LES RÊVES PRÉMONITOIRES ET PROPHETIQUES
Les images du monde extérieur pénétrent par le grand chemin des sens jusqu’à notre cerveau où elles persistent sous les noms d’images visuelles, auditives, gustatives, olfactives, motrices ; elles sont réglées par la raison, à l’état de veille, et livrées à elles-mêmes pendant le sommeil.
Le rêve prend des caractères divers, tantôt ordinaires, tantôt extraordinaires, et même surhumains.
Dans le rêve ordinaire, notre âme reste encore en communication avec le monde exté-
rieur, d’une manière parlicnlière, et le rêve prend le caractère de l’impression, ou douce ou violenle, qui modilie l’clal des organes des sens. Une lumière (jui passe, un bruil (jui n’a pas l’inlensilc necessaire pour nous éveiller, un parlum dont l’odeur [)énétranle nous envelop[)e devient le point de départ des incidents (pii composent le rêve où nous jouons le idle principal.
D’aulres lois le rêve se rattache aux vives impressions que nous avons ressenlies à l’élat de veille, dans la journée, à nos pensées, à nos travaux, à nos conversations, à la dernière lecture ou au dernier entretien cpii a précédé notre sommeil. Kn vertu de la force acquise, il semble (pie notre machine continue son mouvement accéléré et inconscient.
Il arrive aussi, souvent, que le rêve est l’ellet de l’état pathologi(pio de notre organisme, d’une souHVance chroni(pie, d’une maladie (pli commence, sans (praucun signe extérieur la révèle encore à l’observateur, d’une lésion secrète (pii poursuit sourdement ses ravages, et ce rêve fournira des renseignements précieux au médecin dont le diagnostic était jus([ue-là incertain *.
Nous n’avons étudié encore que le rêve
* Cf. : La psychologie du par Vaschide et PiÉuoN. On trouve dans ce livre des observations utiles sur les rapports du rêve avec la pathologie nerveuse et la pathologie générale, avec les maladies infectieuses elles maladies localisées : intestinales, cardiaques, pulmonaires.
ordinaire, celui ([ui relève de la psychologie dans les limites de l’ordre naturel. Mais il faut bien le reconnaître, il existe aussi une catégorie de rêves, caractérisés par des signes particuliers, qui ne se rattachent ni à la causalité du monde extérieur, ni à l’état de nos organes, ni aux pensées et aux émotions ordinaires de notre vie. Je veux parler des rêves qui ont un rapport avec l’avenir, rêves prophétiques, mystérieux dans leur origine et leur nature et qui méritent un examen particulier.
Les faux savants en négligent l’étude, par impuissance ou par dédain : ils ont peur de rencontrer le merveilleux et le surnaturel, et de paraître superstitieux; ils parleront volontiers de centres nerveux, de la circulation du sang, des neurones, de tout ce qui constitue la |)artie matérielle du rêve, ils affecteront d’en négliger la partie élevée, celle par laquelle riiomnie semble se détacher de ce monde et de son propre corps, pour entrer dans des régions inconnues, et délier, en quehpie manière, l’espace et le temps.
Et, cependant, cet aspect du problème du rêve attire invinciblement les esprits. Que faut-il penser des rêves par lescpiels nous sommes avertis d’un malheur ou d’un danger, d’un événement important (jui va s’accomplir loin de nous, des précautions (fue nous devons prendre et des actes que nous devons faire pour obéir à une autorité supérieure, divine? Cette connaissance claire, précise
T. i. ii^
de Tavenir cst-clle loujours Tefrct de l’iniaginalion» si capricieuse dans ses iaiitaisies et secondée [)ar le hasard? Ne serait-elle pas au contraire le signe certain de ce miracle dont nous cherchons à établir la possibilité et la réalité? Ne Taut-il pas reconnaître quelle excède, elle aussi, la puissance de l’imagination?
J’avoue que ces ((uestions m’intéressent autrement (pie le rôle, d’ailleurs si difticile à déterminer, des alternances de l’irrigalion sanguine cérébrale dans l’évolution du rêve et de ré([uilibre entre les fonctions du moi splanchnique el du moi sensoriel.
Il faut, d’abord, ex|)oser les faits; nous en chercherons ensuite l’explication.
