‹ L'imagination et les prodiges. Tome premierChapitre 2 sur 30 · VU · texte numérisé non relu

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reconnu la nécessiié de considérer les phénomènes merveilleux et préternalurels dans une lumière plus complète et sous un aspect nouveau.

Dans une critique très sage et pénétrante d’un livre récent sur \di science et les faits sarnatnrels, un savant théologien, dominicain, s’exprime ainsi :

« Quand l’auleiir aborde les faits conslatés de nos jours et relatés par les rationalistes eux-mcmes(Crookes, Richet, Lombroso, etc.), nous observons à regret un certain mancpie d’esprit critique el l’emploi fréquent de raisonnements sans aucune force. Lorsqu’il s’agit de distinguer les faits explicables à la rigueur par les forces encore inconnues de la nature et ceux qui relèvent cerlainement du surnaturel, l’auteur nous paraît prendre pour critérium plutôt les évidences i)opulaires que des principes indiscutables.

« Parlant du fait de certains bonzes qui sèment de la graine dans un vase, et la font lever, pousser et fleurir en quebiues minutes, l’aulenr dit : « S’il n'y a pas là un fait de prestidigitation, une supercherie quelconque, il est clair ([u’aucune force naturelle ne peut l’expliquer. » Oui, cela est clair, mais il est clair aussi qu’on ne saurait voir à travers un mur et cependant on voit (rayons X). En quoi les deux cas sont-ils spécifiquement dissemblables? Ce que la nature fait en quelques mois, (pii peut aflirmer ac>ec certitude quelle ne saurait le faire en (juelques minutes, sous

cerhiines iniluences, et ([ui osera dire d’autre part qu’il connaît toutes les iniluences naturelles qui peuvent commander un pareil fait?

« Nous en dirons autant de la vision à distance, de certains effets mécaniciues opérés par les médiums en (ranse, des écritures automatiques, de ccriains faits de lévitation, etc. Que le surnaturel ne soit pour rien dans tous ces faits, nous sommes très loin de le prétendre, mais qu’ils soient intrinsè(|ueinent et substantiellement surnaturels, c’est une opinion soutenable assurément, mais (jue personne, selon nous, n’est aujourd’hui en état de prouver.

« ()uand l’auteur, citant et approuvant le P. de Bonniol, nous dit : « H est toujours facile de s’assurer si tel ou tel faitde cet ordre a 1 homme pour cause », nous croyons son affirmation fort peu exacte. Bien au contraire de plus difficile, à notre avis, étant donné ce que nous savons aujourd’hui, ou plutôt ce (pie nous entrevoyons sur les mystères de l’activité physique; et si la prudence est de toutes les vertus la plus nécessaire au théologien, c’est dans ce domaine plus qu’en tout autre peut-ètre(pi’il lui convient de l’appliijuer.

« Il ne servirait de rien de le nier, nous sommes aujourd’hui sur des pistes telles (pie les anciennes classitications des phénomènes naturels et surnaturels ne sauraient plus nous inspirer une entière conliance. A l’a|)0logiste (l’etre prudent et de ne pas mériter

tout le premier le reproche d’a priori adresse à ses adversaires. Le P. Lescœur n a peiit-ùlre pas évité entièrement cet écueil; plus d’une lois on surprend sous sa plume des arguments plus (pic faibles, en tout semblables à ceux qu’emploie le P. Franco '. »

Les savants chrétiens coniirmcnl par leurs expériences les sages paroles du Ihéologien (|ue nous venons de citer, ils reconnaissent la nécessité de présenter aujourd’hui sous une forme plus précise la thèse du merveilleux.

Prenons, par exemple, les phénomènes de lévitation. Un homme s’élève au-dessus du sol, et viole ainsi la loi connue de la [)esanteur (jui attire tous les corps vers le centre de la terre, il neutralise la force attractive de la masse terrestre, il fait un acte opposé à l’hypothèse de Newton sur la gravitation universelle, et le vulgaire s’écrie : Voilà un fait miraculeux.

