CONCLUSION
On ne conteste plus aujourd’hui dans le inonde savant la réalité de certains phénomènes que l’on considérait aux siècles passés comme des inventions ridicules d’une imagination échauirée, d'une pieuse ignorance, ou de la superstition. Le rationaliste résiste encore aux mots de surnaturel et de miracle, il a peur du nom, mais il admet lachosc, et il essaie de faire entrer ces phénomènes troublants dans la catégorie des énergies de runivcrs dont nous ignorons encore la nature et les lois.
Le matérialisme a perdu ses positions; le spiritisme ne satisfait déjà plus les chercheurs hardis, épris de nouveautés, fascinés par le mirage de la science et ébranlés par ces grandes découvertes modernes qui semblent ouvrir devant nous des perspectives infinies.
Les dogmes chrétiens et les principes moraux de la philosophie spiritualiste traditionnelle répugnent également à ces chercheurs indépendants et égarés. Ils dénaturent les
dogmes chrétiens qu’ils ignorent; ils faussent les principes philosophiques qui, depuis tant de siècles, éclairent les routes de, l’esprit humain; ils obéissent à l’attrait de la nouveauté. Intraitables dans la critique des preuves qui soutiennent la vérité religieuse, ils acceptent avec la plus grande facilité, sans discussion et sans contrôle, les liypothèses les plus invraisemblables qui favorisent leur sentiment.
C est ainsi que Cari du Prel, Myers et d’autres philosophes de valeur inférieure écartent le matérialisme, le spiritisme, le christianisme et le spiritualisme philosophique; ils ont la prétention d'avoir découvert une démonstration objective, expérimentale, très solide de la survivance de l’àme et de sou immortalité. Du même coup, et par les mêmes arguments, ils ont essayé d’expliquer naturellement les prodiges et tous les phénomènes (|ue nous avons l'habitude de classer dans la catégorie du merveilleux ^
C’est pour eux un principe incontestable que 1 âme possède un corps astral qui participe aux qualités de l’éther. Les vibrations de l’éther expliquent les phénomènes de chaleur, de lumière, de magnétisme et
^ Cari DU PuEL, La Mori^ VAu-delà, la Vie da/is V Au-delà.
d’électricité qui se produisent sans cesse autour de nous, dans l’univers. Des vibrations expliqueraient aussi les phénomènes de lueurs, de ])oints lumineux, de boules de feu, etc., qui sont l’effet de notre corps intérieur et invisible, corps astral ou éthéré.
Nous avons constaté que certaines personnes avaient leur double et que l’on apercevait souvent, pendant des mois, des années, la présence d’une personne matérielle, concrète, vivante, dans une clraise, à un endroit déterminé, et la présence insaisissable de son double ou de son fantôme à un autre endroit. Quand on essayait de le loucher, il disparaissait.
Nous savons que des vivants apparaissent quelquefois sous forme de fantômes à d’autres vivants pour leur annoncer une mort prochaine ou les avertir d’un grand danger, d’une catastrophe imminente dont la réalisation se trouvera bientôt reconnue.
On a constaté que des morts apparaissaient aux vivants pour leur demander des prières, tantôt pour leur rappeler un engagement etleur demander un service, quebiuet’ois pour en obtenir justice et réparation, d’autres fois, enfin, pour les vexer, les tourmenter, les punir. Ce fantôme paraissait avoir conservé les pensées, les sentiments qu’il avait pendant la vie, il semblait continuer sous une forme différente, dans des régions inconnues, l’existence qu’il avait menée, sur la terre, aupr ès de nous.
Tous ces pliénomèiies s’expliqueraient, selon du Prel, de la même manière et avec la plus grande facilité. Pendant la vie, Tàme continue d’animer le corps physique que nous pouvons voir, toucher, sentir. Mais dans certains états particuliers, par exemple dans le somnambulisme naturel, le corps astral se dégage, se sépare du corps matériel; c’est lui qui apparail et qui produit le dédoublement anormal, accidentel qui nous étonne et nous ellVaie, parce qu’il est en dehors des conditions ordinaires de la vie.