Nous réunissons dans la première classe les r(3ves prémonitoires d’une mort h
De lady Sudeley, Toddington, Winchcombe, Cheltenham :
« 6 jiinvier 1887.
c( Quatre ans avant mon mariage, C. W...
était de mes amies, mais pas des plus intimes. Je me mariai et peu après elle se lit religieuse cloîtrée. Quoiqu’il nous fut toujours agréable de nous trouver ensemble, nous eûmes fort peu d’occasions de nous
' Ces faits ont été reproduits dans la Revue scieri'tifiqne et morale du spiritisme, 1901, page 297.
rencontrer pendant les quatre ans et demi qui s’écoulèrent entre mon mariage et sa mort.
Je crois que je ne l’ai vue qu’une seule Ibis dans son coslume religieux. En juillet 188:2, j’appris qu’elle était malade; mais comme j’avais beaucoup d’autres préoccupations, je ne pensais jamais à elle. Dans la nuit du 27 septembre 1882, je rêvai qu'elle était debout à côté de mon lit, en costume de religieuse et qu’elle me disait : a Pourquoi ii’ètes-vous jamais venue me voir? » Je lui répondis : « Vous demeurez si loin! » Elle répliqua : « Je suis beaucoup plus près de vous que vous ne le croyez. » Ce rêve me lit une telle impression, que j'en parlai le matin à ma tille ainée et que j’écrivis le jour même à la sœur de C. W... pour avoir de ses nouvelles. Je vous envoie sa lettre. Il est peutêtre bon que je tasse remarquer que je ne partageais nullement les opinipns religieuses de C. W... et (jue le seul lien qui existât entre nous était le souvenir d’une amitié d’enfance.
i(. Ada SUDELEY. »
A ce récit de lady Sudeley était jointe une lettre de son amie, en date de Middellon Lodge, Bournemouth, le 3 o septembre, commençant ainsi : « J’ai reçu votre lettre le mercredi soir et suis surprise que vous n’ayez pas appris que G... nous avait été enlevée le lundi 25 . H nen est que plus étrange que vous ayez rêvé d’elle dans la nuit du mardi au mercredi. » La lettre continuait en disant
(|ue « la mon est survenue si vile et si imprévue, qu’on n'eut même pas le tem|>s d’écrire et que nous avons reçu un télégramme lorsque tout a été lini ». On savait ce[)endant que C... était malade. Le 17 décembre 1887, miss llanburg Tracy, la tille ainée de lady Sudeley (E. Gurney), me dit qu'elle se rappelait parfaitement le récit (juesa mère lui avait fait de son rêve, le matin même qui le suivit.
« Je me rappelle que ma mère, en s’éveillant le matin, me dit qu’elle avait fait, au sujet de son amie miss W... un rêve tel qu’elle éprouvait le besoin d’écrire aussitôt pour demander de ses nouvelles.
« Eva H. Th AC Y.
« 18 lévrier 1881. »
Nous pouvons ajouter ici un autre cas analogue, extrait également des papiers de M. Gurney :
« 14 mni 1888.
« Il y a quelques semaines, il m’est arrivé un fait bien curieux de voyage de la pensée.
Un matin, à la première heure, il me sembla (juejeme trouvais au milieu d’une grande quantité de bouquets et de couronnes de lïeurs entièrement blanches, tandis que près de moi un grand jeune homme, de consistance vaporeuse, mais parfaitement distinct, nous regardait. Je reconnus aussitôt en lui un ami d’autrefois, mais bien changé. Il n’était encore qu’un enfant lorsque je l’avais vu pour la dernière fois, dix ans auparavant.
« Dos ce malin môme je dis à plusieurs membres de ma famille (jue H. B... était mort et que j’avais assisté à rarraugement des Heurs en vue de ses funérailles.
(( La semaine suivante j’appris de sa sœur que H. B... était mort, et qu’on l’avait enterré le jour meme où je l’avais vu. On m’avait dit six semaines auparavant qu’il était de retour des Indes et que les siens craignaient beaucoup (ju’il ne fut malade de la poitrine.