La matière attire la matière, c’est un principe incontestable dont nous voyons à tout instant la vérilication facile dans l’immensité de l’univers. ^lais nous pouvons supposer accidentellement rexisleiice d’une force attractive ou d’une force impulsive plus intense (pie

* He^^ne Thomiste, n° 6. Janvier i8c)8.

celle de la terre qui soulève un instant le corps humain, el le retienne en l’air. La loi de la gravitation universelle n’est pas violée, car on peut la formuler ainsi : tous les corps sont attirés vers le centre de la lcrre tant qu'ils ne sont pas attirés par une aulre force plus intense que celle de la niasse terieslrc.

Il faudra donc rechercher la cause de la lévitation, et on la découvrira tantôt dans une action de Dieu, tantôt dans une intervention démoniaque, tantôt dans une force naturelle qui se manifeste en des circonstances rares, exceptionnelles, avec un caractère (lui frappe vivement l’attention. Et nous dirons, tantôt c’est nn miracle, tantôt c’est un prestige démoniaque, d’autres fois c’est un phénomène merveilleux mais naturel. Nous ne dirons pas a priori : ce fait est intrinsè- (luement et toujours surnaturel.

« Voici, écrit M. de Rochas, un savant qui, au courant de ses recherches sur la force psycliiciue, rencontre un jnedinm s'élevant au-dessus du sol comme un ballon. Le fait étant peu commun et ne se reproduisant pas à volonté, son premier soin doit cire de noter les principales circonstances du phénomène el de rechercher s’il n’a pas été observé par d’autres.

(( Il trouve alors que des faits analogues ont été constatés dans tous les pays, à toutes les époques, aussi bien chez les saints que chez les sorciers, chez les ascètes hindous comme chez les personnes vivant de la vie normale,

mais présentant une sensibilité particulière du système nerveux.

« Il est amené d’abord à ne voir dans la plupart de ces phénomènes (pi’un cas i>articulier des déplaceineals d’objets inertes sous l’iniluence d'eflluves spéciaux émis par les médiums, et à l’attribuer à une force analogue à celle (jui produit les attractions et lesré[)ulsions électriques.

« Puis, dans des cas beaucoup plus rares, il reconnaît l’intervention d’une force intellip^ente qui agirait comme un être vivant, saisissant et transportant le patient.

« Knfin, s’il a pu étudier un certain nombre d’observations, il constate des phases intermédiaires entre ces deux ordres de phénomènes; par exemple, (piand le patient est simplement soulevé, mais avec la sensation des mains (|ui le saisissent sous les aisselles, eoinme celaV eu lieu pour plusieurs d’entre nous, dans les expériences avec Eusapia.

(( De tout cela, il résulte : (pie le plié-

nomène de la lévitation ne doit pas être considéré en soi comme un miracle; 2® (pi’il est souvent le simple résultat d’une force naturelle développée probablement par un état particulier du système nerveux d’où résultent peut-être des courants électriques agissant dans un sens contraire à la pesanteur; 3 ® que cet état particulier du système nerveux provoc[ue des extériorisations d’ellluves dont s’emparent quehiuefois pour agir sur le corps des entités intelligentes, bonnes ou ma«-

vaises... Que peut laire ici le physicien?

« C'est de chercher à définir ces eflluves, ces manifestations, cette force physique hypo- Ihétique, en étudiant leur action sur les autres forces que nous connaissons déjà. Mais ce Il est point son rôle de rechercher ce ([ue peuvent être les intelligences qui interviennent; celles-ci sortent du domaine scientifique ^ »

Le physicien arrive ainsi, quand il est sincère dans ses recherches, à constater rinsutlisance des causes naturelles, des forces chimiipies ou mécanicpies pour expliquer certains phénomènes de lévitation. Il constate même, en vertu des mêmes procédés, l’intervention de certains agents dont il ignore la nature, l’origine et les conditions vitales. A ce moment, le théologien et le philosophe catholique interviennent, ils font connaître au physicien, avec la tradition et renseignement catholique, Texistence des démons et des anges, leurs propriétés et leur origine, leur rôle dans lunivers, leur aptitude à s’emparer des forces mal définies et encore inconnues pour obtenir des résultats qui étonnent et pour produire des phénomènes dont le carac-

^ A. DE Rochas, Le Cosmos, 5 mars 1898. — Becueil de documents relatifs à la lévitation du corps humain, 1897. (Paris, Leymarie.)

