CHAPITRE IV
LK l*ROHLKAIli DU PRETERNATUREL
ET l’Évangile
Nous voulons savoir si, en dehors de ce monde matériel que nous connaissons par les sens, par la vue, Touïe, le tact et Todorat, il existe un autre monde que nous ne connaissons pas de la même manié re, par le canal des sens.
Nous voulons savoir si cet autre monde, composé d’autres créatures intelligentes, bonnes ou mauvaises, anges ou démons, se trouve en communication réelle, intime et mystérieuse avec nous, avec les habitants de notre univers.
Nous appellerons ces créatures préternaturelles. parce qu’elles se trouvent en dehors de notre nature, dans un autre monde, sur un autre plan. Le mot surnaturel a un sens différent, profond, un sens théologique d’un ordre particulier qui éveille les hautes pensées
de la grâce et de la vision intuitive. Il n’en est pas question en ce moment.
Nous appellerons préternaturels, extranaturels, surnormaux, les phénomènes (jui caractérisent les relations de ces mondes, de ces deux plans, et nous continuerons à réserver le nom de phénomènes naturels aux faits qui se produisent entre les habitants de ce monde dont nous faisons partie et selon les lois ordinaires de la nature.
Et ces distinctions qui n’ont rien d'arbitraire, de subtil ou d’abstrait éclairent déjà les préliminaires de cette discussion. Nous voyons qu’il existedeux mondes, que les habitants de l'autre monde ont des rapports entre eux, selon des lois qui nous sont encore inconnues, dans des conditions qui nous restent fermées, et des rapports avec nous dans des conditions que nous cherchons à connaître et selon des lois que nous essayons timidement de déterminer.
Cet autre monde de l’au-delà ne comprend pas exclusivement les anges et les démons, il comprend les bienheureux, les damnés, les décédés, (jui expient leursfautes dans le purgatoire, et, plus haut, les saints, les anges. Dieu.
Il faut savoir ce que vaut cette singulière aflirmation de Kant, qui sert d’épigraphe à un livre qui vient de paraître sous ce titre :
Recherches sur laraédiiimnité! a Bientôt on arrivera à démontrer que Tàme humaine peut vivre, dès cette existence terrestre, en coin-
munication étroite, indissoluble, avec les entités immatérielles du monde des esprits; il sera acquis et prouvé que ce monde agit indubitablement sur le nôtre et lui communique des influences profondes dont l’homme d’aujourd’hui n*a pas conscience, mais qu’il reconnaîtra plus tard. »
Ouvrons l’Evangile et recueillons l’enseignement divin :
« Lorsque Jésus fut arrivé à l’autre bord du lac, dans le pays des Géraséniens, il vint à lui deux possédés qui sortaient des sépulcres et qui étaient si furieux que personne n’osait passer par ce cbeinin-là.
(( Ils se mirent à crier : Qu’avons-nous à faire avec vous, Jésus, Fils de Dieu? Etesvous venu ici pour nous tourmenter avant le temps?
« Or, il y avait assez près de là un grand troupeau de pourceaux qui passait, et les démons le prièrent, en lui disant : Si vous nous chassez d’ici, laissez-nous entrer dans ce troupeau de pourceaux.
« Il leur dit : Allez! Et, étant sortis, ils entrèrent dans ces pourceaux. — A l’instant, tout le troupeau courut avec impétuosité se précipiter dans la mer, par un endroit escarpé, et ils périrent dans les eaux.
« Ceux qui les gardaient s’enfuirent, et,
étant allés à la ville, ils racontèrent tout ceci et ce qui était arrivé aux possédés. Aussitôt, toute la ville sortit au-devant de Jésus, et, rayant vu, ils le prièrent de se retirer de leur pays*. »
De ce texte il est permis de conclure qu'il existe des êtres mauvais, haineux, pervers, connus sous le nom de démons; que ces êtres, doués d’intelligence, de volonté, de personnalité et de puissance physique, s’emparent quelquefois de l’homme, le tourmentent, le rendent furieux et féroce; 3® que la puissance de ces démons n’est pas illimitée, et qu’il existe au-dessus d’eux une autre force, une force morale supérieure, divine, qui peut les vaincre et les réduire au silence ; qu’ils peuvent enfin, avec la permission de Dieu, sous l’impulsion sauvage de leur colère impuissante et liée, s’emparer du corps d’un animal, quand ils sont chassés du corps de l’homme, et lui donner la mort. Dans le monde occulte, les exemples de cette substitution sont fréquents.
Notre croyance à l’existence et à l’action des démons dans l’univers est donc fondée sur la parole même de Dieu; elle n’est pas une rêverie de l’imagination, une conception orgueilleuse de la raison, une hypothèse chimérique conçue pour justifier un système, elle est une adhésion à la parole de Dieu.
Quand Jésus réunit ses apôtres pour leur
* Saint Matthieu, viif, 28-3^.
T. II
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faire cüiinaîlre la puissance et la vocation qu ils lienneiît de Dieu, il leur donne le pouvoir et il leur fait un commandement de chasser les démons :
« Ayant assemblé ses douze disciples, il leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs, et de guérir toutes sortes d’infirmités et de maladies...
« Partout où vous irez, prêchez en disant :
Le royaume du ciel est proche. Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons.
Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement*. »
A la veille de son Ascension, Jésus annonce à ses apôtres que ceux qui croiront, jouiront de ces mêmes privilèges miraculeux et qu’ils auront ta puissance de chasser les démons :
<( Il apparut aux onze lorsqu’ils étaient à table, el il leur reprocha leur incrédulité, et la dureté de leur cœur, de n’avoir point cru ceux (jui l’avaient vu ressuscité. Et il leur dit :
«Allez par tout te monde, prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira |)oint sera condamné.
« Voici les miracles que feront ceux qui croiront : Ils chasseront les démons en mon nom; ils parleront de nouvelles langues; ils manieront les serpents, et, s’ils boivent
* Saint Matthieu, x,
quelque poison mortel, il ne leur fera point de mal : ils mettront les mains sur les malades, et les malades seront guéris*. »
En donnant des pouvoirs si étendus à ses apôtres et à ceux qui eroiront en lui, le Sauveur nous fait comprendre la continuation de l'action satanique dans le monde. Après sa mort et son ascension, les démons continueront à rôder autour de nous, à jouer un rôle mystérieux et puissant dans le monde, à séduire les âmes, à. menacer, sans repos, l'Eglise, Tau» re immortelle du Rédempteur.
Mais, parallèlement à cette aetion perverse des esprits mauvais, nous verrons se eontlnuei* avec plus d’éclat et de suceès l’aetion des apôtres, de leurs successeurs, de ceux qui croiront en Jésus-Christ, et, en promettant ainsi, publiciuement, la conservation de son esprit et de sa puissance miraculeuse dans l’Eglise, le Sauveur nous apprend que l'humanité terrestre ne cesserajainais de se trouver en face de son ennemi le démon.
Ce n’est pas seulement dans l’ordre moral et religieux que s’exerce l’action démoniaque, c’est encore dans Tordre physique, dans les organes, dans la vie matérielle, dans le corps humain. L'enseignement évangélique est
‘ Saint Marc, xvi, i4'18.
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encore formel sur ce point, et il justifie certaines conclusions dont nous aurons à parler.
Cest ainsi que le Seigneur guérit le malheureux possédé à qui le démon avait enlevé l’usage de la parole :
«Ap rès qu’ils furent sortis, on lui présenta un homme muet, possédé du démon. Le démon ayant été chassé, le muet parla, et le peuple, ravi d’admiration, disait : On n’a jamais rien vu de semblable dans Israël. Mais les pharisiens disaient : C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons*. »
Parmi les malades que sa main guérissait, un grand nombre, nous dit l’Evangile, étaient possédés :
« Quand le soleil fut couché, tous ceux qui avaient des malades afiligés de diverses maladies les lui amenaient, et il les guérissait en imposant les mains sur chacun d’eux. Les démons sortaient du corps de plusieurs, criant et disant : Vous êtes le Fils de Dieu. Mais il les menaçait et ne leur permettait pas de dire qu’ils savaient qu’il était le Christs »
Cette présence du démon se révélait quelquefois avec éclat :
« Il y avait dans la synagogue un homme possédé d’un démon impur qui jeta un grand cri, en disant : Laissez-nous, qu’avons-nous à faire avec vous, Jésus de Nazareth? Etesvous venu pour nous perdre? Je sais qui vous êtes (vous êtes), le Saint de Dieu.
‘ Saint Matthieu, ix, 32, 33, 34-
- Saint Luc, iv, 4o"42*
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Mais Jésusluidit, en le menaçant : « Tais-loi, et sors de cet homme! Et le démon, l’ayant jeté par terre, au milieu de la place, sortit de lui, sans lui faire de mal. Tout le monde en fut épouvanté, et ils se disaient les uns aux autres : Qu’est-ce que ceci? il commande avec autorité et avec puissance aux esprits impurs, et ils sortent. Et sa réputation se répandit de tous côtés, dans le pays*. »
La guérison de la Chananéenne nous rappelle encore la puissance du Seigneur sur les démons, et l’irruption du démon dans le corps humain.
Je dis le corps humain, car le démon ne peut jamais pénétrer dans l’enceinte de l’àme, et s’y établir. Il rôde autour d’elle, il n’en force pas l accès.
« Jésus étant parti de là se retira du côté de Tyr et de Sidon. Et d’abord une femme chananéenne qui venait de ces quartiers-là, se mit à crier en lui disant : Seigneur, Fils de David, ayez pitié de moi, ma fille est cruellement tourmentée par le démon.
« Mais il ne lui répondit pas un mot.
« Sur quoi, ses disciples s’approchèrent, et ils le priaient en disant : Accordez-lui ce qu’elle demande, afin qu’elle s’en aille, car elle crie après nous.
« 11 leur répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis de la maison d’Israël qui sont perdues. — Elle s’avança néanmoins, et
* Saint Luc, ibid.
l’adora en disant : Seigneur, secourez-moi!
« Il leur répondit : Il n’est pas juste de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux chiens. — Il est vrai, Seigneur, répli- (jua-t-elle, mais les petits chiens mangent au moins des miettes qui tombent delà table de leurs maîtres.