Il arrive quelquefois, selon ce même auteur, qu'au moment de sa délivrance, quand il se sépare du corps physique, le corps astral se trouve profondément alfecté par un sentiment d’amour, de colère, ou de vengeance (monoïdéisme); il conserve ce sentiment dans les conditions nouvelles de son existence, après la mort, et il cherche à satisfaire son ressentiment en persécutant, par une espèce d’obsession ou d’envoûtement, le sujet dont il avait été victime pendant la vje.
Ce corps astral, qui participe à la nature de l’éther, peut se transporter en un instant sur les points les plus éloignés de l’espace, il n'est point arreté par les corps opaques, les plus durs, il voit les événements qui se succèdent loin de nous, il nous les fait connaître, il en garde le souvenir, selon du Prel et son école; il est doué des propriétés cachées dont quehjues-unes, seulement, nous sont connues : les autres propriétés se manifestent
quand l’astral dégagé, enfin, de la continuelle étreinte de son corps physique, retrouve par la mort un état nouveau et sa délivrance.
Avec ces philosophes le mot subconscient prend un sens nouveau. Il ne s’agit plus seulement des idées, des souvenirs, des images oubliées qui se réveillent subitement à des moments imprévus; ici, c’est tout autre chose, les phénomènes inconscients sont des actes, des mouvements de la substance cachée et vivante en nous, qui prend le nom de corj)S asiral.
Voilà donc le fondement de la nouvelle psychologie (jui doit expliquer tous les prodiges et tous les phénomènes surnaturels. La mort, selon les nouveaux [)sychologues, consisterait simplement dans un heureux changement d’état, sans douleur et sans violence:
le cor|)s matériel serait anéanti et disparaîtrait, le corps asiral jouirait enfin des facultés brillantes qu’il tient cachées pendant la vie, (pi’il ne laisse entrevoir que dans des circonstances exceptionnelles; le rêve du jisychologue n’égalera Jamais la réalité.
Quel est donc le fondement de ce roman?
Par (juelles raisons philosophiques et scienliti<pies veut-on prouver la réalité de cetle psychologie qui ex[)liquera tous les prodiges? Par quels arguments essaie-t-on de justilicr
ces accusations violentes, passionnées, contre renseignement catholique sur la nature de l’aine et de sa destinée?
Les nouveaux psychologues se placent en dehors de la question; ils nous citent des faits, ils multiplient les citations, ils rappellent des liistoires qui n’ont pas toujours subi, d’ailleurs, un contrôle sérieux, et ils nous disent : « Des centaines de témoins affirment les apparitions des vivants aux vivants, et des morts aux vivants. Ces témoins ont vu ces fantômes, ils ont pu les entendre, les toucher, constater leur présence et en prendre des photographies.
« Des témoins aussi sincères et aussi nombreux ont assisté à des phénomènes de lévitation. Ils ont vu des corps très lourds, des tables, des meubles s’élever dans les airs, sans contact, et à distance des témoins. Ils ont vu ces tables répondre d’une manière intelligente et quelquefois prophétique aux questions qui leur étaient faites. » — La logique conseillerait aux psychologues de dériver simplement de cette énumération cette conclusion : Donc, il est permis à un philosophe de croire à la réalité des fantômes, à leurs rapports avec les vivants, aux phénomènes de lévitation, etc.
Non, les nouveaux psychologues s’écrient :
<( Donc, il y a en nous deux personnages, Tun qui obéit, pendant la vie, au cerveau, nous l’appelons l’homme cérébral; l’autre en est indépendant, nous l’appelons l’homme astral,
et c’est à lui qu’il faut attribuer la responsabilité de tous les phénomènes merveilleux. »
Evidemment, ces conséquences ne dérivent pas des prémisses, et nous avons le droit de demander des preuves plus sérieuses pour croire à l’homme astral. Nous espérions que les nouveaux psychologues nous expliqueraient scientifiquement ta nature, Torigine et les lois des prodiges, notre attente est déçue, les psychologues n’expliquent rien.