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tère préternalurel se Iroiive ainsi rétabli d’une manière rigoureuse et scientifique.

Le théologien ne doit pas écarter le physicien quand il nous fait connaitre les lois de la nature et tes conditions scientifiques d’un phénomène (jui paraît anormal, et le physicien ne doit pas refuser le concours du théologien qui complète ses démonstrations en lui faisant connaitre la nature de l’entité ou de l’agent préternaturel dont il est forcé de reconnaître l’intervention. Ils font l’un et l’autre une œuvre scientifique, et ils méritent le titre de savant.

Mais nous demandons au physicien de se défier des hypothèses gratuites, imprudentes, de ne pas se contenter du mirage des analogies pour adîrmer l’existence, (|ui nous paraît encore problématic[ue, de certains ellluves et de certains co.urants, de suspendre ses décisions et de ne pas témoigner des détiances jalouses, systématiques à l’égard du préternaturel.

Les journaux et les revues qui s’occupent aujourd’hui d’une manière exclusive de l’occultisme et du spiritisme sont très nombreux en France, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Portugal. Nous en avons le catalogue sous les yeux; que de pensées il fait naître dans l’esprit, et comme il révèle l’invincible attrait de ces problèmes! C’est, en France, VAurore, le Lotus bleii, la Lumière, le Voile d'isis, etc.; en Allemagne, le Sphinx; en Espagne, le Critérium spirite ;

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en Italie, V Etendard spirite ; en Belgiciuc, le Flambeau; i\ Lisbonne, le Psychisme; dans rinde, le Théosophe; et j’en passe un ^raïul nombre.

« Au Nouveau Monde, écrit M. Bosc, c’est par centaines que paraissent les journaux et les revues spirites et spiritualistes, rien qu’à Chicago, à New-York el à Buenos-Ayres : dans chacune de ces villes importantes, c’est au moins une vingtaine de journaux ou de revues qu’il nous faudrait énumérer, et ces publications représentent des millions de lecteurs. »

Nous voici donc en présence d’un grand mouvement intellectuel qui intéresse profondément l’apologétitpie chrétienne; il n’est pas permis de le déciaigner et de négliger la défense des consciences contre les plus séduisantes erreurs.

La contagion du merveilleux a gagné la foule, et c’est par milliers que l’on compte aujourd’hui, à Paris, dans la province, en Europe, les esprits in(juiels, désenchantés, qui se livrent aux pratiques du spiritisme et de l’occultisme ou qui cherchent jusque dans les ténèbres et les troublantes émotions de la magie noire, l’apaisement (|u’ils ne veulent plus demander à la foi.

On les convie à des réunions mystérieuses, on les trompe par des journaux, des revues et des livres qui ont l’orgueil et les prélen-

lions de la science : on leur imprime d’éLranges et violentes secousses, par des spectacles gii rinvisiblc sc plaît à multiplier les prestiges, et Ton voit meme des clirélicns allier, avec une complaisance coupable, les aj^parences de la religion aux expériences condamnées d’une superstition toujours dangereuse. Je le sais et Je le répète, ces égarés se comptent par milliers dans notre pays.

()uel est l’esprit qui n’a senti une fois dans sa vie, pour en soudrir et pour la combattre, cette dangereuse tentation? Quel est celui qui Jamais n’a dit : Si Je pouvais pénétrer les secrets de la nature, expliquer les prodiges de la matière et de ses énergies, voir clairement les communications mystérieuses qui uinssent les îlmes entre elles, à travers les grands espaces et le long intervalle des siècles! Si Je pou^vais découvrir l’explication précise du sommeil, des rêves, des pressentiments, de l’action h distance, des apparitions de tantômes, troublantes comme la réalité!

