LES UÈVES PRÉMONITOIRES ET I.ES SYSTEMES
Selon les spirites, le corps astral, sans cesser d’èlre uni à notre âme et à notre corps matériel, sortirait de nous, pendant le sommeil : vagabond et plus fort que toutes les barrières, il nous apprendrait, au retour, ce qu’il aurait vu dans ses courses à travers l’espace, il se rendrait visible à nos parents et à nos amis dans les lueurs crépusculaires du songe, il nous ferait connaître les dangers qui nous menacent, les catastrophes qui vont se produire, les événements heureux ou malheureux qui vont s’accomplir, et nos prédictions à l’état de veille ne seraient quehjuefois que la manifestation de ces connaissances nocturnes qui sommeillaient en nous, dans l’inconscience, c’est-à-dire dans les profondeurs de notre mémoire.
Qu’il se dégage de nos nerfs et de notre corps un fluide mal défini, peu connu: que ce fluide produise des actions physiques,
chimiques, physiologiques dont l’étude offre le plus grand intérêt: que ces actions donnent lieu à des phénomènes de l’ordre psychologique où l’àme se trouve intéressée; que l’étude approfondie de ces phénomènes puisse enfanter, un jour, des découvertes très importantes, voilà ce que je crois fermement, ce que j’ai constaté moi-même, ce que j’ai toujours enseigné.
Mais, que nous possédions un corps astral, fait à notre ressemblance, placé entre notre aine et notre corps; que nous ayons la faculté d’envoyer ce corps à travers l’espace, rendre visite à nos amis; qu’il se rende sensible, qu’il parle, qu’il manifeste sa présence, à la manière des êtres vivants, voilà ce que je refuse absolument de croire, parce que cette liypothèse romanesque ne repose sur rien, et n’explique rien.
Si, en réali(é, nous avions deux corps sous nos ordres, l’un matériel, visible, enfermé dans l’espace, et l’autre immatériel, astral, impalpable, nous devrions en avoir conscience, nous devrions le savoir et en constater la réalité quand nous réfléchissons sur nous-mêmes, quand nous faisons l’analyse et la description expérimentale de nos facultés. Or, c’est en vain que vous faites consciencieusement cette observation intérieure, cette analyse impartiale, vous ne découvrez Jamais en vous ce corps astral, et cette faculté de voyager avec lui, à travers l’espace, jus- <iu'à l’infini.
Et, cependant, si, dutant le sommeil, quand noire personnalité est diminuée, quand la liberté et la responsabilité se li'ouvent instantanément sus|)endues, si nous avons le pouvoir de visiter nos amis, de leur apparaître et de leur i>arler par l’astial, nous devrions avoir ce pouvoir, à plus forte raison, à Tétât de veille, en pleine possession de toutes nos facultés.
Essayez de vous servir de Tastral, à Tétât de veille, pour acquérir des connaissances, pour apparaître ati loin à vos amis, pour connaître et pour prédire Tavenir : vous verrez, alors, ce que vaut ce roman de philosophie.
Il faut donc chercher une autre explicalioiu M. Paul Baudry croit que pendant le sommeil Tàme quitte le corps et s’en va dans son milieu propre qui, selon toute probabilité, est composé de substance excessivement ténue et vibrante située bien au delà de Téther, et dont nos sens physitjues trop grossiers ne peuvent recevoir la vibration
11 y aurait donc plus haut que cet univers physi(pie, plus haut que Téther une région nouvelle où toutes les substances, extrêmement raréfiées qui Thabitent, se rapprocheraient de Tàme par une ressemblance de
* La Fronde y a 4 mars 1901.
nainre, et n’exerceraient aucune action sur nos sens trop grossiers. L’àme se trouverait là, à ces liaiiteurs, dans son vrai milieu ; elle doit aspirer à s’y trouver et à y demeurer.
