‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 47 sur 122 · I. Physiologie de l'amour, ch · texte numérisé non relu

I. Physiologie de l'amour, ch

Mais il ne dure point; il s'affaisse et meurt, épuisé peut-être par son effort même pour se maintenir dans les régions trop hautes de l'imagination et du rêve. Alors les yeux s'ouvrent, le mirage se dissipe, le roman s'évanouit. Les images mentales, un instant fixées, sont remises en liberté ; l'esprit reprend sa plasticité, le cristal sa fluidité. Ou plutôt un revirement complet se produit dans le sentiment et dans les images, tantôt dans le sentiment, tantôt dans les images d'abord, tantôt et le plus souvent dans les deux ensemble et solidairement. On brûle ce qu'on a adoré ; un roman de haine s'ébauche et se dessine à la place du roman d'amour, la satire succède au dithyrambe. Le cristal se dissout ; les molécules qui le formaient révèlent des affinités ignorées, se groupent en un nouveau système. L'esprit refait en sens inverse le chemin qu'il a suivi : la perspective, l'horizon, les objets mêmes, tout lui paraît changé.

Pour prendre un exemple très simple, supposons, avec M. Paulhan, qu'ccune personne nous plaise par certains côtés et nous déplaise par d'autres. Si, pendant un certain temps, c'est la première impression qui a dominé en nous, la seconde paraîtra ensuite avec plus de force, et son apparition sera certainement causée en grande partie par la domination trop longue de la première )) .

Le rôle de l'imagination semble ici réduit au minimum ; la sympathie meurt de sa belle mort, pour avoir trop vécu, et l'antipathie se produit naturellement par réaction. En fait, le passage d'an sentiment à l'autre ne laisse pas d'être, dans ce cas encore, un courant d'images qui en chasse un autre. L'inter-

L^IMAGINATION ET LE SE>TIME^T I2g

• dit qui pesait sur certaines images, dans la phase de sympathie, est levé, et ces images aussitôt surgissent, détaillées et précises. « Toutes les petites particularités, les paroles, les actes », que naguère nous ne vou- I lions pas voir, se sont « enregistrées et classées dans I rinconscient » , et maintenant se retrouvent. « Lorsque I l'orientation consciente de Tesprit change, lorsqu'un trait plus visible que • l'autre nous a forcés d'ouvrir les yeux, nous sommes surpris de trouver en nous des sentiments qui nous paraissent tout naturels et très développés, et qui sont entièrement opposés à j ceux que nous croyions avoir seulement jusque-là.

Et nous nous rappelons alors une foule de détails, de : circonstances qui nous avaient à peine frappés, — ou I qui nous avaient frappés à notre insu, — et nous nous i souvenons aussi de certaines impressions désagréables, i qui nous avaient semblé tout à fait passagères et insignifiantes, qui, ne se reliant à aucune des tendances dominantes, ne nous étaient pas revenues en mémoire, et qui, maintenant, se trouvant en harmonie avec le nouveau système dominateur, dont elles étaient l'expression fugitive, reviennent en nous, se coor- ' donnent et se développent^. »

Le travail de l'imagination se reprenant, se corrigeant elle-même, que nous surprenons ici dans l'évolution d'un sentiment mêlé, apparaît d'une façon encore plus éclatante et plus nette dans le cas d'un sentiment factice, romanesque, ou dans ce qu'on appelle l'engouement. Il est « des âmes trop ardentes, observe finement Stendhal, amoureuses à crédit, si

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