TÉLÉPATHIE ET NOUVEAUX SYSTEMES
Aquel agent faut-il donc attribuer les phénomènes de télépathie? Aux âmes des défunts, selon les spirites; à des êtres inférieurs à l’humanité et invisibles, à des élémentaiix, selon les Ihéosophes: à la projection à travers l’esiiace d’un périsprit, répondent certains occultistes ; à des vibrations parties de notre cerveau et portées [)ar l’éther, par synchronisme, au cerveau sympathique d’un autre sujet, selon certains psychologues que l’idée du surnaturel épouvante. Ecartons, si vous le voulez, les spirites, les théosophes, les occultistes, et contentons-nous d’étudier la théorie pseudo-scientifique des psychologues sur le mécanisme de la télépathie.
Voici, d’abord, la théorie de M. Flammarion.
« 11 n’y a rien d’antiscientiüque, rien de
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romanesque à admettre qu’une pensée agisse à distance sur un cerveau. Faites vibrer une corde de violon ou de piano : à une certaine distance, une autre corde de violon, de piano vibrera et émettra un son. L’ondulation de l’air se transmet invisiblement.
(( Mettez en mouvement une aiguille aimantée. A une certaine distance et sans contact, par simple induction, une autre aiguille aimantée oscillera synchroniquement avec la première. Parlez, à Paris, sur une lame de téléphone : la communication électrique ira faire vibrer l’autre lame sonore à Marseille. Le ül matériel n’est pas indispensable. Ce n’est pas une substance qui se transporte; c’est une onde qui se propage.
« Voilà une étoile, à des millions de milliards de kilomètres, dans l’immensité des cieux, de la distance de laquelle la terre n’est qu’un \)0\nV absolument invisible. J’expose à cette étoile, au foyer d’une lentille, une plaque photographique : le rayon de lumière va travailler sur cette plaque, mordre, désagréger la couche sensible, et imprimer son image. Ce fait n’est-il pas beaucoup plus étonnant en lui-mème que l’onde cérébrale qui va à ([uel([ues mètres, quel(|ues kilomètres, quelques milliers de kilomètres, frapper un autre cerveau en rapport harmonique avec celai d'où elle est partie (?). A i49 millions de kilomètres de distance, à travers ce qu^on appelle le vide, une commotion solaire produit sur la terre une aurore
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boréale et une perlurbalion magnétique,
(( Tout être vivant est foyer dynamique. La pensée elle-même est un acte dynamique. II n’v a aucune pensée sans vibration corrélative du cerveau. Qu’y a-t-il d’extraordinaire à ce que ce mouvement se transmette à une certaine dislance, comme dans le cas du téléphone, ou, mieux encore, du photophone (transport de la parole par la lumière) et de la télégrapliie sans fils*? »
Telle est donc, selon M. Flammarion, l’hypolhèse (jui cxpli(iuerait tous les pliénomènes de télépalhie. Notre àme aurait le pouvoir d’émettre des radiations invisibles d’une grande puissance et d’une longue portée ; ces radiations font vibrer les molécules du cerveau ; ces vibrations rencontrent l’éther, Iluide impondérable, répandu partout dans l’espace, entre les corps et dans tous les corps. L’éther ([ui transporte les mouvements ondulatoires ))roduits par les vibrations de la chaleur, de la lumière, de l’attraction, transportera aussi, à de longues distances, les vibrations cérébrales de la pensée; il produira dans le cerveau d’une autre personne à laquelle nous sommes unis par un lien de sympathie, une commotion analogue qui se traduira en image ou en son, en phénomène d’audition ou de vision.
M. Flammarion ne parait pas très sur de ce (ju’il avance; il semble même qu’il n’at-
‘ Camille Flammaiuon, üI nconnu^ p. 277.
tache pas une grande importance aux brillantes hypothèses par lesquelles il essaie d'expliquer les phénomènes troublants de la télépathie. Il prend ses précautions avec une sagesse que je m’empresse de louer :
« L’àme existe comme être réel, indépendant du corps: elle est douée de facultés encore inconnues à la science; elle peut agir et percevoir à distance, sans rintermédiaire des sens... Quant aux explications, il est sage de ny pas prétendre. J’ai déjà montré plusieurs fois dans ce livre qu’elles ne sont pas nécessaires pour admettre les faits. On est dupe, en général, sur ce point d''illusions assez singulières^ »
Cette déclaration prudente ramène la thèse de M. Flammarion à de plus modestes proportions. Il renonce à donner une explication certaine, philosophique et scientilique de la télépathie, mais il prétend avoir démontré, et ce n’est pas nous qui le contredirons sur ce point, qu’il s’établit quelquefois entre les âmes, sans l’intermédiaire des sens, des communications affectives et intellectuelles d’mi ordre particulier. Il a donc établi la réalité du fait; ses conclusions ne peuvent pas aller plus loin.
* Camille Flammarion, p. 58i.
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C’est encore, et sous une forme nouvelle, riiypothèse des vibrations cérébrales que nous retrouvons dans le système du Macario.
a Dans la génération des idées, écrit ce psychologue, il faut de toute nécessité admettre une moditication encéphali(jiie, car il est impossible que la pensée puisse manifester sans activité matérielle des libres cérébrales. Il nous parait donc certain que pendant cet acte mystérieux il y a un ébranlement particulier, une vibration, une oscillation de certaines fibres cérébrales, une modification moléculaire de l’encéphale.
«Or, ces vibrations, ces oscillations doivent nécessairement imprimer à l’air des ondulations qui se propagent jusqu’au cerveau du somnambule, en y déterminant des mouvements analogues à ceux qui les ont produits.
« On conçoit, dès lors, qu’une pensée se répète d’un cerveau dans un autre, comme une image se réfléchit d'un miroir dans un autre, ou bien encore comme on voit dans le pendule sympathique le mouvement d’un pendule imprimer à l’autre pendule le meme mouvement. Ce phénomène est très simple et très facile à concevoir; mais si l’air atmosphcri(iuc n'était pas connu comme un corps vibrant, on aurait une peine infinie à le croire,
et on ne maïuiuerait pas de crier au niiracle.
