‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 30 sur 122 · L'IMAGINATION ET L'ACTIVITÉ MOTRICE · texte numérisé non relu

L'IMAGINATION ET L'ACTIVITÉ MOTRICE

1. — L'image principe de mouvements volontaires et involontaires, remémorés et inventés. — Relation de l'image et de l'acte : l'image entraine l'acte, l'acte suggère l'image. — L'image-acte, synthèse primitive.

L'image possède la vertu motrice par elle-même, et non pas seulenient en raison de l'émotion qu'elle dégage (pendule explorateur, baguette divinatoire, tables tournantes). — Elle est inhibitrice (hallucinations négatives, paralysie psychique, aboulie) et productrice d'actes.

L'acte, provoqué par l'image, se réduit et devient geste. — Le geste se réduit et devient parole. — La parole se réduit et devient pensée.

2. — Quand l'image ne produit pas d'acte, elle engendre une croyance. — Primitivement toute image enveloppe une affirmation ou négation ; l'imagination est les choses rendues réelles et présentes. — L'idée pure (apprehensio simplex) est une fiction logique, ou un fait ultérieur, dérivé. — Il faut distinguer d'ailleurs la croyance naturelle ou spontanée et la conviction raisonnée. — C'est la première, souvent la plus forte, qui appartient aux. images.

S. — L'image, représentation pure, force latente, éteinte, mais susceptible de renaître sous forme de croyance et d'acte.

On peut procéder de deux façons dans Fétude des images. On peut partir, soit de l'image, dépouillée de ses principes actifs, contemplation ou idée pure, vain fantôme qui flotte dans l'esprit, soit de l'image,

accompagnée d'élan et de désir, suscitant des croyances et des actes. L'image contemplative étant la plus simple, il y aurait logiquement avantage à l'étudier d'abord ; mais l'image impulsive ou motrice, qu'on a appelée Vidée-force, apparaît la première; c'est celle que, du point de vue psychologique, nous devons prendre pour principe. Il s'agit, en eflét, de tenter une explication génétique, non analytique des images, et ainsi d'aller, non de celles qui sont simples' à celles qui sont complexes, mais de celles qui sont primitivement données à celles qui se forment ultérieurement. Or, l'image ne devient pas motrice ; elle l'est naturellement et d'emblée ; ce n'est pas l'idée qui se convertit en acte, c'est l'acte qui se transforme en idée. L'acte n'est pas un produit de l'idée ; c'est l'idée qui est un résidu de l'acte. L'image contemplative n'est qu'un mouvement qui avorte.

L — L'image principe de mouvement

Considérons donc d'abord les images à l'état complet, ou motrices.

Nous pourrions remonter à l'acte réflexe, origine de la sensation, et partant de l'image, et soutenir que cet acte étant une excitation suivie d'un mouvement, l'image qui répond à l'excitation, doit être aussi impulsive ou provocatrice d'actes. Mais, si légitime et bien fondée que soit peut-être une telle analogie, nous aimons mieux nous en tenir aux faits directement observables.

Ce qui prouve que toutes les images sont naturelle-

L^IMÀGINAtlON ET L*ACTIVITÉ MOTRICE

ment motrices et l'ont primitivement été, c'est que toutes le sont encore à quelque degré et peuvent le redevenir, et que quelques-unes n'ont pas cessé de l'être.

Pour commencer par ces dernières, il est des images qui suscitent des actes déterminés, toujours les mêmes, avec l'instantanéité et la fatalité d'un réflexe. Ainsi, « l'idée des aliments fait affluer la salive ; une idée triste provoque les larmes ; l'idée d'allaiter produit la sécrétion du lait ; les idées érotiques mettent puissamment en jeu l'appareil génital ; l'idée d'une démangeaison en un point donné du corps la produit réellement, etc. ^ ».

