I. De l'Imagination, p. gS. Paris, Didier
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signalé le baquet (Mesmer). V arbre (Puységur), les passes, l'action mystique de la volonté d'un opérateur. Les procédés se généralisent encore si nous songeons aux pratiques de la magie, de la sorcellerie et des jongleurs, et aux secours matériels dont les anciens faisaient usage pour déterminer l'extase magnétique. Enfin des phénomènes analogues se produisent en l'absence de toute jonglerie (^oui sans doute, si l'on entend en l'absence de toute sensation artificiellement provoquée, mais non pas pour cela, ajouterai-je, en l'absence de toute sensation...). Je ne nie point les rapports physiques, mais je n'en vois point de particuliers \ » A la bonne heure ! Mais ce n'est peut-être pas assez de ne point nier ces rapports, il faut encore admettre qu'il est nécessaire qu'ils se produisent, de quelque façon que ce soit d'ailleurs.
Il s'agit en effet d'établir un courant entre les sensations et les images, de faire passer le sujet, sans qu'il s'en doute, de celles-ci à celles-là. Pour cela, après avoir provoqué en lui une sensation forte qui l'absorbe tout entier, il faut profiter en quelque sorte de sa surprise pour rattacher à cette sensation les images qu'on lui veut suggérer. Les images suggérées susciteront ensuite certaines sensations à l'exclusion de toutes autres, mais, avant d'être ainsi évocatrices ou provocatrices de perceptions, elles auront été elles-mêmes . évoquées ou provoquées par des perceptions.
Il est remarquable encore que pour déloger de
I. Essais de critique générale. Psychologie rationnelle, t. II, pp. 2 3-4.
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l'esprit une image ou suggestion, il faut susciter une sensation provocatrice d'images contraires. Cela pourrait s'appeler établir un contre-courant d'images ou (( contre-batterie d'enchantements ». Montaigne raconte qu'il guérit un sien ami du danger des (( aiguillettes nouées » (suggestion bien connue, souvent mentionnée dans les traditions populaires) par l'application sur les reins d'une médaille réputée préservatrice de ce danger et par d'autres « singeries » qui sont, comme il dit, « le principal de l'effet » . Voir dans les Essais (liv. I, ch. xx) ce récit trop gaulois, et surtout trop long, pour être rapporté ici.
De curieuses expériences de M. Binet ont mis en lumière l'existence d'un objet matériel, « servant de substratum » à l'hallucination hypnotique. On montre à un sujet un carton de papier blanc en lui disant : c'est votre portrait. Il voit ce portrait apparaître sur le carton qu'on lui tend, en décrit la pose, en discute la ressemblance. On mêle le carton à d'autres entièrement pareils. Le sujet le reconnaît au grain du papier, ou à on ne sait quels « détails particuliers», que perçoit son sens visuel hyperesthésié. « Ces détails lui servent de point de repère poLir projeter l'image. Ce sont comme des clous qui fixent le portrait imaginaire sur la surface blanche. C'est si vrai que l'expérience réussit plus sûrement par l'emploi du papier ordinaire que par l'emploi du papier de bristol. Plus le point de repère est visible, plus l'hallucination est forte et durable \ »
I. Binet. La Psychologie du raisonnement, p. 67 et suivantes. Paris, F. Alcan, 1886, in- 18.
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Tatne a signalé d'après Brterre de BoisisrO'ST des faits analogues. Il rapporte qu'un peintre expliquait ainsi son procédé pour peindre de mémoire : a Lorsqu'un modèle se présentait, je le regardais attentivement pendant une demi-heure, esquissant de temps en temps ses traits sur la toile. Je n'avais pas besoin d'une plus longue séance... Lorsque je voulais continuer le portrait, je prenais l'homme dans mon esprit, je le mettais sur la chaise, ou je l'apercevais aussi distinctement que s'il y eût été en réalité... Toutes les fois que je jetais les yeux sur la chaise, je voyais l'homme^. » Le fait est d'autant plus remar- * quable qu'il ne s'agit ici que d'imagination reproductrice. Si les souvenirs exacts et précis ont besoin d'être ainsi renforcés et soutenus par des sensations étrangères, a fortiori les images fictives ne sauraientelles tenir debout toutes seules, et sans l'appui de sensations.
La nécessité de poser de telles images sur des objets réels, à tout le moins le grand avantage qu'il y aurait pratiquement à le faire, au point de vue, non seulement de la fixation des souvenirs, mais de la recherche de l'inspiration, a été indiqué par Léonard DE YiNci dans un passage particulièrement curieux : « Je ne puis m'empêcher, dit-il, de mentionner parmi ces préceptes un nouveau moyen d'étude (una nova inventione di speculatione) qui, bien qu'il puisse sembler médiocre et ridicule, est néanmoins' d'une grande utilité pour élever l'esprit à des inventions variées. Et c'est quand tu regardes un mur