« Mais, dira-t-on, pourquoi votre pensée ne se transmet-elle pas à tous les individus qui sont à votre portée? Par une raison toute simple, c’est que dans l’état ordinaire de la vie, ces vibrations ondulatoires, provoquées par l’acte de la pensée, ont trop peu d’énergie pour être perçues, mais dans l’état somnambuliqoe l’impressionnabilité étant prodigieusement développée, il s’ensuit (jue la moindre oscillation est saisie, perçue, et la transmission des idées a lieu »
Cette explication ne tient pas debout, elle repose sur deux assertions démenties par les faits. On nous dit que ces vibrations ondulatoires, dont nous attendons, d’ailleurs, la démonstration, ont très peu d’énergie, et cependant, elles se propagent à des centaines, à des milliers de kilomètres, elles vont ébranler le cerveau d’une autre personne, sans être jamais arrêtées par l’obstacle de la distance, si grande qu’on la suppose. Ainsi, une mère qui réside en Angleterre est avertie par cette vibration mystérieuse de la mort de son fils, tombé sur un champ de bataille à l’extrémité de l’Afrique ou dans les Indes.
Assurément une vibration ondulatoire qui franchirait instantanément une telle distance aurait une grande portée.
Il faudrait, selon le Macario, pourexpli-
^ D** Macario, Du sommeil^ des rêves et du somnambulisme y p. 192.
qner la transmission de la pensée, supposer uiïe impressionnabilité prodigieusement développée dans le sujet qui reçoit la vibration. Ici encore nous sommes en opposition avec la réalité. Lisez le grand ouvrage des llallncinations télépathiques, vous y trouverez un nombre considérable de cas où la transmission distance d’une pensée, d’une image, d’un fait a eu lieu entre deux personnes parfaitement équilibrées, sans la plus légère surexcitation de la sensibilité ou du cerveau.
D’autres psychologues, cités par le Macario, prétendent (jue la télépa^tliie n’est qu’une question de degrés et qu’il sullit d’ajouter quelque chose à notre faculté de voir, de sentir, d^entendre pour en expliquer les merveilles. De tels arguments nous étonnent. 11 ne suffit pas de supposer quelques degrés de plus dans notre faculté de voir par les yeux pour me faire comprendre le mystère de la vue à travers les corps, et à toutes les distances. Et si vous tenez compte de ce fait, que le même phénomène de vision lointaine ou tclépathi<iue se produira si vous interceptez toute communication entre les yeux du voyant et la lumière, il faudra bien reconnaître que la vision à longue distance el la télépathie sont autre chose qu’une (|uestion de degrés. Il y a une différence de nature entre la vision par les yeux et la vision imaginutile de certains sujets.
Nous voici, d’ailleurs, en présence de la meme difficulté sous une forme nouvelle, et
nous demanderons au Macario pourcjuoi, quand plusieurs personnes, d’une impressionnabilité également extraordinaire, se trouvent réunies, une seule, cependant, à l’exception des autres, reçoit le choc de la vibration ondulatoire projetée par un autre cerveau. Toutes les personnes impressionnables constituent des récepteurs d’une égale puissance et devraient recevoir ou se disputer la dépêche psychologique expédiée à l’extrémité du monde.
Cette observation nous lait voir le fond puéril de certaines argumentations, cachées sous les apparences pompeuses d’une science de roman.
La matière est le grand inconnu qui délie nos recherches sans jamais lasser notre curiosité toujours impuissante. Nous sommes loin de Isi Monadologie de Leibniz, mais nous ne connaissons pas mieux la matière. Les remarquables travaux de Crookes sur la matière radiante, de M. Becquerel sur ïiiraniiun et ses composés, du 1)^ Lebon et de M. Curie sur les nouvelles substances radio-actives le polonium, le radium, Vactinium, de
^ Curie, Les nouvelles substances radio-aetwes. {He^ue scientifique, 21 juillet 1900.) G. Le Bon, Za transformation de la matière et la lumière noire. {Ibid., i/\ avril 1900.)
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Rœnlgen sur les rayons X, ces travaux aident, sans doute, notre faible intelligence à comprendre les qualités des corps glorieux dont . parle TApôtre, corps spirituels, lumineux, J agiles, impassibles, mais ils nous font aussi I mieux sentir notre ignorance touchant la I constitution intime des corps; on ne peut pas les étudier sans devenir plus modeste dans scs affirmations.
Ces découvertes ont donné lieu, cependant, à un déchainement d’hypothèses ; on a voulu tout expliquer, même le mécanisme de la pensée.
« Lors([ue la pensée se produit dans le ' cerveau, écrit un psychologue de l’école spi- ‘ rite, il y a destruction de la matière céréj braie etmiseen liberté d’une forme de l’énergie i que l’on appelle.nerveuse. Celle-ci a son rôle dans l’organisme pour y susciter les courants nécessaires à la production des mouvements ou à l’association des idées. Mais, en même I temps, le périsprit vibre, et suivant qu’il est J plus ou moins radiant, c’est-à-dire plus ou / moins extériorisé, ses vibrations se ré[)andent ■ dans l’espace, comme les vibrations d’une
I cloche se propagent dans l’air. Alors, si deux
i organismes présentent entre eux des analogies sympathiques, c’est-à-dire s’il existe dans ces deux organismes des mouvements I vibratoires de même nature, comme ceux de deux diapasons identiques, ou de deux I plaques de téléphone, le mouvement de l’un I ébranlera l’autre, il y produira des effets
semblables à ceux qui lui ont donné naissauce.