Si l’âme n’a pas développé, à l’état de veille, les sens et les facultés dont elle a besoin pour vivre, agir, se développer dans celte haute région, cju’arrive-t-il? Malgré la ressemblance de nature, elle se trouve, aussitôt (ju’elle entre dans cette sphère, comme l’enfant dont les facultés ne sont pas encore éveillées : elle est étonnée, endormie, inconsciente, incapable d’agir, et elle laisse le corps malériel engendrer par des mouvements automatiques ou réflexes des rêves grossiers, incohérents qui se rattachent aux émotions, aux pensées, aux préoccupations de l’état de veille : ces rêves n’ont pas de caractéristique déterminée.
Si, au contraire, pendant la veille, l’âme toujours vigilante et docile aux inspirations élevées, a développé ses plus hautes facultés, si elle a préparé le triomphe de l’homme spirituel sur l’homme matériel et grossier, les rêves changeront de caractère; c’est alors qu’en entrant dans sa propre région là-haut, Tâme aura des rêves cohérents, lucides, et qu'elle verra les choses éloignées dans l’espace et dans le temps. A cette hauteur les vibrations de l’âme ne font plus vibrer le cerveau matériel, et le souvenir n’existe plus au réveil.
Telle est l’hypothèse de M. Baudry ; elle
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ne peut pas nous salisfaire. (^uaïul l’inie (juitte le corps <[u’elle animait, elle laisse un cadavre; car la mort consiste prcciscmenl et essentiellement dans la séparation de r^ine et du corps. Si donc, toutes les fois que nous faisons des rêves lucides, cohérents, agréablement ou sévèrement enchaînés, notre àme partait pour un autre monde, et abandonnait son cor[)sà lui-inéme, il faudrait dire (jue notre vie est une succession de morts et de résurrections. Qui voudrait soutenir cette alfirmation on la discuter?
Aussi bien, celte explication ne résout pas le problème. Nous voulons savoir pourcjuoi certaines personnes connaissent et prédisent l’avenir ([u’elles voient clairement dans un songe, pendant le sommeil. Nous voulons savoir si celte clairvoyance est un elfet naturel de rimagination, ou s'il faut ratlribuer à une autre cause. Il est évident que M. Baudry ne nous répond pas (piand il se contente de dire que râme ne conserve aucun souvenir de ce qu'elle a vu et entendu, dans les hautes régions, parce que la vibration ne peut pas se communi<pier au cerveau matériel.
Et si tout souvenir disparaît (juand nous nous éveillons, si nos cellules cérébrales ne vibrent en aucune manière, comment peut-on savoir que nous avons fait cette ascension, (jue nous avons pénétré, avec notre àme préparée aux grandes visions, dans des régions qui s'étendent au-dessus de l’éther, que, de ces hauteurs, nous avons embrassé
tout Tespace et Tavenir? Nous it’en avons conservé aucun souvenir, et personne n’en sait rien. Sur quel témoignage ou sur quelle observation repose cette hypothèse? Elle ne repose sur rien.
D’autres observateurs ont cru découvrir que nous avons deux âmes, et que cette coiiception nouvelle contenait l’explication de nos rêves de toute nature. Nous aurions l’âme des besoins et passions matériels {mens) et l’âme des aspirations spirituelles {spiritiis). Et, de même que le corps est servi par les sens, cette âme double possède aussi des sens plus ratfinés qui sont à son service et qui la tiennent en communication avec un monde extérieur. Souvent, ces deux âmes qui occupent des sphères séparées se trouvent en guerre, et cet antagonisme nous fatigue.
Les écrivains, les philosophes moralistes, les romanciers se plaisent à nous décrire l’opposition de nature et de vie qui règne entre ces deux âmes, leurs luttes acharnées, leur séparation irréductible, leur rôle dans les péripéties des tentations mauvaises et des aspirations élevées. L’hypnotisme et le magnétisme nous permettraient même de voir dans une clarté plus vive cette dualité de nature, de personne et de vie.
C’est ainsi que, selon ces nouveaux philosophes, nous arriverions à reconnaître en T. I. i3
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nous deux personnes, distinctes, indépendantes, rivales, étrangères même l’nne à Tantre, el qui a]>paraîtraient alternativement dans la vie. C'est le phénomène du dedonblemenl de la personnalité.