Je ne donnerai qu’un exemple de ce vice de méthode qui est si fréquent dans l’argumentation des psychologues de l’astral.
« Il arrive fréquemment, écrit du Prel, qu’un mourant se trouve dominé (monoïdéisé) par une pensée qu’il emporte avec lui dans l’au-delà où elle conserve sa force dominante. Nous connaissons tous des centaines de narrations sur des apparitions qui se montrent dans un lieu où un crime a été commis.
La voix du peuple nous dit que le criminel est enchaîné à ce lieu en guise d’expiation.
Mais la véritable explication n’est point métaphysique, elle est psychologique.
« La mort est pour nous, plus ou moins, un saut dans les ténèbres, et le criminel mourant, qui suit sa conscience chargée et qui tremble peut-être de se voir condamné au feu éternel, se monoïdéisé au plus haut
degré et, entré dans l’au-delà, il transmet à son fantôme les sensations qu’il éprouve.
« Il se peut donc très bien qu’il soit attaché au lieu de son crime; mais ce n’est pas par l’ordre de la police transcendantale, c’est simplement par la force psychologique de son autosuggestion.
« Cela ne cliangerait rien au fait si, par exemple, le fantôme étant mort avec des idées métaphysiques spéciales, il faisait écrire dans une séance, par les mains du médium, qu’il souffre la torture comme punition pour son crime. Ces communications sont très fréquentes, et nos spirites laïques qui n’ont aucune notion d’une psychologie transcendantale, s’en rapportent aux expressions du fantôme et construisent leur métaphysique sur ces bases *. »
Vous avez sous les yeux un exemple de la méthode scientitique de certains psychologues contemporains. — Un homme commet un crime dans une maison abandonnée. Il meurt quelque temps après, dans le remords, la honte et l’épouvante. L’idée qui le domine et l’obsède le force à hanter la maison du crime. C’est son fantôme (|ue l’on voit.
Vous demandez des preuves de cette explication que l’on fait entrer solennellement dans la psychologie transcendantale, on n’en donne pas: on affirme tout, on ne prouve rien. On voudrait donc nous forcer à croire
* Le baron Cari du Prel, La Mori^ VAu-delà^ la Vie dans VAii-delà^ p. gc).
sur parole, sans la moindre preuve, qu'après la mort, il n’y a ni juge, ni sentence, ni purgatoire, ni ciel, ni enfer; que les pensées de noire vie terrestre se conservent et se conlinuent en nous, sans nous, malgré nous; que les grandioses et terribles nouveautés du monde où nous entrons après la mort ne modifient en rien les conditions de notre existence; (jue le remords ou la passion peuvent nous ramener sur la terre, aux lieux que nous avons habités, sans une intervention particulière de la Providence, comme ils ramènent, pendant la vie, Passassin au lieu de son crime; que le passage de ce monde dans l’autre et de l’autre dans celui-ci, sous la forme de fantôme, appartiennent à l’ordre régulier de la nature et ne doivent pas nous étonner.
Les psychologues qui raisonnent ou déraisonnent ainsi, sans nous donner même un commencement de preuve, avec une assurance imperturbable, ont la prétention de parler au nom de la psychologie transcendantale et de nous donner la seule explication scientifique, rationnelle des phénomènes merveilleux.