(( Puisque nous savons aussi que des localisations cérébrales existent dans le cerveau, nous pouvons en conclure que chaque partie de Pencéphale a un mouvement dynamique qui lui est propre, de sorte qu’à chaque idée correspondrait un mode particulier de mouvement, et dès lors, nous pouvons supposer que lorsqu’un genre particulier de mouvement s’extériorise chez le magnétiseur, il détermine chez un individu en rapport avec lui des mouvements périspritaux qui éveilleront dans son cerveau des idées semblables. »
()uel tourbillon d’hypothèses gratuites!
Tout ce que l’auteur atlirme sur le rôle de l’énergie nerveuse dans la production du mouvement de l’association des idées, sur les vibrations du périsprit, sur le mouvement dynamique propre à chaque partie de l’encéphale, sur la propagation des périspritaux, sur les vibrations harmonicjues de deux cerveaux, tout cela appartient au domaine de la fantaisie et ne présente aucune rigueur scientifique, malgré rincontestable bonne foi de celui qui essaie ainsi de nous convaincre, et nous pouvons lui rappeler, sans manquer aux égards, qu’il mérite cette sage parole de Flammarion :
(( Quant aux explications, il est sage de n’y point prétendre. On est dupe, en général, sur ce point, d'illusions assez singulières, »
La Civilta cattolica réfute ces sophismes avec une grande autorité, nous reproduisons
volontiers son argumentation en la complétant ^
Dans la télépathie il faut que l’agent expéditeur soit doué d’une grande puissance pour envoyer sa dépêche psychique, comme un rayon solaire ou un courant électro-magnétique, juscpi’à rextrémité du globe : en télépathie, l’espace, contrairementà ce qui se fait dans tous les phénomènes pliysiques, ne compte pas et la force ne s’épuise pas.
Or, qui envoie celle dépêche psychique?
C’est quelquefois un enfant à la mamelle, un enfantdequelquesmois; c’est un mouranb qui se débatdansles convulsionsde l’agonie, haletant et épuisé, c’estun naufragé,c’estun voyageur écrasé, quelquefois même, c’estun mort; comment donc pourraient-ils posséder et dépenser assez d'énergie pour lancer jusqu’à l’extrémité du monde, et simultanément sur [)lusieurs points du globe, des vibrations (pii font connaître leur état à leurs parents ou à leurs amis?
Comment un enfant qui apparaît et cpii parle à une trcsgrande distance pourrait-il diriger avecuneexactitude mathématique le rayon parti de son cerveau, calculer avec la science d’un ingénieur la dislance qui le sépare de la personne (pi’il veut impressionner, (|uand il ignore lui-même le lieu où se trouve
' Civilta cattolicay 2 giugno 1900. Parmi les argujnents exposés dans celle Revue ilalieime, par le P. Pranco, il en est quelques-uns que nous ne pouvons pas admellre. Nous faisons nos réserves.
acluelleinenl celte personne, mesurer exactement la force impulsive qu’il faudra donner à la vibration pour qu’elle ne reste pas en deçà ou (ju’elle n’aille pas au delà du destinataire. Comment fera-t-il pour isoler la vibration qui porte sa pensée, et rempèclier d'ètre arrêtée et reçue par les organismes sympatlii(iues qu’elle va rencontrer sur son chemin, comme font les physiciens dans la télégraphie sans til? Est-ce que ce travail qui se produirait d’ailleurs sans que l’expéditeur en ait conscience n’est pas absolument au-dessus des forces de cet enfant, de cet agonisant, de ce défunt?
8i vous abandonnez riiypothése de la vibration, si vous supposez (jue mon cerveau rayonne comme un phare ou comme une étoile, et envoie au loin des ondes sphériques, la dilïiculté reste toujours la même.
Quel est le physicien qui oserait prétendre qu’une imperceptible molécule de mon cerveau puisse, sans que je le sache, produire une onde sphérique, qui porte ma pensée à travers les montagnes, les mers et les plus longues distances? N’est-ce pas un roman d’attribuer cette puissance dynamique immense à une molécule de mon cerveau?
Et nous n’insistons pas sur cette considération importante que plusieurs personnes, placées dans des régions différentes, séparées par des fleuves ou des montagnes, ont eu simultanément la même vision; elles ont vu, au même instant, ce naufragé, ce moribond,
ce blessé qui leur était uni par l’amitié ou la parenté. Il serait bien diHicile,il serait impossible d’expliquer comment une même dépèclic psychologique, onde magnéticiue ou vibration, a pu parvenir ainsi, tout à coup, en deux endroits différents, et, par un choc cérébral, merveilleusement approprié, éveiller une idée, faire apparaître une image, reproduire une scène de naufrage ou de mort dans un autre cerveau.
Serronsde plusprès cette question, examinons rinsufïîsance et les contradictions de cette explication de la télépathie par la similitude ou la sympathie des cerveaux.
La théorie des vibrations cérébrales, rayonnantes dans l’espace n’est pas scientifique ; elle ne répond pas à la réalité des faits constatés, et elle ne résout pas le problème de la télépathie. Nous attendons une autre solution.
10 Elle n’est pas scientilique. On nous parle sans cesse, il est vrai, de téléphone, de léléphote, de rayons noirs, de matière radiante, de substances radio-actives, de vibrations de phonographes, de microphones, et l’on oublie l’écart infini qui se trouve entre ces découvertes physiques et la télépathie.
Dans ces grandes découvertes physiques telles que le téléphone et la télégraphie sans
fil, nous retrouvons invariahleinent une cause matérielle, un moyen matériel, un elfet pliysique et matériel, le télégraphone luiméme n’échappe pas à ces conditions nécessaires, car il nous faut les vibrations de la voix humaine et fenregistrement de ces vibrations par un métal.
Ce n’est pa^ tout. Dans ces découvertes le phénomène voulu se reproduit invariablement avec une exactitude mathématique, et la précision de nos calculs n’est jamais en défaut. Que nous prenions un téléphone ou un appareil télégraphique, nous connaissons le résultat que nous voulons obtenir, noussavons que nous l’obtiendrons en vertu de l’harmonieuse cônstance des lois de la nature, et la science nous donne sur tous ces points ses infaillibles renseignements.