Si Je pouvais monter plus haut, monter encore, explorer ces soleils et ces planètes où la vie se révèle sous des formes et dans les conditions d’une activité que Je ne connais pas! Si je pouvais suivre, dans son départ mystérieux, l’âme qui se sépare du corps, emportant avec elle le souvenir qui ne meurt pas, l’alfection, le dévouement, les tendresses qui vont se puritier et se renouveler! Si Je pouvais accompagner l’âme bien-aimée qui s’en va, et de celte terre où le poids de

mon corps me relicnl encore, nrenvoler avec mes ])ensées, tristes on joyeuses, vers ces rivages où se réunissent et se retrouvent ceux (jui s’aimaient ici-bas! Qui me pailera de ces (erres lointaines, où je voudrais sentir encore le pardon et la bonté de Celui <|ui m'a créé! Qui me parlera du lendemain de la mort, de la résurrection du cor[)S, de l’immortalité! Qui rne fera rencontrer ceux (pii sont partis!

Kt je vois les âmes (pii ont cessé d’étancher leur soit’ardente aux sources pures de la religion, boire des eaux empoisonnées. Des spirites, des occultistes, des mages ridicules leur présentent des breuvages qui ne peuvent trop souvent endormir leur douleur ([u’en ébranlant profondément leur esprit!

Que fera le cierge en présence de ce péril où tant d’àmes vont sombrer? Lesindiiférents et les attardés répondent: a Ne faites rien, ne vous occupez pas de ces (juestions délicates, laissez-nous la foi du charbonnier. » On nous demande ainsi d’abandonner à nos ennemis le champ de bataille, (rencoiirager ceux (pii nous accusent d’étre les enfants des ténèbres et de l’ignorance et de vouloir régner [lar la superstition. On nous conseille de laisser dans la nuit les âmes troublées qui cherchent la voie, et de nous cantonner dans l’oisiveté confortable de notre presbytère. On nous invite à déserter le combat, à l’heure où des causessacrées, compromises par rindilférence des chrétiens, réclament, au contraire, toutes

les ardeurs de noire énergie et les élans de noire courage.

Poiir([uoi s’effrayer de rintervcnlion paciti(jue du clergé dans des (jueslions où sa conipctence est inconlcslable? De saint Thomas d’Aquin qui nous a laissé son magnifique traité des anges, des esprits bons et mauvais, à Benoit XIV, dont l’iminorlei ouvrage sur la canonisation des saints est si lumineux, tous les grands théologiens ont étudié sous des noms (luchiuelbis différents les possessions, les extases, les visions, l’envoûtement, la télépathie, le miracle, les phénomènes de la inysti(iuc diabolicpie et divine. Ils ont approfondi dans leurs traités de morale les superstitions, les maléfices, \es sorts, les pactes avec le démon. VA si ces maîtres de la scolasti(pie revenaient ]>armi nous, ils étudieraient les phénomènes merveilleux; ils réfuteraient les ohjeclions insidieuses des occultistes et des spirites de noire époejue comme ils ont réfuté les astrologues et les sorciers du moyen âge. Ils ne permettraient pas de préconiser la foi du charbonnier, et de prétendre (|ue l’Eglise est impuissante ou surprjse en présence des révélations de la science au service de ses ennemis!

Ces ennemis n’entendent pas se renfermer dans le domaine de la science pure et poursuivre un but de fordre purement théorique

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etabstraiL Ils visent plus haut. Ils prétendent nous donner la déinonstralion rig-oureuse de l’im|)ossibilité du miracde et de Tordre surnaturel. Leur crili(|ue poursuit, pour en découvrir Texplicalion naturelle, les miracles qui éclairent TEvangile, ou ({ui leniplissent la vie des saints; ils veulent couper toute communication surnaturelle entre Tàme et Dieu, ils inventent une théorie nouvelle de nos fins dermeres, et, apres avoir repoussé l’enseignement chi'étien sur le Purgatoire, le Paradis et TEnfer, ils nous ramènent aux vieilles conceptions de TOrient, à la métempsycose, à la pluralité des existences, à des réincarnations indéfinies.

