CHAPITRE VUI
LE ROLE DE l’iMAGE
L’expcrieiicc semble confirmer ce que nous avons dit sur le rôle de Vimage dans l’aclion de l’esprit sur le corps. Rien n’est plus intéressant ([lie l’étude de ce rôle de la représentation, et de son retentissement profond dans l’organisme humain.
Dans une des dernières séances de la Société d^hypnologie et depsj^chologie, tenue sous la présidence du D^’Hérillon, nous avons entendu cette communication :
« Le lo juin j’essaie de provoquer chez ma convalescente la sensation d’une brûlure.
A l’un de ses doigts, Barbe S... garde la cicatrice d’une brûlure qu’elle s’est faite au charbon, il y a six mois; à celte époque la brûlure avait produit une ampoule. — Avant celte expérience, en 1900 , j’ai essayé, mais sans succès, de produire chez le paysan J. K... une rougeur sur la peau en suggérant (^ue j’ai
api)li([ué un sinapisme. Mais je n’ol)liens pas de ronj>:enr, et même je remarcpie cpie ce paysan irépronve <pi’à nu degré Irès léger celte sensation de chaleur et cette irrilalion de la peau (jni sont nn eiret de la brûlure.
« L’idée me vient alors (pie cet homme dn peuple ne s’est jamais, [lent-étre, applicpié de sinapisme et (jue, par conséciuent, son cerveau est incapable de reproduire Vinui^'e qii éveille Vapplication de ce remède et la sensation qn il donne. C’est ainsi ([uc le (ilionogramme dn grammoplione ne peut re|)rodnire d’antres sons cpic ceux ([u’on y a enregistrés.
« Peut-être même ce [laysan russe se représente-t-il, dans son cerveau, nue antre sensation (pii lui est plus lainiliêre, celle, [lar exem[)lc, (ine produit une i'riction avec de resi)rit-de-vin onde l’essence de lérébeiUhine (jui sont d’un usage si répandu dans la médecine |)opnlaire.
(( Ma supposition se trouve confirmée; en elTet, il ne s’est jamais ai)i)li(pié de sinapisme. Quand, plus lard, il a eu l’occasion de se servir de ce remède, l’hypnose réussit à |)rovo(jucr aussit(jl chez lui et la sensalion (fiine brCilurc et la rougeur nécessaire à l’endroit où il croyait avoir un siuaiiisme.
(( Eu octobre 1900, à la Société des naliiralisles de Saratow, où je faisais mon ra|)port, j’ai présenté cet homme et j’ai formulé I hypothèse (pie si l’on réussit assez rarement à provoquer les résultats voulus de la brûlure
imaginaire, c’est que le sujet ne possèfle pas limage de la réaction que Von veut produire en lui.
(( Sans doute, il arrive à tout le monde des brûlures, même suivies de vésicules, mais, selon des manières diü'érentes : Tun se brûle avec de la cire à cacheter, l’autre avec de l’eau bouillante, un troisième avec un verre de lampe; ils ne sont pas en état de reproduire la réaction de la brûlure par le fer rouge.
<( En outre, le sujet qu’on endort doit pouvoir être plongé dans le somnambulisme.
Ainsi, dans le cas cité, je puis espérer que Barbe S... recevra la suggestion d’une ampoule par brûlure imaginaire. En ellet, malgré la rareté relative de ce phénomène, ma supposition se réalisa. »
Le docteur endort profondément la jeune tille, il lui applique au côté dorsal de l’avantbras gauche, à quehjues centimètres de l’articulation du carpe, une pièce d’argent, de quinze millimètres et demi. Il appuie légèreinentla pièce sur la peau en disant à l’hypnotisée : (( Demain malin, vous aurez une ampoule à cet endroit, ainsi que vous lavez e(ie après votre brûlure au charbon, car je viens de vous appliquer sur la peau un cercle de fer incandescent. Ne ci^aignez rien, la brûlure est déjà faite. Ce sera, peut-être, un peu douloureux, mais vous dormirez d’un bon sommeil, la nuit; demain matin vous aurez une ampoule. »
Une rougeur se produit aussitôt à Tendroit où le docteur vient d’appli(iuer la pièce, et persiste. A son réveil il lui semble qu’un abcès est en train de se Ibriner sur son bras, près du [)oignet, et elle fait voir sa peau rougie. Le lendemain matin, elle aperçoit trois petites vésicules sur son bras. A dix heures du matin, on voit, au milieu de la rougeur de forme ronde, deux vésicules qui se rejoignent, remplies d’une sérosité transparente, coiniue dans les brûlures au second degré.