« Alors, Jésus lui dit : Femme, votre foi est grande! Que ce que vous désirez se fasse. Et la fille fut guérie à l’heure même^ »
Cette foule qui se précipite sur les pas du Seigneur, tous ces malheureux qui demandent ardemment la guérison des paralytiques, des aveugles, des sourds, ces hommes et ces femmes paraissent dominés par la pensée que tous ces maux sont l’œuvre du démon. Ils se déclarent vexés par le démon: ils demandent au Seigneur de chasser l’Esprit mauvais qui les fait souffrir, et les incrédules, aveuglés par la haine, font intervenir Belzébuth, le prince des démons, pour expliquer la divine puissance de ce geste qui guérit instantanément les muets, les paralytiques, les lépreux.
Or, que fait le Sauveur? Il ne les contredit pas; il ne conteste pas leur croyance, il ne dit pas que le démon est une chimère et qu’ils sont victimes de leur superstition ignorante;
‘ Saint Matthieu, xv, 21-29.
il n’enseigne pas que toutes les niiscres physiques de notre pauvre humanité sont l’eUct inéluctable des lois générales de la nature et de notre tempérament ébranlé.
Assurément, le Sauveur qui venait apporter la lumière aux hommes et détruire les superstitions n'aurait pas manqué de combattre l’erreur de ces pauvres malades, si l’existence du démon n’était qu’une sottise ou une invention de notre cerveau. Il aurait dit aux malades, à la foule, aux juifs, aux pharisiens, aux docteurs de la loi : le démon n’existe pas; Je vois des malades, je ne connais pas de possédés: le démon n’a jamais existé.
Non seulement le Seigneur n’élève pas cette négation, non seulement il autorise de son silence la croyance générale des juifs et des gentils, mais il les confirme encore dans leur croyance; il parle à ces esprits qui obsèdent les malades’: il leur commande de sortir*; il leur détend de proclamer sa divinité^ ; ilrépond â leurs interrogations : il rappelle à ses apôtres que certains esprits n’obéissent qu’au jeune et à la prière*; il nous apprend que ces esprits sont nombreux, qu’ils appartiennent à des catégories diverses; qu’ils se réunissent pour envahir ensemble le malheureux possédé; pour présider aux phénomènes de la vie sensitive et animale, et produire, enfin, les phé-
* Saint Luc, IV, 33.
2 Saint Jean, viii, 48.
3 Saint Matthieu, viii, 3i.
* Saint Matthieu, xvii, 20 .
nomènes prodigieux qui étonnent ceux qui en sont témoins*.
Et c’est précisément à l’instant où une parole tombée de ses lèvres divines a chassé l’esprit mauvais du corps du possédé que le malade se trouve guéri. 11 existait, donc, uii rapport de causalité entre la maladie et la présence du démon. L’Evangile répète souvent celle affirmation : l’esprit mauvais Tut chassé, et le malade recouvra la parole, l’ouïe, la santé.
Après avoir lu et médité ces textes si clairs, si absolus, il faut bien reconnaître qu’il existe des esprits mauvais, auprès de nous, autour de nous, dans l’espace, que ces esprits nous connaissent, nous voient, nous entendent, se mêlent d’une manière mystérieuse etprofonde aux événements de notre vie: qu’ils peuvent même, dans certains cas, envahir notre corps, notre cerveau, les cenlres nerveux des facultés sensibles et produire la crise effrayante de la possession ^
Ni la sagesse, ni la bonté de Dieu ne répugnent à ces phénomènes troublants delà possession, et notre faible intelligence ne peut
* Saint Luc, vin, 2 ; xi, 14 ; Saint Marc, xvi, 6 .
- Nous ne pouvons pas recoinniencer sans cesse la démonstration de la divinité de Jésus-Christ. La preuve est faite. Entre catholiques elle est acceptée. Il faut renvoyer les rationalistes à ces démonstrations préliminaires. E. M.
pas prétendre connaître l’économie des‘lois de la Providence dans le gouvernement de l’univers.
Tantôt Dieu veut punir un coupable, môme en cette vie. C’est un homme livré à ses passions, ou brutales, ou sensuelles, qui ne reculera pas un jour devant un crime éclatant et un outrage à Dieu, avec l’insolence d’undéti. Dieu le livre à Satan.
Tantôt, Dieu veut éprouver la vertu et Je courage de son serviteur. Aux ravissements et aux extases de la vie mystique succéderont des heures de ténèbres passagères, de bouleversements intimes; heures sombres où le saint, soumis aux violences troublantes des plus grandes épreuves, s’égare, et s’en va errant sur les frontières de la désolation sans mesure, jusqu’à l’heure où il plaît à Dieu de lui rendre ses faveurs.
D’autres fois, Dieu permet à Satan de faire souffrir son serviteur, de l’obséder, de s’emparer de son corps, de le torturer, pour associer sa créature souffrante aux douleurs méritoires, et à l’agonie de son calvaire, et sauver ainsi une âme pécheresse, une famille, une nation, une portion choisie par l’Eglise de Jésus-Christ.
Si, dans la folie delà possession, le malheureux fait des actes et profère des paroles qui semblent un outrage à la majesté de Dieu, ces actes sont purement matériels, automatiques, irresponsables : ils n’ont aucune valeur morale et n’atteignent jamais la saintetédeDieu.
L’intervention démoniaque se révélera donc, tantôt par certaines affections morbides des corps humains, tantôt par les phénomènes bruyants de la possession.