Qui ne voit donc le caractère religieux, théologique, rigoureusement théologi([ue des graves problèmes dont nous voulons nous occuper? Non, ce n’est [las une curiosilé malsaine, ce ifcst pas un désir indiscret de Timagination, cpii nous attire vers ces graves problèmes ([ue Tincrédulité voudrait nous défendre de regarder en face et d’approfondir.

Que ces problèmes intéressent au plus haut point le physiologiste et le i>hiloso|)he, je le veux bien, mais ils ont un plus grand attrait encore pour le théologien, pour Tapologislc chrétien ([ui, place sur le terrain des sciences où l’appelle la controverse conLcmporaine, défend Tenseigneinent infaillible de TEgiise louchant la vie future et le surnaturel.

11 nous paraît donc utile et légitime (pie des

catlioli(|ues se réunissent pour étudier eu silence et devant Dieu, sans prétention et sans témérité, les phénomènes merveilleux.

Ils resteront dans le p^rand courant de la tradition: ils consulteront les maîtres célèbres de la théologie et les Pères: ils seront scrupuleux dans leur docilité liliale envers l’Kglise; ils nous feront le commentaire scieiitifujuc actuel et vivant des anciens traités sur rintervention mystérieuse et troublante des esprits, dans la trame toujours un peu lâche des événements humains : ils sauront répondre aux objections des savants de notre temps, et éclairer les âmes que de vagues inspirations détournent des enseignements de la foi.

Nous arriverons ainsi, je l’espère, à séparer nettement la science devant la([uelle nous aurions à nous incliner, et la superstition dont nous ne cesserons jamais d’ètre les ennemis.

Entre la science orgueilleuse qui ne croit rien et la superstition ignorante ([ui croit tout, il y a la science vraie (jui se tient à égale distance de l’incrédulité et de la superstition. En présence des phénomènes extraordinaires dont nous sommes (juehiuefois témoins, nous devons éviter avec une égale sagesse d’allribuer ra[)idement et sans examen ces phénomènes (pii nous étonnent à une cause

prélernaUirelle oii de nier, dans tous les cas, celte inlerveiUion ; il faul, tout en respectant les principes lliéologiques solidement établis, faire la part de rinconnii d’aujourd’hui et de la science de demain.

Je ne parle pas des miracles de premier ordre ([ui servent de fondement à la religion chrétienne et qui délient les négalions;je parle des phénomènes extraordinaires dont la cause nous échappe actuellement, guérisons, apparitions, visions, troubles nerveux, possessions apparentesoù nous serions tentés de voir, sous le coup de rétonnement et sans examen, l’inlerventiou réelle d’un ange ou du démon. C'est celte superstition, celte légèreté imprudente dans les allirmalions (|ui éloigne de nous des âmes de bonne loi, et compromet la dignité de la religion.

A faire cette distinction capitale, on s’expose quelquefois à l’accusation de naturalisme, d’incrédulité, de révolte contre le préternaturel ; j’estime, cependant, (jue l’on sert ainsi d’une manière plus ellicace la cause de la vraie philosophie et de la religion.

Pendant longtemps, on a considéré, [)ar exemple aux siècles passés, comme démonia- (jues et possédés, des malades, des névrosés, des hystéri(pies contaminés par la contagion, et livrés par l’autorité civile aux sévérités cruelles dubourreaii. Que parmi ces névrosés on ait pu Irouver de vrais possédés, je ne le conteste pas: mais (jue tous ces névrosés fussent possédés du démon, je ne peux pas le croire,

et si I on veut établir scientifiquement, dans certains cas, la réalité de la possession, on est forcé de reconnaître que les caractères pliysiqnes, gambades, contorsions, léthargie, catalepsie, ne suffisent plus, et qu’il faut chercher parmi les causes d’ordre intellectuel, moral, religieux, la lumière qui éclaire les faits. Le malade et le possédé présentent (juelqaefois les mômes caractères physicjues, les mômes apparences extérieuresqui clonnent, elfraient, et font croire à une manifestation de l’ordre {jVéternalurel ; en fait, il n’en est rien.