Il est plus facile de constater la réalité du phénomène, si merveilleux (pi’il paraisse, que d*en découvrir le mécanisme ou le processus.
L’hypnotiseur a mis son sujet dans un état où il ne peut plus se défendre; il a surexcité son imagination et l’a placé en face d'une représentation très vive d’une brûlure au second degré; l’image cérébrale a déterminé un trouble profond dans les vaso-moteurs, elle a provoqué la formation et l’apparition de la rougeur, des vésicules et de la sérosité.
Dans ce cas, c’est l’hypnotiseur qui s’empare de l’imagination du malade endormi, c’est lui ({ui surexcite l’imagination jusqu’il l’hyperesthésie; c’est lui qui fait apparaître l’image devenue souveraine, et c’est l’image (jui, par un processus, encore inconnu, produit le phénomène constaté.
Ce n’est pas une action (pie rhy[)notiseur vient de provoejuer, ce n’est pas une action intelligente et libre, c’est simplement un mou-
venient qui, parti de l’image cérébrale, aboulit au pliéiiomène de la vésication.
Cette image existait anlérieurement, à Tétât de souvenir, dans Vinconscient du sujet malade et endormi; l’hypnotiseur ne l’ignorait pas; il a fait sortir cette image des limbes de la mémoire inconsciente, il l’a dégagée, il Ta fait apparaître au premier plan, dans un puissant relief; il a écarté les autres images et les autres souvenirs, et il a obtenu Telfet voulu.
11 n’est pas toujours nécessaire d’endormir un sujet pour obtenir des eifets physiques et psychiciues très étendus. A Tétat de veille et par la suggestion on arrive au même résultat. L’elficacité de la suggestion sur un sujet (lui reste en possession de ses facultés dépendra de l’autorité, ou du prestige du médecin, de la faiblesse et de l’impressionnabilité du sujet malade.
Le médecin se présente avec le prestige de ses connaissances médicales, d’iine longue pratique, d’une réputation méritée. Il parle avec autorité et conviction. Il domine son sujet par un ensemble de facultés et de ressources (jui assurent à sa parole une efficacité certaine. Il assure à son malade que* ces pilules de mie de pain, ce verre d'eau, ce bleu de méthylène contiennent un remède énergique, dangereux, dont il faut user avec la
T. I. lO-
plus grande prudence et qui produira la guérison. Il dit cela avec lermelé, en regardant iixement son malade, il pratique ainsi la suggestion à l’état de veille, sans interrompre dans son sujet l’usage de la raison et de la volonté.
Si le sujet est une nature faible, il subira facilement l’ascendant autoritaire de son médecin ; il sera persuadé de l’ellicacité redoutable de ce médicament inolfensif, il le prendra avec crainte et précaution; il continuera de voir dans son imagination échaulfée celle pilule de mie de pain à laquelle sa guérison semble attachée; il la suivra dans son action bienfaisante à travers l’organisme, il aidera ainsi puissamment la force vitale ou nerveuse à repousser lesobstacles, ctà rétablir l’harmonie dans les fonctions de tout son être, et tant (pie l’image restera dans son esprit, jusqu’à ce quelle disparaisse dans l’inconscience des souvenirs, elle contribuera.à réaliser le pronostic du médecin et le désir du malade suggestionné.
Nous ne sommes plus ici en présence d’un mouvement automatique succédant à l’abolition de rintelligence et de la volonté. Le malade conserve ses facultés; il comprend la pensée de son médecin, il y croit, il arrive à la conviction absolue. S’il n’était pas convaincu, les conseils, les ordres, les pronostics, tous les éléments de la suggestion médicale à l’état de veille resteraient sans effet. Il est donc convaincu, et il tient à la disposition
de sa conviclion tontes les ressources de riinaginatiqn et de la volonté.
Dans certains cas la puissance de la suggestion à l’étatde veille s’étend aussi loin (jue la puissance même de l’àine sur le corps, où elle peut produire des effets profonds.
<( Notre volonté s’exerce de deux maniérés sur les muscles volonlaires (à libres striées); nous pouvons leur commander de faire un mouvement, ou nous [louvons arrêter un mouvement commencé. Les musclesdes membres, du cou, de la face, une grande partie des muscles du tronc sont des muscles à action volontaire. L’esprit(l’arne) possède sur eux un pouvoir moteur et un pouvoir d’arrêt.