Faut-il dire que toutes les maladies, et, en particulier, quetoutes les affections nerveuses, sous les formes innombrables qu’elles revêtent, soient l’œuvre des démons? Non assurément, Les maladies, les névroses, avec les
Et ce spectacle contribue à conserver la foi dans les âmes, à réveiller le sentiment religieux en frappant vivement les sens et l’imagination des témoins. Ce spectacle suffit quelquefois, l’histoire nous rapprend, pour convertirdes incrédules, troubler la conscience du pécheur endurci, et produire un plus grand bien.
Il ne nous appartient pas de pénétrer ces secrets et de scruter les desseins de la Providence, quand elle permet aux mauvais de rôder ainsi sur cette terre livrée au mérite et aux périls de la liberté humaine. Il faut ou déchirer les pages de l’Evangile, ou reconnaître la réalité de l’action démoniaque en ce monde. Or, l’Evangile est divin; avec lui nous affirmons la réalité des esprits, de leur action parmi nous, de leur maîtrise passagère sur le corps humain livré aux épreuves et aux châtiments de la possession.
pliénomènes psychiques qui les accompagnent sont quehjuefois, le plus souvent, l’eiret du tempérament et des lois générales de la nature : elles relèvent de la médecine et de la pathologie.
H serait puéril de prétendre que toutes les maladies relèvent de l’eau bénite et des sacrements; ce serait la négation de l’ordre naturel.
Mais certaines maladies, certaines névroses peuvent être Teffet soit de la nature, soit d'une cause intelligente, personnelle, objective, c’est-à-dire du démon. Nous nous séparons de ceux qui disent : toutes les maladies sont l’elFet de la nature, et de ceux qui prétendent que toutes les maladies sont l’œuvre des démons.
Nous disons seulement, que, dans certains cas, et accidentellement, des alFections morbides peuvent être l’œuvre des esprits mauvais, d’une causalité anormale, et constituer ainsi un phénomène préternaturel.
De même, en présence de certains phénomènes qui révèlent un trouble proFond du système nerveux, et des fonctions de la vie végétative et animale, devant les phénomènes intellectuels et moraux qui les accompagnent, nous dirons, selon les circonstances :
ces phénomènes morbides sont naturels; ou, ces phénomènes sont préternaturels.
Nous éviterons l’orgueilleuse témérité de ceux qui tranchent violemment la question, et qui ont la prétention de tout expliquer par
la folie. Ni la science, ni l’expérience n’autorisent ces généralisations sans fondement et ces afTirmations absolues.
Il suit de là que nous nous trouvons en présence d'un ordre nouveau, c’est l’ordre qui comprend les rapports de l’esprit mauvais avec l’homme, c’est un ordre indépendant de celui qui rattache le corps humain aux causes et aux forces physiques de la nature: c’esl un ordre préternaturel, c’est un ordre dont la possibilité est incontestable et dont la certitude est établie par des faits.
Et c’est ainsi que des visions, des auditions, des senteurs, des contorsions nerveuses, peuvent être l’effet, tantôt d’une cause naturelle, caucliemar, hallucination, aliénation mentale, tantôt d’une cause externe, objective, réelle, c’est-à-dire de Tesprit mauvais.
Et ces cas extraordinaires, ces phénomènes préternaturels relèvent à la fois du médecin et du théologien, de la science et de la foi.
Il faut, ou déchirer les pages de l’Evangile, ou reconnaître l’existence de certains esprits malfaisants qui jouent un rôle considérable dans notre vie. Ils s’emparent des causes physic[ues de l’univers pour déterminer des troubles profonds dans notre organisme; ils agissent avec notre liberté, sans la violer directement, et ils provoquent en elle des
perturbations morales extraordinaires qui diminuent considérablement, en certains cas, la responsabilité humaine.
Les grands apologistes chrétiens des premiers siècles de TEglise nous rappellent souvent, par leur enseignement et par les faits, la réalité de cette intervention démoniaque.
L’iiistoire de l’Eglise et la vie des saints nous placent sans cesse en présence de ce spectacle et decetteactionaussi profondeque mystérieuse des esprits mauvais dans le monde.
Les théologiens ont recueilli cet enseignement et cestaits, ilsenontorganisé lasynthèse savante dans leurs écrits. Dans la confusion troublante des phénomènes dont nous sommes témoins, je reconnais qu’on éprouve un grand soulagement à les écouter et à tes croire. Ils éclairent la route, et ils apaisent l’esprit.
Nous rencontrons ici les intelligences faibles, superstitieuses, qui voient partout le démon : les âmes orgueilleuses qui ne le voient nulle part, et les pusillanimes, esclaves du respect humain, qui n’osent pas se prononcer.
Il faut éviter ces exagérations. Les esprits faibles voient le démon dans tous les phénomènes extraordinaires dont l’explication leur échappe : ils prétendent le reconnaître dans les catastrophes physiques de l’univers, dans les alfections nerveuses,dans les apparitions, hallucinations, et visions (jui troublent leur imagination émancipée du joug de la raison.
Leur cas relève de la pathologie. Nous n’avons jamais eu rintention de nous faire les défen-
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senrs de cesdiabolisants.qui compromeiieni, par leurs exagérations puériles, la cause de la vérité. Ils font sourire les incrédules et gémir les apologistes éclairés.
Les malérialistes ne le voient nulle part.