J’ai connu un vénérable religieux qui avait passé la plus grande partie de sa vie sacerdotale dans les Indes, et qui avait été témoin de nombreux prodiges, trop souvent attribués au démon, et d un intérêt puissant. Il me racontait qu’à Mariapenoiir, dans le vicariat de Pondichéry, parmi les païens et parmi les chrétiens, il avait vu, à l’état épidémi([ue, ces contorsions, ces gambades, ces sauts merveilleux, cet arc de cercle de la grande hystérie si bien décrit par l’école de Charcot, tous ces phénomènes qui avaient les apparences de la possession démoniaque, et que les Indiens attribuaient, en effet, au démon.

Ce n’est pas à l’exorcisme et à des prières liturgiques que le missionnaire demandait la guérison de ces pauvres malades, il aurait craint d’exalter leur imagination et d’aggraver leur mal : il avait recours à un moyen plus brutal. «Nous frappions ces malades à coups de rotin, et très fortement. Presque toujours

nous les guérissions ainsi, et nous avions raison de l’épidémie. »

Nous avons entendu parler souvent du phénomène intéressant delà floraison instantanée du manguier. L’Indien s’accroupit devant un morceau de bois, il récite des prières, il fait des incantations, il multiplie les mouvements et les gestes, et voilà (|ue subitement le bois desséché revit, reverdit, et se couvre de feuilles devant les spectateurs ébahis.

C’est le démon, déclarent quebjues théolcfgiens effrayés, c’est évidemment le démon cjui opère ce prodige, à la prière de son suppôt. D’autres théologiens, plus avisés, nous rappellent qu’il faut tenir comi)te des conditions particulières de chaleur, d’humidité, de fécondité particulières à ce pays, et qu’il ne faut pas se hâter d’en ap{)eler au préternaturel.

L’explication est plus simple.

Le missionnaire des Indes avec qui je m’entretenais, avait été souvent témoin de ce prodige, dans sa maison et à l’extérieur; il l’avait observé avec soin et n’y attachait aucune importance. C’est un tour vulgaire de prestidigitation qui demande quebiue habileté. Le manguier verdoyant est préparé d’avance, et caché avec soin. Le tour consiste à substituer rapidement, habilement et sans cire découvert le manguier vivant au manguier mort. Le fakir hindou s’amuse aux dépens du

On voit ce (ju’il faut penser de l’illusion de la foule et des théolog^iens qui se hâtent d’attiibuer ce prodige au démon. La superstition étouffe la foi, mais le temps el la science ont raison de la superstition.

l.es esprits faibles ou ignorants sont toujours portésà attribuer les phénomènes insolites dont ils ne voient pas la cause à des génies bienfaisants ou malfaisants.

Voici une fausse mystique ({ui a la prétention d’avoir des ravissements et des extases divines. Elle convoque la foule; elle annonce la rei)résentation, elle se rend au lieu sacré du prodige, elle fend les pèlerins accourus et crédules, elle s’agenouille, elle s’auto-suggestionne, la crise commence; la contraction des muscles, la rigidité cadavérique, l’anesthésie absolue, l’immobilité du regard, peut-être même l’arc de la grande hystérie, rien ne manque au spectacle qui plonge les témoins dans un saisissement profond; on crie au miracle, au surnaturel, au divin, et les plus crédules cherchent à toucher les vêtements de cette fausse mystique, dominée par l’orgueil, flattée de jouer un rôle et victime de l’hystérie.

Que cette fausse mystique, qui appartient à l’histoire contemporaine, ait bercé son imagination éveillée dans la contemplation des apparitions de la Vierge et des saints racontées avec amour dans les livres de piété, que va-t-il arriver ? La raison et ses facultés supérieures, frappées d’inhibition cessent

coniplèlernenl d’agir, ritnaginalion et les IViciiltés sensibles, surexeirées, déchaînées, doniiiieiil le eei*\ eau et tout l’organisme, cl l’on voit alors se produire, i)ar:illèleinent aux j)iiénomènespliysi([ues, léthargie etcatalepsic, des phénomènes psyclncjues; la fausse mystique croit entendre des voix, elle croit assister à des scènes étranges et divines (pii la plongent dans la suavité et les délices des extases célestes, elle crée elle-mcme ses personnages, elle leur prête ses pensées habituelles et ses rêves, elle donne une forme réelle, vivante, objective aux fantômes de son imagination sans frein, et devenue plus calme, elle racontera avec complaisance les apparitions, les révélations, les faveurs qu’elle a reçues du ciel.