Quand nous nous endormons, notre corps fatigué se repose et continue à produire les actes nécessaires delà vie végétative qui nous empêche de mourir ; mais TAme double ne dort pas, elle n’épuise jamais son iuépuisahie activité; elle pense, elle rêve, elle agit, elle réveille même ([uehpiefois le corps, par la violence des impressions qu’elle cause aux cellules du cerveau,
« Ce double esprit, continue l’auteur que nous étudions, peut vagabonder, pendant le sommeil, assister à des scènes analogues à celles qui lui sont familières à l’état de veille, soit à des scènes n’ayant aucun rapport avec ces dernières. En un mot, il peut poursuivre sa vie ordinaire, ou suivre une vie entièrement dilléreute, ou même enfin mêler ensemble les actes et les pensées de l’iinc et de l’autre. Généralement lors(|ue le corps est en parfaite santé, on ne se souvient plus, au réveil, de ses rêves, par la raison (pic le cerveau, organe de la mémoire, s’étant luimême endormi, n’a rien enregistré des sensations de l’esprit.
a D’autres fois, suivant l’état de santé du corps ou l’état de l’esprit, on a, au réveil, des biibes de souvenir (jui ont été enregistrées par saccades ou clioes intermittents par le
cerveau, inliniment plus prompt que les autres organes à sortir de Tengourdissement.
« Ce genre de rêve, qui est celui du mens, est d’autant plus frequent que le rêve a été provoejué par les préoccupations de la veille. Celui du spiritus esi moins facilement, on le conçoit, enregistré par le cerveau ou plutôt retenu par la mémoire ; il ne l’est que dans les pro[)ortions où l’être qui a rêvé s’occupe des choses spirituelles à l’état de veille. »
Cette théorie du rêve n’explique pas la vision prophétique, cette connaissance de l’avenir pendant le sommeil qui semble se rattacher à une cause et à des lois inconnues.
Il n’est pas nécessaire de recourir à la fausse hypothèse d’une àme double et de deux personnages pour expliquer les ins[)irations et les impulsions contradictoires que nous constatons en notre intérieur. Nous nous sentons attirés vers le bien, dans la lumière et la sérénité d’un élan qui élève audessus du monde matériel. D’autres fois des impulsions sourdes et profondes nous donnent le vertige du mal et nous poussent vers les abîmes de la passion : mais c’est toujours nous, c’est toujours notre àme, c’est toujours la même personne, dansdeux états dilTérents, (jui subit ces sollicitations contradictoires.
Kn un mot, je sais clairement que c’est moi qui me sens attiré vers le mal, par la passion, et vers le bien par le devoir et le
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remords. C’esl une |>nre métaphore (jui nous fait voir deux personnages là où la raison nous fait reconnaître deux états du même moi.
L’hypothèse d’une àme double est une chimère. Ici, encore, c’est toujours moi, mon àme, ma seule personne qui passe des choses matérielles aux choses spirituelles, et des réalités immatérielles aux ap|>arences matérielles. Je n’ai janmis découvert ni dans mes pensées, ni dans mes sentiments la présence de deux personnages réels, vivants, distincts qui se côloienl, se ((uerellent, se rapprochent, se séparent et jouent un rôle dans la comédie de la vie.
Il n’y a en nous (|u’un seul moi, libre, inlelligent et responsable de nos bonnes et de nos mauvaises aclions.
Voyez cet homme assoupi, (jui rêve dans son fauteuil. Il suspend un inslant raclion de sa liberté: il voit passer dans son esprit des scènes incohérenles, des tableaux variés, des événements dont la trame et rharmonie révèlent quelquefois une inlelligence, des spectacles qui tantôt l’élèvent, en provo({uant des aspirations pures, et tantôt l’abaissent, en réveillant les impulsions grossières des passions. Le Ilot d’im[)ressions et d'images passe devant lui, dans son cerveau, comme les vagues de la mer.
Ce monde bizarre est fait de ses souvenirs, de ses espérances, de ses pensées habituelles, de ses préoccupations, des mille choses dont
notre vie est pleine. Supposez que ce rêveur passe de l’assoupissement profond au sommeil, son état changera peu : sa volonté reste endormie, les flots continuent à traverser son imagination, et la conscience qui vacillait encore il y a quelques instants, finit par s’éteindre et mourir.
