, elle se préoccupe plutôt d’observer directement l'esprit, pour le voir vivre.

Mais cette façon de comprendre la physiologie mentale suppose avant tout que l’on ne se confine plus dans les anciennes descriptions topographiques où les Ecossais, en souvenir de Locke, enfermèrent toute Psychologie.

Le principe de Locke, au point de vue qui nous

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occupe, consista précisément à appliquer à la psychologie ce que Descartes avait inauguré pour la philosophie et à prendre comme centre unique la conscience. De cette voie largement ouverte, les Ecossais poussèrent en tous sens des investigations patientes : elles aboutirent à un minutieux catalogue des états accessibles à la conscience. Les autres furent laissés dans l'ombre.

Mais les états de conscience sont-ils bien le tout de notre esprit ? — Leur énumération même (abstraction faite des lacunes) est-elle bien exacte P On vient à en douter, rien qu’à A'oir les remaniements imposés depuis quelque temps à cette topographie des facultés. Tels phénomènes, autrefois totalement inconnus, prennent aujourd'hui une place qui absorbera bientôt leurs voisins : et cependant ils étaient si mal prévus au plan primitif qu’il a fallu patiemment compulser les bibliothèques philosophiques pour en trouver trace et leur faire une vague généalogie : les précurseurs les ignoraient.

Dans ces conditions, l'énumération et la classification écossaises sont-elles autre chose que d’élémentaires et factices essais? On doit même se demander, après cette première constatation, si la conscience a vraiment droit au rôle capital qui lui fut ainsi départi.

Est-ce vraiment cet irrécusable et véridique témoin que tous les manuels se plaisent encore à

CONCLUSION

nous décrire ? N'est-elle, au contraire, rien qu'une vue superficielle et bornée, un regard étroit sur un seul côté de notre vie mentale, laquelle se développe largement par ailleurs ? Ce que nous avons vu des images mentales incline fort à ce second sens.

Certes, on n'a pas à faire ici le procès de la conscience psychologique : cependant, pourquoi ne pas noter rapidement qu’elle encourt, depuis quelques années, bien des reproches d’inexactitude ?

C’est que, depuis quelques années, constamment va s’accentuant le désaccord entre ce qu'observe en nous cette conscience et ce qu’enregistrent les procédés d’investigation de la psychologie expérimentale. — Et ce n’est pas seulement la psychologie objective, armée de tout son appareil scientifique, qui lui reproche certaines erreurs capitales : notre introspection meme (de qui la conscience semble l’unique organe), dès qu’elle réussit à saisir autremen t nos phénomènes internes, les voit aussi tout autres et profondément changés. Ainsi la conscience voyait immuables, au même titre, le souvenir et l’image associés : dissociée, l’image nous est apparue mobile comme toute représentation qui évolue. Le même phénomène a donc changé d’aspect en passant de l'une à l’autre observation : de là à dire que la conscience déforme les phénomènes qu’elle colore, il n’y a qu’un pas. Faut-il le franchir? — En tout cas, il

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paraît bien que la conscience ne voit qu un côté de nos actes, et peut-être le moindre.

Sans rechercher si tous ces reproches ne dérivent pas d'une source unique et commune, bornons-nous à constater ici que l’ancienne classification, n’admettant que ce que peut observer la conscience, s’est limité forcément à une étude de l’esprit au repos et de ses états immobiles : c’est pourquoi elle ne permet pas de dépasser une œuvre de patiente dissection, apte à isoler et cataloguer méthodiquement de multiples facultés. A cette anatomie de cadavre la psychologie contemporaine doit substituer une physiologie prise sur le vivant.

Mais pour y réussir, il ne suffit plus d’observer nos phénomènes internes comme des états immuables, car ni au repos ni à l immobilité on ne demande le secret de la vie. Il faut au contraire, pour la saisir, savoir en suivre pas à pas les multiples transformations, leurs actions et réactions, et la suite des stades qui marquent ses progrès ou ses décroissances. C’est dire que de telles recherches dépasseront souvent le point de vue étroit de la conscience : elles sont cependant toujours possibles à l’observateur attentif et patient qui leur sait adapter d’autres moyens d investigation, plus larges que cette introspection. — Sans doute, en procédant ainsi, ces moyens donneront souvent de tout autres indices que ceux de la conscience : où donc est la nécessité de leur préférer

CONCLUSION

toujours les données de conscience acceptées comme d’irrécusables témoignages ? Ces données n’ont, comme tout autre, que leur valeur personnelle, sans rien d’absolu : c’est pourquoi, en cas de conllit, c’est, en dernier examen, le contrôle méthodique qui doit seul décider, au lieu d’accorder d’emblée et malgré tout, comme on fait souvent par habitude irréfléchie, pleine créance à la conscience.

Il ne s’agit plus, en effet, dans de telles recherches, de découvrir simplement le regard de la conscience sur nos phénomènes immobilisés devant elle ; il faut, au contraire, surtout savoir ce que sont en plein mouvement de réalité ces états vivants que la conscience ne connaît que par leurs phases de repos et d’inertie. C’est pourquoi i! faut chercher aies voir directement en eux-mêmes, au lieu de n’en étudier que le reflet dans la conscience. Celle-ci ne peut saisir que des apparences : la vie est plus profonde.