Kt si vous commettez l’imprudence de sourire à ce spectacle, de vous a[)itoyer sur celte malade, de gémir de l’empressement ignorant de la foule, de faire appel à la raison, à la sagesse, à la foi éclairée, on vous accusera quebiuefois de naturalisme ou d’impiété, et vous perdrez tout crédit.

Les esprits faux négligent les principes intellectuels, moraux, religieux, les seuls qui nous permettent de juger sainement ces spectacles à la lumière de l’enseignement de rKglise, ils ne veulent considérer <pie les jihénomènes physiques, la scène théâtrale, les manifestations de l’hystérique, esclave de son imagination quand elle n'est pas victime du démon.

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Cest ici <[»ie le loliii du luissionnnire calliolique forait des prodiges, et pour assagir ces fanati(iues de ténèbres, il suffirait d’une correction vigoureuse et de quebjue énergie.

Nous ne sommes pas de purs esiu its, notre vie ne s’écoule pas dans des régions immatérielles; nous avons un corps et une àiiie ; c’est le con\posé liumain. Par notre corps, et d’une manière qui nous est particulière, nous faisons partie de Tunivers, nous subissons rinlUiencecontinuelle des forces magnéticpies, physi(pies, chimiques, comme les plantes et les animaux, nous sommes passifs à l’égard de ces mystérieuses vibrai ions (|ui déterminent des cliangements dans notre corps et dans notre vie.

Mais nous ne somniespas toujours et exclusivement passifs à l’égard de ces forces pl'ysicpies innombrables, de nalure si diverse dont nous subissons le choc ou l’inlluence à tous les moments de notre existence terrestre; nous sommes aussi actifs, nous jetons, nous aussi, dans ce tourbillon de forces pliysi(|ues des vibrations et des radiations, eflluves de notre corps, radiations de notre cerveau sous l’action de la pensée et du sentiment et des passions, inlluencesélectri((ues et magnétiques qui se propagent, s’éteignent insensiblement ou se transforment autour de nous.

CTcsl un continuel échauffe craclions et (rinÜuences indépendant du pliénomène de ralinientation et de rassiinilalion qui s'élal)lit ainsi entre nous et les Torces (|ue nous découvrons dans les minéraux, les végétaux et les corps vivants, et ces échanges ([ui ne seront jamais connus dans toute leur étendue, parce (juMls touchent à l’infini, sont ([ueUpielois l’occasion de certains phénoihènes physiques extraordinaires, inconnus, insoupçonnés, que notre ignorance imprudente est tentée (f attribuer à des causes surnaturelles, à des anges ou à des démons.

Essayez un instant de vous étudier vousmeme avec attention, et vous comprendrez mieux ce([ue j’avance; observez ta faculté ([ui plonge plus que les autres dans les organes de votre corps, je veux parler de la sensibilité physi([ue : vous recevez le choc des objets extérieurs, des forces ([ui vous entourent, et vous éprouvez une impression générale. Jus- (ju’à quel point de l’espace votre sensibilité physique peut-elle s’étendre?

Un savant physicien italien, iM. Boggio Lera, vientd’inventer un appareil pour annoncer les orages lointains. Giiarini le décrit ainsi : Si les ondes éleclricpies émanées d’une décharge atmosphéricpie viennent à frapper l’antenne de l’appareib le cohéreur est impressionné, le courant de l’élément Leclanché circule, l’armature du relais est déclenchée, et la sonnerie, grâce aux trois piles, entre en branle. Le marteau de la sonnerie,

dans son mouvement de va-et-vient, frappe le timbre et dccolière le lube à limailles.

L'appareil revient alors à Télat de repos. Pour chaque décharge électricpie et suivant sa durée, le marteau frappe un ou plusieurs coups.