<( Les muscles respiratoires qui fonctionnent en dehors de notre volonté, lui sont pourtant soumis, au moins momentanément, puisque nous pouvons, à volonté, accélérer^ diminuer ou arrêter les mouvements de notre respiration. »
L’âme agit aussi indirectement sur nos oiganes : « Nous avons vu ce que les émotions étaientcapables de produire sur les sécrétions, sur les muscles lisses de rœsophage, de l’estomac, de l’intestin, etc. ; il nous est possible de provo(juer volontairement ces états émotioniielsetd’agirpar euxsur lesdivers organes. Il suffît à certaines personnes de penser à un aliment qui leur déplaît pouravoir des nausées etmême des vomissements. La pensée (disons l’image) d’un bon re[)as fait sécréter la salive, fait venir l’eau à la bouche.
a La représentation mentale volontaire (Luii spectacle émotionnant peut occasionner une accélération des battements du cœur. Ainsi la volonté produit des effets surprenants dans le domaine des mouvements volontaires et dans celui des actes dits involontaires ^ »
G’estsur cettepuissancederimagination (jue le médecin exerce refïicacité de la suggestion avec le concours volontaire, intelligent, conscient du sujet (pii s’est soumis à son traitement, et par l’image, il agit sur l’organe dont il veut modifier la fonction.
Kst-ce à dire, comme on l’a prétendu, (jue toute idée, ou toute image est un commencement d’action, (lu’elle se réalise, en entraînant notre volonté? Non, la puissance de l’imagination ne va pas jusque-là. L’apparition de l’image peut, sans doute, exercer sur nous tantiU une attraction et une sympathie, tant(it une répulsion et une antipathie, mais nous conservons toujours, dans nos actes réfléchis, la faculté de céder ou de résistera cet attrait ou à cette répulsion C’est une des formes de la lutte entre le plaisir et le devoir.
Quand une Sœur se trouve, par exemple, en [irésence d’un lépreux ou d’un cancéreux, toute la partie sensible de son être se révolte, et cette image produirait en elle un sentiment de répulsion et d’horreur. Mais les pensées surnaturelles de la foi fortifient et soulèvent
* Isolement et psychothérapie, p. l'ig.
son àme, elle domine l’impression de la nature, elle résiste à la répulsion, elle baisera avec amour la plaie repoussante du cancéreux.
L’image provocjue donc une impression, mais elle ne provo(pie pas nécessairement une action, car nous pouvons résister à l’impression comme nous résistons à la tentation.
Nous pouvons entin produire en noiismême, dans notre corps et dans notre àme, dans notre organisme et dans nos facultés spirituelles, les effets que le médecin produit sur le sujet de ses expériences, dans sa maison de santé. Ecartons l’hypnose, la suggestion et l’auto-suggestion ; le sujet reste complètement éveillé et en pleine possession de ses facultés.
Le sujet malade pense, avec une grande attention, à la guérison de sa maladie; il se persuade (jii’il peut et qu’il doit guérir ; il considère les raisons qui vont engendrer dans son esprit la conviction, il cherche et il emploie les moyens par lesquels il obtiendra l’effet voulu, il se fait dans son imagination une représentation qui a sa répercussion sur l’organe malade, et qui produit, enfin, la réaction salutaire de la guérison.
La persuasion remplace dont ici la suggestion : elle laisse toutes nos facultés dans leur
inléprilé. Elle est pro[)orlionnelle à l’aulorité de rexpérimeiitalcnr et à la crédulité du sujet, elle est une application de la loi générale (|ui soumet les esprits faibles aux esprits forts, je devrais dire les hommes faibles aux hommes forts.
Mais nous sommes à la fois le sujet et l’objet quand nous cherclions à produire en nousmcme, parnotre volonté, leseffetssalutaires de lai)ersuasion. « Jesuiscertain,écritJohnlliinter, de pouvoir tixer raltention sur une partie quelconque de mon corps jusqu’à ce que j’y éprouve une sensation *. »
(^esl la même pensée (|ue Broussais exprimait ainsi : « Lorscpie l’intelligence s’occupe des idées relatives aux besoins d’un viscère ou aux fonctions d’un sens, les nerfs de ce viscère ou de ce sens sont toujours en action et font parvenir des sensations au centre de relation ^ »
Le processus de la persuasion diifère donc de la suggestion par des points essentiels :
ce n’est pas seulement parce (pie le sujet reste éveillé et maitre de sa pensée et de sa volonté, c’est parce que cette pensée et cette volonté concourent au même résultat (pie la persuasion conserve un caractère tranché qui la sépare de la suggestion.
« L’individu qui est persuadé d’une chose fausse est arrivé à cette persuasion parce (ju’il a insuffisamment employé ses fonctions phy-
* Nack-Tecke^ p. 8.
2 Hevue de Médecine, juillet 1900.
sicjaes supérieures, ou parce (jiie celles-ci étaient insulTîsaiites, ou bien encore parce qu’il a laissé dominer rélément émotif.
