‹ L'imagination de l'artisteChapitre 25 sur 39 · MOYENS D'EXPRESSION · texte numérisé non relu

MOYENS D'EXPRESSION

L'imitation artistique n'est jamais littérale. Elle ne peut pas Têtre. Sur la toile ni dans le marbre on ne saurait rendre avec une exactitude absolue la forme des objets, leur coloration, leur luminosité, leur mouvement, en un mot leur apparence visible. Voici par exemple une prairie parsemée de fleurs légères qui ondulent au vent. Si j'essayais de reproduire tous les détails que mon œil y perçoit, nia vie n'y suffirait pas. Et comment copier un objet mobile? Comment traduire, en une image fixe, son mouvement même? Il faudra donc que j'use d'artifice, que je traduise, que j'interprète. Je peindrai la prairie en teintes plates; quelques taches colorées posées à propos donneront l'impression de ces ombelles délicates, de ces graminées légères que leur mouvement rend comme vaporeuses; par la direction des touches, par l'allure même du pinceau je m'ingénierai à rendre le sens de ce mouvement. Un autre peintre

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trouverait d'autres équivalents. Quand après avoir regardé de loin un tableau qui rend admirablement certains effets de nature on s'approche pour voir comment ce résultat a ùté obtenu, on est souvent surpris de l'ingénieuse simplicité du procédé; parfois ce ne seront que des taches informes et bizarres; et l'on a peine à comprendre par quelle anamorphoic elles peuvent produire de loin semblable effet, — Soit encore un arbre à représenter. U est tout à fait impossible de peindre le feuillage d'un arbre tel qu'on le voit, en copiant les feuilles une à une. On n'en donnera jamais qu'une image conventionnelle. Chaque paysagiste a son procédé. Celui-ci se contentera de poser les masses. Celui-là donnera quelques détails, et laissera à l'imagination le soin de concevoir le reste. Celui-là nous fera voir dans un arbre comme une pluie de feuilles, — S'agit-il d'un buste, d'une statue? Il faudra de môme trouver quelque moyen plus ou moins ingénieux pour rendre ce que nous ne pouvons matériellement représenter, une fine et souple chevelure de femme, une barbe floconneuse ou hérissée, la couleur des yeux, l'expression du regard,

La nécessite de l'invention technique est particulièrement évidente dans le dessin proprement dit. Le procédé étant plus artificiel, il est plus difficile à l'artiste de trouver des équivalents aux effets qu'il veut rendre, et il lui est nécessaire de s'ingénier davantage pour y réussir. Il marquera par exemple le contour des objets par un trait. Ceci est déjà une invention; la ligne n'est pas dans la nature : ce n'est qu'un procédé expéditif pour découper sur le papier la silhouette des objeLs et en établir la masse. Il

l'imagination INVENim

indiquera le relief par des traits enveloppants ; mais si ces traits sont expressifs de la forme et à ce litre peuvent filre employés» ils sont plus arlificiels encore qu'une ligne de contour. Il rendra les ombres par des hachures visibles, ou par un pointillé, ou par quelques traits parallèles; mais ceci est une façon d'exprimer que telle partie de l'objet est privée de lumière, plutôt qu'une imitation de la teinte qu'elle prend dans l'ombre. Il s'efTorcera enfin de rendre avec son crayon la couleur même. Cela semble difficile. Le dessinateur n'emploie qu'une gamme de tons très restreinte, qui va du blanc de son papier au noir de son crayon. A vrai dire il ne dispose même, pour faire impression sur notre œil, que d'un a^nt sensible, la lumière plus ou moins amortie. La couleur au sens propre du mol lui semble interdite. Aussi a-t-elle pour lui Un attrait irrésistible. Que peut-il donc faire pour nous en rendre l'impression? Il maniera son blanc et son noir comme il manierait des couleurs, les rabattant pour les assourdir, les dissociant pour les faire vibrer, ici les opposant par larges contrastes, là les fondant en nuances intermédiaires. 11 s'en servira pour nous faire sentir, non seulement que tel objet est dans l'ombre ou la lumière, en retrait ou en relief, mais qu'il est gris, blanc ou noir, uni ou tacheté, clair ou foncé, ce qui est déjà une sorte de coloration. Reste à nous donner l'impression que l'objet est bleu ou rose, rouge ou vert, violet ou orangé. Il va sans dire que par aucun artifice le dessin ne saurait nous suggérer de telles repi-ésenta lions, si nous n'avions déjà une certaine connaissance de l'objet, et si notre imagination n'était toute prête, sur la moindre sol-

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licitalion. à lui rendre ses couleurs- Encore faut-il nous inviter à faire cet clforf, en nous parlant couleur, au moins à demi-mot. Aux couleurs vives de la nature on fera correspondre sur le l papier des clairs bien tranchés, aux nuances I dégradées des gris délicats, aux tons saturés des I noirs profonds- Mais si l'on a alTaire à deux cou- I leurs de valeur identique, bien que de ton différent, | comme à un bleu et à un rose aussi pâles l'un que I l'autre? Il faudra que l'on s'ingénie. Celte différence 1 de ton, on la représentera par des hachures plus ou 1 moins serrées, par des noirs autrement granulés, I que saia-je, enfin par une différence quelconque, 1 pour que l'œil soit averti qu'il ne doit pas voir ces I deux surfaces de la même couleur. — Il n'est paa I jusqu'à la direction des tailles en gravure qui ne | puisse être expressive de la couleur. On ne conçoit I pas à première vue comment il peut s'établir unû J analogie quelconque entre des traite purolli>lo» 1 tracés dans tel ou tel sens et du vert ou du l'ornngé. I Pourtant des traits horizontaux, qui e'accordenL J mieux que les autres avec le mouvciucnt habituel I des yeux, ont quelque chose de plus doux qui les I rend propres à exprimer les teintes neutres. Dca J traits verticaux au contraire, ayant quelque choHfl I de plus contrariant pour le regard, d'anormal et de I voyant, exprimeront plutôt des couleurs vives et I tranchées. Pourquoi, dans les gravures de blason, J le rouge est-il précisément figuré par des raies ver» I ticales et le bleu par des raies horizontales? En tout | cas les différences de couleur seront toujours indi- \ quées par une différence de direction. Quand il n'y aurait eu aucune raison délerminante pour adopter

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