Tant que Torage est à grande distance, ce ne sont que les ondes émanées des décharges les plus puissantes, qui, atteignant l'appareil, ont une intensité sulfisante pour impressionner le cohéreur. Les sonneries ne se feront donc entendre qu'à de longs intervalles. Mais à mesiiie que l'orage approche ou augmente d'intensité, que son arrivée sur le lieu où se trouve l’appareil devient plus probable, les sonneriessemultiplient, parce que les oscillations électri([ues, capables d'impressionner le cohéreur, deviennent plus nombreuses et plus fréi^uentes.

Loi s(pie l’orage est très proche ou arrive sur les lieux, la sonnerie fonctionne presque sans interruption.

Voilà donc un polit appareil qui, muni de son antenne, recueille les ondes électriques d'une décharge atmosphcri(iue à loo et à i.ooo kilomètres de distance et sonne l’orage pour avertir du danger.

Notre corps, dans l’inextricable réseau ou fouillis de ses filets nerveux, ressemble, plus qu'on ne voudrait le croire, à cet appareil révélateur : ses ra[)porls avec l'électricité atinosphéri(iue sont réels et peu connus. Des rhumatisants, des goutteux, des iieurasthé-

niques sont quelquefois de vrais baromètres qui annoncent les variations atmosphériques.

J’ai connu un cardiaque (|ui sentait la neigea une distance de quarante lieues. Si ce cardiaque avait traduit son impression dans une formule absolue; s'il avait dit : « Je vois tomber la neige à quarante lieues », des esprits faibles auraient cru au surnaturel, parce qu’il est contraire aux lois de la nature de coi/* à cette distance, et, cependant, cette hyperesthésie accidentelle est un phénomène anormal, mais naturel.

Si nous i)assons de la sensibilité générale à la sensibilité particulière de chacun de nos a[)parcils sensoriaux, nous arriverons aux mêmes conclusions, et nous verrons (jue Ton est souvent exposé à confondre Y extraordinaire et le surnaturel.

Voici, par exemple, la voyante de Constantinople dont il est parlé dans cette Revue. En plein midi, elle sort, elle tourne le dos au soleil, elle laisse tomber un voile noir sur sa tète i)ourse soustraire à l'inlluence des rayons solaires, elle avance lentement, en regardant le sol, et voilà qu'à une [)rofondeur de ([uelques mètres, elle K^oit la nappe d’eau et en décrit exactement la direction.

C’est un fait établi.

Quand on parle de la baguette de coudrier, entre les mains du sourcier, (jui découvre les

sources, on nous répond : « C’est le sourcier qui, sans le savoir, pardesmouvenients inconscients et librillaires, imprime à sa baguelle un mouvement. » Mauvaise explication.

La baguette de coudrier ne tourne <[ue sur les cours d’eau, dont personne d’ailleurs ne soupçonne la présence ; la baguette devrait tourner indid'éremment là où l’on trouve des sources et là où l’on n’en trouve pas, si elle était mise en mouvement par les nerfs du sourcier. Il est incontestable (ju’il existe un rapj)ort encore inconnu, direct ou indirect, entre le sourcier et le blet d’eau.

Mais la voyante de Constantinople ne se sert pas de la baguette de coudrier; elle s’isole, autant (jue possible, des rayons solaires, et elle regarde fixement le |>oint ([ui l’attire et la fascine pour recevoir l’inllucnce d’autres radiations.

Nous connahisons les lois générales ordinaires de la vision des corps, c’est incontestable: nous voyons lesobjetsextérieurs absorber <iuel<iues rayons, nous en renvoyer d’autres qui frappent le nerfo[)tique, le suivent danssa longueur, et modilient dans l’écorce cérébrale le centre sensoriel de la vue; nous savons ainsi comment les choses se passent ordinal^ rement, mais nous n’avons pas le droit de dire (jue les cîlioses se passent et se passeront toujours ainsi, et qu’il est impossible qu'elles se passent autrement: nous n’en savons rien.

Nous ne connaissons exactement ni le degré

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