La régularité de ces phénomènes nous apprend que nous sommes ici dans l’ordre des forces et de la matière, dans l’ordre physique soumis aux lois de la nécessité. Rien ne rappelle l’intervention irrégulière, capricieuse et quelquefois troublante de la liberté humaine ou d’un agent étranger.
Il en est ^out autrement dans la télépathie.
Les psychologues prétendent qu’il faut trouver deux cerveaux sympathiques, deux org<inismes qui présenteront des mouvemenis vibratoires de meme nature, comme ceux de deux diapasons identiques, ou de deux plaques de téléphone. Quand on aura trouvé ces deux organismes disposés à vibrer à
Tiinisson, ([ue faudra-t-il faire? Voici la réponse d’un ardent défenseur de cette théorie :
« Lorsque Ton veut agir à distance, il faut se recueillir, concentrer sa pensée pour amener un dégagement partiel de Tàme et permettre à la vibration périspritale qui est le corrélatif de la pensée^ son support matériel, de s’extérioriser ^ »
Nous pouvons ramener celte théorie à cette simple proposition : Lorsqu’on veut agir à distance, il suffît de concentrer sa pensée; le reste suit et se produit fatalement.
Je demande à tout esprit sérieux si l’on peut faire un rapprochement, si l’on peut reconnaître une similitude, une analogie (juelcon(|ue, entre cette théorie qui appartient à l’ordre psychique et la théorie physique du phonographe, du téléphone ou de la télégraphie sans lil. Est-ce que les différences ne sont pas profondes, essentielles entre le principe ou le générateur, les moyens et les elfets? Peut-on attribuer une valeur scientilique à une théorie qui prétend identiüerun {)hénomène physique et le phénomène moral de la volonté ?
Si vous tenez compte des rapports de sympathie ardente et de communauté d’organisme qui existent, par exemple, entre une mère et son enfant, vous pouvez assurer,
‘ Revue scientifique et morale du spiritisme^ p. 78 (1900).
sans orainte de vous Uoinpcr, que l’on trouvera sur la terre des milliers et des milliers de cen^eaiix sympathiques et d'organismes qui iubrent à l’unisson : entre la mère et l’enfant, il y a assonance, disposition à vibrer à l’unisson.
Si votre théorie est vraie, toutes les fois qu’une mère concentrera son attention, et pensera fortement à son enfant, quelle que soit la distance, elle pourra lui communiquer ses pensées, ses sentiments, et déterminer dans son cerveau des vibrations conformes à celles qu’elle a fait naître dans son propre cerveau.
Cependant, elle fera cette expérience vingt fois, cent fois, et elle n’obtiendra aucun résultat, elle ne pourra jamais prédire avec certitude (ju’elle réussira. Rien ici ne rappelle la permanence des loistjui président à la production des |)liénomènes physi(|ues de la nature: et si, par hasard, vous réussissez une fois, vous en chercherez la cause ailleurs, en dehors du monde matériel.
L’expérience nous apprend que la télépathie peut exister entre des êtres dont les cerveaux ne sont pas sympathitiués — les faits sont nombreux — et qu’elle n’exipte pas, malgré des ellbrts persévérants, entre deux personnes dont l’organisme présente les plus grandes analogies.
L’expérimentateur (jui concentre sa pensée et réussit à envoyer un message psychiijue est le plus souvent un homme qui appelle un
esprit et qui en fait son messager. Mais l’esprit n’est pas à ses ordres; il obéit quand il lui plaît : de là une grande irrégularité dans les phénomènes obtenus.
La télépathie ne présente donc aucun des caractères nécessaires à la produclion d’un Ç>hénoniène scientifique, elle constitue un phénomène bizarre, irrégulier, capricieux, en opposition absolue avec la régularité harmonieuse et la permanence des lois générales de la nature ; elle révèle la réalité du monde invisible et l’intervention d’une cause mystérieuse qui appartient à un autre plan.
Et les psychologues qui prétendent en trouver l’explication dans la théorie des cerveaux et des organismes sympathiques entassent hypothèses sur hypothèses sans se préoccuper des exigences les plus légitimes de la crilicjue et de la science.
En elfet, il n’est pas démontré que chaque pensée, chaque idée abstraite ou concrète, particulière ou générale, contingente ou nécessaire fasse vibrer telle ou telle cellule de notre cerveau. Que l’encéphale soit actuellement nécessaire à la production de nos pensées, j’en conviens : mais rien ne permet de supposer que chaejue molécule cérébrale soit affectée à tel ordre de pensées, et ne soit jamais remplacée dans sa fonction par d’autres molécules indéterminées pour nous.
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Il n’est pas démontré que chaque vibration moléculaire, si elle existe, s’extériorise et se propafçe sous forme d’ondes psychiques, portant avec elle, à travers l’espace, une idée, une image ou un sentiment. Il y aurait un mouvement moléculaire qui déterminerait un mouvement dans l’éther, mais le mouvement ne ressemblerait en rien à la parole, à l’écriture, aux traits conventionnels d’un appareil Morse. Nous serions dans une profonde ignorance touchant la nature et les significations de ces mouvements. Si nous comprenons le sens de la parole, de l’écriture, d’un signe conventionnel, c’est qu'une longue éducation nous a appris à connaître ce langage.
Or, nous n’avons jamais appris à connaître l’idée, la proposition, le sens attaché à une vibration de notre cerveau, ou d’une molécule de notre cerveau qui reçoit le choc ou la commotion d’une onde psychique. Entre ce choc que je reçois dans mon cerveau et l’idée que je conçois, la voix que^^ntends, la scène qui se déroule devant moF^ y a un abîme infranchissable.