Tout à l’heure, pendant qu’il rêvait dans la nonchalance de son assoupissement, cet homme tenait à peine ouverte la porte des sens, de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du tact; des vibrations diverses lui apportaient les sensations affaiblies des couleurs, des sons, du froid, de la chaleur, et son attention se trouvait encore partagée entre le monde intérieur et le inonde extérieur. Il ferme les portes des sens qui s’ouvraient sur le monde extérieur: il ne voit plus, il n’entend plus, il ne sent plus, ses paupières s’abaissent, et son attention qui n’est plus distraite se porte avec une grande intensité sur les images qui remplissent son intérieur : motus intra vertuntur.
Je n’ai besoin ni d’une âme double, ni de personnalités alternantes pour expliquer ces rêves et cet état de notre esprit.
Je ne vois pas davantage la nécessité d'inventer des hypotljcses risquées pour comprendre d’autres phénomènes qui se pro-
dnisenl dans les rêves. Ainsi, bien des personnes ont éprouve pendant le sommeil la sensation du vol aérien. On se sent soulevé, emporté: on plane avec son corps au-dessus de la terre, on glisse dans l espace, sans secousse, par une sorte (rondulalion prolongée. Des physiciens croient expli(|uer celle sensation en disant qu’élant couchés, nous ne sentons pas ta pression du sol sous nos pieds. Il faudrait en conclure que tout le monde éprouve cette sensation, ce (pii n’est pas exact. M. de Rochas attribue la sensation au dégagement du corps astral ‘. C’est aussi l’opinion du !)>■ Lux(iui s’appuie sur le témoignage du physicien Varley.
Pourquoi recourir ici h l’hypothcse erronée du corps astral? 11 m’est arrivé souvent de faire ce rêve du vol aérien pendant le sommeil et d’en chercher l’explication. C’était toujours (piand je descendais mon édredon juscpi’à la ceinture et (pie j’exposais à l’air frais la poitrine et les voies res|>iratoires que je me sentais planer. Il me sullisait de ramener l’édredon sur les épaules pour clîanger complètement le caractère du rêve; il était évident pour moi (pie ce rêve se liait en (pielque manière à l’air frais que je respirais et à l’état des bronches et des poumons. J’y ai toujours vu un ellet naturel des rapports de l’àme et du corps, du physicpie et du moral, une répercussion des sensations
Annales des sciences psychiques. Mai-jiiin 1901.
physiques éprouvées peudant le sommeil.
Il serait peut-être plus cliflicile d’expliquer la mesure du temps quand on est endormi et la faculté de se réveiller à volonté, à une heure convenue. M. de Rochas en cite (pielqucs exemples intéressants. UnM.Deschainps avait parfois la faculté d’indiquer l’heure, à une minute prés, quel que fut son état ou sa situation. Une fois on le réveilla subitement dans la nuit et on lui demanda l’heure : il répondit correctement : « Deux heures, » et il ajouta : « Je vais comme l’horloge des Tuileries. X)
Rroussais raconte qu’un M. Chevalier, réveillé à n’importe quel moment de la nuit, disait l’heure exacte sans jamais se tromper. Le célèbre Kerner soignait une somnambule en suivant ses prescriptions.
<( A onze heures du matin, disait-elle, il faut qu’on me réveille eu me faisant sept passes sur les yeux. » Le !)'“ Kerner avança secrètement l’horloge de manière qu’elle sonnât l’heure deux minutes avant. La somnambule ne bougea que lorsque les deux minutes furent écoulées, elle dit alors au docteur :
<( iMaintenant, il est onze heures, réveillezmoi. »
Dans la généralité des cas, je ne voudrais pas expliquer ce phénomène par le calcul inconscient de ces mouvements ou sensations rythmi(jues que Du Prel désignait en parlant de la montre dans la tête. Je n’invoquerai pas davantage l’exemple obscur des sugges-
lions à échéance lointaine qui passent dans le cerveau comme on voit plusieurs courants, même en sens contraire, passer à la fois dans un lil télégraphique. L’explication est plus simple, elle est plus près de nous.