(( Dans la suggestion, au contraire, ses fonctions psychi(iues supérieures ne sont pas du tout entrées en action. En résume, la persuasion est l’ensemble des opérations (jui font accepter, après contrôle, une idée par le cerveau et pro\o([uent vis-à-vis d’elle un sentiment naissant-
« La suggestion souvent répétée détermine une aptitude plus grande à être suggestionné, augmente la suggestibilité, et par conséquent diminue l’exercice du sens criti(iue et de la volonté. La persuasion souvent ré[)ctée, tout au moins par le même individu, augmente aussi dans le sujet l’aptitude à être persuadé. Mais cette a[)titude plus grande contient à sa base un contrôle, le sujet se laisse plus facilement persuader parce (ju’il a remarejué qu’on ne le trompait pas : cette plus grande facilité à être persuadé, c’est la conüance.
« Il y a la même dilfércnce entre la suggestibilité et la conliance comme etfets, ((u’entre la suggestion et la persuasion comme causes.
« Tandis ([ue l’individu suggestionné peut recevoir indéüniment des suggestions fausses ou mauvaises, celui que Ton persuade réagira si on le trompe, il entrera en méüance et cette réaction dépendra du développement de son sens critique.
« Les etfets de la persuasion sont plus
importants et plus nombreux que ceux de la sugg^estiou : « Ce n’esl [)as en niant sa maladie, écrit le I)^ Féré, cjne Ton peut guérir le scrupuleux ou raboulicjue, mais en lui démontrant qu’il peut guérir et qu’il peut aider à la guérison. Et il faut ajouter que même dans l’hystérie le plus souvent les eifets de la suggestion ne sont que temporaires et n’ont pas pour résultat la guérison durable, si un traitement général ne vient pas modifier l’état somalicjue »
(( (pliant à l’étendue respective de la suggestion et de la persuasion, cette dernière a un domaine imcomparablement plus grand. La suggestion détermine des mouvements, des phénomènes limités, faitdisparaitredes syin[)tômes morbides, elle est incapable de faire accomplir au sujet des actes dans toute la force du terme, des actions dans lesciuelles entrent en jeu son être physique et son être moral complet; elle ne peut réglementer une vie, former un caractère.
« C’est que la direction de la vie et le caractère dépendent du sens critique, de la volonté, que, par définition, la suggestion anniliile. La persuasion, au contraire, en s’adressant aux fonctions physiques supérie^ires, possède une action à laquelle ne peut prétendre la suggestion *. »
Nous voyons ainsi clairement les rapports
‘ D'* Fis HÉ, Pathologie des émotions, p. 548.
^ Camus et Fagniez, Isolement et psychothéraidej p.175.
— iHï —
et les dilTérences de la persuasion et de la suggestion. Dans la persuasion, riiomme conserve sa raison et sa volonté ; il en tait usage et il examine la valeur morale, Tautorité scientifique, la probilé, la sincérité de celui qui lui en parle; il ne peut pas, dans tous les cas, examiner et discuter ses prescri[)tions et ses afiirmations, mais il sait (jue le médecin mérite sa confiance et qu’il doit l’écoute r.
L’étendue de la persuasion n’est pas illimilée, comme on l’a prétendu, elle est limitée par la compétence de celui qui en tait usage, et [)ar sa spécialité. Selon la diversité des cas. Je me laisserai persuader par un médecin, par un jurisconsulte, par un ingénieur, mais je ne croirai pas sa parole, et sur toute matière, celui qui chcrclie à m’imposer sa pensée, ou sa manière de voir : avant tout. Je demande (}u’il soit honnête et compétent.
La persuasion tient un grand rôle dans la vie sociale, où nous la retrouvons à tout instant. L’orateur politique, à la tribune, le prédicateur dans la chaire, le professeur dans sa classe, tout homme qui parle et enseigne cherche à faire pénétrer sa pensée dans le cerveau de ses auditeurs et à les persuader.
Le médecin ne fait pas autre chose quand il atlirme doucement et avec autorité à son malade qu’il doit guérir.
La suggestion hypnotique est différente; elle confisque ou suspend la volonté et la raison; elle met le sujet dans l’impossibilité
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de se défendre, elle détermine des mouvements automatiques, insconscients, elle détruit la responsabilité; elle substitue une volonté étrangère à notre volonté; elle affaiblit les ressorts de la volonté en brisant riiarmonie et ré([uilibre de nos facultés; elle ne provoque pas un développement, elle produit un recul dans notre existence morale; elle est en opposition avec les lois de la personnalité; elle laisse le sujet dans l’impossibilité de réllécliir, de délibérer et de conserver la maîtrise de ses facultés.