Il n’est pas démontré que les mouvements de l’éther déterminés par les vibrations cérébrales ne se perdent pas dans le torrent de vibrations analogues produites à chaque seconde, autour de nous, et sur tous les points du globe, parles millions de créatures qui pensent, veulent, agissent comme nous et qui projettent comme nous, dans l'espace sans bornes, leurs propres vibrations. Il faudrait tenir compte aussi, et de la conversion (les forces, et de l’attraction exercée sur nos messages par des organismes semblables au neutre, et des résistances de la distance, et des interférences, et de la réfraction et des perturbations de l’atmosphère, etc.
Il n’est pas démontré que notre volonté soit douee de la puissance de diriger ces ondes Justpi’à la personne que nous désirons avertir d'un événement important, d’un accident heureux ou malheureux. Rien ne prouve même ([ue ce soit ma volonté (jui lance, par un grand effort, ma pensée vers un autre eerveau uni au mien par la sympathie, l’amitié ou le sang. Très souvent, au contraire, cette communication à distance se fait spon-
lancment, mécaniquement, sans que ma volonté y soit pour rien. Un homme tombe, frappé à mort. A cent lieues sa mcre le voit mort, et fait un grand cri. Le mort n’a pas eu la volonté de lancer une onde psychi(iue à travers l’espace, il n’y a pas pensé.
Il n’est pas démontré que l’onde psychique, hypothétique, arrivée à destination, frappe précisément, par une aiïinité élective, la molécule cérébrale (toujours hypothétique), qui fera naître dans l’ànie du destinataire la pensée exprimée et envoyée. On a pu constater qu’une personne a eu le pressentiment subit d’un grand malheur arrivé à un parent, à un ami, maison n’a jamais vu deux personnes, séparées par une grande distance, correspondre entre elles, directement, et à volonté par cette émission d’ondes psychiques donl on atTirme, cependant, la réalité. Si cette communication était un/ai^ scientifique, matériel, constaté, il serait facile de le reproduire comme tout autre phénomène physicpie, connu et constaté; il sulTirait de mettre en vibration telle molécule de notre cerveau, et de la diriger, par un acte violent de volonté, vers la molécule cérébrale correspondante d’une autre personne; une telle découverte laisserait bien loin derrière elle la découverte de la télégraphie sans fd.
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C’est ainsi qu’eu regardant de près ces hypothèses bruyantes, aux a|)parences scientiü([ues, on en saisit l’insudîsance, les contradictions, l’incohérence ; et l’on reste stupéfait de l’orgueilleuse crédulité de l’esprit humain.
La théorie des cerveaux sympathiques et des vibrations n’est donc pas scientifique, j’ajoute qu’elle n’explicjue pas les faits de télépathie, et qu’au point de vue pratique comme au point de vue théorique, elle ne résiste pas à l’examen.
Sous le nom de phénomènes télépaUiiques, on a groupé des faits de nature diverse, et pour éviter toute confusion, nous essayons ici de les classer.
Les morts. — « C’était en juin 1896. Pendant les deux derniers jours de mon séjour en Italie, ma mère est venue me rejoindre à Home et habitait près de l’Académie de France. Un jour, je la vis arriver, toute bouleversée, vers 8 heures du matin. Comme je la questionnais, elle me répondit qu’en faisant sa toilette, elle avait vu lout d’un coup,à côté d’^le, son neveu René Kraener qui la regardait et qui lui dit en riant : Mais oui, je suis bien mort!
«Trèseffrayée decetteapparition, elle s’était
empressée de venir me rejoindre. Je la tranquillisai de mon mieux, puis j’entretins la conversation sur d’autres sujets.
« Quinze jours après nous rentrions à Paris, après avoir visité une partie de Tltalie, et nous apprenions alors la mort de mou cousin René, arrivée le I9 juin 1896, dans l’appartement que ses parents habitaient rue de Moscou, 3 i. Il avait quatorze ans.
c< J’ajouterai que lorsqu’il est 6 heures du matin à Paris, les horloges de Rome, par suite de la différence de longitude, marquent 7 heures, et que c’est précisément vers ce moment là que ma mère eut cette vision ^ »
L’enfant étant mort quand l’apparition télépathique s’est produite, il est évident qu’il n’a pas envoyé à sa tante une onde psychique par l’intermédiaire de son cerveau en décomposition.
Télépathie multiple, — Il arrive quelquefois que l’avertissement télépathique est reçu simultanémentpar quelques personnes assemblées.
« Plusieurs personnes étaient réunies à un déjeuner à Andlan, en Alsace. On avait attendu le maitre de la maison qui était à la chasse, et l’heure se passant, on avait üni par se mettre à table sans lui, la dame du logis déclarant qu’il ne pouvait larder à rentrer. On
1 J’emprunte ces récits à M. Flammarion, LTnconnu. On compte ces faits par milliers.
commença le déjeuner comme en devisant de choses joyeuses, et Ton comptait, d’un instant à l’autre, voir arriver le retardataire.
« Mais l’heure marchait toujours, et l’on s’étonnait de la longueur du retard, lorscjue, tout à coup, par le temps le plus calme et le ciel le plus beau, la fenêtre de la salle à manger, qui était grande ouverte, se ferma violemment et avec un grand bruit, et se rouvrit instantanément.
« Les convives furent d’autant plus surpris, stupéfaits, que ce mouvement de la fenêtre n’aurait pu se produire sans renverser une carafe d’eau posée sur une table, devant la fenêtre, et que cette carafe avait conservé sa position. Tous ceux (jui avaient vu et entendu le mouvement n’y comprirent absolument rien. « Un malheur vient d’arriver ! * » s’écria la maîtresse de maison.
« Le déjeuner s’arrêta là. Trois quarts d’heure après, on rapportait sur une civière le corps du chasseur (jui avait reçu une charge de plomb en pleine poitrine. Il était mort prescjuc aussitôt, n’ayant prononcé que ces mots : « Ma femme, mes pauvres enfants! »
La vibration d’une molécule cérébrale n’aurait pu produire ce mouvement violent de la fenêtre et laisser debout la carafe d’eau. L’onde psycliique obéissant à la loi des organismes sympathiques, devait se diriger exclusivement vers la maîtresse de la maison. Le cerveau des étrangers ne remplissait les
condilions nécessaires à l’attraction nerveuse. Il est [)rol)al)le, d’ailleurs, que le chasseur était déjà mort quand il a donné à ses amis ce suprême avertissement.