Ils ont déclaré a priori (jue l’àme n’exisie pas, que le monde invisible n’exisie pas, (|ue Dieu, les anges, les saints, les âmes sui vivantes dans le mystère de l’au-delà, sont des légendes et des superstitions que la science peut dédaigner. Ils nous parlent sans cesse de centres nerveux, de fluides nerveux, de mouvements réflexes, de neurones; ils entassent hypothèses sur hypothèses pour expli(pier ce qui reste pour eux inexplicable, el ils se trouvent en deliors du grand mouvement qui attire, aujourd’hui, les plus hautes intelligences vers des entités qui, sans sc laisser voir, nous font sentir leur présence el leur action.
Les pusillanimes reconnaissent, en théorie, la vérité de l’enseignement théologique intégral sur la survivance des âmes et la certitude d’un monde invisible, mais quand il s’agit des faits, des relations de l’invisible avec le visible, ils se dérobent, et ils trouvent mille prétextes pour éviter de se prononcer. Ils ne voient partout que des exploiteurs et des exploités. Ils se plaisent à nous parler des ruses des sujets, desténèbresqui enveloppent leurs expériences, des supercheries dévoilées, et ils arrivent, sans le savoir, à des conclusions (lu'nn matérialiste ne refuserait pas designer.
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Qu’il y ait des hystériques, des détraqués, des névrosés parmi les sujets qui se prêtent aux expériences de rocciiltisme ; qu’ils essaient quelquefois, inconsciemment, par la force même de leur tempérament et de leur défaut d’équilibre, de tromper les témoins; (ju’il soit regrettable, au point de vue scientifique, de ne pas expérimenter plus souvent, et en pleine lumière, j’en conviens; mais ces difTicultés nejustiüent pas les négations pratiques et tranchantes de ces chrétiens pusillanimes qui ont la prétention excessive de défendre les droits de la science contre nous.
Ainsi, nous voyons, dèsles premiers siècles de l’Eglise, le témoignage deXertullien en fait foi, des esprits curieux et rebelles interroger les esprits par le moyen des tables, essayer d’entrer en communication avec les morts, obtenir des phénomènes qui sortent du cadre des choses ordinaires de la nature. Et ces faits se continuent sans interruption, jusqu’à nous, dans tous les pays du monde.
Nous voyons des papes, des conciles, des théologiens les pluscélèbres alXirmerla réalité de ces communicationscoupables, lesdécrire, en indiquer l’origine, et les condamner avec une juste sévérité. Aujourd’hui même, nous pouvons lire et méditer les savantes instructions des évêques de toute l’Eglise contre les pratiques superstitieuses des tables tournantes; nouspouvonsrelirelalettre encyclique du Saint-Ofïice, lettre solennelle adressée à tous les évêques de la catholicité, pour con-
damner les abus du magnétisme et proscrire les rapports qui s’établissent, par les tables tournantes et parlantes, entre les vivants et les morts.
Nous voyons, enfin, aujourd’hui, des savants rationalistes, très hostiles à TEglise, très versés dans la pratique des sciences naturelles, afTirmer, chez toutes les nations, la réalité des phénomènes dont on avait, jusque-là, dédaigné des’occuper. Ilsen cherchent, sans doute, en dehors de nous, dans des causes ou physiques ou physiologiques, l’explication qui leur parait répondre aux difficultés du problème, mais ils ne contestent plus la réalité de ces faits.
Je ne peux pas croire que, pendant vingt siècles, les théologiens, les docteurs, les évê(|ues, les conciles, les papes aient fait une œuvre vaine, et poursuivi des chimères quand ils condamnaient si sévèrement, et en affirmant leur réalité, ces rapports coupables entre les vivants et les morts.
Je ne peux pas croire que ces savants dont les noms se retrouvent partout aujourd’hui, les Grookes, les Lodge, les Aksakoff, les Richet, les Rochas et tant d’autres, qui ont fait des efforts invraisemblables pour découvrir scientifiquementla vérité et déjouer toutes les ruses, aient été victimes ou dupes de quelques femmes habituées au mensonge et livrées à l’hystérie.
Et quand je vois ces chrétiens pusillanimes exiger que ces phénomènes où nous recon-
naissons, nous, une cause intelligente et capricieuse, se reproduisent au grand jour, devant une académie, à volonté, nous regrettons ces imprudences. Elles nous rappellent l’orgueilleuse prétention de ces rationalistes qui refusent de croire aux miracles de Jésus- Christ et des saints, parce qu’ils n’ont pas subi le contrôle d’une académie.
Ecoutez l’aveu loyal de quelques rationalistes d’une valeur incontestée :
« On doit abandonner, dit M. Binet l’explication grossière de la simulation, car il y a un nombreconsidérabledepersonnesdignes de foi, qui alïirment avoir été les auteurs du phénomène, avoir posé les mains sur des tables qui tournaient, avoir tenu des plumes qui écrivaient, sans la moindre volonté de faire mouvoir la table ou écrire la plume. Ce sont là des preuves suffisantes, quand une doctrine comme le spiritisme aboutit à bouleverser le monde entier et fait des milliers de croyants. »
Voici un autre psychologue, très connu par ses études savantes sur l’automatisme, M. Pierre Janet % Il s’exprime ainsi : « Les doctrinesque nous venons de résumer méritent une étude attentive et une discussion. Le scepticisme dédaigneux qui consiste à nier tout ce que l’on ne comprend pas et à répéter partout et toujours les mots de supercherie et
^ Alf. Binet, Les Altérations de la personnalité, p. 298.