Tous les jours, dans une multitude d’endroits, des individus meurent dans un état de passion ou de colère qui bouleverse et monoïdéise leur cerveau : ils sont obsédés par une idée ou par une passion violente ; l’alcoolique, le joueur, le débauché, l’assassin peuvent mourir dans l’obsession d’une impulsion violente. Or, s’il était vrai qu’en vertu d’une
* loi générale, ordinaire de la nature humaine, les communications se continuent entre les ^ morts et les lieux qui ont été le théâtre de leurs passions ou de leurs crimes, on verrait ^ partout des fantômes, on constaterait plus souvent la présence des grands criminels,
- livrés au remords, dans le châtiment de l’autre , vie, et condamnés à rester, les yeux fixes, dans l’épouvante d’une contemplation vengeresse. 11 n'en est rien, ces phénomènes d’ap-
I parition sont rares, et nous n’avons aucune raison de croire que nous sommes en présence d’une loi psychologique empirique ou I transcendantale.
* Tous ces psychologues, si violents dans 1“ leurs attaques contre l’enseignement lumi- I neux de l’Eglise, si jaloux d’imposer leurs L hypothèses qui s’évanouissent quand on les 1 regarde avec attention, tous ces psychologues ^ nous font bien voir notre impuissance et la > vanité de nos tentatives indiscrètes. L’homme cherche à tromper sa douleur de ce qu'il a ^ perdu ou sa crainte de ce qui le menace: il I invente des systèmes, il enfle ses conceptions métaphysiques ou scientifiques, il cherclie L des mots nouveaux pour cacher l’insufïîsance f et la stérilité de ses rêves, il ne résoud pas I les problèmes dont Dieu s’est réservé le i secret.
En présence des progrès des sciences naturelles et des découvertes qui bouleversent nos connaissances, certains catholiques s’effraient, ils se plaisent à répéter cette objection banale des adversaires du surnaturel : Nous ne connaissons pas toutes les lois de la nature, attendons : l’inconnu d’aujourd’hui, c’est la science de demain.
Je ne comprends pas ces alarmes, et rien, dans les grandes découvertes de notre temps, ne nous oblige à modifier la conception traditionnelle du préternaturel.
Nous posons mal la question, il en résulte des obscurités qu’il est important de dissiper.
Nous voulons savoir si tel fait particulier, tel phénomène bien constaté est l’œuvre de l’homme, de l’ange ou du démon; à qui faut-il l’attribuer? Vous n’avez pas le droit de dire a priori et d’une manière absolue que tous les phénomènes, sans exception, sont l’œuvre de l’homme ou des énergies de l’univers. Cette prétention ridicule ferait sourire le savant, car notre ignorance est sans bornes; et tous les jours, de nouvelles découvertes nous apprennent que nous n’atteindrons jamais ici-bas les limites des connaissances humaines. 11 serait insensé celui qui dirait : Je sais tout ce qu’on peut savoir, et je déclare que le préternaturel n’existe pas.
Mais je sais d’une manière certaine que des faits dont je connais la nature, l’objet, les circonstances, le processus ne sont pas l’œuvre de l’iiomme et qu’il faut les attribuer à un autre qui n’est ni un homme comme moi, ni une force aveugle de l’univers, mais, un être intelligent dont j’affirme l’existence sans chercher encore à connaître sa nature et ses facultés, et je dis, en parlant de cet être : il est là.
Ainsi la guérison d’un aveugle-nc, la résurrection d’un mort, la reconstitution instantanée, dans un malade, des tissus rejetés, détruits, et des os éliminés, voilà, par exemple, des phéonmènes que le sujet ne peut produire ni par autosuggestion, ni par suggestion, ni sur la simple parole d’un autre homme, et je suis forcé de dire : Ce phénomène est l’œuvre d’un être intelligent et puissant. Or cet être n’est ni le malade, ni le mort, comme Lazare enseveli depuis quatre jours, ni faveugle de naissance qui, jamais, malgré sa foi robuste, n"a pu se guérir luimême, ce phénomène est donc l’œuvre d'un autre dont il reste à étudier la nature après avoir constaté sa réalité.
A mon avis, l’hypnotisme nous fait connaître le maximum de ce qu’on peut obtenir de l’imagination humaine. L’hypnotisé perd, provisoirement, et accidentellement, l’usage de ses facultés supérieures, il est sous le joug de son imagination qui produit en lui des mouvements automatiques que je ne peux
pas rappeler clans ces conclusions. Tout ce que l’imagination peut produire naturellement dans un homme, elle le produit dans le sujet hypnotisé.