Clair(iWyance, on me à distance, — « J’allais, tous les malins à Cette, conduit par une voiture louée au mois, qui venait me chercher à 8 h. 1/2 du malin. Or, un jour, je m’éveillai à 5 heures après un rêve horrible, devenais de voir une jeune fille tomber d’une fenêtre et (jui s’était luée sur le coup. Je lis part decerêve à ma famille : il était 7 heures, c’était le moment où tous se levaient. Je descendis au jardin, attendant la voiture (pii devait me prendre vers 8 heures, comme d’habitude, mais elle n’arrivaqu’à 9 h. 1/2. Je me fâchais de ce retard qui me gênait pour mes affaires. Mais le cocher me dit que s’il avait remplacé son maître (jui avait l’habitude de venir me prendre, c’est que, le malin même, à 5 heures, sa lille (de dix ans, je crois) était tombée de la fenêtre, et était morte. Je n'amis jamais vu cette jeune fille, »
On ne peut expliquer cette vue à distance, ni par une coïncidence fortuite, ni par les vibrations du cerveau. Je n’insiste pas.
Prévision de lavenir, — « Le 19 se[)tembre, une femme nommée Ducoussat disparaissait, à Castres, dans des condilions étranges. Jnlia (une voyante) fut consultée le 20 novembre, elle répondit (jue eelte
femme avait été coupée en morceaux, qu’on avait enterré ses restes dans une vip^ne, et que l’assassin pris de remords, se livrerait lui-mémeà la justice. Le lendemain 3 octobre, l’assassin se dénonça. Tout ce qu avait dit la voyante fut reconnu exact.
« Consultée à propos d’un homme disparu, elle répond que cet homme avait l’habitude de boire, que, rentrant chez lui par une nuit très noire, il s’était noyé dans une rivière, et que, dans huit jours, son cadavre remonterait sur l’eau. En effet, huit jours après, le jour de Pâques, le cadavre,.^seveli dans la vase, apparaissait *. »
Comment cette voyante a-t-elle pu voir les détails du crime et de l’accident? Comment a-t-elle pu savoir que l’assassin se dénoncerait, et que le noyé ne remonterait à flot que dans huit jours? Essayez d’applicpier à ces faits la théorie des vibrations sympathiques, des organismes similaires, vous sourirez de ces explications où la fantaisie tient plus de place ([ue la raison.
C’est ainsi que ces phénomènes de clairvoyance, de pressentiments, de connaissance de l’avenir que l’on désigne à tort sous le nom générique de télépathie sont inexplicables et incompréhensibles, en dehors de l’enseignement Ihéologique et de la croyance
* Paul Fescii, La Voyante de la place Saint- Georges,
à raclion des bons et des mauvais anges qui remplissent l’espace et s’intéressent à notre vie.
Les hypothèses pseudo-scientifiques inventées par les adversaires irréductibles et violents du surnaturel sont autrement invraisemblables, insuffisantes, inintelligibles que l’enseignement lumineux, reposant et traditionnel de notre foi.
Mais quand vous parlerez de bons et de mauvais anges, le public ne vous écoulera pas; si vous parlez d’esprits, éléiiæntaireSy élémentineSy élémentaux, il vous prêtera quelque attention; et si vous faites intervenir la matière radiante, tes rayons cathodi(jues, les substances radio-actives, tes vibrations périspritales, vous aurez le droit de directes sottises : on vous tiendra pour un savant, on vous appellera maître, et le public applaudira. Oh! la piperiedes mots !
Je reconnais volontiers que certains philosophes scolastiques de notre temps affirment la possibilité de la projection d une image d’un cerveau à un autre cerveau. Il ne saurait être ((uestion de la transmission de l’idée qui résulte d’un travail particulier de lYime sur les images transmises par les organes sensoriels. L’idée ne se transmet pas de cette manière.
11 serait donc vraisemblable, selon ces auteurs, (jue je n’ai besoin ni du geste, ni de la parole, ni de l’écriture pour faire passer une image de mon cerveau dans le cerveau
d’une autre personne qui n’a pas élc prévenue.
<( list-il si contradictoire, écrit un philosophe scolastique, (pi’une image matérielle puisse, par l’intermédiaire d’une substance matérielle, exciter une image matérielle semblable? Il est démontré actuellement que la suggestion mentale existe, et il est tout au moins imprudent de combattre au nom de la foi, et en se raillant des théories spirites, une théorie qui n’a rien de compromettant et qui est sur le point d’ctre admise comme naturelle. »
Ce même écrivain ajoute : a Que les faits si troublants d’hypnotisme soient naturellement explicpiés par la suggestion, il est facile de le démontrer clairement, et personne n’en doute plus sérieusement aujourd’hui •. »
Je prends cette citation dans une revue scolastique dirigée avec talent par un fervent disciple de saint Thomas.
Nous retrouvons cette même affirmation dans une revue scolastique française très répandue :
« Pounjuoi la communication, non pas des pensées, mais des sensations au dehors, de cerveau à cerveau, par un intermédiaire physique, serait-elle condamnée a priori^ au nom de la raison? Nous ne le voyons pas.
La sensation est à coup sur un phénomène
* Revue néo-scolastique de Louvain. Dixième année,
p. iii.
qui coiîsisle peu ou prou dans un mode de vibration de la matière. Qui prouvera ([ue deux cerveaux ne peuvent, sous une impulsion convenable, vibrer à l’iinisson?
(( De même qu’un piano transmet ses propres vibrations aux cordes du piano voisin exactement montées aux mêmes tons, de même on peut imaginer qu’un cerveau, qu’une sensibilité humaine qui vibre, peut transmettre son mouvement vibratoire à une autre sensibilité voisine réceptrice, convenablement disposée (accordée) pour être impressionnée de la même manière.
c< Oui, mais à la condition, métaphysiquement nécessaire, ([u’il y aura un milieu, un moyen de transmission d’un poste à l’autre.