Janet, U Automatisme psychologique, p. 376.
T. II
de myslification, n’est pas plus de mise ici (jii’au sujet des phénomènes du magnétisme animal. Le mouvement (jui a provoqué la création d’une cinquantaine de journaux en Europe, qui a inspiré les croyances d’un nombre considérable de personnes, est loin d’èlre insigniliant. Il est trop général et trop persistant pour être du à une simple plaisanterie locale et passagère. »
« 11 n’est pas possible, écrit M. Richet’, que tant d’hommes distingués d’Angleterre, d’Amérique, de France,d’Allemagne, d’Italie, se soient grossièrement et lourdement trompés. Toutes les objections qu’on leur a faites, ils les avaient pensées et discutées; on ne leur a rien a[)pris en leur opposant soit le hasard possible,soit la fraude; etilsy avaient songé bien avant qu’on le leur ait reproché, de sorte que j’ai peine à croire ([ue leur travail ait été stérile et qu’ils aient médité, expérimenté sur de décevantes illusions. »
Il faut donc une grande prudence dans l’étude du problème du préternaturel, J'en conviens, mais il faut prendre garde aussi de se laisser dominer par des exigences excessives, également contraires à la religion et la science; il ne faut pas s’exposer au péril d'étoulfer la foi dans les fîmes chrétiennes et de faire douter des miracles divins, en
* Ch. Richet, Annales des sciences psychiques^
Cités par M. Delanne, Recherches sur la Médium" Jiité. Introduction.
employant des procédés de criti(iue (jui nous conduiraient à la négation de toute certitude, au scepticisme absolu!
Que laut-il penser des esprits évoqués dans les ténèbres de ces expériences de l’occultisme? Que sont-ils? D’où viennent-ils? Je parle des communications bien établies, qui échappent à la tare de fraude et d’hallucination.
Saint Thomas pose ainsi l’objection : « Les morts apparaissent souvent aux vivants, pendant la veille ou pendant le sommeil; ils les avertissent des événements qui approchent :
c’est ainsi que Samuel apparut à Saül (Liv.
des Rois, i, 28 ); ils voient donc ce qui se passe encore sur la terre... »
Le saint docteur répond : a Si les morts apparaissent quelquefois aux vivants, c’est en vertu d’une permission spéciale de Dieu qui leur permet d’intervenir dans les affaires des vivantè, et c’est un vrai miracle.
« Cesapparitions se produisent quelquefois parles anges bons ou mauvais, sans que les défunts le sachent, de même que l’on voit, comme l’observe saint Augustin, des vivants apparaitre en songe à d’autres vivants.
« QuantàSamuel*,onpeutdirequ’ilapparut
* P. I, quæst. 89, a. 8, ad 2.
à Saül pour lui répéter la parole de Dieu...
Ou bien celte apparition fut l’œuvre des démons.
Si, comme l’enseigne saint Thomas, l’apparition des morts est un vrai miracle, c’està-dire un fait rare, anormal, préternaturel, il est évident que les apparitions qui se produisent aujourd’hui, autour de nous, ou par les mouvements de la table, ou par l’écriture des médiums, ou dans le mystère des matérialisations, constatées par des esprits sérieux, ces apparitions ne prouvent pas la réalité de la présence des défunts évoqués. Pourquoi?
Parce que ces apparitions sont de vrais miracles, que le miracle est un phénomène rare, très rare, et que Dieu ne peut pas,sa sainteté y répugne, faire des milliers de miracles, tous les jours, dans les conventicules de quelques spirites, pour amuser la curiosité, ou pour consoler le chagrin de ceux qui ont Tardent désir de s’entretenir avec les morts.
Dieu ne prodigue pas lesmiracles, et, quand il daignelesfaire, c’estpour l’accomplissement d’un grand dessein.
Selon saint Thomas, les êtres qui répondent à nos évocations, sont des esprits ou bons ou mauvais,ce ne sont pas les défunts. Nous ne pouvons y reconnaître les bons anges, tout s’y oppose : les témoins, le lieu, les questions posées, les réponses données, les conditions mêmes de Texpériences tentée; il faut donc conclure que ces êtres sont les esprits mau-
vais, rusés, trompeurs, qui prennent le masque du défunt et se jouent de la naïveté des évocateurs.
Je le répète, et je ne saurais trop insister sur ce point, il fautse délier des hystériques, des médiums de profession, des simulateurs et des compères : il faut faire la part de Timagination des esprits faibles et des hallucinations; il faut exercer un contrôle rigoureux sur les faits merveilleux soumis à notre examen, mais, après aVoir fait ce travail sévère d’élimination, il restera encore un nombre suflîsant.de faits certains pour établir la réalité de ces communications, ou bizarres ou troublantes, avec des êtres que nous ne connaissons pas comme nous connaissons les autres créatures, c’est-à-dire avec les esprits mauvais.
Saint Thomas cite encore, dans sa Somme théologique, le témoignage précieux de saint Augustin, au chapitre xi de la Cité de Dieu, et de saint Jean Ghrysostome dans sa vingtneuvième homélie sur l’Evangile selon saint Matthieu*.