Or, tous les savants qui ont fait une étude approfondie de l’iiypnotisme, ceux qui praticjuent, depuis longtemps dans les hôpitaux, l’hypnotisme thérapeutique et pédagogique, reconnaissent tous, sans exception, cju’ils n’ont jamais obtenu la résurrection d’un mort, la guérison d’un aveugle de naissance, la reconstitution instantanée d’un organe; ils rétablissent la fonction, ils ne renouvelleut pas instantanément l’organe, ce phénomène échappe à la puissance de notre imagination et à la suggestion de l’hypnotiseur.
Voilà donc des faits préternaturels que nous pouvons voir, constater et classer. Nous n’avons pas le droit de dire que, jamais, dans aucun cas, l’esprit humain ne peut discerner le préternaturel.
Ce qui reste vrai, c’est c^ue, dans certains cas, le préternaturel n’apparaît pas avec l’évidence qui commande l’adhésion de la raison, il est plus sage alors de s’abstenir.
Quand on aborde, en effet, le chapitre des visions, hallucinations, prédictions, des extases, des contractures, des paralysies, etc., il devient, trop souvent, presque impossible
de faire la part de^rimaginatiou et la part de l'extranaturel, de caractériser l’action profonde et générale du système nerveux bouleversé. Souvent, je le répète, en ces matières, il est plus sage de s’abstenir.
Quand on a vu dans une salle d’hôpital ces sujets malades, livrés aux impulsions désordonnées de leur imagination, ou des centres nerveux du cerveau, on reste confondu. C’est le corps qui se prête aux mouvements les plus extraordinaires, sauts, gambades, convulsions, et qui, haletant, cherche avec frénésie l’ivresse étourdissante de l’éther. C’est l’imagination qui passe des tableaux obscènes de la passion brutale et des habitudes lascives aux contemplations radieuses des âmes les plus élevées. Tout à l’heure elle se traînait dans la boue et dans l’ignominie, en ce moment, elle voit subjectivement des saints, des anges, une lumière ravissante, et le sujet croit entendre d’ineffables harmonies. Grandeur et décadence! Le dégoût monte aux lèvres, la terreur étreint le cœur dans la poitrine, on sort de ce spectacle, accablé des pensées les plus tristes, après avoir entrevu les profondeurs misérables de l’être humain.
Sortons de cet hôpital. Voici une tille honnête, chrétienne, elle s’est iiourrie de la lecture des visions, des apparitions, des prédictions trop répandues aujourd’hui dans le monde chrétien. Qu’un accident détruise l’équilibre de ce cerveau admirablement pré-
paré aux manifestations extraordinaires, et cette ülle vous dira d’étranges choses; elle dira qu^elle a vu la Vierge, elle décrira son visage et son costume : elle a entendu sa voix, elle en a reçu des ordres et des communications, elle lui a dévoilé l’avenir, une crise générale et le triomphe final de l’Eglise.
Images auditives, motrices, visuelles, olfactives s’entassent, se heurtent dans son cerveau, et forment la trame de ses visions et de ses prédictions. Elle dort éveillée, elle voit ce quelle a lu et entendu; elle donne une forme objective à ses visions. Vous la reconnaissez, il y a cent ans qu’elle nous promet le grand Pape et le grand Roi !
Il y a de vraies prédictions, de vraies apparitions, de vraies relations entre le ciel et la terre, c’est incontestable, mais, il y a aussi des contrefaçons de ces apparitions et de ces prédictions. S’il est vrai que les neurones conservent les images dans notre cerveau, que ces neurones agissent comme la fibre musculaire qui, après chaque excitation, devient plus apte à l’action, nous n’aurons pas besoin, dans bien des cas, de chercher en dehors du sujet, ou de la voyante, en dehors de son cerveau, l’explication du merveilleux! C’est l’imagination qui fait tous les frais de ces visions, de ces apparitions et des prédictions toujours suivies des déceptions les plus cruelles.
