TÉLÉPATHIE ET TÉLÉGHAPIIIE SANS FIL
Je reconnais volonliers qu’il faul une grande prudence et une allenlion sévère pour ne pas s’égarer dans l’élude des pliénomènes surnorniaux.Il faut observer le témoin, dégager son récit desexagérations et des fantaisies de l’imagination, examiner s’il n’a pas trouvé dans sesimprcssions conscientes ou subconscientes la connaissance des laits qui se produisaient ou qui allaient se produire à de grandes distances, s’assurer qu’il n’a pas recueilli autour de lui les éléments de ses conjectures ipii n’avaient que les apparences d’une clairvoyance inexpliquée, faire la part d'une coinci(ience fortuite ou du hasard. Après avoir fait ce travail d’élimination (jui permettra d’écarter les cas douteux, il restera encore un nombre suffisant de cas sérieux pour dire avec assurance : Oui, il est arrivé à certaines personnes d’apprendre subitement et directement, par une impression profonde, une
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catastrophe, telle que la mort lragi(|ue d’un parent où d’un ami, soit à de grandes distances, soit à proximité.
Pour expli(}uer ce fait, (juelques philosophes se sont contentes de répondre que nous avions la faculté de correspondre ainsi, dans certaines circonstances, et (|uelle que soit la distance, avec ceux (jui nous sont unis par l’amitié ou par le sang.
Cette explication est absolument insuffisante, elle consiste simplement à affirmer.
Une affirmation ne vaut pas une preuve.
Si nous avions la faculté de correspondre ainsi directement, et à de grandes distances, avec nos amis; si cette faculté faisait partie intégrante de notre nature; si, depuis l’origine du inonde, l’homme avait toujours eu cette faculté qui ne serait pas accidentelle, fugitive, mais essentielle et permanente en lui, en vertu de sa constitution, il est évident que nous le saurions, qu’on ne l’aurait Jamais ignoré, ([ue l’histoire serait pleine du souvenir de ces manifestations, qu’elles se continueraient tous les jours sous nos yeux, ({u’il serait très facile de constater leur existence et de les étudier.
Remarquez bien, en effet, qu’il ne s’agit pas d’une découverte scientifi(jue nouvelle qui exige de nous des connaissances physiques, chimiques, physiologiques de Tordre le plus élevé : il iTest pas question d’une expérience difficile à réaliser et dont le principe aurait existé, pendant des années, à l’état
latent, ou dans des découvertes antérieures, ou dans des calculs donl on aurait ignoré les conclusions, ou dans le cerveau d*un homme de génie. Il s’agit tout simplement de se recueillir, et de penser à une personne éloignée, avec la renne volonté de lui envoyer un message important. L’expérience est à la portée de tout le monde, elle n’exige aucune connaissance scienliüque, aucun calcul, aucun appareil, aucun instrument.
Non seulement cette expérience est très facile, mais nous devons éprouver tous un violent désir d’exercer celle faculté télépathique et naturelle, si nous la possédons.
Nous serions heureux de correspondre directement, à travers l’espace, sans intermédiaire, sans elfort pénible, avec nos parents et nos amis. Il devrait en être ainsi, depuis l’origine du monde, et ce meme désir, ardent et mystérieux, (|ui troublerait aujourd’hui notre àme, aurait dii exciter tous les hommes et tous les peuples à faire usage de la télépathie et à ne pas laisser dans la torpeur et dans les ténèbres de l’inconscience une faculté si puissante.
Or, nous ne trouvons aucune trace de l’existence en nous de cette faculté télépathi([iie naturelle, ni dans le temps présent, ni dans les temps passés, et, cependant, la nature humaine a été explorée dans ses i)rofondeurs.
Essayez de reconnaître en vous cette faculté télépalhique, vous n’aboutirez pas. Il y a, aujourd'hui, autour de vous, des milliers de mères, séparées de leurs enfants par de
grandes ou de courtes distances. La tendresse unit profondément ces mères et leurs enfanis, et nous trouvons ainsi les conditions voulues de production et de réceptivité psyclii(pie ou émotionnelle. Si nous possédions, en vérité la faculté naturelle de communi(|uer à distance, s’il sullisait de vouloir, pour lancer, sous forme d’ondes psychiques, un message à ceux ipie nous aimons, toutes çes mères devraicntcorrespondre ainsi avec leurs enfants.