Il n’est pas permis de comparer le disciple ou l’auditeur qui se laisse persuader par son maître, le malade (pii écoute docilement son médecin, au sujet (pii se laisse hypnotiser et suggestionner, et (pii obéira, ensuite, fatalement, sans le savoir, à l’ordre (ju’il a reçu.
Mais nous pouvons, dans bien des cas, nous persuader nous*mème, sans le secours d’une parole extérieure, et obtenir ainsi des résultats sérieux, dans l’ordre moral et dans l’ordre matériel. S’il s’agit d’une guérison à obtenir, l’attention, des lectures clioisies, la considération des motifs favorables, certains exemples dont nous avons conservé le souvenir, et, principalement, une volonté forte seront des moyens plus efficaces et moins dangereux que la suggestion.
Si nous cherchons une amélioration morale, la délivrance d'une obsession, la victoire sur une tentation, la fin d’une habitude mauvaise, la guérison d’un défaut, nous pourrons recou-
rir aux moyens déjà cités, altenlion, réflexion, lectures et considérations morales, et avant tout, cet appel à Dieu, cofistant, intense et profond, appel (pii fait descendre en nous les énergies divines (pii guérissent les âmes, dans le mystère bienfaisant d’une intervention dont nous connaîtrons, un jour, Téconomie.
Dans ces états si divers que nous venons de considérer, nous avons toujours rencontré l’image, c’est-à-dire une représentation (jui exerce sur nous une influence considérable.
Dans l’hypnose, dans la suggestion à l’état de veille, dans la persuasion, nous sommes toujours en présence d’une image, tantôt réglée et contrôlée, tantcH indé|)endante et souveraine. Il arrive souvent que nous contribuons nous-mème, par l’attention, à donner à l’image une force décisive, au point de vue de l’effet à produire. Une image involontaire se présente à mon esprit, image impressiounanle (jui me cause un trouble profond. Je peux, après avoir subi ce premier choc im|)révu, l’écarter par un petit effort, par une légère distraction, et elle descendra en moi, impuissante, oublfée dans les ténèbres de l’inconscient. Accident éphémère dont il me reste à peine un'souvenir.
Mais, si, par l’attention répétée, soutenue, je tiens mon âme en présence de cette image,
si j’en évoque fréquemment le souvenir, si je m’habitue à l’impression qu’elle a causée et que je ressuscite, l’image finira par s’imposer à moi, ce sera une véritable obsession, (|ui clilfère, d’ailleurs, essenliellemement de l’hallucination.
Mais, de meme que cette image réveille l’impression, ou la sensation première (pi'elle a fait naître, une autre image (jiie j’aurai fait naître volontairement pour obtenir une amélioration physi(iue dans ma santé, un soulagement, une guérison, restera accompagnée de l’impression première qui doit me soulager ou me guérir.
L’attention fortifie l'image et concourt à son ellicacilé. Mais l’attention elle-mùme est soumise à la volonté : La force de l’attention est proportionnelle à la force de la volonté. Il faut vouloir fortement, (juand on veut être maître de son attention, de son imagination et de son être tout entier. La volonté agit [lar l’image, et l’image lui reste soumise et lui emprunte sa valeur.
C’est en parlant de l’image que le professeur Dubois, de Berne, disait’ : « Toute représentation mentale est un acte commencé, elle est aussi une sensation à l’état naissant... Il suffit chez le chien d’une représentation mentale pour provoejuer la. sécrétion. Cette intervention de l'idée ne doit-elle pas être plus puissante encore chez l’homme dont la
^ D'' Duüois, Reçue de Méd.y juillet 1900.
vie psychique est bien autrement riche et compliquée? »
L’auteurconfond la représentation mentale, c’est-à-dire l’image, avec l’idée. L’image ditfère de l’idée; ne les confondons pas. Il se trompe aussi, quand il croit voir un acle commencé dans la représentation mentale, il y a des dilTérences radicales entre le moiivement automatique et Vacte commencé ; mais il a bien vu l’importance de l’image et de son aclion.
Si je voulais donner une conclusion prati<|ue à cette longue étude sur l’imagination, Je rappellerais la nécessité de former et de fortitier cette pièce maîtresse, i\u\ est en nous la volonté, üieu lui a soumis pendant la vie, avec les périls de la responsabilité, les autres facultés, et en particulier notre imagination. Il lui soumet aussi, dans une mesure (ju’il n’est pas possible de déterminer, les organes de notre corps, la santé et la maladie. Respectons notre volonté, apprenons à nous en servir; ne la livrons jamais à un étranger.