« Je vous signale ce cas parce qu’il est encore tout récent et que l’un de mes tils et ma belle-fille, qui habitaient alors avec moi, peuvent confirmer mou récit.
a Vous trouverez sous ce pli une lettre de mon fils. Un autre de mes fils se rappelle distinctement aussi cet incident, mais aucun de nous ne peut fixer la date exacte. La lettre annonçant la mort et les funérailles fut lue à table pendant le déjeuner, et nous fîmes tous nos remarques sur l’étrange coïncidence. »
« 9 jiii») 1888 .
(( Cher monsieur, je me rappelle parfaitement (ju’un matin, pendant le déjeuner, ma mère nous fit part d’un rêve qu’elle avait eu au sujet de H. B... et que deux ou trois jours après nous reçûmes la nouvelle de sa mort. Nous avons constaté alors que le jour des funérailles coïncidait avec celui du rêve.
De Tlionipsoii Alexandre (IMst-Oflice, sideiip. Kent).
« 15 juin 1888.
« Je me souviens (jue pendant mon séjour a en mars 1888, C. B... dit [)en-
dant un déjeuner (prelle venait de faire une sorte i\e rêve. Je ne m’en rappelle pas lous les détails, mais il est évident ([u’ils étaient particulièrement nets dans ce rêve. Elle était dans une chambre au milieu d’une grande quantité de Heurs blanches ([u’elle arrangeait en boiupiets, lorscju elle vit à côté d’elle dans cette chambre la forme vaporeuse de H. H..., un de ses amis d’enfance. Elle ajouta qu*elle craignait bien qu il fut mort. Quelques jours plus tard une lettre vint nous annoncer ce décès. ?sous avons comparé les dates et M'"® C. B... trouva (jueson rêve avait eu lieu le jour même des funérailles de II. B...
C est peut-être ici le moment le plus opportun pour rappeler l’apparition de Vebley, insérée dans les Proceedings^ III, p.
Il semble que 1 imminence de la mort de la perci[)iente 1 ait amenée à entrer en rapport plus étroit avec une amie qui, elle-même, était morte quehjues jours auparavant.
Miss Cobbe a réuni deux ou trois cas de ce genre dans une petite brochure intitulée : The Peak of Darien.
J y ajouterai deux exemples. Le premier concerne un clergyman qui ne veut pas ((ue
— KJO —
son nom soit publié; il a été recueilli par le Rév. G. J. Taylor, membre de la Société des Recherclies psychiques.
« 2 noveml)re
(( Les 2 et 3 novembre iSjo, je perdis mes deux (ils aillés, David Ldward et Harry, âges respectivement de trois et quatre ans, qui furent enlevés par la scarlatine.
(( Harry mourut le 2 novembre, à Abbot Langley, éloigné de 14 milles d’Apsey, où je suis vicaire, David succomba le lendemain à Apsey. Une heure environ avant sa mort, ce dernier se mit sur son séant dans son lit et montrant le pied du lit, dit de façon très nette : « Voilà le petit Harry qui m’appelle. » On m’a assuré qu’il ajouta: «Il a une couronne sur la tète. » Mais je ne me le rappelle pas, J’étais au reste si accablé par le chagrin et la fatigue des veilles, que cela a pu m’écliapper. Mais Je me porte garant de la vérité de la première partie, qui a été aussi entendue par la nourrice,
(( Signé : X. Z., vicaire de H. »
M. Taylor, dans des lettres et'verbalcment, tu connaître les détails suivant à M. Podmore :
« M. Z... m'affirme qu’il avait eu soin de cacher à David la mort d’Harry et qu’il est tout à fait certain qu’il l’ignorait. M. Z... était présent et a entendu les paroles de l’enfant. Celui-ci n’avait nullement le délire à ce moment. « Charles Taylor. »
- ■ '■ Wl'»-
Le cas suivant a été communiqué par miss Ogle au Rev. J. A. Macdiiald, qui, pendant plusieurs années, mil le plus grand zèle à recueillir des témoignages.
« Manchester, 9 novembre 1884 .
<\ Mon frère John Âlkin Ogle mourut à Leeds, le 17 juillet 18^9. Une heure environ avant sa mort, il vit son frère décédé depuis seize ans. Le regardant avec une ardente fixité, il s’écria : « Joe! Joe! » et aussitôt après il manifesta la plus vive surprise et dit :
(ieorge Hanley ! » Ce fait surprit ma mère qui arrivait 'de Melbourne, distante de 40 milles, oiï George Hanley avait habité.