Nous pouvons enfermer la question dans de plus étroites limites. Je vais essayer moimême d’agir à distance sur un ami (pii m’est cher. Je renouvellerai l’expérience dix fois, vingt fois, et toujours sans résultat. Les mères essaieront dix fois, vingt fois, et toujours en vain, de communiquer avec leurs enfants.
Il est donc incontestahle (|ue la faculté télépathique ne fait pas partie de notre nature, que nous ne pouvons pas communicpicr à volonté et directement avec des personnes éloignées, que nous n’avons pas à notre disposition un Iluide psychicjue, des ondes électri(jiies d’une nature particulière, ondes hertziennes ou autres, [lour faire connaître notre pensée aux absents.
Nous ne sommes plus en présence d’un fait humain, ordinaire, universel, nous arrivons seulement à reconnaître que l’on rencontre quehjuefois, et exceptionnellement, des sujets, qui, une ou deux fois, dans leur vie, ont eu la sensalion très vive d’un événement tragi(|ue, réalisé à de grandes distances. Il
s’agit donc ici d’un fait rare, exceptionnel, anormal. Il ne faut plus parler d’une loi générale de la nature, d’une faculté de l’ànie, d’un tluide psychicpieou vital qui serait à la disposition de tout le monde, dans des circonstances déterminées.
Les pérsonnes qui ont vu, étaient passives, elles se sentaient subitement et mystérieusement éclairées, dans leur àme, par une cause qu’elles ne connaissaient pas et qui déterminait en elles un invincible pressentiment.
Lt pour un pressentiment de ce genre qui se réalise, combien de pressentiments qui ne se réalisent jamais !
j I.e problème de la télépathie se trouve ainsi
ramené à des proportions plus modestes, et I circonscrit. On a eu tort de le généraliser et
i| de donner à la télépathie une extension qu’elle
I n’a pas.
On a cru voir une profonde analogie entre , la télégraphie sans til et la télépathie, on a ^ conclu de l’une à'I’autre, par voie de confu-
i sion. C’est le cerveau humain ([ui expédierait, sans que nous le sachions, des messages à un autre cerveau (jui ne s’attendait pas à les I recevoir. Serrons de près cette hypothèse pour \ en mieux voir la fragilité.
Que voyons-nous dans la télégraphie sans lil? Au poste de départ une forte bobine
Ruhmkorir est reliee à (leii\ sphère entre lesquelles peut jaillir rétincelle; 2^ une décharge de la bobine entre les deux sphères et des oscillations herlziennes, transmises dans l’espace par ranlenne expéditrice; 3 ° au poste d’arrivée, l’antenne réceplrice recueille ces ondes qui passent dans la limaille métallique du récepteur.
Ici, tous les phénomènes soni scientilhjuement conslatés : les accumulateurs ([ui alimenlent la forte bobine RuhnikorlF, l’étincelle qui Jaillit entre les deux sphères de cuivre, les antennes et les mats, le choc sur le tube à limaille, etc.
En est-il de même dans la télépathie? Non, absolument non. Qu’une forte pensée délermine un alllux du sang sur un point délcrminé du cerveau, peut-être, dans les lobes frontaux; (jue l’on puisse mesurer, comme l’ont fait SchilT et Mosso, raugmentalion de température et de volume dans le cerveau en travail de pensée, je ne le conteste pas: mais ces observations sciemifKjues ne prouvent pas (jue le cerveau produise une étincelle éleclriciue et des oscillations hertziennes ({ixi franchissent l’espace. Ceci n’est pas démontré, et rien n’autorise à le supposer.