« II arrive souvent, disent-ils, que les démons feignent d’être les âmes des morts pour contirmer les païens dans leurs erreurs et gagner leur foi. »
De ces textes, et d’un grand nombre de témoignages que nous pourrions recueillir,
* S. Thom., I pars, quæst. 89, a. 8, ad 2. — Quæst. a. 4 , ad 2. — Quæst. ii;, a. 5 , ad 9. — 2*^ a***, quæst. 9, a. 4, ad 2.
T. II
nons avons le droit de conclure : qu’il
existe des esprits mauvais; (jiie ces esprits peuvent et veulent entrer en communication avec nous pour nous tromper; qu’ils prennent la forme, ta voix, les goûts, les habitudes des défunts que nous avons connus sur la terre, et que nous évoquons; 4® que les communications que nous obtenons dans les réunions spirites, quand elles présentent, d’ailleurs, les garanties voulues d’authenticité, ne sont pas des communications de nos amis décédés; 5° que ces communications sont l’œuvre dangereuse et mauvaise des démons, qui veulent nous tromper et abuser de la naïveté de nos espérances.
Quand Dieu permet qu’il en soit autrement, quand il permet aux défunts de nous apparaître, il fait un miracle, c’est-à-dire une chose rare, une exception qui n’a rien de commun avec les communications familières, quotidiennes, et trop souvent grotesques des spirites hypnotisés ou hallucinés.
La mort fait cesser les communications ordinaires et sensibles des vivants avec les défunts; elles ne peuvent plus s’établir que par une volonté spéciale de Dieu.
Vous ne trouverez pas dans l’Evangile une seule parole qui nous autorise à croire au commerce habituel et sensible des vivants avec les morts. Nous y trouvons fréquemment l’affirmation de la présence et de l’intervention des esprits mauvais dans ce monde où la lutte morale domine tout; nous y rencon-
lions soiivenl les esprits Immondes qui tourinenlent noire pauvre humanité, ensemble ou séparément, par des maladies et des catastrophes, par des tentations sans nombre et des obsessions douloureuses, mais nous n’y trouvons jamais l’ordre et le conseil de nous adresser au\ morts pour connaître les lois de la vie présenle et de l’aulre vie.
Comment expliquer ce silence absolu de Notre-Seigneur et des apôlres sur une question d^ine si grande importance? S’il était nécessaire pour connaître la solution du pro- • blême de la deslinée d’interroger les morts; s’il était possible et permis de sentir leur invisible présence, de leur parler, d’en obtenir des réponses ou par les coups frappés d’une table, ou par l’écriture d’un médium inconscient, nous le saurions, le Sauveur nous l’aurait dit, les premiers chrétiens nous auraient donné le spectacle de ces assemblées de vivants et de morts; nous en trouverions le précepte et les conditions dans les saints Livres et dans la Tradition.
11 s’agit là, en eifet, d’une question fondamentale qui n'intéresse pas seulement la piété des tidèles et la douleur de ceux qui pleurent ceux qu’ils ont perdus, il s’agit en réalité de savoir si nous devons chercher et trouver la vérité religieuse dans l'infaillible enseignede l’Eglise ou dans les révélations incertaines, dangereuses, contradictoires des inconnus qui voudraient bien entrer en communication avec nous.
Personne n’ignore que la pratique du spiritisme, reconnue très dangereuse, au témoignage môme des esprits, a augmenté dans des proportions lamentables le nombre des fous, dans notre pays.
Eh bien! non, l’Evangile ne dit nulle part que le fondement de la certitude religieuse se trouve dans les communications siûrites.
Notre-Soigneur n’a jamais enseigné à ses apôtres que le magistère infaillible se trouvait dans les médiums, dans des femmes, des enfants neurasthéniques, hystériques, détraqués ou eatrancés. Les premiers chrétiens ne nous ont jamais donné le spectacle de réunions spirites, organisées par les apôtres pour entrer en communication avec les défunts, et si les spirites veulent assurer le triomphe de leur religion nouvelle, ils feront bien de chercher des arguments plus sérieux.
Des arguments sérieux? Les spirites ne peuvent pas en présenter.
Ils nous disent que les esprits leur donnent les conseils les plus élevés. Ils oublient qu’ils donnent aussi trop souvent les conseils les plus déplorables, et qu’ils sont successivement, au gré de ceux qui les interrogent, matérialistes, panthéistes, athées, et qu’ils avouent naïvementoumalicieusement, comme on le voit dans le dernier livre du général
A..., qu’ils ne savent rien de l’autre vie.
On nous rappelle que ces esprits nous donnent des renseignements qui ne pouvaient être connus que des défunts évoqués. Nous avons répondu vingt fois que ces renseignements étaient connus et des défunts que nous évoquons, et des anges mauvais que nous attirons sans le savoir, et que ces démons, comme ils Vont ai'oué eux-mêmes dans des réunions sérieuses, prennent le masque et la place de ceux que nous avons perdus et que nous évoquons.
On nous dit que Dieu ne peut pas permettre ainsi à Satan de nous mystifier. Pourquoi pas? Dieu permet au démon de nous tenter; il laisse à l'homme sa liberté, et il punit notre désobéissance curieuse, et notre révolte contre ses défenses, en permettant au démon de tromper et de perdre ceux qui, malgré tout, se livrent à lui. Pourquoi transgressez-vous volontairement le commandement de Dieu?