Elle dit : a 11 est vraiment étrange (pi’il voie George Hanley, mort depuis dix Jours. » Se tournant ensuite vers ma belle-sœur, elle lui demanda si quelqu’un avait appris à John la mort de George Hanley. Ma bellesœur aliirma que non. Ma mère était donc la seule personne présente (jui connut ce fait.
J’ai été témoin du fait ci-dessus.
« Harriet. H. Ogle. »
En réponse àquehiues questions, miss Ogle ajoute :
(I J. A. Ogle n’était pas dans le délire et possédait toute sa conscience lorsqu'il prononça les mots que j’ai ra[)pelés. George Hanley était seulement une connaissance de John A. Ogle et non un ami intime. Ce der-
nier ne connaissait pas la morl de Ilanley ^ »
Nous réunissons dans la seconde catégorie les rêves, pendant lesquels des agents ou des entités intelligentes viennent nous averlir d’un grand danger : ces rêves ont un c aractère objectif.
Dans le numéro de décembre iC)or, la Lumière a reproduit les phénomènes suivants :
Rêves prémonitoires. — Light du 3 août rapporte une série de rêves prémonitoires :
Cas de X. M*"® x. rêva qu’elle se trouvait dans un vaste l)àtiment avec des marelles en pierre au dehors et d’autres en dedans conduisant dans un sous-sol; elle descend et voit des cadavres humains. Ce rêve lui laissa une impression très vive et tous les détails <le la maison se fixèrent dans sa mémoire.
Plusieurs jours après son beau-père vint du [)aysde Galles en visite, et son mari étant trop pris par ses aflaires, elle eut la charge de montrer à son beau-père les curiosités de Londres; un jour elle le conduisit à la galerie nationale des peintures. Le beau-père était un vieux baptiste très dévot et une peinture d’une scène de la vie du Christ attira parti-
1 D** Dussart.
culièrement son îitleiitioii. Il semblait absorbé dans la conlemplatioii, mais tout à coup il chancela et tomba mort sur le parquet. On essaya de le ramènera la vie, mais vainement: on plaça le cadavre sur une civière et on le transporta dans une maison mortuaire; le mari de M^e X. fut prévenu par un télégramme et c’est elle-même
qui dut accompagner le corps. A son grand étonnement elle reconnut le bAtiment vu en rêve et le corps fut déposé précisément dans le sous-sol (ju*clle avait vu. Tout lui était familier dans la maison, ce (pii étonna beaucoup les personnes présentes.
M. Alfred V. Peters raconte : « J’ai eu plusieurs rêves propliélicpies. Étant enfant, j’habitais non loin de la Tamise (pii venait inonder ses rives aux marées du printemps.
Dans un rêve, Je me promenais le long d’un canal... : je ramassai un fragment cubicpie d’ardoise et au même instant un parent vint courir vers moi, me criant : « Uentre vite!
dis à ta mère que la marée monte ra{)i(lemtMit et (jue la maison va être envahie par l’eau », et une voix venant de l’espace dit : « Souviens-toi! » Peu après, tout arriva comme l’avait annoncé le rêve. Je marchais le long du canal; je ramassai un fragmeni d’ardoise, le parent ([ue j’avais vu en rêve courut vers moi, médisant les paroles (|ue j’avais entendues dans le même rêve, et la marée envahit notre maison,
« Une autre fois, je me trouvais encore, en
rêve, sur les bords du canal el je vis un convoi mortuaire, mais bien (|ue sentant qu’on inhumait un de mes parents, je ne pus m’approcher du convoi, retenu (|ue j’étais par je ne sais (|uoi. Ce rêve se réalisa exactement. L’iidiuination d’un oncle chéri eut lieu; les membres de ma famille suivirent le convoi, mais j’étais alors très malade et très faible, si faible (pie je ne pus m’approcher du convoi, et ainsi je ne pus prendre part à la cérémonie funèbre.
