‹ L'imagination et les prodiges. Tome premierChapitre 1 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Notre génération soulîre le tourment de rinconmi et l’angoisse de l’autre vie, avec plus d’intensité que les générations qui l’ont précédée; l’attrait souverain de rinvisi[)le la Tascine et la séduit. I^e monde savant lui-mème subit aujourd’hui cette contagion mystérieuse, et le problème du monde invisible a pris un caractère scientiliqiie (pii ne permet plus de le dédaigner. En Angleterre, des membres de l’Académie royale, Crookes, Olive/ Lodge, Wallace, Chalis: en Allemagne, Fichte, ilallenbach, Zoclner; en Russie, Aksakoir, Bodisco, Ocborowicz; en France, le colonel •de Rochas, le Luys, M. Ch. Richet, le 1)1* Diipouy. 'fous ces savants, d une valeur incontestée, regardent avec anxiélé au delà de cette vie; il essaient de pénétrer dans le monde merveilleux, d encoiiiiaitre l’économie

el les lois, ils ne craignent |)liis de [)arlei* de lélépalhie, d’envoùlenient, de pressenliineiils, (le fantômes des vivants et des morts.

Jns(|u'à ces derniers temps, les savants ac(*neillaient avec dcMlain les pliénonu'Mies ((iii appartiennent à la mysti(jiic clir( 3 tienne et au monde merveilleux. En parler codait se compromettre, les discuter c’était perdre sou tem()s, y croire (éétait la preuve d’une ridicule ignorance ou d’une coupable superstition.

On prétendait découvrir ou dans les spéculations intéressées des croyances religieuses ou dans les défaillances de t'imaginalion surexcitée l’explicalion des phénomènes sans réalité ol)jective par les(}uels on s’elfoixait d’abuser de la crédulité publi(juc et d’eniretenir de ridicules terreurs.

Si un philosophe osait parler encore d^cnvoutemeiit, de lévitation, d’apj)aritions de fantômes, de revenants, il provo(|uait le sourire et trahissait une ignorance .incurable, et ce n’est pas le succès d’ailleurs épliémcrc des docti ines positivistes présentées avec un appareil et des déductions scientilicjues (pii aurait pu changer la direction de l’opinion dans le monde ofticiel livré a l’incrédulité.

C’est à rhypnotisme, iilutôt (|u^i des causes morales et religieuses, ({u'il faut attribuer l’évolulion actuelle de l’oiiinion. (^uand on u vudans les amphithéàtresetdans les hôpitaux, à la Charité, à la Sal[)ètrière, à Nancy, à Cherbourg, à llochefort, à lîordeaux, des expérimentateurs sérieux, incrédules en

relig;ioii, étrangers à la niclaphysi(|ue et aux sciences spéculatives, s’occu[)er d’un élal nouveau de l’esprit liuuiain à la suite de trouldes nerveux jusque-là inconnus; (juand on a entendu des hommes déjà célèbres et esliiués, aborder ces difliciles problèmes pour en trouver la solution ; (piand on a pu constater des faits [)récis, nombreux, concordaiils, il a bien fallu se rendre à révidcncc. Pjotégés par l’autorité de ces noms, vaincus [)arle témoignage des faits, d’autres savants, en grand nombre, et dans tous les pays, ont repris cesexpériences, étudié ces phénomènes dont on avait nié la réalité au nom de Torgueil et des exigences de la raison. Ni les philosophes ni les théologiens n’auraient pu obtenir un tel résultat, il a fallu rintervention des physiologistes etdes physiciens pour triompher au nom des sciences expérimentales du positivisme doctrinaire et de la négation persistante du préternaturel.

H était facile de le prévoir, on entra dans les régions troublées des hypothèses, après avoir reconnu la réalité des faits (jualitiés jus((ue-là de superstitieux. Que d'hypothèses successives! (luide électri(]ue, üuide vital, Iluide astral, élémentaires et élémcntals, larves et Iluide odicpie. ()ue d’aiïirmations encore sur la composition des corps, les molécules, les atomes, les états delà matière! Nous sommes au cœur de cette période d’hypolhèses hardies, souvent gratuites et prématurées, et je n’en vois aucune (jui nous

donne l’explication naturelle, scientiliqne et intégrale des pliénomèncs qui caractérisent le monde merveilleux.