On écrit : a Satan mystifiant tous les investigateurs du monde occulte, c’est trop vieux, trop démodé, trop ridicule à nos yeux. »
lit pourquoi? N’est-ce pas plus vieux, plus démodé, plus ridicule, de croire qu’un désœuvré n’a qu’à poser ses mains sur une table, pour engager une conversation avec César, Alexandre, Napoléon, ou les vieilles dynasties de l’Egypte? Gomme il deviendrait facile, par ces évocations, de reconstituer l’histoire primitive du genre humain!
Comme il serait facile aussi d’évoquer les
victimes, égorgées par la cupidité ou la haine de quel(|ues misérables qui échappent à la * justice humaine! Ces victimes nous raconteraient avec une exactitude irréprochable les circonstances du crime où elles ont trouvé la mort : elles nous feraient connaître les assassins, et de grands crimes ne resteraient pas impunis.
Il n’en est rien. Un grand silence répond à nos appels et à nos prières quand nous évoquons les morts, errant dans l’inconnu et le mystère de l’autre vie. Nous attendons, dans la résignation et les larmes, le jour de la résurrection et de la lumière.
Qu’on ne parle donc plus de Katie King, et des révélations de Piper et de Thomson!
On se heurterait sans cesse à la même objection. Rien ne prouve que Katie King, dont nous ne voulons pas contester l’apparition, soit réellement le personnage qu’elle dit, ni qu’elle ait habité autrefois sur celte terre. La logique et l’observation ne permettraient d’affîrmer qu’une seule chose, c’est que Crookes s’est trouvé en présence d’un personnage [mystérieux qui prenait te nom, les habitudes et les allures de Katie King.
Et cette observation ne prouve pas l’identité des esprits.
Vous frappez de la tète contre la porte d’airaindel autre vie ; mais la porte ne s'ouvrepas.
« Souvent, écrit Max Théon ^ les esprits
‘ Max Théon, La Doctrine spirite et Vœuvre d'Allan Kardec, p. 19.
connaissent ce que vous voudriez vous cacher à vous-mêmes : ni actes ni pensées ne peuvent leur être dissimulé'^. Quand vous vous croyez bien cachés, vous avez souvent une foule d'esprits à vos côtés (jui vous voient... Les idées memes sont suggérées par les esprits... Un esprit peut être attaché à un individu depuis sa naissance jusqu'àsa mort, etsouvent il le suit après la mort.
«Telle est la doctrine spirite.
« Or les esprits peuvent induencer ou obséder les médiums, se servir de leurs organes de la parole, agir sur les mains avec lesquelles ils écrivent ; ils connaissent tous les détails, même les plus intimes, de la vie des t)ersoiines qu’ils prétendent avoir été. Pourquoi, dès lors, n’écriraient-ils pas et ne parleraient-ils pas comme les personnes qu’ils représentent ont écrit et parlé? Pourquoi ne révéleraientils pas ce qui est prouvé n’avoir été connu (jue d’elles-mêmes? Combien est vrai le proverbe : Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
« Aksakolf, le savant expérimentateur, après avoir énuméré quantité de faits les plus convaincanls e/l apparence, est forcé d’avouer qu’il n’y a, en ellet, que des apparences et que la preuve d’identité ne peut être faite.
Animisme et spiritisme. »
Ne croyez pas qu'il soit dans Tordre général de la Providence que Thomme puisse communiquer avec les morts, et en obtenir des réponses qui éclairent la vie présente, llève et chimère ! Si cette loi existait, Thumanité Taurait connue, et nous verrions, à travers Thistoire, tous les peuples civilisés ou barbares appeler leurs morts, leurs femmes, leurs sœurs, leurs enfants disparus, pour s’entretenir avec eux, et prolonger les elfusions d’une tendresse que la mort n’aurait pas pu briser.
Mais depuis l’origine du monde, nous cherchons en vain la trace de cette croyance universelle; elle n’existe pas, et les âmes les plus élevées n’ont d’autre espérance, pour consoler leur douleur, que d’attendre, en paix et résignées, l’heure d’aller les rejoindre, dans le sein de Dieu.
Vous en appelez au témoignage des esprits?
ïlh bien, écoutez ces témoignages recueillis par un médium dans Touvrage, que le général A..., spirite convaincu, vient de publier :
c( Ne cherchez jamais, par des pratiques ordinaires, à aller dans le monde invisible.
Le but qu’on se propose peut être bon, mais le chemin à suivre est des plus dangereux.
En outre, les moyens d’investigation (juc
ai
vous auriez dans ces conditions seraient peu sûrs...
«L’esprit, tant qu’il sera homme, c’est-à-dire uni à un corps matériel, ne pourra jamais sortir sans danger de la sphère d’action des, facultés qui lui sont départies, et qui sont limitées par ses organes. »
El, pour décourager l’impatiente curiosité de ceux qui voudraient le consulter, l’esprit ajoute : « Quant aux choses d’en haut, quant aux grands problèmes de ràme, ne nous en demandez pas la solution. »
Nous avons ainsi sous les yeux la réfutation du spiritisme par les Esprits.
Parlez donc encore, ô Eglise de Jésus- Christ ! Que votre parole éclaire, dirige et console ceux qui pleurent ici-bas, dans l’attente de la paix, de la lumière et de la vie sans tin !