Tout phénomène psychi(jue, pensée, désir, volonté, est étroitement lié à des moditications dynami(pies, vasculaires, sécrétoires (jui chan gent l’état de notre physionomie, de noire corps. Un sujet très sensible, en hyperesthésie, verra mieux ([uc tout autre ces modi-
deux sph
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ficalions physiques qui nous échappent, et il devinera quelquefois la pensée, le sentiment, riniage dont la modiüeation corporelle est Texpression. J’admets volontiers cetle divination, et je la comprends. Où je ne comprends plus, c'est ({uand on prétend que le travail chimique d’un centre nerveux, dans la pensée ou la volonté, tiaverse le cerveau, comme la lumière travei‘se une ^lace, et se transmet, sous forme de vibration électri<jue, à un cerveau très éloigné. Je ne vois aucune preuve sérieuse en faveur de cette atrirination.
D’ailleurs, si toute pensée vive et tout sentiment profond se projetaient ainsi, à l’extérieur, dans l’espace, sous forme de vibration, la télépathie ne consisterait pas seulement à faire connaître à distance un événement extra- ^ ordinaire, une catastrophe, une mort, elle devrait consister aussi à transmettre au loin toutes nos pensées et tous nos sentiments, comme fait le télégiaphe ordinaire et le télégraphe sans fd. Nous serions en possessiond’un moyendecommunication intinimentsupérieur • à tous les moyens connus, et nous aurions, sans doute, le code complet de ces signaux.
Quel est donc le savant^ digne de ce nom, qui oserait soutenir que notre cerveau lait jaillir des étincelles qui portent à l’extrémité du monde, avec la rapidité de l’éclair, tousnos sentimentset toutes nos pensées? Qui a constaté ce fait? Qui en a donné la démonstration? Qui a vu jaillir en étincelles et vibrer ces ondes qui délieront l’espace et la durée?
Qui luncc ainsi à travers l’espace ces ondes heiiziennes de la tclépalliie? Au poste de départ de la télégraphie sans ül, je rencontre une intelligence et une volonté : c’est 1 ingénieur. Il sait ce (ju’il veut, il connaît ses a[)pareils et le moyen de s’en servir; accumulateurs, bobines, étincelle électrique, antennes, cohéreur, lui obéissent et rappellent 1 incontestable suprématie de riiommesur la matière et sur les forces de Tunivers.
Mais, je le répète, qui produit et dirige la vibration télépathi([ue? Personne. Il arrive qu’un homme meurt d’une manière tragique, dans un naufrage, dans un incendie, sur le champ de bataille, ou frappé par un assassin. 11 n’a plus ni sa raison, ni sa volonté, il râle sans penser à personne, et il meurt. A une distance de mille lieues, un parent, un ami, a le pressentiment de cette mort et 1 allirine devant témoins.
Vous me dites que ce parent a reçu un message, le choc cérébral d’une vibration électrique. Mais, il faut bien qu’un ingénieur ait envoyé la dépêche avec une destination précise, déterminée. Or, celui (jui aurait pu expédier la dépêche n’y a pas pensé; il est mort sans autre préoccupation (juc de se défendre contre un danger.
Voilà donc une dépêche qui chemine et arrive à destination, sans expéditeur, sans direction, d’elle-même, et sous l’empire de je ne sais (|uelle fatalité!
(( Si les ondes psychiques arrivent dans un
lieu (loniits écrit M. llaudoin, elles doivent frapper indiiféremment tous les cerveaux qui s’y trouvent. Seuls ceux (jui sont dans un état particulier, à déterminer, au demeurant sont impressionnés.
« ("ettc donnée admise, il est évident que tout dépend des cerveaux touchés. Tous le sont, sans doute. Mais les uns ne sont pas inq)ressionnés, eu (juoique ce soit, ni d’une façon inconsciente. Les autres, au contraire, sont frappés et manifestent de suite ([u’ils ont reçu une impression à l’aide d*un phénomène (pielcoiujue; c’est qu’ils sont d’excellents a[)paieils réce|>teurs.