Et voilà le point faible de l’hypothèse. »
Est-il vrai que l’image soit une réalité matérielle, une molécule de notre cerveau? Nous ne te pensons pas. Je revois dans la solitude et la mélancolie de mes souvenirs mon village, mon église, mon vallon et les collines qui le protégeaient en l’enveloppant de leur verdure. Voilà des images que je vois distinctement, que je reconnais sans hésitation, qui ne perdent jamais la fermeté de leurs contours.
Quelle est la nature des ces images? Oii sontelles aujourd’hui?
Vous me répondrez que j’ai vu autrefois ces objets, aux jours lointains de mon enfance, qu'ils ont fait impression sur ma rétine et dans les profondeurs du nerf opti(iue, qu’ils ont imprégné et fait vibrer une molécule de
mon cerveau, que celte molécule persiste en moi, vibre encore, et que l’image n’est pas aulre chose ([uecetle vibration souciée à une molécule, et excitée de nouveau par des circonstances déterminées.
Mais, j’ai déjà répondu que la molécule cérébrale c[ui était en moi, qui a vibré autrefois, (jui a reçu le choc ou l’impression des objets extérieurs cpie je viens de décrire, celle molécule n'exisle plus, elle n’est plus dans mon cerveau, elle ne fait plus partie de mon corps, elle a élé emportée et balayée dans le tourbillon vital. Ceci est absolument certain.
Donc l’image n’est pas une molécule de mon cerveau, une vibration de celte molécule, une réalité matérielle qui persiste en moi, et qui survit à tout. L’image est autre chose cpie mon organisme, autre chose (pi’une molécule vibrante, et, si elle persiste, après que le phénomène de la perception s’est épuisé, il faut bien reconnaître qu’elle n’est |)as corporelle, (|u’elle n’est pas dans l’écorce cérébrale, (jirelle est autre chose, et qu’elle est ailleurs.
Tout le monde connaît l’expérience d’IIelmholtz sur la résonance du son. Tout corps susceptible de rendre un son se met de luimème en vibration lorsque ce son est produit
clans son voisinage. « Si Ton jonc un morceau de violon près d'un piano, en prenant son accord et retirant rétouiroir, on entend les cordes de celui-ci résonner chacune à leur tour suivant les notes produites par le violon. » L’ex[)érience des deux cordes tendues sur le sonomèlre conlirme cette démonstralion. Mais la communication mécani(|ue entre les deux cordes se lait par les ondes sonores que la viliration a provocpiées. Le moyen de commiinicalion nous est connu.
Nous le voyons, nous constatons son action.
Mais nous ne voyons pas ce milieu dans la communication imaginative à distance.
On a beaucoup parlé des rayons N du (Miarpentier, ces rayons qui s’échap[)ent de notre cerveau, de nos centres nerveux, sous l’elFort de la volonté pour se traduire en lumière sur certaines placjues. C’est sans doute une belle découverte (jui nous réserve d’autres surprises, mais, ([uelle témérité dans les conclusions [)sychi(pies que l’on se hiite d’en tirer !
« Imaginez deux àmes sœurs, habituées à penser, à vouloir, à aimer ensemble, elles sont liarmonieuses entre elles. Que la pensée intime émane de l’une d’elles en rayons N, en vibrations psychi(jues, voici Tautre, qui reçoit ces vibrations et qui, elle-même, pense, veut et aime la môme chose. C’est la télépathie expliquée. Il n’y a plus de miracle dans les communications lointaines. »
Rien ne justiüe ces conclusions vertigi-
nciises qu’un matérialisme serait trop heureux de défendre. L’émission des rayons N par les eentres nerveux est un phénomène physique, matériel. La propagation de ees rayons est eneore un phénomène physique.
Leeontaetde ees rayons avee un autre eerveau organisé pour les reeevoir est aussi un phénomène physique qui relève des lois de la seience et (jui reeevra, sans doute, de nouvelles expériences une plus grande précision.
Il faudrait donc commencer par démontrer que la pensée est un rayon N, un phénomène matériel, qu’elle n’a[)partient pas à l’ordre immatériel comme l’ont toujours enseigné les philosophes spiritualistes les plus célèbres, et qu’il n’y a aucune dilférence entre la transmission de la pensée et l’émission d’un rayon parles centres nerveux. Il nous semble inutile de réfuter ici ces assertions.
Que le cerveau émette des rayons dont la nature n’est pas encore sulFisamment connue, c’est un fait incontestable, mais que ces rayons matériels soient des idées, voilà ce qui serait en contradiction avec la^science et la raison. Que ces rayons soient des images, rien ne le prouve. Les images d’un passé lointain que J'évoque par le souvenir ne font pas partie de mon cerveau.
Dans la suggestion J’agis par la parole sur le cerveau d’un sujet qui m’entend, et Je fais apparaître des images, quelquefois même les images les plus bizarres. Ne confondons pas la suggestion mentale et la télépathie imagi-
native, il y i\ df lro|> grandes diilerenees entre ces (l(‘nx (Uats,
Les partisans de l’opinion mitigée ou intermédiaire prétendent que la transmission de l’image ne peut se faire (ju’à une courte distance : « M. X... est à Paris, y... le médium est à Marseille. Nous renonçons, pour notre part, dit VAmi du Clergé^ à imaginer cette sorte de télégraphie sans ül qui mettrait deux cerveaux en communication sans qu’il soit possible de comprendre où est, et eu quoi consiste le milieu de transmission. »
Le même auteur conlirme ainsi son hypothèse : « Qui a jamais pensé à nier le caractère tout naturel de la fascination qu’exerce le chien couchant sur le gibier, et d’une foule d’autres phénomènes analogues? Il y a une mystérieuse communication de je ne sais quoi, qui, par je ne sais quel moyen, transmet d’un terme à l’autre une impression matérielle due certainement à un mouvement moléculaire quelconque.