Il faut bien le reconnaître, l’attention des savants s’est portée sur ces phénomènes
inysliques, sur le rôle de rimaginalion, sur Taelion du cerveau, sur rinfluence du milieu, sur la puissance de l’autosuggestion; la science apporte aujourd’liui des éléments lumineux au théologien, et lui rend plus facile le discernement du préternaturel et de ses contrefaçons.
Il reste encore une classe de phénomènes que Ton voudrait attribuer à l’imagination pour exclure le préternaturel. Que d’hypothèses! que d’affirmations tranchantes! (]ue de systèmes bâtis sur le sable! Si vous constatez la réalité de certaines apparitions des vivants aux vivants ou des morts aux vivants, c’est, dit-on, l’imagination qui est victime d’une hallucination. Si vous essayez de comprendre la télépathie et les communications à longues distances, on invoquera encore l’imagination qui projette son corps astral; doué de facultés secrètes, il s’en va errant à travers l’espace, traversant lescoi ps, comme font les esprits, explorant les lieux et les choses et manifestant sa présence par des illuminations, par des coups frappés, par des avertissements mystérieux, par des bruits, des sons, des paroles qui troublent jusqu’au fond de l’ame celui qui les entend.
Nous voici donc en possession de deux corps, l’un qui nous met en communication.
par les sens, avec le monde exlérieur, maté- tf riel : c’est le corps que vous voyez, que vous ' touchez; l’autre, invisible, astral, doué de ^ propriétés inconnues, qui nous tient en communication avec le monde transcendant,^ ouvert à tous les phénomènes merveilleux.
Si les corps les plus lourds s'élèvent d’eux- ; memes et restent en l’air, si un homme plane * et passe au-dessus de vos têtes: si des instru- ' inents jouent des airs qui vous charment, sans le concours d’aucun artiste, si vous assistez à des phénomènes d’apport et de matérialisation, comme le prétendent des i témoins très sérieux, il sullira, pour en trouver l’explication, de recourir à l’hypothèse du corps astral et aux inépuisables ressources de l’imag^ination.
Gomment voulez-vous discuter avec des hommes (|ui ont une pareille intrépidité d’affirmation! Hs affirment à outrance, ils ne j donnent pas de raison, ils défient la discus- « sion.
Ce qui est précieux pour nous, c’est que ces hommes, si matérialistes, il y a quelques jours, si dédaigneux du préternaturel, si injustes envers les saints, si odieux dans leurs attaques contre la mystique divine, s’inclinent aujourd’hui et reconnaissent la réalité de ces faits troublants, ils entendent des voix lointaines, dont l’origine leur est encore inconnue. D’où viennent ces voix?
Qui connaît ces êtres immatériels, qui a pu observer et décrire leurs facultés, qui a
dcchiré le voile derrière lequel ils semblent vivre et nous appeler pour élever nos pensées et changer quelquefois Torientatiou de notre vie? Chercher la réponse à ces graves questions vaut déjà la peine de vivre, et suffit pour pour donner à notre existence une certaine grandeur.
J’ai relu, ce matin, cette étrange et inimitable expérience empruntée au Light, 1893,
« 4 février 1875. — Après être restés quelques instants en séance, nous commençâmes à entendre un son excessivement triste. Ou aurait dit le souffle plaintif du vent à travers une grille épaisse de fer. Le son augmentait sans cesse d’intensité; il avait en lui quelque chose de surnaturel; il donnait l’impression d’une plainte provenant de créatures plongées dans la douleur et la soulfrance. Nous étions tous effrayés*. »
Nous cherchons avec anxiété le sens de cette plainte ou de ce cri de douleur ([ui commence avec la vie humaine, pour se prolonger quelquefois au delà de la mort, dans des régions encore inconnues!
^ Annales des Sciences psychiques^ février 1900.