<( Lors donc de manifestations de mourant, s’il existe dans la zone d’action des ondes psychicpies un cerveau préparé, la dépêche psychique est enregistrée. Sinon, elle passe sans laisser de traces sur le crâne qu’elle ne fait (prellleurer. »
Que faut-il entendre par ces mots : un cev- {>eaii préparé? « Nous n’avons pas à insister sur l’importance des affinités familiales et allectives bien connues, dei)uis longtemps, car chacun sait combien sont fréquents les faits de télépathie entre mère et lils... Par contre, nous tenons à mettre en relief, comme nous l’avons dit, l’importance d’impressions cérébrales antérieures conscientes, surtout, et même inconscientes, emmagasinées dans les centres nerveux. Et pour bien saisir l’intérêt (jue présentent ici les inconscientes, il suffit de se rappeler le vaste'domaine des
rêves et les cas de dédoiiblemenf de [)ersonnalité. »
De quelle manière s’établit la communication télépathique entre les deux cerveaux?
« Quand la force psychique, qui existe, à n’en pas douter, mais dont nous i^^^uorons totalement la nature, est suHisante pour passer à portée d’un tel cerveau, d’où ({u’elle vienne, de loin ou de près, elle y marcjue son passade par la production d’un [)hénomène (juelcomjue, psychique physiologi(jue proprement dit, une vulgaire hallucination visuelle ou auditive, ou un phénomène physique, comme une crise de larmes ; cela, suivant (lu’elle agit sur telle ou telle parlie des centres nerveux. Par contre, les autres cerveaux la laissent courir le monde, sans se préoccuper d une force aussi mystérieuse »
Cette longue explication, si inléressante qu’elle soit, soulève bien des difficultés, qui la rendent inacceptable- Il faudrait admettre, en effet : i» que le cerveau lance une onde psychique, sans aucune coopération de la volonté du sujet; 2® que le cerveau fait un choix entre les innombrables sentiments qui se succèdent dans notre àme, avec Une égale intensité, et qu’il transmet exclusivement ceux qu’il a choisis; S^que le cerveau expédie cette onde, dont la réalité n’a été constatée par aucune expérience, aux distances les plus éloignées; que cette dépêche, dont l’expé-
* D*" Baudoin, Gazette médicale de Paris, 22 mars
dileur reste inconnu, va frapper tel cerveau parliculier, à tel endroit, (juand elle aurait pu on frapper d'atitres, au Nord ou au Midi, à TEst ou à rOiiest, oii se trouvent des frères, des sœurs, une épouse, un ami, objets de la plus tendre alfection. Rien ne justifie scientificiuemenl ces hypothèses.
M. Flammarion nous donne cette explication :
« Tout être vivant est un foyer dynamique.
La pensée elle-même est pu acte dynamiciue.
Il n’y a aucune pensée sans vil^ration corrélative du cerveau. Qify a-t-il d’extraordinaire à ce que ce mouvement se transmette à une certaine distance comme dans le cas du téléphone ou même encore du photophone et de la télégraphié sans lil? »
Si ce fait n’çst pas extraordinaire, pourquoi ne pouvons-nous pas le constater comme un phénomène ordinaire et l’étudier à volonté?
Nous trouvons une nouvelle explication dans la Revue de V hypnotisme : fauteur examine le cas où nous avons la pensée d’une personne avant de la voir elle-même, objectivement. Nous pensons à un ami, nous faisons dix pas, et, au détour de la rue, nous le rencontrons.
A quoi faut-il attribuer cette antévision?
<1 Le rayonnement émis par Yantévii irait impressionner le cerveau de f antévoyant, ([ui se trouverait à ce moment dans un état favorable, et y réveillerait une image déjà reçue. Ce rayonnement provoquerait, en somme, la
réminiscence d’une physionomie connue.
Ci 11 tant admelhc en premier lieu celle réceptivité accidentelle ment favorable du cerveau de l’antévoyant pour expliquer que celui-ci ne voit pas toutes les personnes qui lui sont connues et cju’il rencontre. La cause de réceptivité nous échappe, comme, du reste, celle de la plupart des états psychiques anormaux et transitoires dont la constatation ^ s’impose néanmoins.