(( Rien n’empèche d’admettre qu’il en est ainsi, tantôt régulièrement, tantôt par circonstances occasionnelles rares, dans le monde humain. Mais, de meme qu’on n’imagine pas un chien, arrêtant de Marseille une [)erdrix dans les tirés de Rambouillet, de même il est inintelligible qu’un homme transmette et
- Yti -
reçoive des pensées à longue distance »
Qii il existe une certaine action matérielle à distance, parmi les êtres vivants, personne aujourd’hui n’oserait le contester. Le chien d’arrêt tascine la caille ou la perdrix : le serpent fascine l’oiseau; riiomme, dit saint Thomas, peut aussi fasciner un entant, et produire les effets du mauvais œil; certaines maladies contagieuses se transmettent aussi tà distance dans les éi)idémies.
On connaît aujourd’hui assez exactement le milieu qui sert de véhicule à rinq)ression projetée, tandis que nous ne voyons (pie les deux termes du phénomène par l’organe des sens. Qu’il soit question de mauvais œil, de fascination ou de contagion, la théorie naturelle des vibrations noussuflit.
Mais, il est évident (lu’il n’en est pas de même du milieu cpii unit le sujet et le médium, celui qui expédie l’image et celui cpii la leçoil. Nous ne connaissons j)as ce milieu, nous n’avons jamais constaté son existence, on suppose qu’il existe pour expliquer la télépalhie imaginative à de courtes distances, mais on se trouve dans l’impossibilité d’en démontrer la réalité.
J’ajoute (jue si cet intermédiaire existe, il n’offre aucune ressemblance avec le milieu (|ui nous permet, par exemple,d’expliquer la fascination de l’oiseau par le serpent. C’est un milieu d’une autre nature que l’on tente
VA mi du Clergé, 7 janvier 1904, p. ii.
aujourd’hui de désig'uer sous le nom iVonde psj^chiqiie, sans trop savoir ce que Tondit.
Quoi (pTil en soit, si les milieux de propagation sont si profondément différents (pTil n’est [)as permis de conclure de Tun à Tautre, (piand on a démontré que la fascination ne peut avoir lieu (ju a proximité, entre deux êtres ([ui se voient, s^enlendent, ou se touchent, on n’a pas démontré que la conmuinication de Timage ne peut pas avoir lieu entre deux êtres séparés par une plus longue distance, on n’a pas démontré Tidenlilé de 1 onde psychique et de la vibration produite par les yeux du serpent.
Aussi nous voyons certains spirites se contenter volontiers de cette opinion mitigée. On nous accorde, disent-ils, que Taertion télépa- Ihitpie à courte distance est possible, cela nous sullil, le principe est admis, le reste suivra.
Le reste, ce n’est pas seulement la transmission de Timage à de longues distances, c'est aussi la transmission de la pensée, c’est la télépathie.
L’auteur déjà cité s’eflVaie lui-même, à un autre point de vue, desconsé(|uencesde Topinion mitigée. Je ne voudrais pas négliger cet argument.
« Concevez-vous, nous dit-il, le bouleversement [)rofond, la confusion, les impossibilités sociales, la ruine et la contradiction même de la vie humaine que seraient les communications de pensées par le système des
ondulations cérébrales? Que le créateur ait mis dans son œuvre un pareil élément de désordre humain, voilà ([ui semble déjà fort inadmissible a priori, plus inadmissible encore a posteriori si l’on songe que ce renversement des affaires de rimmanité viendrait, apres une centaine de siècles, détruire toute la [)sychologie, toute la critériologie, tout l’équilibre de la science et de la foi... Pénétré un peu à fond, cet argument a une incontestable valeur pour confirmer les autres. »
Les observateurs favorables à l’hypothèse de la projection des images, de la suggestion mentale ont bien soin de nous avertir que l’hypothèse ne s’appli([ue qu’à de courtes distances, qu’on ne pourrait jamais s’en servir pour expliquer, par exemple, les phénomènes à longue distance. Ils insistent sur cette différence ([ui leur parait fondamentale.
Mais, c’est précisément cette distinction qui m’échappe et qu’on ne justifie pas. Si vous admettez que je peux communiquer mentalement^ par des ondes encore inconnues, avec une autre personne, placée à trois ou (juatre mètres de moi, je demande sur quoi vous vous appuyez pour prétendre que cette onde psychi([ue s’arrêtera à cette distance, pourquoi elle ne peut pas aller plus loin,
poiir(jnoi elle s'épuise ainsi dans le transport de rimage.
En réalité, toutes les fois que l’on fait des expériences de ce genre, on constate que l’obslacle de la distance n’existe plus, dans les phénomènes qui se produisent, el 2® ([u’il y a communication d’images et (Vidées, contrairement aux affirmations des partisans de l’opinion mitigée.
Je ne rapporterai que ce fail récent (jue j’emprunte au célèbre professeur matérialiste Lombroso : « Quand il vit Pickmann, M. Uégis s’aperçut qu’il possédait aussi la lecture de la pensée et la vision à distance. Il fit alors des expériences, surtout avec ses sujets. Avec Tun de ces derniers, un certain Anibrogini, il parvint en effet à transmettre une pensée très simple, par exemple le nom d’une ville, ou plus facilement Vordre de K'^enir à lui à une heure et à une minute données; lu chose se passait même à la distance de cin~ qiiante mètres, et alors qu Ambrogini se troumit dans une autre rue »
Les faits de cet ordre abondent dans les livres de psychologie spirite et occultiste, ils échappent à toute explication purement naturelle, et ils se produisent invariablement, malgré l’obstacle de la distance et de la matière. Toutes les fois qu’il se produit un phénomène de télépathie, le phénomène rente indépendant de la distance.
^ César Lombroso, Annales des sciences psychi~ gués, (Septembre-octobre i()o 4 .)
CHAPITHK VII