Quand je m’endors avec la pensée de me réveiller le lendemain, à telle heure, je porte mon attention sur l’horloge qui sonne les heures; je l’entends sonner; mon sommeil n’est pas tellement profond que les communications soient coupées entre mon oreille et le timbre de l’iiorloge. Je suis dans un demi-sommeil. J’ai constaté bien des fois ce phénomène. El si mon sommeil est profond, si je cesse d’entendre le timbre et le balancier, je ne me réveille pas à l’heure indiquée.
M. de Rochas s’occupe aussi des rêves rétrospectifs ou atavique^ qui nous font vivre pendant quelques instants la vie de nos ancêtres, qui nous font voir et sentir ce qui a été vu et senti par quelqu’un de nos aïeux plus ou moins proches, rêves que Waller Scott a désignés improprement sous le nom de sentiment de la préexistence et qui consistent en ce qu’un milieu, un paysage, une maison que nous ne connaissons pas nous parait aussitôt connu, familier, et nous arrache ce cri d’étonnement: « Mais, j’ai vu autrefois cette maison ! »
Rêves ancestraux, écrit M. Letourneau, qui nous font voir et sentir, par une sorte d’Iiérédilé, ce que nos aïeux ont connu et senti.
Ainsi, les uns voient dans ces rêves un pliénomène d’hérédité physique et les autres un pliénomène qui se rattacherait à notre préexistence. Ecartons cette dernière hypoth èse : il faudrait des arguments plus sérieux pour nous faire croire que nous avons déjà vécu autrefois sur celte terre, à cet endroit, dans celle maison, au milieu de ce paysage, et (ju’en le voyant, un souvenir se réveille en nous. Une simple ressemblance entre ce paysage et un site dont le souvenir effacé s’éteignait dans notre inconscient suffirait pour expliquer noire illusion.
L’hypothèse de de Manacéine ne nous parait pas plus satisfaisante; il faudrait supposer, comme on l’a fait observer, que certaines substances des filaments chromatiques du noyau de la cellule cérébrale aient conservé des molécules des ancêtres, mais nous savons que toutes les molécules de notre cerveau et de notre corps se renouvellent et disparaissent plusieurs fois, très souvent pendant la vie.
Pour qu’un fait ancestral, écrit le Lux, pût donner lieu à la série des faits complémentaires, capables, par leur union, de reproduire révénemenl atavique, il faudrait que les molécules ancestrales qui servent de support à l’empreinte psychique, restent T. I. i3.
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dans le cerveau du descendant, c'esUà-dire du rêveur endormi, dans le même rapport que celui où elles se trouvaient dans le cerveau de Tascendant, sans intrusion de nouvelles molécules albuminoïdes capables de s’ajouter ou de se combiner chimiquement avec elles, et par cela même de faire varier les rapports de contiguïté intracellulaires et inlercellulaires qui s’étaient établis chez l’ascendant, grâce à des courants d’influx nerveux sillonnant le cerveau d’une partie à l’autre. Or, il n’en est jamais ainsi, car l’influence paternelle et maternelle ont changé la disposition des molécules du cerveau.
En un mot, nous ne pouvons refaire le rêve de nos ancêtres, ou prochains ou éloignés, que si notre cerveau se trouve dans une disposition identique à celle de leur propre cerveau. Or, cette identité de disposition n’existe pas; sous l’influence de la conception/ des courants nerveux, de mille causes physicjues ou morales, les molécules de notre cerveau se trouvent dans une disposition différente, et le rêve ne se reproduit pas.
Laissons les rêves ancestraux; ils appartiennent au pays des chimcres; ils ne nous apprennent rien. Les rêves prophétiques si fréquents dans la mystique chrétienne appellent notre attention et nous intéressent davantage : la foi explique ce (|ue la raison constate et ne comprend pas. Nous répondons ainsi d’avance à cet aveu découragé
par lequel M. de Rochas termine un article intéressant sur les rêves :
« J’avoue qu’en face de la précision de certains détails, il faut admettre une prévision de l’avenir tellement nette qu’elle déroute l’entendement des spiritualistes aussi bien que des matérialistes »
* Annales des Sciences psychiques. Mai-juin 1901.