(( Comme deuxième condition, il faut que l’antévoyant connaisse au moins visuellement l’antévu. Il est indispensable qu’à un moment ses centres nerveux aient reçu l’impression (le cette image (ju’ils tendront dès lors à reproduire et ({ui ne s’elfacora (ju’aprcs un temps plus ou moins long h »
Nous retrouvons toujours, sous des formes dilférentes, la même explication. Paul connaît Pierre, il l’a vu souvent, et il a conservé son image dans sa mémoire. Un lien existe entre eux. Paul se promène un jour, il pense tout à coup à Pierre, sans le voir; il avance, et il le rencontre. Qu’est-il arrivé? Le cerveau de Pierre a rayonné, et ce rayonnement a été attiré sympathiquement par le cerveau de Paul.
Voilà une pure hypothèse que rien ne justifie, et qui n’explique rien. Vingt fois, l^aul pensera à Pierre, sans le rencontrer, et vingt fois, sans éprouver aucune impression anté-
^ Revue de Vhypnotisme, p. 3io(i(j02).
rieiire, aucune coinniolion d un rayonnenienl cérébral, aucun avcrlissemenl, il le rencontrera sur son clieniin. C’est une simple coïncidence, ce n’est pas un rapport de cause à elFet.
Les lois de la nature sont permanentes, elles ne subissent pas la Ilucluation des caprices de la créature libre Ce n’est pas une lois, par hasard, c’est toujours, que Paul devrait sentir le rayonnement avertisseur du cerveau de Pierre, quand il se trouve dans son voisinage, si c’était une loi de la nature : et s’il ne le ressent qu’une fois accidentellement, c’est (jue cette loi n’existe pas, et (|ue le phénomène demande une autre explication.
Que faut-il penser de cette assimilation de la télépathie à la télégraphie sans fil, de ce rayonnement du cerveau dans la production de la pensée, de ces ondes psychiques et sympathiques ([ui traversent la foule et qui vont droit au cerveau que la sympathie ou le hasard vont transformer en appareil récepteur? Est-ce de la science? Est-ce du roman?
Je suppose, en effet, le cas assez frécjuent où un homme meurt tragiquement, subitement, dans le désordre d’une catastrophe. Il n’a pas eu le temps de se recueillir, de concentrer son attention, de diriger ou de lancer une onde psychique, il est absolument étranger au [diénomcne de télépathie qui se produit, et il se trouve ([ue, subitement, à cent lieues, à mille lieues, une autre personne
reçoit un avertissement, et voit, en elle-mèine, dans son imaginalion, la scène de mort avec tous ses détails.
Ce n’est pas d’une onde psychique imaginaire, c’est de plus haut, c’est d’une autre soui ce que cette personne reçoit la communication télépathi(|ue. Le phénomène demande une autre explication.
Une mère sait que son enfant est malade ; elle reçoit des nouvelles peu rassurantes, elle lit entre les lignes et elle devine ce qu’on lui cache: elle vit avec sa crainte et son pressentiment douloureux, tantôt conscient, tantôt inconscient; elle s’écrie, un jour : « Mon lils vient de mourir », et elle dit vrai, .le serai disposé à voir ici une simple coïncidence, préparée par l’état habituel de l’es[)rit et du c(cur d’une mère, et je ne supposerai pas ([ue Tenfant ait envoyé une dépêche psychi- (pie à sa mère.
Si j’étais amené par une observation plus attentive du fait et des circonstances à reconnaître qu’il n’y a pas eu coïncidence ni hasard, je ne dirais pas, cependant, (jue l’hypothèse de l’onde psychique est vi aie. Je dirais : il faut chercher une autre explication daniT un ordre d’idées différent de celui que nous connaissons. Est-ce la mère (jui, par une vision interne, puissante, et malgré l’espace a vu son enfant? Est-ce une entité intelligente et providentielle qui a fait naître dans son âme la scène représentative de la mort?
Le moment n’est |)as venu de discuter ces
hypothèses: je cherche à démontrer qu’il n’csl pas permis d’assimiler la télépathie aux phénomènes physiciues de la télégraphie sans fil. Il laut se défier des mots sonores, des apparences trompeuses, des analogies superficielles, des conclusions aventureuses (pie l’on nous présente sous le patronage d’une science imprudente, dont les con([uétes nous toucheni profondément ([uand elles sont sérieusemenl constatées.