Les images en question sont, ou paraissent, involontaires, comme les mouvements qu'elles provoquent. Il en est d'autres qu'on peut évoquer ou repousser à volonté, mais qu'on ne peut évoquer sans donner suite aux mouvements auxquelles elles sont liées. Ainsi, je puis évoquer, s'il me plaît, l'odeur de viande pourrie, mais je ne le puis sans avoir un haut-lecœur ; je puis évoquer la saveur d'un bon plat, mais non pas sans me faire venir l'eau à la bouche, etc.

Enfin il est des images évocables à volonté, produisant ordinairement, mais non nécessairement, tendant, en tous cas, toujours à produire tels mouvements. Telles sont, par exemple, les images liées, non plus à des mouvements organiques, mais à des actes delà vie de relation. Ainsi, quand nous faisons repasser devant notre esprit une scène dramatique

I. Maudsley. Physiologie de l'esprit, p. aS/t, cité par Séailles : le Génie dans l'arl, p. 87.

Çjli l'imagination

dont nous avons été témoins, quand nous la racontons, nous la jouons. Les enfants, certaines personnes, miment tous leurs récits, si insignifiants qu'ils soient, et nous ferions comme eux si nous nous laissions aller, si la crainte de paraître vulgaires, les habitudes de l'éducation, ne nous immobilisaient, ne nous figeaient en partie, ne modéraient Téclat de notre A^oix, ne tempéraient Fardeur et l'exubérance de nos gestes.

Nous sentons encore la force impulsive des images, alors que nous n'y cédons pas. Nous nous retenons de sourire et de faire les yeux blancs à une idée qui nous enchante, de froncer les sourcils à une idée irritante, comme nous nous retenons de crier quand on nous fait mal, mais nous en avons bien envie.

Pour peu d'ailleurs que nous insistions sur une image, la force impulsive de cette image, qui était latente, se déchaîne : de là la nécessité de surveiller ses pensées, d'éviter les tentations, sagement proclamée par les moralistes, lesquels semblent avoir reconnu, aA^ant les psychologues, le pouvoir moteur des images.

Ce ne sont pas seulement les images-souvenirs, ce sont les images que l'esprit construit de toutes pièces, crée ou invente, qui retentissent ainsi dans l'organisme ou se traduisent au dehors par des actes. Nous ne ressuscitons pas seulement, à force d'y penser, par la magie du souvenir, les émotions autrefois ressenties, avec leurs accompagnements physiologiques et physiques, nous suscitons encore, « par le seul effet de l'imagination », des émotions nouvelles, des troubles physiologiques profonds, « sans précédents» dans notre vie passée.

L^IMAGINATION ET l'aCTIVITÉ MOTRICE

Ainsi (( certaines personnes (dont le célèbre physiologiste Weber) peuvent accélérer ou ralentir les battements du cœur à volonté, c'est-à-dire par l'effet d'une représentation intense et persistante. Plus extraordinaires encore sont les cas de vésication produits par suggestion chez les hypnotisés )), — les stigmates aux formes si variées, « les uns étant la marque du crucifiement, d'autres de la flagellation, d'autres de la couronne d'épines », prodigieux effets d'imaginations frappées par le récit de la Passion — « les résultats de la thérapeutique suggestive des contemporains ; les effets merveilleux de la foi qui guérit, c'est-à-dire les miracles de toutes les religions, dans tous les temps et dans tous les pays^ ».

Nous pouvons ignorer, nous ignorons même absolument comment s'exerce le pouvoir moteur des images, nous n'en savons pas moins que ce pouvoir existe et tend à s'exercer toujours. Il n'y a pas d'image, quelles qu'en soient la nature et' l'origine, qu'elle reproduise une sensation passée ou représente une combinaison de l'esprit, qu'elle soit un état physiologique ou psychique, renouvelé ou nouveau, qu'elle se rapporte à la vie organique ou à la vie de relation, qu'elle relève' d'un sens ou d'an autre, qui ne soit liée à un mouvement, qui ne produise un acte, ou au moins ne l'ébauche. Imaginer, c'est toujours à quelque degré vouloir.

Mais dans l'ignorance où nous sommes du modus operandi de l'image, pouvons-nous faire autre chose que constater, pouvons-nous seulement établir les

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