II PRÉFACE
traitaient ces études disséminées. Puissions-nous avoir le droit de penser, dans une certaine mesure, ce que Pascal écrivait de lui-même : « Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau, la disposition des matières est nouvelle. »
Dijon, 1877.
En réimprimant le présent ouvrage, nous n'y apportons que des corrections ou addilions très légères. Au moment même où se prépare cette seconde édition, nous lui donnons une suite par un nouveau volume intitulé : Psychologie des grands hommes^ et qui traite de l'inspiration, du génie et des causes ou influences qui les préparent.
Paris, janvier 1883.
Inlroductioo. — Qu'est-ce que l'imagination? — Qu'est-ce que connaître? — Se souvenir? — Imaginer?
Que d'effets, non seulement divers, mais, en apparence au moins, opposés et contradictoires, n'attribuet-on pas à ce qu'on nomme l'Imagination I Comment concilier les unes avec les autres toutes les propriétés ou vertus qu'on lui reconnaît? Peu de personnes hésitent à dire que l'Imagination est la cause principale de nos erreurs, que c'est elle qui nous berce d'illusions et nous égare à la suite de ses chimères. Qui cependant ne proclame la part considérable qu'elle a eue dans la conception de ces grandes théories sur le système du monde et sur les lois des mouvements célestes, en général dans l'invention des plus belles et des plus fécondes vérités dont s'honore la science? Tout le monde s'accorde à dire que les pires maux dont
a -..V L'EMAGINATION.
soill&'â rhomme sont ceux dont il réus.sil à s'afSigi lÀi-rSéme par les fausses imaginations qu'il se lait st .')â'.tie, sur la destinée, sur les sentiments ••lifimmes. Et tout le monde avouera aussi que 1< '■-, instants les plus doux de la vie sont ceux où l'an! •.. • se laisse aller à l'espérance, développant et proloi /'. géant dans un avcnii- dont elle se croit maîtreae le peu de bonheur dont le présent lui semble enfermeç les germes. Mais entre espérer et imaginer, la difC^ rence n'est-elle pas bien légère? Par l'imagination, tel homme en arrivera à éprouver presque tous les symj tomes d'une maladie qu'il n"a pas. Par l'imagination, tel autre, ravi déjà dans la contemplation et daus la jouissance anticipée du bonheur céleste, i aux tortures qui déchireront ses membres. Demandez. sur quoi se guide l'esprit de ce pauvre fou qui, attaché dans son cabanon, croit posséder des trésors incalculables, ou qui, léciiant un mur rude et malpropre, s'écrie qu'il y savoure des fruits délicieux ; on vou3i répondra : sur son imagination, exaltée sans doute, mais enfin sur son imagination. Et cet homme dt génie qui d'un bloc de marbre a fait jaillir les puissantes figures du tombeau des Médicis, qu'est-ce donc qui a conduit sa main? Chacun vous répondra de même : son imagination. Feuilletez les pages charmantes de Tôppfer ou celles de G. Sand sur les visions de la nuit dans la campagne. Sur les pas du paysan poltron, les buissons se transforment en ennemis armés et menaçants, les cris des oiseaux annoncent des événements lugubres, les morts sortent du cimetière. «Le braconnier qui, depuis quarante aiis, chast^e uu coHet