Nous pouvons déjà airirmer qu’il ii’existe aucune ressemblance entre le poste expéditeur de la télégraphie sans lil et le cerveau humain. C’est un point acquis. Observons, maintenant, fonde psychicjue, imaginaire, dans sa propagation à travers les milieux les plus didèrents, jus([u’à sa destination.
Il a fallu canaliser et protéger fonde hertzienne lancée parleposte télégraphiqueexpéditeur contre les perturbations atmosphériques, contre les indiscrétions des gens intéressés à intercepter le message, contre féjiuisement causé par la distance. Les ingénieurs ont construit des appareils où le transmetteur et le récepteur acousti(tue ne transmettent et ne reçoivent (jue des ondes d’une certaine frécpience. Ces appareils sont d’une sensibilité extrême. Pour franchir les grandes distances de l’Océan, on a construit des mats de
soixanle-dix niètics de hauteur, ou a observé des eoudilioiis |)arliculières d’orieulaliou <les auteuues, on a reconnu (jiie l’cnergie nécessaire au poste IransmeUeur doit augmenter açec le carré de la distance, et Ton a tenu coin[>te de cette loi.
Les ingénieurs se sont préoccu|)és d'assurer le secret des communications; on pouvait découvrir la longueur d’onde employée i)ar le poste expéditeur. « Les etlorts de Marconi et de plusieurs autres expérimentateurs ont réussi à remédier à cet inconvénient, (iràce à l’adoption d’un système syntonisé, on est parvenu à lancer entre Tx^nglcterre et Tlilande, soit à une distance de deux cent milles, des télégrammes (pi’il serait dillicile (rinterce[>ter. On allirine (pi’on est absolument sftr de [)ouvoir en Taire autant pour les dé|)éches transatlantiques. Déjà, aclucllcnient, la station du cap Lizard communicpie avec les navires sans qu’il y ait interce|)tion ou conTusion avec la station établie récemment à Poldliu, à sept milles seulement de la i»remière. »
Marconi disaitrécemmentà ses adversaires :
a Prévenez-moi une semaine d’avance, et je vous défie de surprendre et de brouiller mes dci)éches. »
Slalgré ces précautions, il Tant encore laisser place à l'imprévu et aux causes nuilti[)les ijui déterminent, tous les jours, des troubles et des interruptions dans les communications internationales par les cables sous-marins.
L’onde psychique imaginaire c[ui établirait une communication télépathique entre deux cerveaux, ne commanderait pas tant de précautions. On n’aurait besoin de la protéger ni contre l’épuisement causé par la distance, ni contre les perturbations atmosphériques, ni contre l’indiscrétion des intercepteurs. On n’aurait pas même à se préoccuper du carré des distances, ni des obstacles matériels que cette onde psycliique pourrait rencontrer.
Et cependant, si la télépathie est un f)hénoinène [)hysique de même ordre que le phénomène physique de la télégraplu'e sans (il, elle doit être soumise à des lois physiques, connues ou connaissables, comme toutes les forces de la nature; et, si elle échappe à ces conditions et à ces lois, c’est que, manifestement, elle est d’un ordre dilférent.
Or, l’onde télépathi(|ue imaginaire échappe, comme nous l’avons démontré, à ces conditions et à ces lois. Elle conserve toujours la même énergie, elle défie la distance et les obstacles, elle n*a besoin d’aucune protection, d’aucune défense, elle ne réclame j)as une impulsion proportionnelle à la distance, et personne n’a jamais pu ni la voir, ni la constater, ni la mesurer, ni l’emprisonner.
Autant est ferme le terrain où se placent les savants qui étudient expérimentalement le problème si important de la télégraphie sans til, autant est fuyant le terrain choisi par les matérialistes qui ne veulent voir dans la
télépathie qu’un plicnoniènc physique produit par un cerveau.
Quand on observe les elForts qui sont faits par les ingénieurs pour empêcher les ondes lierlziennes de la télégraphie de se propager partout, pour limiter l’espace de leur propagation, pour les concentrer et les diriger vers un point déterminé, on ne peut ([ue sourire de ces ondes psychiques imaginaires dont personne n’aurait à s’occuper, et (jui atteindraient toujours infailliblement leur destination.