« J’ai en outre constaté (jue je i)uis quitter mon corps en plein jour, en restant simplement couché dans un état de passivité, cha([ue fois (|ue je désire me rendre dans un lieu déterminé. C’est ainsi que je suis allé visiter des personnes de ma connaissance en des lieux (jue je n’ai jamais vus autrement, et après coup je décrivais aux intéressés ce (pi’ils faisaient à un moment donné, et toujours tout fut reconnu exact... La distance n’est pas un obstacle, car je me suis rendu ainsi dans un hôpital du Labrador, où se trouvait l’un de mes amis, et une lettre vint conümier ce (juej’avais vu‘. »
Rêi^e réalisé, par G. F. Leighton {Progr, Thinker, i 3 aoùt). M. Leighton habitait Haverhill (Massachusetts) en i 885 , et deux de ses sœurs vivaient ensemble à Newtonville, tirés
* Avant d’admettre tous ces faits nous demanderions une enquête plus sévère et des iireuves plus sérieuses. È. Méhic.
(le Boston, Tune Tilloii, raulre S. l^ Leigliton. Cette dernière était malade depuis (|iiel(jues jours. Une nuit, M. Leighton rêva (exactement «à minuit selon son sentiment) (pi’il était occupé à creuser un conduit soutei rain, lorsrju'il entendit une voix lui dire : (( l^endant cjue vous travaillez la terre, nous sommes venus pour ravir (waft away) l’esprit de votre sœur bien-aimée », et cpiand il leva les yeux, il vit s'élever un épais vol de colombes blanches, dont les pattes étaient immaculées comme si elles u'avaient jamais louché terre. Le matin, à son lever, il dit à sa remme qu’il allait piendre le train pour Newtonville dans la crainte que sa sœur était morte. Il était déjà sorti de la maison quand il entendit comme une voix lui dire : « Uaconlez le rêve à votre léinme, ce sera une bonne preuve. Dites-lui (|ue votre sœur est morte à minuit précis. » Il revint et raconta tout à sa femme. Lors(|u'il arriva à Boston, il rencontra l’un de ses frères et une autre sœur (pii se rendaient égalemeni à Newtonville. En arrivant là, devant la maison où habitait S. P.
Leighton, ils virent la porte tendue de noir. Le frère de M. Leighton lui dit : « Notre sœur est morte! — Oui, répliqua-t-il, elle est morte exactement à minuit: les esprits sont venus me le dire. » contirme (pie
la mort avait eu lieu à minuit juste; (pickiues minutes auparavant elle avait adressé à Dieu cette prière : (( O Dieu, envoie tes bons esprits pour me soutenir et envoie tes bons anges
UOI
pour ravir (waft away) Tesprit de ma clière sœur. » Ce qu’il y a de particulier, c’est que la voix fjui parla à M. Leighton dans son rêve se servit du même mot (waft away) que M"!® Tiltou employa dans sa prière; or ni l'un ni l aütre n’avaient l’habitude de se servir de ce terme.
Nous trouvons dans la troisième classe les rêves qui se produisent en même temps et de la même manière chez plusieurs personnes, sans entente préalable.
Rêves simultanés identiques chez plusieurs personnes. — M. ^Yilh. Schweikert, de beldkirch, près de ÎNIunich, adresse la communication suivante au Zeitschrift für Spiritismus (i 3 juillet 1901) : « La femme d’un de nos amis rêvait récemment d’abricots. A son réveil, elle pensa aussitôt à son rêve. Sa lille, âgée de cinq ans, qui avait dormi Jusqu'à ce moment, vint dans le lit de sa mère, et ses premières paroles furent : « Maman, il y a ici une si bonne odeur d’abricots! » Je dois dire que l’enfant n’avait aucune raison plausible pour parler d’abricots...
Voici les rétlexions (jue fait suivre la rédaction du Zeitschrift: Nous ne saurions faire mieux, pour l’explication de ces sortes de faits et pour offrir à nos lecteurs le récit de faits analogues, que de laisser la parole à Du Prel. Le
spirilc (lirait que les abricots existaient Iranscendantaleinenl dans la chambre, ou que la mère et la lille s’étaient trouvées en corps asli^al sous un abricotier. Voici comment s’exprime Du Prel :
« Chose singulière, les cas de transmission de pensée s’observent le plus souvent pendant le sommeil du percipient ainsi (|ue de 1 agent. Ce phénomène est assez connu sous le nom de a double rêve ».