Etudier la vie de l’esprit, c’est donc suivre nos activités mentales à travers leurs multiples transformations et les observer sous leurs divers états : c est voir comment et par quelles étapes une activité passe d’un étala un autre pour se transformer encore, et sans cesse, tant que durera sa vie : et derrière tout cela, c’est constamment s’efforcer de découvrir les conditions et de trouver les sources de ces changements. Pour cela il ne faut se borner à étudier ici un état et ailleurs un autre :

CONCLUSION

il ne suffit même de s’attacher à un seul état en se contentant de le suivre à lointains intervalles, sous des formes si différentes qu’on n’y puisse retrouver les traces du passage de l’une à l’autre et comme le secret de sa vitalité propre. — Bien plutôt, il faut en faire l’histoire entière et s’efforcer de la reconstituer pas à pas, de la naissance à la mort, et de suivre toutes ses transformations liées et qui s’expliquent les unes par les autres, ce qui seul peut donner Informulé de la A'ie. Ainsi, pour une image, n’est-il pas nécessaire de l’étudier d’abord en ses origines, y cherchant comment elle est née et s’est formée ; puis de voir de quels éléments elle est ainsi faite, et enfin comment, après s’être constituée, elle tend à se transformer en évoluant vers une autre forme qui l’amoindrit ou l’amplifie. Alors seulement, ceci fait, on pourra voir comment agissent les uns sur les autres les divers éléments qui la composent, comment leur ensemble influe les images et les états voisins et comment aussi il reçoit le contre-coup ou l’impression de nos modifications intellectuelles ou sensorielles. Car sa vitalité même nous empêche de considérer tout cela comme un système immobile et fermé. C’est un vivant, et comme dans tout vivant, constamment de mutuelles actions et réactions modifient la texture de l'image en cours, adjoignent ou retranchent des éléments, pénètrent et transforment la masse et, parfois même, l’absorbent toute en d’autres où elle se dis-

PlIILIPPE. Tn

CONCLUSION

sout et s’assimile pour les accroître de ses éléments propres.

Ce qui est vrai de l’image l'est-il moins de nos autres états mentaux ? et de tout le reste de notre esprit ?

Chaque forme de notre activité mentale s’exprime en actes qui ont chacun leurs progrès et leurs décroissances, leurs maladies, leurs déformations et leurs lares. Et la physiologie de l’esprit, au sens où on l’entend ici, est faite de toutes ces études. Ce sont elles qui permettront de suivre, en les observant ainsi, les aspects divers de leur croissance, les phases oplimes et celles de dépression ou de repos, les moments critiques et les minutes décisives dans l’évolution d’une image, par exemple ; évolution qui retentit sur tout le' reste de notre vitalité, plus ou moins, selon son importance et son action ambiante. Ce sont des constatations de ce genre qui nous révéleront plus tard pourquoi certaines images subsistent malgré tout et, malgré nos efforts, s'imposent irrésistiblement à nous : et pourquoi d'autres meurent jeunes et, à peine apparues, disparaissent du cours de notre vie mentale. La faiblesse des unes et l’extraordinaire vitalité des autres s’expliqueront quand nous aurons été à leur source, quand nous les aurons analysées et décomposées en leurs éléments et retrouvé leurs racines profondes dans la

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constitution même qui leur sert de substrat.

N’est-ce pas ainsi qu il faut chercher, en dernier ressort, le mécanisme des idées fixes, de certaines hallucinations et de nombre de psychoses où les maladies de l'image jouent un si grand rôle P Mais pour déceler en cette image l’élément morbide, celui qui peut-être porte en soi le germe de tout le mal, il ne suffit pas de l’examiner de haut et dans sa généralité : à regarder de si loin, on voit mal le détail des choses. Il faut avoir la patience de l’analyse, aidée de tous les autres moyens d’observation.

A un autre point de vue, n’est-ce pas encore à des procédés de ce genre qu’il faudra demander le secret des évolutions et des transformations que paraît offrir, à divers âges, le type mental de chaque individu? S’il est vrai, comme semblent le constater nombre d’études de ces dernières années, que nous ayons, au début de la vie, une autre formule imaginative qu’à l’âge mûr et que nous nous représentions et, par conséquent, concevions tout autrement les choses, n'est-il pas permis de voir dans les transformations de nos images mentales et dans ces évolutions que nous avons essayé de saisir au passage, une manifestation limitée de ces multiples changements dont l’ensemble s’exprime, en dernière résultante, par ces transformations de type mental qu’on vient de signaler? — Pas plus que sa constitution somatique, la constitution mentale

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d’un individu ne reste immobile : elle grandit, se transforme, évolue graduellement de la naissance à la mort; en sorte que partout, soit que nous considérions des états minimes et particuliers, soit que nous observions l’ensemble et le fonctionnement général de nos activités mentales, nous retrouverons les mêmes formules vivantes.

L’image, en ses formes si mobiles et muables,. n’est qu’un cas particulier de la vie de l’esprit.

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION

Pages.

La fonction propre de l'imagination est de nous fournir des représentations. — Les images représentatives sont essentiellement vivantes et mobiles : leur nature, leur nombre, leurs transformations. — L’image reilète la vie générale de l’esprit i

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