Sans conlestei* la puissance du génie humain et la lecondité de ses recherches, je crois que rex[)licalionscientitique, ardemment désirée, échappera longtemps encore à notre curiosité et à nos efforts. Sur ces confins mystérieux de la vie et de la mort, de Tàme et du corps, de l’esprit et de la malicre, du temps et de réternité, nous cherchons en vain la pleine lumière de la science, elle nous fait toujours défaut : nous n’apercevons que des lueurs vagues et des fantômes, nous restons en présence de l’infaillible enseignement de l’Eglise et du secret de Dieu.

L’h]glise nous dit ce (pi’il faut croire, mais Dieu nabaisse pas encore pour nous les frontières qui séparent le monde connu du monde inconnu, la vie présente et l’autre vie.

Ce grand effort des esprits de notre temps nous a permis de constater l’existence de quelques forces nouvelles encore mystérieuses, mal définies qui se lient à la constitution de la malière et à l’état de nos nerfs, de notre corps, de notre cerveau. Nous soupçonnons que ces forces latentes modifient l’éllier ou un autre fluide et (ju’elles peuvenl produire des

effels longtemps incoinins. Ce point important nous paraît acquis.

Il ne faut plus se hâter de dire, comme on Ta fait trop souvent : ces faits sont au-dessus des forces de la nature; on s’exposerait à parler trop légèrement, à recevoir des démentis delà science de demain. Il est facile de constater un grand nombre de phénomènes, aux apparences mystérieuses, ejui n’appaiiienncnl pas à l’ordre préternaturel, et qui ne sont pas au-dessus des forces mieux connues de la nature. Que l’on donne à cette force le nom de neurique ou d’astrale, de lluiditiue ou d’odicjue, d’elcctricjue ou de magnéti(iue, peu nous importe, la force existe, et elle peut produire un jour des phénomènes merveilleux ^

Il nous paraît très important de le reconnaitre, et (le rendre ainsi justice aux savants (jui ont fait une étude approfondie de la nature, de l’énergie, des forces, des lois,

Mais ([ui s’empare de ces forces? Qui les met eu mouvement? ()ui leur donne une direction déterminée dans la production des

* Quand nous écrivions celte page, il y a six ans, dans la Revue du Monde invisible, on n’avait pas encore découvert les rayons N physiologiques que l’on retrouve dans les nerfs et les muscles de riiomnie et de certains animaux. Ces rayons, selon M. Augustin Ctiarpentier, se transmettent en divergeant suivant les lois dq l’optique, traversent avec plus ou moins de réfraction les milieux successifs et se manifestent par une augmentation de luminescence de l’objet d’épreuve, augnientalion variable suivant l’intensité do rémission et la distance.

pliéliomciies merveilleux? C’est, tantôt la nature elle-même, tantôt le démon, tantôt les esprits au service de Dieu. Intrinsèciuement tel phénomène merveilleux dont nous essayons deconnaitre l’essence, n’est pas préternaturel, j’en conviens, mais il le devient, quand un autre agent supérieur, ange ou démon, le produit en faisant concourir à l’exécution de ses desseins des forces naturelles qu’il connaissait avant nous, et mieux que nous.

Il est donc inconlestable qu’en dehors de certains faits miraculeux qui sont manifestement au-dessus de la causalité naturelle, ainsi la résurrection d’un mort, il y a d’autres faits aux apparences merveilleuses, dont le principe nous est encore inconnu, et qui ne sont pas intrinsèquement au-dessus des forces de la nature : ces phénomènes peuvent être le résultat soit d’une action physique, chimique, mécanique, soit d’une modiücatioii singulière de la force vitale etde l’état nerveux d'un sujet. Et quand ces phénomènes sont produits par une cause préternaturelle, un examen approfondi nous fait connaître l’agent ou démoniaque ou divin auquel il faut les attribuer.

En présence du mouvement scientifique auquel nous assistons et des graves conséquences qui en découlent, les tliéologiens ont

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