« Si deux personnes endornnes font en même temps le même rêve, avec complète concordance des détails, le phénomène ne peut avoir logiquement que deux sortes de causes. Ou bien les deux cerveaux sont ébranlés par une troisième cause commune ; ou bien la cause en réside dans l’un des deux cerveaux, dont les images se transmettent inconsciemment au cerveau de l’autre dormeu r.
« Le premier cas peut se présenter s’il se produit dans la rue un bruit (pie les deux dormeurs interprètent de la même manière.
Ainsi, d après Abercronibie. un homme et une femme révèrent, incités par un bruit, que les Français avaient débaiMpié à Kdiinbomg, événement alors universellement redoulé.
« Freiligrath donne un exemple de l'autre cas : Avant la révolution de lévrier, dit-il, je songeais sérieusement à passer dans l’Améri(pie du Noi'd. Vers celle épocpie, ma remme lut un Jour, je ne sais liop dans (picl livre, au
— ‘jo3 —
sujet fie la dame blanche du château royal de Berlin, que souvent on la voyait à l’état de fantôme balayant une chaml)re. Elle se rappela (|ue Je lui avais [)arlé une fois, jadis, de ra[îparitioii analogue d’une dame blanche dans le château de Detmold, et elle résolut de me demander, à mon retour du comptoir, si cette dame blanche avait également été vue parl’ois balayant une chambre. Le soir, j’apportai des lettres importantes d’Ainéricpie; on parla activement du projet d’émigralion et la question concernant le fantôme fut oubliée. La nuit, je me tournai et me relournai avec agitation dans le lit, et |)ar là réveillai ma femme. Elle me demanda si j’élais malade. — Non, lui répondis-je, mais je suis poursuivi d’un rêve singulier. Des (pie je me rendors, je vois la daine blanche balayer les appartements du château de Detmold, et cependant je n’ai jamais entendu dire (ju elle SC monh'C en balayeuse. — Ma femme me raconta alors que la (|uestion ([u’elle voulait m’adr(‘sscr lui était revenue à l’esprit dans le sommeil...
« Schubert ()arle d’un psychologue (|ui, à l’épcxpic où il était majorfhune dans la maison d’un fermier, eut exactement le même rêve (pie le fils ainé de celui-ci venu en visite. IMirville menlionne un homme célèbre (jui eut toujours des rêves identi(pies avec ceux de sa l’einme. Si, par exemple, il rêvait d’un ami décédé, sa femme le voyait en même tcm[)S en rêve, dans le même lieu, sous le
même costume, elc. Le professeur Nasse raconte qu’une mère rêvait qu’elle était attablée avec ses enfants, avec l’intention de les empoisonner avec des liquides. Elle leur demanda successivement lequel d’entre eux était disposé à en boire: quelques-uns acceptaient, d’autres voulaient encore vivre. Lorsqu’elle sortit de ce rêve terrible, elle enlcudit gémir son (ils, âgé de onze ans, et apprit, en le (pieslionnant, (pie son rêve lui avait été transmis. Fabius raconte ce (pii suit : Une femme de La Haye avait l'habitude d’inscrire cluupie jour les petits événements familiers pour en faire part «à sa (illcqui vivait dans les Indes occidentales. Celle-ci faisait de même. Un jour, la mère rêva que le navire, ampiel sa tille avait confié son avoir, à répo([ue où elle préparait son retour dans la patrie, avait fait naufrage et péri corps et biens, lüle écrivit ce rêve à sa fille, mais cette lettre croisa une autre de celle-ci qui avait eu exactement le même rêve et le racontait à sa mère. Scliopenhauer a donné des exemples analogues.
(( On peut admettre, de prime abord, (jue cette transmission inconsciente de rêves se fait encore plus facilement dans le sommeil somnambulique, parce (pie le percipient dort plus profondément et se trouve en rapport avec l’agent, le magnétiseur. Le I)^ Werner soignait une somnambule, et il arriva souvent, à cette époque, (|ue tous deux eussent simultanément les mêmes rêves. Bende Bendsen tenta la transmission directe. Il plaça son
front contre celui de sa somnambule el pensa à une personne déterminée. La somnambule non seulement décrivit cette personne, mais encore fit le diagnostic de la maladie dont elle soullrait, une hémoptysie pour laquelle elle indi(|ua un remède qui fut employé avec succès. Voici un nouvel exemple de transmission inconsciente : le D** Werner rapporte de la somnambule Selma : Elle réva ([u’elle allait avec sa sœur dans un comptoir d’huile pour acheter de l’huile de lin pour sa i)oitrine malade. La sœur fit le même rêve, avec ce détail en plus qu’en route elles rencontrèrent un épagneul blanc à yeux rouges.
