‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 56 sur 122 · I. Rech. de la vérité, de V Imagination, i"^^ part., ch. vu · texte numérisé non relu

I. Rech. de la vérité, de V Imagination, i"^^ part., ch. vu

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pour ressentir les émotions des autres ou reproduire leurs actes, il faut nécessairement qu'on les imagine, et la sympathie est d'autant plus vive, l'imitation plus exacte que l'imagination est plus nette (Dugald Stewart). Mais, inversement, « la compassion dans les corps produit la compassion dans les esprits ^ » . On est physiquement secoué avant d'être moralement ému. Ainsi on est pris par les entrailles, on frissonne d'horreur et de pitié en entendant un cri d'angoisse, avant d'avoir réalisé par la pensée la souffrance à laquelle ce cri répond. Loin de dériver de l'imagination, la sympathie alors la précède et l'engendre. Essayons de démêler ces effets contraires ; étudions

I. Malebranche. Loc. cit. Citons un autre passage remarquable, dans lequel Malebranche pose les principes d'une théorie mécanique de la sympathie. « Il n'y a rien de plus admirable que ces rapports naturels qui se trouvent entre les inclinations des esprits des hommes, entre les mouvements de leurs corps, et entre ces inclinations et ces mouvements. Tout cet enchaînement secret est une merveille qu'on ne peut assez admirer et qu'on ne saurait jamais comprendre. A la vue de quelque mal qui surprend, ou que l'on sent comme insurmontable par ses propres forces, on jette par exemple un grand cri; ce cri, poussé souvent sans qu'on y pense, et par la disposition de la machine, entre infailliblement dans les oreilles de ceux qui sont assez proches pour donner le secours dont on a besoin ; il les pénètre, ce cri, et se fait entendre à eux, de quelque nation et de quelque qualité qu'ils soient; car ce cri est de toutes les langues et de toutes les conditions, comme en effet il doit être; il agite le cerveau et change en un moment toute la disposition du corps de ceux qui en sont frappés, il les fait même courir au secours sans qu'ils y pensent. Mais il n'est pas longtemps sans agir sur leur esprit et sans les obliger à vouloir secourir et à penser aux moyens de secourir celui qui a fait cette prière naturelle i) (Oav. cité, liv. IV, des Inclinations, ch. xiii).

tour à tour Faction de l'imagination sur la sympathie et de la sympathie sur l'imagination.

La sympathie est sous la dépendance de l'imagination. C'est un point que Dugald Stewart a bien développé et mis en lumière. L'absence de sympathie, dit-il, n'est souvent qu' a un défaut d'attention )). Chacun- connaît et sent ses maux, mais ignore et n'imagine point ceux d'autrui. On toucherait le cœur des hommes les plus durs si on pouvait leur donner et leur rendre présente « l'idée des maux qui existent dans le monde )>. C'est là le miracle qu'opère le « récit éloquent et pathétique d'un malheur réel )). Il est un miracle plus grand encore, mais qui s'explique naturellement et par les mêmes principes : c'est « l'eflet produit par la représentation de malheurs feints sur des personnes assez peu sensibles d'ailleurs pour des malheurs réels ». Dans un roman, dans une tragédie, tout le dramatique des situations et des passions humaines est ramassé et mis en relief; « au contraire, dans les événements réels de la vie, nous ne voyons le plus souvent que des scènes détachées de la tragédie, et l'impression est faible ». Le spectacle tragique peut donc et même doit nous toucher plus que les drames delà vie réelle.

D'une façon générale, le degré de la sympathie et de la pitié se mesure à la netteté plus ou moins grande de la représentation du malheur, ou, comme dit Spencer, « l'étendue et la force de la sympathie

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sont en raison de Fétendue et la clarté des représentations ^ ». De là vient que « les passions qui tirent leur origine de l'imagination » excitent une sympathie plus vive que les autres. « La structure de mon corps ne peut être que faiblement afTectée des altérations qui surviennent dans celui de mon semblable; mais mon imagination est plus souple et adopte, pour ainsi dire, plus aisément la forme et la disposition de Fimagination de ceux qui ont quelque rapport avec moi. » C'est pour cela que nous sympathisons plutôt, non seulement avec les douleurs visibles (ex. : opérations chirurgicales) qu'avec celles qui proviennent d'un désordre interne, mais encore avec la crainte qu'aA^ec la souffrance d'un malade^. C'est ce que Stewart explique encore ainsi : « Offrez à deux individus un même tableau de souffrance et de tristesse, par exemple celui d'un homme que des circonstances imprévues ont fait passer de l'aisance à la pauvreté. L'un d'eux peut-être ne sent que ce qu'il voit, n'éprouve que ce dont il a la perception par les sens. L'autre suit en imagination cet infortuné dans sa triste demeure; il partage, dans tous ses détails, la tristesse et l'angoisse de la famille et de son chef. Il les entend se rappeler, dans leurs douloureux entretiens, de vaines et flatteuses espérances : leurs amis perdus, leurs projets déçus, l'éducation de leurs enfants suspendue et laissée imparfaite. Il se représente les diverses ressources que leur suggèrent la fierté

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