VJ comment arrivent-elles à destination?
C’est un phénomène incompréhensible. Tout s’explique dans la télégraphje sans til ; l’onde hertzienne est recueillie par des antennes d’arrivée, elle passe dans le tube à limaille qui devient conducteur: le courant s’établit, les signaux Morse sont reproduits au poste récepteur, etc.
Mais il n’en est pas de même de l’onde psychi(iue imaginaire qui se serait échappée spontanément d’un cerveau: elle ne rencontre ni antennes, ni cohéreur, ni appareil Morse, et Je ne vois pas pourquoi elle viendrait, avec une intelligence déconcertante, frapper tel cerveau plutôt que tel autre.
On me dira sans doute que cette onde mystérieuse est attirée sympathiquement vers la personne que l’alTection unit au cerveau expé-
dileur. Mais celle réponse n’explique rien. A son arrivée, Tonde psychitiuerenconlrerapeulêtre dix personnes, parmi lesquelles les unes sont des amis dévoués de Texpédileur, les autres de simples connaissances, d’autres des indiirérents, toutes, d'une mentalité inéf^ale et dilFérente.
Or, ce n'est pas précisément la personne la plus sympathique, la plus aimée qui reçoit le message et s’en trouve affectée, par une allinité élective; c’est quelquefois un étranger, c’est une jeune personne, c’est un névrosé qui recevra Taverf’ssement, quand tout semblait le désigner pour ne pas le recevoir.
Et si vous interrogez ce sujet récepteur, vous verrez bien que le phénomène ne s’est pas produit comme vous le supposez. Le sujet n’a pas conscience, quelle que soit d’ailleurs son attention, d’avoir reçu un avertissement d’un ami, ou d’un parent, ou d’un personnage éloigné; il a simplement conscience qu’un phénomène vient de se produire en lui, dans le champ de ses pensées, de ses rêves, de ses sentiments; c’est une vision douloureuse, c’est une apparition mystérieuse et angoissante (jui ne vient pas du dehors, par une action électrique sur les nerfs sensoriels, mais qui vient du dedans, de ce monde intérieur ouvert directement aux communications de Tinvisible où ce parent, cet ami viennent d’entrer.
Interrogez certains sujets magnétisés, comme nous l’avons fait nous-mème, il y a
bien des années. Ce sujet obéira à votre commandement, il ira jusqu’aux extrémités de la terre, par sa pensée, par son esprit, il décrira le personnage sur lequel vous l’interrogez, il vous dira exactement où il esl, ce qu’il fail, et les détails, par exemple, de la cataslroplie où il vient de perdre la vie.
Manifestement, ce sujet n’a reçu et ne reçoit p&j un message psychique du cerveau de la [)ersonne sur laquelle vous l’interrogez; celle-ci ne pense pas à vous, ne distribue pas d’onde psychique, ne vous connaît pas. Il y a ici télépathie ou communication à distance au plus haut degré, et cependant, vous ne voyez rien qui rappelle, même de loin, les ondes hertziennes de la télégraphie sans til.
D’où il faut conclure, d’abord, que rien ne justifie un rapprochement, une comparaison entre la télépathie et la télégraphie sans til ; puis, que cette communication télépalhi(|ue s’établit par des moyens absolument ditférents des forces physicpies et des phénomènes physi(|ues de Tunivers. Je ne porte pas plus loin mes conclusions.
Nous observons avec une curiosité et une joie profonde les savants qui font aujourd'lmi la conquête de ces forces répandues dans la nature et dans l’espace par la parole créatrice de Dieu. Nous applaudissons à leurs ellbrts, nous respectons leur liberté intellectuelle', nous attendons beaucoup de leur travail et de leur courage. Mais j’estime que Ton commet une lourde faute quand on confond les pro-
blêmes psychiques et les problèmes physiques, les ([uestions de Tàme et les questions du corps, quand on essaie de faire entrer de force dans le cadre des phénomènes physiques ou chimiques ces manifestations de lucidité, de clairvoyance, de télépathie qui rappellent des communications venues de plus haut, et le rayonnement d’une àme que rien ne peut emprisonner.