« La transmission de rêves ne concerne pas seulement les images normales du cerveau, mais encore celles qui ressortissent à la psychologie transcendantale. Ainsi, par exemple, comme on le sait, les représentations de la seconde vue peuvent, par contact, être transmises à d’autres personnes. Kerner parle d’un nourrisson qui, pendant toute la durée de rallaitemenl, eut part aux visions de sa mère et cherchait à les atteindre avec ses mains. Après le sevrage, ce rapport cessa d’exister. Growe raconte (jue la mère et la fille, dormant dans le même lit, rêvèrent que le gendre, qui habitait l’Irlande, avait envoyé un message à la mère, mais que celle-ci Lavait trouvé mourant. Cette même nuit, le gendre mourut. Justi rapporte que sa femme et lui eurent la même nuit le même rêve symbolique relatif à la mort de leur garçon de neuf
ans. Trois join s apri'S, reiifant inourul. Chez la voyante (le ihanorsl, il arriva (|ue les visions fanlciinales qn’elle avait, apparaissaient en laîve aux personiu's (|ui dorniaient dans la nuiine chambre qu’elle. Une Ibis, sa gardemalade eut la vision du pi're de la voyante ; celle-ci dormait paisiblement, mais raconta le lendemain ([u’elle avait r(>v(‘ de son père. Le frère et la s(Bur de la voyante, ([ui habitaient loin d’elle, eurent la meme nuit le même rêve.
a ()ue des visions mystiques de ce genre puissent se transmettre, il n’y a pas à s’eu étonner, car bien {\\w leur source soit dillérente, elles sont cependant identi(|ues aux normales au point de vue du processus cérébral. »
On rangera dans cette dernière classe les rêves (pii n’ont pas la même importance, et que l’on |)()urrait ex[)li(pier dans bien des cas par une coïncidence fortuite, comme il s’en produit souvent dans la vie.
Xouscitons la Revue des scie nces psychiques, du mois de novembre i()Oi.
Or. lisez, par cxem[)le, le cas suivant, publié dernièrement par M. C. Flammarion :
« Fn j’avais alors dix-sept ans, j’étais
employé chez un oncle établi épicier, 3 i, rnè Saint-Uoch. Un matin, et après lui avoir sou-
liailc le bonjour, encore sous l’impression d’un rêve <ju’il avait eu dans la nuit, il me raconta que dans ce rêve il était sur le pas de sa porte, lorsque ses regards se portant dans ladireclion de la rueNeuve-des-Petits-Cliamps, il en voit déboucher un omnibus de ville de la Compagnie des chemins de Ter du^Nord, qui s'arrête devant la |)orle de son magasin. Sa mère en descend, et l’omnibus continue sa route, emportant une autre dame qui était dans la voiture avec ma grand’mère, latpielle dame, vêtue de noir, tenait un panier sur ses genoux.
<( Tous les deux, nous nous amusions de ce rêve si peu en rapport avec la réalité, car jamais ma grand’mêre ne s’était aventurée à venir de la gare du Nord jusqu’à la rue Saint- Roch. Habitant près de Beauvais, lorscpi elle voulait venir passer (pielque temps chez ses enfants, à Paris, elle écrivait de préférence à mon oncle qui était celui (pi’elle aHeclionnait le plus, et il allait la chercher à la gare, d’où il la ramenait en fiacre, invariablement.
a Or, ce jour-là, dans l’après-midi, comme mon oncle regardait les passants sur le pas de sa porte, ses yeux se portant machinalement vers le coin de la rueNeuve-des-Peti ts-Champs, il voit tourner un omnibus du Chemin de fer du Nord qui vient s’arrêter devant son magasin.
« Dans cet omnibus il y avait deux dames, dont l’une était ma grand’mère qui en descend, et la voiture continue sa route emportant
— iluK —
l’autre dame (elle qu’il l'avait vue en rêve, c’est-à-dire vêtue de noir et tenant son panier sur ses genoux.
« Jugez de la stupéfaction générale! Ma grand’mère croyant nous faire une surprise, et mon oncle lui racontant son rêve!
« Paul Leroux. »
« Le Xeubourg (Eure).
<( Supposons, ajoute le narrateur, (pie l’épicier de la rue Saint-Roch n’ait pas communi(iué son rêve à son neveu. Qu’est-ce cpi’il en serait advenu? En assistant ensuite à la scène de l’omnibus, au coin de la rue Neuvedes-Petits-Cliamps, et aussitôt saisi par le sentiment du « (Jéjà vu», il aurait raconté à sa grand’mère, à son neveu et à qui voulait l’entendre, le rêve qu’il avait fait la nuit précédente. La grand’mère, le neveu et les autres y auraient peut-être cru; mais M. Bernard Leroy se serait écrié avec un peu de jirécipitation juvénile :
i< — En voilà un autre (jui est du^ie d’une illusion lui faisant croire (pie c’est dans un rêve (ju’a eu lieu la première perception!
« Et bien, pas du tout : l’oncle de M. Paul Leroux avait heureusement parlé de son rêve açant (pie la scène rêvée se reproduisit dans la vie réelle; donc il s’agissait réellement d’uii rêve prémonitoire; donc M. B. Leroy sc trompe en supposant que le souvenir d'avoir rêvé la scène qui donne lieu au sentiment du
« déjà m » ne soit toujours qiiiine illusion, une erreur de la mémoire. — Et c’était M. Bozzano (jiii avait vu juste, tout simplement parce (pi’il n’était pas retenu par la timide préoccupation de ramener tout l’ait inexpli- (jué aux limites des lois psychologiques acceptées actuellement par la science ollicielle — préoccupation dont parlait dernièrement le l)rofesseur Vailati, et qui est le plus grave obstacle à toute nouvelle conquête de la science.
(( L’oncle de M. Paul Leroux se souvenait parfaitement du rêve fait ([uehiues heures auparavant, il avait à côté de lui un homme qui le connaissait à son tour — par consé- (jnent il n’a pas été saisi par le trouble mystérieux* (jui accompagne nécessairement le sentiment du « déjà vu », lorsque le percipienl ne parvient pas à se rendre compte de l’origine du sentiment en (juestion.
« Si quel([ues semaines, ou quelques mois, s’étaient passés avant la réalisation du rêve, de façon à ce que le souvenir de celui-ci se soit eifacé de la mémoire consciente de l’épicier et de son neveu, alors nos deux bonshommes se seraient évertués — peut-être en vain — pour comprendre comment la scène de l’omnibus ne leur était pas chose nouvelle.
« Cette observation sulïit à nous expliquer pour(}uoi ne sont pas plus nombreux les cas servant à prouver (jue la paramnésie tire parfois son origine d’un rêve prémonitoire. Ou
T. r IX
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vous vous souvenez |>arlaileineul du rêve et vous vous en ôles même entretenu avec (|uel- (lu’un (le vos familiers — et alors il s’agit sans contredit, non pas d’une paramncsie, mais d’un rêve prémonitoire: ou bien le rêve n’a laissé aucune Irace, ou seulement une trace Ibrl vague, dans votre mémoire consciente^ et alors le lien (|ui raltaclie le senliment du <( déjà vu » au rêve n’est plus évident, et il est permis à le Leroy et aux autres de le contester.
« Mais si les rêves prémonitoires exisicnt — et il y en a des centaines d’exemples bien documentés — ils doivent nécessalrementy fatalement donner lieu à des cas de paramnésie, lors(|ue ces rêves n’ont pas laissé de trace bien claire dans la subconseience du percipient.
« On pourra contester la réalité des rêves prémonitoires, en contestant rexactitude de Inobservation des laits; mais si on les admet, l’on ne pourra pas en nier laconsé(|uence ([ui en découle, parce qu’elle est de toute évidence »
Tous ces rêves, si divers en apparence, se produisent pendant le sommeil naturel, et c’est à dessein ([ue nous avons écarté les rêves du sommeil provoqué par des moyens artiliciels.
* Revue des sciences psychiques. Novembre 1901.
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